‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 8 sur 112 · CHAPITRE î · texte numérisé non relu

CHAPITRE î

Bacon le mot de Bolingbroke sur Mariborough:

« C'est un si grand homme , que j'ai oublié ses vices '. » La nation anglaise peut s'efforcer d'oublier de même*, mais ses meilleurs écrivains ne lui ont pas caché la vérité, et nous serons obligé de la dire, quoi qu'il en coûte. Toutefois, la société déplorable au sein de laquelle a vécu Bacon, et qui a été pour beaucoup dans ses fautes, n'était pas celle oh son esprit devait lui survivre. Elle était elle-même à la veille de se modifier, et avec la révolution approchait l'ère de la vraie société moderne. C'est dans l'Angleterre, telle que la révolution l'a faite, que nous voudrons voir se développer la philosophie du premier des peuples libres. Bacon, qui appartient par son esprit à cette philosophie, est plutôt, par sa vie, du seizième siècle. Comme tous les hommes qui ont contribué à déterminer un grand mouvement intellectuel, sa pensée dépasse son temps. Son temps devra donc nous occuper moins que sa pensée ^.

* c J*ai la dans quelques écrivains que le chancelier Bacon confessa tout, qu'il avoua même qu'il avait reçu une bourse des mains d'une femme. Mais j*aime mieux rapporter le bon mot de milord Bolingbroke que de circonstancier Tlnfamie du chancelier Bacon. » (Lettre de Voltaire à Tbieriot, du 24 janvier 1733, sur la publication des Lettres anglaises.)

* Le nombre des travaux biographiques sur Bacon est trop grand pour que nous en dressions le catalogue. Nous nous sommes servi pour cette esquisse, d*abord de sa correspondance et de ses œuvres, puis de quelques documents contemporains ou peu s'en faut, comme la notice de William Rawley, son secrétaire et son chapelain, I^obilissimi auctoris vUa^ Opusc. var. posth., i vol.in-8, Lond., 16.H8; ^acontoita de Tbomas-Tenison, Lond.y 1679; Lives of eminent men, by John Aubrey, 3 vol

VIE Dfi BACON,

Il existe en tout paya une classe d'hommes oonsi* ilérable, distinguée môme, la première peut-être par rinflueqce continue et par Vutilité de tous les jours, quoique, par Téclat des services et de la renommée, elle n'occupe que la seconde place. C'est une classe que connaissait peu l'antiquité , que con-^ naissait peu le moyen &ge, et dont le nom même serait difficile à trouver. C'est celle des fonctionnaires publics, comme on dirait en France aujourd'hui, de ces hommes consacrés par profession à l'administra^ iîon générale, et admis par là au gouvernement. Elle a, dans toute l'Europe, en partie divisé, en partie remplacé l'aristocratie^ elle a grandi avec la puis^ sance de l'État. C'est sous les Tudors, on l'a remariais, Liood., iHiZ, S^DS i^égligep les ym de Bacoo, par D. Maillet, Bacon' $ Works ^ 4 vol. in-i% Lond., \ 740; par Tabbé Émery, Christianisme de Bacon, 3 toI. ln-42, Paris, an vu; par M. de Vausellet, Histoire de la vie et des ouvrages de Bacon, 8 vol. in-S, Paris, 1833, nous avons eu principalement sons les yeus Tessai sur Bacon de M. Macaulay, Critical and historical Essays, éd. Taucbnitz, t. 111, p. 1-146; les biographies de Nicolas H de François Bacon, par lord Campbeii, Thê lives qf ihe lord chancellors, P ëdit*, Lond., 1646, t. U,cb. XUll, Uelsniv.; la vie de Bacon, par M. BasU Montagv, The Works of Fr, Bacon, 16 vol. in-8, Lond., 1634, t. XVI, 1'^ et S« parties ; U AoUce de M» Bouillet, Œuvres philosophiques de Baeon , 3 vol. iO'-S, Paris, 1834, t. 1, p. v; celle de M. Riaux, Œuvres de Bacon, 3 vol. înlS, Paris, 1845, t. I. Quand nous citons Baeon» Cest toujours, pour la pbiloaopbie, Tédition àa M, BouUlei, e| po«r le reste, 1 édition de lioodres de 1834, 10 vol* in-4o. La plus belle, quoiqu'un peu confuse, est celle de M. Nontagu, publiée pj^r Pickering. Longman en publie en ce moment une nouvelle qui pantit plus commode et plus compiète : The entire Works ot t\ Bacon, a new éd. btf i\, U'slie ^Uif f /. Spedding et fi.Ueal/^,

