‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 71 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Description encyclopédique de l'esprit humain d'après Bacon. (Analyse de la seconde partie du De ÀugtnêiUti.)

Il est difficile de relever avec plus de sagacité que Bacon toutes les fautes dont l'histoire des sciences offre le tableau. Quoique ses critiques ne soient pas toujours justement appliquées, elles sont justes en elles-mêmes, et caractérisent avec exactitude de véritables travers de Tesprit humain. Aucun des écueils qu'il signale n'avait été évité par le moyen âge, et même après que Theure de la renaissance eût sonné, c'était une bonne œuvre philosophique que de montrer aux sciences la voie de leurs progrès. Les accroiS" semetUs des sciences^ voilà en effet le grand objet dont s'entretient la vive imagination de Bacon. Non content d'indiquer en passant ce qu'il faut créer en fait de collèges, de bibliothèques, d'académies, et d'exciter la vanité du roi d'Angleterre à une protection des lettres plus active et plus éclairée, il pénètre au cœur de la science même, afin de mieux connaître ses ressources et ses besoins*, et celui qui a tant recommandé de prendre les choses pour point de départ, d'aller de la nature à l'esprit, et non comme

ceux qu'il appelle les inlellectualùies \ de Tesprità la nature, cherche la science dans ce qui sait, non dans ce qui est à savoir, et par une inconséquence qu'il n'a point aperçue, il propose cette célèbre partition du savoir fondée sur la division des facultés principales de l'esprit humain.

Mémoire, imagination, raison, cette division compr^n4, si^iy^atSaçoa, toute ràiif)ainteIleot;ueUe, siège de la scienee, et la science se divise conséquemment en histoire, poésie et philosophie*. L'histoire traite des individus réels, alors même qu'elle est l'histoire des eçpèf^fi. La poésie s'attache aux individus fictifs PU fabuleux. (^ philosophie délaisse tout ce qui est individu. Ce ne sont pas les impressions particulières, mais lei^ notions, abstraites d^ ces impressions, que 1^ raison combine ou sépare d'après la loi de la na.tnpp et de Tévidence des choses. Là est la matière et l'œuvre de la philosophie. Cette division est complète aux yeux de son auteur; car la théologie qu'elle semble omettre roule sur des faits comme l'histoire, ou sur des parfiboles comme la poésie, ou enfin sur des préceptes et des dogmes, et elle est alors comme une philosophie éternelle ^

^ Intellectualiste qui tamea pro maxime sublimibus et divi- Qis philosopbis bftberi soient. (Pe Aug., I, 43; 1. 1, p. 71.)

* ja., Ih i; t. I, D, i09i cf. GfQb, i(iUll., I, t. Ill, p. 3.— Celte division g été admise par d*A1embert et Diderot en tête de V Encyclopédie. Seulement, ils ont changé Tordre des facultés, mis la raison avant rimagiaationy et modifié la division des branpbes e^ sous-^rancbes de l'arbre généalogique des co;ii^aissances humaines. (Voyez ci-après, l. lU, ch. H.)

* Id, ih.f p. iii. Perennis pfUloiophia est une expression qu'on attribue d ordinaire à Laiboits, parce qu'il s'en seit ^ans

CII4P* l|I.^GIfA8S|FlQATI0^ DBS 8ÇIENGBS. 187

Nous touchons ici à un des premiers tableaux ^npyclopédiqwe^ qu'on ait fojts. On ^ douté qu'un tal tableftu f4t nm œuvre possible. OJui de Bacon pefuf^rme des parties admirables, au PQpibre desquelles, malgré 1^ ju3te iiutorité de Stewart et dô PaUftH^, nous ne mettrons pourtant pas ce qu'il dit* do Ift poésie K |I ne voit en elle que la fiction. )1 distingue rexpre&- 3ion du sujâl^9 et négligeant l'expression comme un^ simple formule, il divise la poésie, d'api^és le sujet, en narrative, dramatique et parabolique. (1 senible ignorer que la poésie réside moins dans le genre ou le sujet que d^ns la manière do concevoir, de sentir et de peindre, |1 dit cependant que, fùt-elle narrative ou héroïque, elle accorde à la nature buniainp ce que l'histoire lui refuse, plie rehausse et en^^ellit la réalité, elle élève l'âme, elle r^vit au sublime. Quant à la poésie dramatique, le cppten^porain de Shal^speare ne sait qu'une chose, c'e^t qu'aile serait éminemment utile, si elle était plus s^ipe. La parabole Tattire davantage. }l admire 1^ vérité qu'elle cache sousde^ far blés, et la mythologie n'es( pour lui que la philopor pbie voilée. Cette pepsée e^t au reste le sujet d'un de ses ouvrages \ or de tous pes ouvrages il aim^ 1^ faire ensuite des partie^ d^ I^ philosophie ^.

uneleUre à Montmort (Oji. phiL, éd. Erdmana, p. 704). Elle avait été employée ^vap^ Raapii par Pagubious (Steucbo), dont un ouvrage est inUtulé : De fçrcnr^\ P/^ilQ4qphia, (4. Sêe^çh\i tomi très, Paris, 1377.)

i D. Stewapt, Encye. brit., disseit. I, part. I, ch. H, seet. I, p. 33; Hallam, Introd. to the lit. of Europ,, t. III, ch. III, sect. II, 48.

* Id. i6., xiii, p. 136-160; cf. De Sapkntia veterwn^ t. III, p. 385-460.

Il parle de Thistoire avec une toute autre profondeur, a C'est à la foi de l'histoire que sont confiés les exemples des aïeux, les vicissitudes des choses, les monuments de la sagesse politique, le nom enfin et la réputation des hommes. A la dignité de Tœuvre se joint la difficulté qui n'est pas moindre. Car pour ramener en écrivant son esprit au passé et le faire ancien si Ton peut ainsi dire, pour scruter avec diligence, rapporter avec fidélité et liberté, mettre enfin sous les yeux mêmes, à la lumière de l'expression, les mouvements des temps, les caractères des personnages, les agitations des conseils, le cours des actions, semblable au cours des eaux ■ , l'intérieur des prétextes, les mystères du gouvernement, il faut et la grandeur du travail, et celle du jugement, surtout quand les choses anciennes sont entourées de tant d'incertitudes et les récentes de tant de périls^.» Tout ce que l'auteur ajoute sur les divisions, les formes, les matériaux de l'histoire, est juste et substantiel. Il n'oublie rien. Le premier, il a songé à rhistoire littéraire-, il la met avant l'histoire poHtique -, car ce doit être l'histoire de Tesprit humain décrit par ses œuvres. Tous les arts y doivent figurer. Sans elle, l'histoire du monde n'aurait qu'un œil comme Polyphème*. A l'histoire ecclésiastique, il rattache, sous l'étrange nom d'Histoire de Némisis, une histoire secrète des conseils de Dieu dans le gouvernement des affaires du monde : Avant Bossuet , il

^ Actionum, tanquam aquarum, ductus.

« Id.ib., V, p. 421.

» Id. ift.,iv, p. il8.

avait pensé qu'on pouvait raconter le rôle que la Providence remplit sur la terre '.

Mais, comme on le présume bien, c'est Thistoire naturelle qui excite surtout sa sollicitude. N'est-elle pas le fondement de toute sa philosophie? Il en énumère les objets et les parties. Elle doit décrire et les phénomènes, et ce que l'homme en a fait. Tout le pouvoir de l'homme sur la nature se réduit à des mouvements. Mais les mouvements qu'il lui imprime sont des expériences qui la dévoilent ou des arts qui la subjuguent , toutes choses dont la connaissance importe à la philosophie naturelle; à cette science dont Bacon peut-être a donné le nom aux Anglais, à cette physique vraiment générale dont il célèbre éloquemment les bienfaits et qui par ses artifices enchaîne la nature comme Protée, pour la forcer, en changeant de forme, à se montrer sous tous ses aspects. Elle se fonde sur une histoire de la nature, et celle-ci doit se diviser en histoire narrative et en histoire inductive».

