CHAPITRE
singularité des rapprochements et le luxe des images, il resterait toujours au philosophe et certainement à récrivain ce caractère que Je ne puis définir qu'en le nommant encore, la grandeur*
Rien donc de plus légitime , de plus motivé que sa renommée; L'excès d'admiration qu'il inspire à ses compatriotes s'expliquerait par l'allure de sa pensée et de sa diction, quand le fond des doctrines ne le justifierait en rien» Mais on a besoin de trouver la vérité dans ce qu'on* admire. On répugnt à ne pas croire infaillible celui qui parle naturellement le langage de l'autorité. Il y a quelque chose de semblable dans la déférence que, nous autres Français, nous portons i Bossuet. Nous avons peine à ne pas placer sa raison à la même hauteur que son éloquence, et nous craignons d'avoir tort en pensant autrement que l'homme qui parle ainsi. Ce semble un manque de respect que de n'être pas de son avis. Les Anglais ont un peu de cette faiblesse pour leur Bacon. Il se saisit tellement de l'imagination, qu'il force la raisoii à s'incliner, et il les éblouit autant qu'il les éclaire. C'est que, même en rasant presque toujours le sol, il montre les ailes d'un aigle.
Il faut que cette puissance soit en lui bien réelle ^ puisqu'elle surmonte la langue ingrate dans laquelle nous lisons ses principaux ouvrages. Sa latinité n'est pas classique ni d'un goût irréprochable. Il contraint l'idiome antique i des pensées toutes modernes ^ mais il transforme ce qu'il contraint ainsi. Aux efiets d'une diction brillante, il joint l'abondance des points de vue, la variété des applications, beoucoup d'idéoâ
dedétaiU beaucoup d'esprit ; enfin, il faut bien en convenir, la pensée générale de sa philosophie est juste et bonne en ce qui touche la méthode des sciences. Il faut plus y ajouter qu'en ôter pour Téga* 1er à la vérité, et le monde moderne n'a pas eu tort quand il a proclamé Bacon un des grande serviteurs de l'esprit humain.
Nous aimons à lier étroitement la vie des hommes à leurs ouvrages, et à placer leurs idées au milieu de leurs actions. Peu de philosophes plus que Bacon exigeraient qu'on untt ainsi l'histoire à la cri* tique, non que sa vie soit d'un vif attrait en ellemême, mais elle est importante. Elle contient plus d'une austère leçon, et fait voir par le contraste quelle distance sépare quelquefois ces choses quelquefois si étroitement lié^s , les conceptions de l'intelligence et les principes de la conduite. Elle nous montre en opposition le génie et le caractère, la philosophie et le pouvoir. Elle n'est pas à la gloire de l'esprit humain, et elle lui prouve, une fois de plus, qu'il n'est pas tout. Or c'est aussi là une vérité que doit recueillir la science. Bacon fut, comme on sait, chancelier d'Angleterre, et sa valeur morale est restée un triste problème pour ceux qui voudraient de tout point estimer ce qu'ils admirent. Le doute à son égard est môme de l'indulgence, quoiqu'une extrême sévérité ait été taxée d'injustice. Nous ne pourrons imiter toute l'indulgence des écrivains du dernier siècle, aujourd'hui qu'on n'a plus la ressource de savoir mal l'histoire, en négligeant les monuments authentiques. Nous concevons Voltaire, appliquant à