que ', qij'elte » cpïpinpDcé en ingleterre à mériter ^at^el)tjû^ de Tbistaire. teur gQiiverpempqt, 4 pe»i près (da^potiqui^ (liins ses prpc^dés et son langage, mais Qrdjnairempat patiopal e|, régulier, exigea h concoure et fomja le erédit de ee» agents iî^pables qui mettent \mv conscience et Ipur bonRewr à «ervir l'État ^t à repréientejp )>ufpnté, q^^lqqefois aux dépens diî la Gonsciencp pt de l'honneur \ de ces Vmmes d'affaire^, amig dQ Ift m\^t jlpvqués fiu puWiq, fidèles ^n^ lois, fnftis docile^ au pnuvoir, fOwl dédajgupu^ de« lois, f)u puljHc §t d« topte^ règle^. f.es deu¥ Cecil spnt, son» !<B rognp d'Élisa})»^!^ pt # son 3U^ûc^s§eur, les modèles de Pe genre d'hommes publics, \^Bh\h^ plutôt q«e gr^p()§ minisir^?? saclmnt se maintenir è la cour mm jamais rPWP^ avec le payS; C'est en géqéral dans U pprM^P À^ 1» n/^tipn d'pù sortait la magistrature, p'pst my h lisière de la poblpsse et 4^ la bourgepisip , c'est partpul^ oA la jeunesse avait reçu complète réduoation libérale , que se recrutaient, à la On du imfm àgp, les ponseils d'ptat et tout ce qui y rpssemblp. Môme pn Augleterre, |a judicature était oIofs, bien plu? qu'aujourd'bui, un acheminement à la politique, et d'autres ministres que les chanceliers venaient des bautos cours du royaunie. A cette plassepeu riche en grauds hommes, mais bien pourvue en gens dP niérite, et où les philosophes du premier ordre sont encore plus rares que les politiques du premier rang, appartenait la famiUa de Bacon.

» Mapaulay, Binieifft qml Jfis (im(^Sj Essmjs^ i. Il, p. 8|.

Son père, sir Nicolas Bacon, fut pendant plus de vingt ans lord garde ou lord keeper du grand sceau de la reine Elisabeth. Né en 1510, d'une famille considérée du Suffolk, il avait siégé dans les cours spéciales du règne de Henri VIII et des deux règnes suivants, et conservé une honorable réputation, quoique, suivant la mode du temps, il eût poussé la prudence jusqu'à paraître catholique sous la reine Marie. Appuyé par son beau-frère William Cecil, qui, grâce à la même prudence, s'était, depuis Edouard VI, maintenu dans le ministère, en se ménageant d'avance la f iveur d'Elisabeth , il fut, dès que celle-ci monta sur le trône, créé chevalier, et il reçut le grand sceau que venait de perdre le chancelier Heath en refusant 1 5 serment de suprématie. Sir Nicolas, dans ces fonctions qu'il conserva jusqu'à sa mort, fit constamment preuve de capacité, de probité, de modération, autant que le lui permit son dévouement au pouvoir royal. Fidèle à sa devise :^Mediocria firma^ il n'ambitionna ni le titre de chancelier, ni la pairie. « C'était, dit son fils ', un homme tout simple, droit et constant, sans aucune finesse ni dupUcité-, il pensait que, dans les choses dç la vie privée et dans les affaires de l'État, il fallait prendre appui sur une ferme et sage conduite, non sur l'art de circonvenir autrui, suivant ce mot de Salomon : « L'homme prudent regarde à

* Certain Observalionupott a libel, ib9i;Bacon's Works, t. IIF, p. 96. — Son portrait , d*après un original de Zuccbero, est dans la collection du duc de Bedford, à Woburn Abbey.— Edm. Lodge, Port, ofillust. person.^ t. Il, 3-5, in-^", Lond.,

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