Mais tandis que l'histoire ne quitte pas la terre et guide plutôt qu'elle n'éclaire, tandis que la poésie est comme le songe de la science, chose agréable, changeante, qui veut paraître quelque peu divine, ce qui est aussi la prétention des songes, le temps est venu de me réveiller, dit Bacon, et de m'élever au-dessus de la terre, fendant l'éther pur de la philosophie'.

* id, ib., XI, p. 154.

* Id, ib.f H et m, p. 116-118. — Sur ce mot ôe philosophie naturelle, maintenant consacré en anglais, cf, Nov. Org., l, 79, 80,96; t. II, p. 40, 41, 58.

s Id., 111,1, p. 161.

Lés scieficed 6oÀt cOttmië lès eaux qUi vientiënt ml du ciel, ou de la terre. Toute scietiée est ou dlrine^ ment inspirée ou originaire dés sens : elle est théologie ou philosophie'.

Mais distincte dé la théologie sacrée, teience d'inspiration, la philo^hicf cîon tient àilssi tme théologie naturelle. Car elle considère Dieu d'abord, puis la nature et Thomnié-, la nature parrient à notre con-» naissance par un rayon direct-, Dieii par titi rayon réfracté, à travers lé milieu delà Création 5 Fhortime paf un rayon réfléchi. Dé là tfois doctrines comparables, non à des lignes qui convergent vers un taêttie angle, mais à des brattdies qui partent &iiti thème Ironc* Ce tronc serait la science universelle, la philosophie mère, la sagesse éonrnie rappelaient le^ anciens. Elle existe sans dduté; elle doit du rtioifts exister; mais il faut encoté la mettre à regret pàrhfii les dêâi" deraia. Ort n'en possédé qu'uhe poignée d'ationieè qui se trouvant applicables à des ordres d'idées bien différents, témoignent de Funité d'une science fondamentale. Cette pensée remarquable est justifiée par des exemples dohit <^élqnes-uhs ont été choisis avec plus de subtilité que de jugemeht. Ainsi Tâxiome : Deux choses qui bon^èiinèiii à une irtHiième tmitien*

1 C'est un des passages où Bacon paraît dériver des sens toute science noù révélée. Cependant il ne faut pas y voir une solution donnée à la question célèbre de Torigine des idées. \\ n'entend guère dire qnft ceci : la |>hilo9epferie ou science dé la nsture ne vient pas da ciel, ntis du cdmtnefee de rhmMne comme être sensible avec le monde eitériéur. ( Ydjèt plat ba^/ liv. HI,cb.I.)

nent entre eUe$^ edt âssdl-éinetlt yfttii en logiqUë tùitimê en mathématiques ; mais il tietis est difficile d'admettre arec Bacon que (;et a:iionie qu'il tient pc^t nai en phywque : La têducOon d'une thûàe à èibè principes en empêehè la deètfHëiiôn soit ett même temps un aximne politique^ et Cela parce qwe Maehiarel tt présenté là réfofmatiôn d'dne république comme le moyert de la sauvei*.

De cette science encore spéculatÎTC èonfide sétile* ment par quelques axiomes qui sont eanttà^ les tcstiges de la nature, il ftlut descîetidre àiine dutre partie de cette philosophie premièi'ë dont les atieîens oftt su le nom C'est la science des eonditioiis adf eutices m transcetidatites * des choses, d'est-à-dii-ë des môde«l uttitersels, dont toute ehofse est sUsceptifcle, le peu, le beaucoup, le semblable, le différent, le possible, l'être, le non-être, etc. On reconnaît ici de vérità-^ blés catégories. Ces questiotis, ajoute Bacon, ne sont pas propreriient du ressort de lèt physique; tfiài^f la dialectique qui jusqu'ici en a traité, s'est itop détachée des choses téelles. Tout le tl^aTttil ert doit èt*'é repris daris une vue d'application , et cette sciettcfe aUsâ est à refaii'e j c'est encore un desidefàturri ^.

Oh toit donc que le pète de la phil^ilsophie nûiiî'^

1 Ces €xpfressf<his |>arthroût hiiisitées zièt cfette fppHetUoii; Cependant Tauicur y retient plusieurs fois et les explique clairement. {Abeced, nat.y t. Il, p. 288.) ïl s*agit de qualités ou conditions des êtres qui ne somt pa^ întrhisèqt^es , màfs coifipsratives» et plutôt relttitês âu sujet qui ohserre qu'à Tobjet ob6er?é : « quae tidentur transcendentia et paruin stringunt de corpore naturae. »

* De Aug., m, i;t. I,p. «62-166.

relie, Tapdtre des sciences d'observation, leur superpose une science préalable et universelle, une philosophie première qui est Funité de la variété. Sans doute, il veut que cette science soit conçue en vue de l'application, et contrôlée par rexpérience. Mais ici du moins, il en établit Texistence par des raisons générales-, il la pose à priori ou peu s'en faut, et le nom de Sophie qu'il lui donne la place en quelque sorte au-dessus de la philosophie même.

Ainsi précédée, la philosophie aborde le premier de ses objets, Dieu. La théologie naturelle ou la philosophie divine n'est qu'une étincelle de science. Ce que la lumière naturelle nous enseigne de. Dieu sui&t pour la réfutation de l'athéisme et pour la connaissance de la loi morale, mais ne suffit pas pour enseigner la religion. Aussi Dieu n'a-t-il jamais fait de miracles pour convertir l'athée, mais bien pour éclairer des idolâtres qui déjà croyaient en lui et ne se trompaient que de culte. Les ouvrages de Dieu montrent sa puissance et sa sagesse, mais ne nous donnent pas son image*, ils nous révèlent la bonté, la prescience, le gouvernement d'un Dieu rémunérateur et vengeur -, on peut même inférer de ce spectacle prudemment contemplé d'admirables secrets touchant ses attributs et la dispensation des choses de l'univers. Mais il ne serait pas sûr d'y chercher la connaissance et moins encore l'explication des mystères de la foi. On risquerait d'introduire l'hérésie dans la religion ou le fantastique dans la philosophie'. Dans la théologie sacrée, on quitte l'esquif de

* rd. ib., u, p. 166-168.

la raison humaine pour monter sur le vaisseau de la foi-, ici les astres de la philosophie ne suffiraient plus à nous conduire. La prérogative de Dieu s'étend à la raison de l'homme comme à sa volonté, et de même que nous devons obéir à la loi de Dieu contre notre volonté, nous devons croire à sa parole contre notre raison. Car si nous ne croyions qu'à des choses conformes à la raison, ce seraient les choses, et non pas leur auteur, qui obtiendraient notre créance. Plus un mystère semble étrange, extraordinaire et comme incroyable, plus est grande la victoire de la foi, et Dieu en est plus honoré ^ La théologie sacrée doit donc être dérivée de la parole et des oracles de Dieu, non de la lumière naturelle et du dictamen de la raison. Car si les cieux racontent la gloire de Dieu, ils ne racontent pas sa volonté. Mais après qu'on a puisé dans la parole sainte les objets de la foi, un certain usage de la raison est permis. Les païens ne connaissaient point de confession fixe; Mahomet interdit toute controverse. Le christianisme est un juste milieu, une mediocriias aurea entre ces deux extrêmes^. Les mystères peuvent être rendus accessibles à l'intelli-

* Cette pensée, qu*un traducteur de Bacon, Lasalle, s'obstine à trouver ironique, peut être rapprochée d*un passage de Locke sur les miracles , passage qui a scandalisé Lapiace : c Lorsque des éYénements surnaturels sont conformes aux fins que se propose celui qui a le pouvoir de changer le cours de la nature dans un tel temps et dans de telles circonstances, ils peuvent être d'autant plus propres à trouver créance dans nos esprits, qu'ils sont plus au-dessus des observations ordinaires ou même qu'ils y sont plus opposés, d Essai, 1. IV, ch. XVI, 13; Lapiace, Théor. anal, des Probah,^ introd., p. xliv.)

* Cf. Med. sac., XI, t. UI, p. 473.

gence par l'expression -, puis, les dogm^ éUpt pris pour misûeures, le n^isonnement peut s'y i^ppKqwer et Û déduction syilogistique vient à propos, pourvu qu'elle soit conduite s^vec réservQ. Carl'excè^àcrfiindre est eelui de la diçpute. L'Église a besoin d'un opium qui calme les fureurs dont elle f)st agitée. Parmi les de$ideraia^ nous placerons un livre qu'on intitulerait Sophron ou du légitime usage de la raison dans les choses divines*

Mais dans la théologie naturelle elle-même, l'excès est plus i craindre que le défaut, \a lumière naturelle s'entend de d^ux manière^^ Elle est cette connaissance qui résulte du sens, dç l'induction, de la raison» de la déduction, selon les lois du ciel et do la terre. Elle est aussi la connaissance qui illumine notre 4me par un instinct tout intérieur, suivant la loi de la

' De Àug,f ni, II, 6t IX, i ; t. f, p. )66 )Bt 477. L'expression 4e lumièt^ naturelk^ déjà employée et originaire dm passage où AHfttote compare l'iBteUig^ce à la lumière, cTcv t^ cpr^ç ( De An., \U, y, i), est empruntée aux scolastiques : « Cognitio quam per naturalem ratîonem habemus duo requirit, sciticet phantasmata ex seusftibua aœepta et lumen naturale UitelligibUe cnjus Tir^te intelligibilea çoneeptionea abstrabimus. (AquiD., Sum., I, q. 12, a. 15; cf. q. 106, a. 1, et Sec. sec., q, 8, a. 1.) Ces mots étaient opposés k ceux de lumière suroaturelie ou divine» e( la philosophie traitait spécialement des choses • cogi^osclbiUa lumipp naturalis rationis. » {fd., l, q. l, a. i.) Ils désigpaieu^^ poi^r Bacou, k la fois le sens commun ou 1^ raison dans sop applicatioi) générale aux choses, et )es principes internes qui lui servant de flambeau , en sorte qu'il appelle la philosophie accensio major lumims naturalis, ( T^mp> part, mosc.f \ II, p. 533, 551.) c Je ne saurais rien révoquer en dQUtf , (jit Descaftes, de ce que la lumière naturelle me fait Toir être Trai.» (Médit,, III, t. I, p. Î70; cf. p. 304 et 538.) t En connaissant qu'il y a un Dieu... on connatt aussi tous ses

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conscience, dernier reste d'une ancienne et primi*tive pureté! C'est à ce titra que Tàme a das clartés qui lui font apercevoir la perfection et discerner la loi morale. Mais cette lumière n'est pas très-vive. Elle nous sert plutôt à condamner les vices qu'à pleine^ ment connaître nos devoirs. En ce qui touche la morale aussi, la religion dépend d'une révélation divine. Une partie de la loi morale est supérieure à la lumière naturelle'.

C'est en étudiant la nature que la philosophie rentre dans son domaine^. Elle est là devant la mine qu'elle creuse et qu'elle explmte. De là une division de la philosophie en spéculative et en opérative, suivant qu'elle s'occupe de la recherche des causes ou de la production des effets. L'une ouvre les entrailles de la nature, Vautre la forge pour ainsi dira sur l'en-

attributs autant qu'ils peuYeut être connus par la lumière naturelle.» (Pilndp., î, 11 et 22; t. IH, p. 69 et 77.) le titre d'un de tes ouviage?: Rackereke de la vérité par le lumière nnlt^ relie,,, toute pure et sans emprunter le secours ie la reUgion f4 de la philosophie, t. IX, p. iv et 333 , déûnit en quelque sorte. les mots de lumière naturelle. Voyez aussi ce passage d'une lettre au P. Mersenne : « Four moi, je n'ai pour règle des miennes (Yéntés;| que la lumière naturelle.» (T. VIII, p. 1^.)

^ C'est là qne Bacon s'explique le mieux sur ijn sujet délicat qu'il a plusieurs fois toucbé, l'usage légitime de la raison en théologie, et la question de l'oaité de l'Égliaé. La ^loleBce de* controverses, la hardiesse de« seates^ les droi^ de la raison, ceux de l'autorité royale le préoccupent et génept la liberté de son argumentation. Ce qu'il dit dans le De Augmentis n*est pas sur tous ces points entièrement conforme ft m qii% dit dans ses ouvrages anglais. {De Aug,^ IX, i; t. I, p. 475-480; cf. Serm. M*f Hl, t. III, p. 219; W^riê, I. II, |t 489 et 1^24, et les écrits politiques sur l'union de TÉgUse.)

« DpAug„nhiy,i.hp,nQ.

dume. La première est ou physique ou métaphysique. Sous ces deux noms, elle recherche les causes*, mais suivant la classification des causes admises dans récoleS la physique traite de la cause efficiente et matérielle, la métaphysique de la cause formelle et finale. La physique est intermédiaire entre Thistoire naturelle et la métaphysique.

On peut la diviser en physique concrète et en physique abstraite. Gomme concrète, elle a les mêmes objets que Fhistoire naturelle, savoir les corps célestes, les météores, le globe terrestre, les grandes collections ou les éléments, les petites collections ou les espèces, enfin les choses mécaniques. Bacon, qui parle ainsi, ne traite complètement d'aucun de ces objets, et dans ce qu'il en dit, le faux le dispute au vrai. Il s'arrête cependant à la vue des corps célestes. La science lui en parait encore peu avancée. L'astronomie a son fondement dans les phénomènes; mais pour l'astrologie, la superstition n'y a presque rien laissé de raisonnable. L'astronomie ne montre que l'extérieur des cieux; elle décrit des positions et des mouvements*, mais la matière des astres et leur influence réciproque lui échappent. Aussi toutes les hypothèses dont elle s'est servie, comme les épicydes et autres, sont-elles abandonnées, et c'est l'absurdité de tant de suppositions qui a poussé les hommes à l'idée du mouvement diurne de la terre, ce qui pour nous est très-certainement faux ^. Cependant

I ClassiAcaUoii d'Aristote, Met., Y, ii, el VIII, iv; Phys., II, III; Sec. Anal, y W, xi.

* Quod nobis constat falsissimnm esse. ( DeAug., III, iv; 1. 1,

la matière des mobiles et la cause des mouvements restent inconnues. On se borne à des observations et à des démonstrations mathématiques. Mais les mathématiques font voir Tarrangement général des choses, et rien de plus. EUes décrivent la machine, et Fastronomie n'en saura pas davantage, tant qu'on s'obstinera à la classer parmi les arts mathématiques. Si elle se portait sur la nature même des choses, elle serait la plus noble partie de la physique. Elle retrouverait dans les espaces célestes les propriétés universelles ou catholiques de la matière ' . C'est cette partît physique de l'astronomie qu'il faut créer, cette asiro^ nomie vivante^ ^ qui décrira le ciel, et non pas seulement la figure du ciel. .

Mais bien plus qu'à la physique du ciel ou du globe. Bacon s'attache à ce qu'il appelle la physique ab-

p. 175.) Bacon, qui réfute ici parfaitement Tastrologie, encore en honneur de son temps, n*a jamais pu admettre le principe du yrai système du monde, tout en raisonnant assez bien sur Tastronomie. « C'est une concession non cmcessible^ dit-il, que ce que demande Galilée. » (Nov, Org., II, 46.) Il couTient cependant que l'hypothèse de Copernic a été acceptée, parce qu'elle ne répugne point aux phénomènes; et il ajoute qu'on ne peut la réfuter par les principes astronomiques, mais bien par les principes de la philosophie naturelle. Laplace cite comme un abus étrange de l'induction les raisonnements par lesquels Bacon 8*efforce de prouver rimmobilité de la terre; mais M. Bouillet le soupçonne d'avoir en cela écouté la prudence, qui arrêtait Descartes lui-même. (De Aug,, IV, i; iVov. Org^ II, 36, 46; Glob. intel., VI ; t. 1, p. 204; t. H, p. 156, 191, 496^ 400; t. III, p. 17; Essai pMlos. sur les Prohab.^ 4«édit., p. 346.)

> Materlae appetitus et passiones maxime cathoHcas, que in utroque giobo valide sunt, et universitatem rerum transverberant. ( De Aug.^ III, iv, 4, p. 175.)

* Quam Astronov^iaM vtoom nominabimus. {Id, ib,, p. 176).

10B ANALYSE DK LA MILOAOPfilË D£ BACON.

8traite, par une âénomination qui n*a qu'une faible analogie avec la phyHquè génitaie des tnodeines. C'est celle qui de la connaissance de certains corps particuliers passe à la Connaissance des Conditions et des qualités primordiales de la matière. Mais cette connaissance, si longtemps Tobjét principal de la philosophie antique, ne peut être abordée sur nouveaux frais sans un retour sur les systèmes antérieurs à la réforme de Bacon. Ici, en effet, nous trouvons une revue des doctrines enseignées depuis Pythagore jusqu'à William Gilbert -, et comme Bacon est revenu souvent sur ce sujet, comme l'histoire de la philoso* phie est une partie intégrante de toute philosophie, recueillons ici les principaux traits de ce tableau du passé.

La fable d'Orphée lai représente la naissance de là

f)hilosophie. Par ses chants, Orphée veut désarmer es (îieux infernaux, et il adoucit les animaux sauvages. Ainsi la philosophie, dans son premier et plus hoble effort, cherche à prolonger la vie de tous les êtres; puis, malheureuse et attristée^ elle.adoucit les ihœurs des hommes et civilise les nations '. La Grèce à produit les premiers philosophes qui nous soient connus. Mais nous ne savons que leurs noms, leurs écrits ont péri. Si cependant on consulte Aristote qui les réînte, Platon, ucéron, Plqtarque qui les citent, les vies de Diogène de Laerce et le poème de Lu^ crèce, on entrevoit qu'à l'exception de Pythagore, qu'égara la superstition, ils ont pen^é avec une cer-

t De Sap. vet., XI, t. Ul, p. 4I4.

CHAP. III. -CLASîilFICAtloA DES SCIENCES. 190

laine solidité et tourné autour de la nature dés choses. Anaxagore, Èmpédocle, Leucippe, mais surtout Heraclite, Démocrite, Parménide, mériteraient d'être mîeui connus. Comme ils ne tenaient point d'école, ils Se portaient à la poursuite de la vérité avec thofns d'aflfectation, avec moins d'ostentation que leurS successeurs. Soèrate ne rendit pas service à la science en la détournant de la contemplation de l'univers. La pensée, en s'emprisonnant dans ses propres limites, devint stérile. Chez les Grecs, nation vaine et parleuse, le désir de briller, le goût de la dispute, la hâte de conclure, la manie des systèmes multiplièrent et accréditèrent l'erreur. On délaissa de plus en plus l'observation pour la spéculation. Platon était un homme d'un sublime génie-, il discutait d'une manière piquante ; il abonde en belles maximes morales *, il a même connu la bonne méthode, mais il Ta mal appliquée. Il regardait plus au monde social qu'au monde physique, et voulait de la science de la nature faire une science divipe '. Aristote, ce ?i grand bomme^ étwt oertaioement aussi un grand philosophe*. Lorsqu'il décrit les animaux, il cherche te vràî avec une sévère iptégrilé. Dans ses Problème^, il parait faire cas de l'expérience* MaU, en sa qualité de Grec> il était trop prompt à décider. Bientôt dédai*

* Dô Àug., î, 36; t. ï, p. 68; i^ot>. Or^., 1, 63, 63, 7! ; Ttmp. part, indie. , Il ; Cogit et Vis, , XUl ; ttedbrg, pMtés. , l. H, p. 26, 27, 34, 344. 367, 36è, 4*0.

« Tantûs ipse vlr, Nov. Org,y I, 96 ; cf. Redarg. philos. ^ l, II, p. 30, 4^8; Magnat ceîte t>hllosophQs, ùe Ang.^ \, U; t. I, p. 85.

gnant rexpérience, ou plutôt la tordant et Tanchalnant à ses caprices, il fit de la philosophie naturelle la vassale de sa logique. Imitant l'ambition de son élève, il médita la conquête des esprits et la monarchie universelle. Heureux ravisseur de Tempire de la science \ il fit comme les princes ottomans, pour assurer son pouvoir il égorgea tous ses frères. Platon subordonnait le monde aux idées et Âristote les idées aux mots. Si Tun était un poète, l'autre était un sophiste. L*un corrompait la science par la théologie, l'autre par la dialectique, comme plus tard Proclus par les mathématiques '• La philosophie ne fut plus qu'une arène livrée à des sectes purement spéculatives, et la dispute engendra le doute. L'acatalepsie domina dans l'Académie. La science énervée et découragée devint incapable de progrès. L'invasion des barbares fut son dernier naufrage. Sur les flots du

* BacoD applique à Aristote» en l*altérant un peu, le vers de Lucain sur Alexandre: Félix prxdo, etc. (X, v. 21-27. Voir DeAug., III, iv; 1. 1, p. 171.)

* Sir William Hamilton ne veut pas qu* Aristote ait corrompu la philosophie naturelle par sa dialectique (logique), mais bien par sa métaphysique. {Disent, of Philos., p. 144.) Platon n*est ici accusé de théologie que parce qu'il divinise les idées , et Proclus n'a mêlé, que je sache, les mathématiques à la philosophie qu'en composant la triade d*autant de triades qu'elle contient de termes, et ainsi à Tiofini. On peut dire qu'il a fait beaucoup de métaphysique à propos des mathématiques dans son commentaire sur le premier livre d'Euclide; mais on ne voit pas qu'il en soit résulté pour la philosophie aucun préjudice. (De Àug.y I et Ul, iv et vi ; t. 1, p. 66, 71, 171, 187, 201; Nov. Org., I, 54, 63, 67, 96; Cogit. et Vis,, XIII; Bed. philos., t. II, p. 20, 26, 30, 58, 368, 360, 425, 441 ; DePrinc. et Orlg., t. III, p. 114, 117 ; Let, à lord Mownljoy, 1. 1. p. 537.)

temps, les débris les plus légers surnagèrent seuls. Ainsi furent sauvés les écrits de Platon et d'Aristote. Les ravages de Genseric et d* Attila vinrent continuer Tœuvre de l'ambition destructive du précepteur d'Alexandre. L'établissement du christianisme entraîna les esprits vers la théologie. La philosophie naturelle fut mise en oubli. Aristote, dont les ouvrages étaient les seuls connus, devint dictateur dans la démocratie des lettres, et sa doctrine bruyante et contentieuse fut incorporée à la religion '. Ce mélange était en soi funeste à la philosophie naturelle. Le zèle religieux la redoute et l'opprime. La superstition est l'apothéose de Terreur. On argumenta donc, on n'observa point. Le raisonnement et l'expérience n'eurent plus rien de commun. Il n'exista plus que deux classes d'hommes, les scolastiques et les mécaniques. Là une dialectique stérile, ici un empirisme grossier. Des hommes, tels que Roger Bacon et quelques chimistes peu soucieux des théories, furent conduits à quelques inventions par une subtilité naturelle. Mais le hasard fit plus en ce genre que le savoir. La poudre i canon, l'imprimerie, la découverte du Nouveau-Monde ne doivent rien à la philosophie. Cependant, vers l'époque de la réformation, ces nouveautés excitèrent des empiriques à chercher de nouvelles voies. Les lettres cultivées avec plus de raffinement dégoûtèrent de la scolastique. Quoique les affaires de la religion consu-

1 t On a tellement assujetti la théologie à Aristote, qa*il est impossible d*expliquer upe autre philosophie qu'il ne semble d'abord qu*elle soit contraire à la foi. • ( Descartes, Lettre au P. Mersenne, Œuv. compl., t. VI, p. 73.)

ses ANALYSE DE LA l>HtLOSOPHlE DE BACON.

massent les esprits, on essaya de forger de nouveaux systèmes de la nature. Ramus s'était révolté contre Aristote-, mais ce n'était qu'Un abréviateur qui rapetissait tout, un producteur disert de bagatelles. Fracastor, sans fonder de secte, fit preuve d'une honorable liberté. Paracelse fut plus hardi ; mais c'était un imposteur, et il a enfanté des monstres. Patrizzi a voulu restaurer, comme Campanella, la doctrine de Platon, Gilbert celle de PhilolaQs, Telesio, mieux inspiré, celle de Parm^nide. Imbu des leçons de l'école d' Aristote, il Ta combattue avec ses propres armes.

Tel est le curieux tableau des révolutions de doctrines que Bacon trace dans cent passages de ses écrits ', et c'est sur cette critique des systèmes et de leurs résultats qu'il édifie le sien.

La physique abstraite a deux objets, la structure ou plutôt le schématisme de la matière, puis ses appétits et ses mouvements-, c'est-à-dire d'une part le dense, le rare, le grave, le chaud et autres choses semblables ^ de l'autre, tous ces mouvements simples ou composés dont la physique reçue s'est plus occupée que de la substance môme des objets, de la nature. De cette physique. Bacon exclut tant le sensible et l'insensible, le rationnel et son contraire, que le mou-

^ Revolutiones doctrinarum. (Cogii, et Vis,, XVII. Voyez id,^ VI et XIV; De Aug.,pr«f,, 7-43; I et III, iv ; Nov. Org,, I, 63, 67, 71, 75, 77, 79, S8, 94; fnslaur. Mag., part. HI, Auct. mon.; Temp. part, masc, n; Redarg, phll, T. ï, p. 12, 63, i88; t. Il, p. 25, 31, 34, 37, 39, 40, 5?, 60, 67, 238, 343, 547, 359, 361, 374, 382, 427, 429, 430, 435, 443, 445.)

CHAP. ItL ^ GLAS8IFH:ATI0N DB6 SCIENCES. ÎOS

vement Totontaire ou intellectuel, réservant tout cela à la science de Thomme. Mais Thomme excepté, la physique doit considérer d'une manière générale tous les modes de la nature, du moins dans leur cause matérielle et efficiente, c'est-à-dire dans les substances réelles ob ils sont engagés. Si elle généralisait encore davantage, elle deviendrait la métaphysique. La métaphysique de Bacon est en efiTel la physique dans ce qu'elle a de plus profond et de plus élevé. L'ancienne physique, selon lui, ne supposait dans la nature que l'existence, le mouvement et une loi de liécessité^ elle ne laissait à la métaphysique que l'Ame et l'idée. La métaphysique baconienne considère spécialement les causes formelles et les causes finales.

On a décrié la recherche des premières. On a nié la possibilité de découvrir les formes des choses ' . Ce sont des explorateurs sans courage ceux qui, dès qu*en parcourant la terre ils ne voyaient plus que le ciel et la mer, se sont écriés qu'il n'y avait plus de continent au delà. Mais cet homme d'un sublime génie, Platon, qui voyait au loin devant lui comme du haut d'un rocher, a dit que les formes sont le véritable objet de la science*, heureux s'il n'eût perdu le fruit de cette pensée éminemment vraie, en sépa-

^DeAug. III., iv, p. 488. — cFormaeinventiohabetur prodesperaia. » {Nov. Or^,^ II, 5; cf. W., I, 73.) Dans ta doelrine scolas- Uqûe, la Ibrttie ëtatit un principe qui donnait à Têtre Texistence avec la détermination, en faisant passer la matière de I9 puissance à Vacte, ne poavait être connue en elle-même, parce quelle était supra-s6Usible ; telle n*est p&s la forme selon Bacon.

rant les formes de toute matière, de toute détermination , pour les contempler absolument et changer ainsi la philosophie de la nature en spéculation théologique ^ Mais si l'on se propose sérieusement de connaître la nature pour agir sur elle et pour s'en servir, ce ne sera plus une recherche vaine que celle de ses formes, du moins celle de ses formes simples. Car les formes des substances ou créatures déterminées sont tellement compliquées qu'il vaut mieux peut-être en abandonner ou en ajourner Fétude. En d'autres termes, la constitution des espèces pourrait bien être impénétrable. Il n'en est pas de même de celle de la matière générale, et après que la physique s'est rendu compte de la structure et du mouvement, qui comprennent ce que Bacon appelle les formes de la première classe, la métaphysique pçut aborder Finvestigation des formes proprement dites, c'est-à-dire non plus la cause efficiente ou matérielle de la densité ou de la couleur d'une certaine nature de corps, mais la cause formelle de la densité de tout ce qui est dense, de la blancheur de tout ce qui est blanc, etc. Et si jusqu'à présent on a échoué dans ce genre de recherche, c'est qu'on a débuté par rechercher de prime-abord les formes du lion, du chêne, ou de l'or, voire même de l'air ou de l'eau, au lieu de poursuivre celles du dense et du rare, du

* Apparemment parce que les idées sont divines. Bacon cependant, sans remarquer que les idées et les formes ont le même nom, ii^o; , admet la proposition : Formas esse verum sdentim obj€ctum,{De Aug,, III, iv, t. 1, p. 188.) Cette pensée est partout dans Platon, notamment dans la Républiqucy 1. VI et VU, quoique je ne Ty retrouve pas en termes exprès.

GHAP. m.— CLASSIFICATION DES SCIENCES. SOS

chaud et du froid, du grave et du léger, etc., ou plutôt c'est qu'on s'est accoutumé à perdre de vue la réalité et l'expérience, à ne soumettre à l'analyse que de pures conceptions, à réfléchir et à raisonner sur des créations de l'esprit. Par une direction nouvelle. Bacon pense abréger le chemin des découvertes. La beauté de cette métaphysique, c'est qu'elle émancipe la puissance de l'homme , c'est qu'elle lui soumet en quelque sorte toute matière, en le rendant, par la connaissance de la cause, maître de produire les effets. Ainsi se vérifiera le mot de Salomon : Bien n'arrêtera tes paiK Quant à la science en elle-même, par la possession des formes simples et des propositions de plus en plus générales que lui fournira l'induction, elle s'approchera de plus en plus de cette unité qui est au sommet de la philosophie naturelle. On peut en effet considérer les sciences comme des pyramides ayant pour base l'histoire et l'expérience. La base de la philosophie naturelle est dans l'histoire naturelle -, la première assise est la physique *, la métaphysique est au sommet. Mais on n'ose dire que l'esprit humain touche jamais le point vertical qui termine la pyramide. Les trois degrés rappellent la maxime excellente, quoique purement spéculative, de Parménide et de Platon : « Tout monte comme par échelons vers Funité*. »

* Non arcUbuntur gressus toi. (Prov., IV, 13.)

* De Aug., loc. cit., p. iOI. Per quamdam scalam tempère le principe plus absolu de Parménide : tout est un, et ne se trouve ni dans Parménide, ni dans Platon, qui cependant n'adopte pas le principe. (Plat., Parm.; Arist., Phifs., I, m; Métaph., II, IT, 26.)

206 ANALYSE h^ LA PHILOSOPHIE HE RAGON.

Nous venons d analyser des pages qui sont au nombre des plus remarquables que Bacon ait écrites. Sa pensée n'acquerra toute sa clarté qu'après qu'elle aura reçu de nouveaux développements dans le Novum Organum, Pès à présent, une chose ne peut échapper au lecteur^ c'est qu'on reconnaîtrait ici malaisément les procédés et le langage ordinaire de la philosophie expérimentale. Bacon en cherche le modèle dans Platon lui-même, et il semble, en écrivant certaines lignes, s'être souvenu duPMJebe^. Cepen-dant il adresse à )a dialectique platonicienne les critiques d'Aristote, et n'hésite pas en même temps à s'appuyer de l'autorité de la moins expérimentale des sectes, de la secte éléatique. Ce n'est pas la seule fois que nous le verrons invoquer Parménide, lui qui semble, de toute l'ancienne physique, préférer celle de Démocrite. C'est vraiment associer les contraires. Mais l'antiquité philosophique a mis bien du temps a se faire comprendre, et malgré des obscurités et des disparates, on ne peut méconnaître ici une certaine profondeur de vue que l'école de Bacon n'a pas toujours égalée ni entendue

Les causes finales sont le second olqet de la métaphysique. Après lès formes, les fins de la nature. La recherche des causes finales est mal placée dans la physique et y devient la plus grande calamité de la

^ C*est une observation du nouvel éditeur de Bacon, M. Ellis, t. I, p. 565. Le son qui constitue une lettre, laquelle peut entrer dans une multitude de mots , est don^é p^^r Platon et -par Bacon comme exemple de l'application de leur inéUnnle de recherche. [Phitehe^ VIII; De Aug.y II!» iv, t, I, p. i89,)

GHAP. llh— CLASSIFICATION DBS SCIENCES. 207

philosophie. Car elle remplace, elle exclut la recher^ cbe des causes physiques. Platon, Aristote lui^mème^ ont sans cesse donné sur cet écueil, et Aristote est plus bl&mable que Platon^ car il plaçait la source des causes finales, non en Dieu, mais dans la nature même. Ce qui était pour lui de la logique était du moiiis pour Platon de la théologie \ Aussi ceux qui tels que Démocrite ont proscrit de la constitution des choses soit un Dieu, soit un esprit, attribuant 1^ structure de T univers aux jeux infiqis de la nature qu ils appelaient d'un seul mot le destin ou le hasard, ceux qui aux choses particulières ont assigné pour cause une nécessité de la matière ont plus solidement philosophé sur la nature qu' Aristote et Platon, et cela uniquement pour avoir foqlé aux pieds les causes d-r nalcs. La recherche des causes linales ne produit rien ; c'est une vierge consacrée à Dieu, elle demeure stérile.

En bannissant de la physique les causes finales, on n'cbranlo point la foi dans la Providence. Ainsi que dans les affaires politiques la prudence éclate davantage, lorsqu'elle fait tourner au succès de ses vues les actes de ceux qu'elle n'a ni dirigés ni avertis, ainsi la sagesse divine brille d'une manière plus admirable, quand la nature faisant une chose, la Providence en bit résulter une autre. Les choses naturelles n'ont pas

1 C*est un principe péripatéiique, que la nature ne fait mn en vain, x oûoi; zoul y,%TY,^ pYjOèv. (Dfl i^wlm. , 111 , ix, 6; xii, 3 et passim.) Mais Aristol# e^t tout près <je faire de la nature une intelligence (id., U, iv, 5), et dans le D$Cœlo, il la met sur la même ligne que Dieu. (I, iv.)

besoin de porter la marque de la Providence. Anstote, après avoir montré la nature grosse de causes finales, n'a plus nommé qu'elle et s'est passé de Dieu, en proclamant que la nature ne fait rien en vain *, tandis que Démocrite et Épicure, en voulant tout expliquer par la rencontre fortuite des atomes, se sont exposés à la risée universelle et n'ont fait que manifester la nécessité d'un recours suprême à un Dieu et i sa Providence.

Ainsi les causes finales, mal venues dans la physique, ne sont i leur place que dans la métaphysique'.

De spéculative la science devient opérative; c'està-dire qu'elle se transforme en art mécanique. Elle se sert dans un intérêt pratique des propriétés qu'elle

^ De Aug.y ni, IV et v; 1. 1, p. 185-195; cf. Kw. Org., 1, 48, 65; II, 3 ; t. II, p. 18, 27, 83. — Ces passages ont été reprochés à Bacon, comme contraires à Tidée d*une providence. Cependant il ne se prononce pas contre les causes finales quod..» verx non sint; seulement il n'en admet la recherche que dans la métaphysique. Encore sa métaphysique est^lle une partie de la physique, et nous l'avons vu ailleurs appuyer la foi en Dieu sur l'enchaînement des causes. Descartes, au reste, parle comme lui : ff Nous rejetterons entièrement de notre philosophie la recherche des causes finales; car nous ne devons pas tant présumer de nous-mêmes que de croire que Dieu nous ait voulu faire part de ses conseils, i Princip., V part., A. 28. cTout ce genre de causes, qu*on a coutume de tirer de la fin, n*est d*aucuB usage dans les choses physiques et naturelles. > {Médit., IV. 5.) ff Quoiquen matière de morale... ce soit quelquefois une chose pieuse de considérer quelle fin nous pouvons conjecturer que Dieu s*est proposée au gouvernement de Tunivers, certainement en physique, où toutes choses doivent être appuyées de solides raisons, ce serait inepte. » ( Rép, aux obj, de Gassendi, Voyez 1. 1, p. 397; t. II, p. 280, et t. III, p. 81.) Cette doctrine, blâmée

a constatées dans un intérêt spéculatifs La magie naturelle n'est elle-même qu'une application extrême de ce procédé de l'esprit scientifique. Tandis que dans la philosophie reçue, les mathématiques sont mises au rang de la physique et de la métaphysique, leur place est celle d'une science auxiliaire de la philosophie ^. Elles ne sont pas une science substantielle et principale. Sans doute la quantité qui en est le sujet, étant comme la dose de la nature*, doit être mise au rang des formes essentielles. C'est la plus séparaUe de la matière, la plus susceptible d'un état d'abstraction, ce qui attire toujours l'esprit humain. II aime à se mouvoir dans le champ libre des généralités *, et l'orgueil des mathématiciens a voulu décer-

par Cudworth, a été combattae par Boyle, qui ne s'en prend qu'aux cartésiens. {Dissert, about the fin. caus.y Works, t. Y, p. 392.) Nei/vton paratt pencher yers l'avis de Boyle, en disant: c Deus sine dominio, providentia et causis finalibus nihil aliud est quam fatum et natnra. » {Princip:, III, Scol, gen,) Leibnitz est allé beaucoup plus loin que Newton. (Voyez plus bas, I. III, ch. I.)

' Un des nombreux passages où Tutilité des hommes est donnée comme la fin dernière des sciences et qui font de la doctrine de Bacon une philosophie de fruits comme dit Macaulay, fructifera, et non plus seulement lucifera. (Cf. Nov, Org,, I, 73, 120, i Si ; t. II. p. 36, 72, 73.) Quant à la magie, Bacon la regardait comme une science des formes cachées des choses, et un art d'en tirer des manifestations merveilleuses : science et art où les Perses avaient cherché les secrets de la nature et ceux de la politique. {De Aug., III, v ; t. I, p. 196, cf. A Préparât, to the union of Engl. and Seoil, Works, t. IV, p. 287.)

* In philosophia recepta. — Scientia auxiliaris. ( De Aug,, III • VI, 1. 1, p. 199, 200.)

* Dosis nature.

^ Generalium campis liberis*

9iQ AM4LY«|i W U raiMWÔMIIB DE BAOOV..

ner à leur sciem^ le pm»ier mog, Mtti§ pour qui s'attacha à Tutilité et àU vsilaur eSéotive^ leg mathématiques ne sont que les troupes auxiliaires de la physique et de Ia uiétaphysiquei de la mécanique et de h (uagie. Ck^nmie la logique, elles doivent être les servîtes de h^ physique, et flères de leur eer» titude, elles opt préteudu a la domination»

E;Ues sont pur«P ou mixtes. Les mathématiquei pures ne s'ocoupwt qi)e de la quantité, parfoitement séparée par ahstriuAion de la matière et des axiomes physiques ^ Elles se e^ouponeat de Tarithmétique et de la géométriei qui n'ont presque rien gagûé depuis Ëuelide et Pro^usé l^es mathématiques mixtes appli* quent les propositions A des grandeurs physiques. Certaines sciences comme celle des machines, la perspective, la cosmographie» ne peuvent s*en p«sser« On peut leur prédire dans l'avenir une grande exten^ sion, si les hommes ne perdent pas leur temps. A mesure que la physique fera de nouveaux progrès et découvrira de nouvellea lois, cm aura de plus en plus besoin des mathématiques, et le domaine des mathématiques milites s'«grwdir« ^

t n est cen^in ^e l«s niatbémaUque« traitent <|« U gnu* Aear aiasi considérée cmerely severe4 fron «nj Mioms et ^^i^xn\ phih]fso(4ty », dit le i^xx^ anglais (a, ^ a%^, p. 901, «t Wori^f (t Ij P* ^08.) Cela Qe s|g^i^e donc ps |irécUéoA«H qa^les mat^ématiquos soient 4émé«a de U j^Uoioplae oft»-* roUe» al (ondées suf l*e«|)térieiice, comice pent^tre lea ftlncipes de Bacon Vattraie^t codcIhU ^ le soutenir* ûa remarq«ei« qn'il fait toujours ^ouer à Proclus,'dans les matl^éaMt^uiis, un rôle supérieur à celui que lui attribuent les hialorien^ <|e la science. (Montucla, part. 1, 1. V, 1. 1, p. 354.)

« De Aug., m, VI, p. l99-20i.

CHAR Ill.-^CLASSIPICATIOH DM MtEMCBS. IH

Après Dieu et la nature, Thômme est l'objet de la philosophie. C'est ici cette science Ae nouë'^mèmes recommandée par l'oracle antique. Elle est poui^ rhomme la fln de toutes les sciences -, elle n'en est qu'une partie pour la nature. Car c'est une règle gé^ nérale que les distinctions entre les sciences ne ser^ yent qu'à les caractériser, à les classer, non à leS séparer absolument les unes des autres. Il faut éviter entre elles toute solution de continuité ^ Ainsi la science de l'homme est double, car elle le considère soit isolément, soit en société. Dans le premier cas, elle est la philosophie de l'humanité, dans le second, la philosophie civile. La première doit être enfin émancipée, êmancipêtur, et amenée t l'état d'une science déterminée, qui considère l'homme en gé>néral. L'humanité réside dans une personne mi^cte dont il faut étudier l'état et la nature. Quelles sont les misères de l'homme? Quelles sont ses prérogatives oo jusqu'où peut41 s'élever? Pures questions de foit auxquelles l'observation répond. Puis vient la <{ue»tion de l'alliance, doctrina de /Mêtê^ ou Itt science des rapports du physique et du moral^ comme parlent les modernes. Bacon la poursuit dans l'étude de la physionomie, dans l'interjurétation des songes» dafii

1 M. Boaillet rapproche, avec raison , cette pensée de ces mots de Descartes : c Distingoant tet solelicèt entre élled par les objets dont eUet t'occapenl, les hommes cfotont ifu'fï faut les étadier à part et indépendamment Vatie de rantre. Or c'est Hi une grande erreur; les sciences tontes ensemble ne sont HêR antre chose que rintelHgence Iramalne qnï reste une et toci^ jours la même, quelle que soit la variété des objets auxquels elle s applique. • (aé^. pomr to dmei. et te$p., t. XI» p. XH.)

Si 3 ANALYSE DE LA PHILOSOPHIE DE BACON.

rexamen de Tinfluence des passions et des maladies.

Parmi les sciences qui concernent le corps humain et dont la première est la médecine, il signale Fart de recueillir les cas nosologiques, Tanatomie pratiquée sur les hommes morts dans des conditions et par des maladies diflérentes, ou sur les animaux vivants^ c'est dire qu'il a eu l'idée de l'anatomie comparée et de l'anatomie pathologique * longtemps avant Duverney etMorgagni.

L'âme humaine est le trésor des sciences. On distingue en elle l'âme rationnelle qui est divine et l'irrationnelle qui vient de la même source que les éléments. La seconde, tirée du limon de la terre, n'est que l'organe de la première qui est le souffle de Dieu. Appeler l'âme acte dernier, forme du corps, c'est tomber dans les billevesées logiques^. Ceux même qui suivent la philosophie des sens ^, ne peuvent méconnaître les dons qui constituent l'exceUence de l'âme humaine. Elle diffère de celle des bêtes, non pas en degré seulement, mais en essence, ou comme dit l'école, spécifiquement. Aussi quoiqu'il fût possible à la philosophie d'éclaircir par des recherches plus exactes et plus profondes qu'elle ne l'a fait encore ce qui regarde la substance de l'âme, son origine, sa séparation d'avec le corps, son immortalité, cependant

* De Aug., IV, i et u, p. 204-232.

' Nugae logicae. (fd, ib,, m, p. 234.) Ces nugx oe sont pas moins que la définition de Tâme donnée par Aristote : <j^x^ i<mv &vTsXExtioc "h it^cûTYi aÂ>p.aTO( , etc. Actus uUimtis est apparemment ici pour actus frimus; au fond le sens est le même. ( De Anima^ H , i , S.)

' Secundum sensum philosophantes. (Id* ib,, p. 233.)

GHAP. III.— GLASSIFIGATION DES SGIENGËS. Si5

Tàme intelligente est si manifestement venue de Dieu, qu'il vaut mieux résoudre ces questions par l'inspiration divine, c'est-à-dire les renvoyer à la religion. Ceci ne s'applique pas à l'àme sensible; commune i l'homme et aux animaux, c'est une substance corporelle raréfiée par la chaleur et rendue invisible. Telesio en a bien parlé. Mais la science demande de nouvelles recherches.

Les facultés de l'âme rationnelle les plus connues sont l'entendement, la raison, l'imagination, la mémoire, l'appétit, la volonté. On peut consulter la logique et l'éthique qui traitent de l'usage des facultés. Mais une doctrine complète doit remonter à leur origine, et décider si elles sont innées. Rien de remarquable n'a été dit à cet égard. Il faudra même rechercher s'il y a une divination, c'est-à-dire une faculté naturelle ou artificielle de prévoir l'avenir, et une fascination, c'est-à-dire une puissance, un influx de l'imagination d'un homme sw le corps d'un autre honune'.

Quant aux facultés de l'àme sensible, elles ont été incomplètement étudiées. La première est le mouvement volontaire; la seconde est la sensibiUté, dans laquelle Bacon veut que l'on distingue la perception et la sensation. Il signale cette distinction comme fondamentale et comme un objet d'étude parmi les

< A la manière dont Bacon s*eiprime snr cette question problématique (id. ib., p. 236), on dirait qu'il veut parler du magnétisme animal. 11 se sert même de ces mots virtutum ma-gneticarum delaiUmes. U est vrai qu'il a en vue les idées^de Pa< racelse.

314 àNALYSK D£ LÀ NlLÛSOraiB BK BAGOM.

dtsidenUa de la philosophie* Ses successeurs ont entendu sa voix, et ce vœu est, comme on sait, accompli.

La, science de Tintelligence et oetle de la vobntA sont comme deux scBors jumelles. La pureté de Vil^ lumination intérieure et la liberté de Tarbitre ont commencé ensemble et sont tombées ensemble; (( et il n'est point donné dans Vunivarsalité des choses d'aussi intime sympathie que celle du vrai et du bon^ » La logique et la morale ont cependant chacune leur province. L'une a pour terme les juge^ ments, Tautre, les actions. Mais l'imagination ou fantaisie est commune i toutes deux. Messagère» agent ou médiatrice, elle va de l'un à l'autre. Le sens en effrt transmet à la fantaisie ces images diverses que Bacon appelle idoles^. La raison les soumet à son jugement, puis les rend triées et contrôlées à hi fantaisie, avant que la décision passe à l'exécution. Car tout mouvement volontaire est précédé d'une excitation de la fantaisie. Mais la fantaisie ne se borne pas à ce minisrtère subordonné, eUe a une autorité propre. L'ima-

« Jd. i*., p. 245.

* Sensus idola omnigena phanUsi» tradil. (fd.^ p. 244.) Bacon, comme Ta incfiqué M. Hallam ( LiU. europ.^ t. Fil, ch. Hl, aO), paraît traduire pat idéla^ les ima^ on fantâmn que, suivant Aristote, les sons traosm^tteul à Teaprit. Ariatote sa sert pourtant du mot (fxrcxau.oL et non si^caXcv. Ce dernier mot est employé, avec une signification analogue, dans une des lettres attribftéea à Ptaton (Vil, Ut). Mais en géBéral, daas Platon, il désigne plutôt des simvlacrea trompeurs, et se rappv^eke davaiitag» du sena que Bacon kii doaii» dans s» tbéori* ëas il)«» sionade l'esptU. ( Vojfos^ leoMplue aiB^vanU Cf. 4^.» Vil, ti% IX, 587; X, 601 ; Sophïst,, 341, 264, 266.)

GHAF. III «^GLAMtfrfGArfOM DtM ^IfeflGÈè. f t»

ginstiiHi domina c|tielquefbls la rdisoti. Qttel rdle né jaue^-dto pM â«ti8 la féligidtt, réloquêtu^, la poéflie?

La logique n^efst pas goflfée de tottt. CoMnke le^ Hébreu préféraient le» oignons d'Egypte â la mànm eéleste^ certams écrite aiment miéù^ llilstoir^ d lu pcOitiqiMi^ tout ce qni sotilève les passions humaines, que les sdenees purenient rationnelles qni sont les deCi dei autre» scienees et le# aHs des arts, comme Tànie ert la forme des formes ^

Cet arta ont pour but lA redierche oti Tîntentioti, l'examen ou le jugement, la conservation ou le sourenir, Vexpresaton ou la tradition des sciences. De là, à proprement parler, quatre lo^que^. Dans les dem premières, Fart d'iotenter et Vart déjuger, fiacon distingue entre ift?e«ter des seîences et inventer dea frisomiefflefita^ Mt^e juger par indU(%ion et juger par ayllogisane. L'art de rinvention dans tes scieneea et du jugement induetîf est Yàrl par lequel l'esprit a'élève des expériences à leaiis lois générales, ab éstperimeniis àd astimiàia, Cesrt une méthode qu'fl placera sous le nom de JVômfm Orfànum en regard de VOrjftmum d'Aristote^ | e*esl cette logique qui passe pour at^ supplanté la logique de l'antiquité et du moyen âge. Moins que le hasard en effet, là réflexion

1 Aristote, De M. Mf vm, S.

* Veûf^Ni Mr?«#r an<ee cfael éef^ &t beme M ôif âe Èêrîenx JmtffÊt êé nrivffv effck}«e laeétt t fl tvHàt de fl^ eetié fànt^i^t « J'boDore là iê^feês» qtA firopese aa nétfveV àfgtùê atfCtfM (ftfé céHe q«» riMfésènif tM6 tMarfeUà Jaaibe. » {È:atamiité6 làpti-

a présidé aux premières découvertes. La dialectique a pu apprendre à en raisonner, non à les faire. L'induction qu'elle nous propose comme moyen de trouver et de prouver les principes des sciences, est insuffisante et vicieuse. Elle travestit la nature au lieu de la dévoiler. D'une simple énumération de cas particuliers, elle ne saurait tirer qu'une conjecture probable ^ Quelle certitude nous fournit-elle de n'avoir pas omis quelque fait caché dans l'ombre, qui répugne à ses conclusions ? Que serait-il arrivé, si Samuel, content de voir dans sa maison les fils que lui amenait Isal, ne se fût point enquis de David qui était aux champs' ? Mais les logiciens pressés de produire leurs théories, ont montré un superbe dédain pour les faits particuliers. Ils les ont envoyés en avant comme des licteurs pour leur frayer le chemin. Jamais ite ne les ont réunis autour d'eux pour prendre conseil et délibérer en règle. Supposez les principes dûment éta« blis par l'induction et l'expérience, le syllogisme serait encore peu propre à en tirer sûrement les axiomes inférieurs ou propositions moyennes appUcables aux choses naturelles. La réduction aux principes se fait, comme on sait, dans le syllogisme à l'aide des propositions moyennes'. Ce procédé peut

' Sar rinsaffisance de la simple énumératioD comme base de riDdactioD, cf. Distr. op.. M; De Aug., V, ii; t. I, p. 22 et 249; Nov. Org., I, 69 et 105; t. II, p. 32 et 62.

< c Samuel dit à Isal : a Sont-ce là tous vos enfauU? > Istî lui répondit : c II en reste encore un petit qui garde ses brebis. > — EuYoyez-le quérir, dit Samuel. » Rois^ I, xvi, il.

* La réduction est en logique ropération par laquelle tons les syllogismes d*une autre figure que ia première sont ramenés

être valable dans les sciences populaires comme la morale ou la politique, ou même dans la théologie ; mais en physique, où tout est engagé dans la matière, le syllogisme ne triomphe pas de la nature comme d'un adversaire dans la dispute, et la vérité échappe des mains'. Jamais la régularité de la déduction ne corrigera Terreur de fait qui se sera ghssée dans les prémisses. C'est ce qui a conduit tant de philosophes au scepticisme, à cette acatalepsie si chère aux académiciens, ces calomniateurs des perceptions des sens. Les erreurs de la sensation doivent la plupart du temps être imputées aux torts de l'esprit, à l'obstination, à la légèreté, à la présomption, qui ne veulent pas observer méthodiquement. Il faut une méthode en effet comme il faut un instrument pour tracer une ligne droite ou décrire un cercle. Il faut un art qui rende l'esprit égal aux choses, ut mens per artem fiât rébus par ^,

Cet art a été jusqu'à présent la logique. Mais il y a plusieurs logiques. La première, celle de l'invention des sciences, manque. H faut donc, dans l'inventaire, à l'article : argent comptant, écrire : néant. La se-

à celle-ci, et selon Port-Royal, les syllogismes complexes aux syllogismes simples. Dans tons les cas, le retour de la conclusion au principe ne peut se faire qu'en repassant par le moyen.

1 « La vérité échappe souvent à ces liens (des formules de raisonnement)... Cet art syllogistique ne sert en rien à la découverte de la vérité... La dialectique vulgaire (lo^ica vulgaris de Bacon) est complètement inutile à celui qui veut découvrir la vérité. » ( Descartes, Règ. pour la dir. de l'esprit, Œuvres, t. XI, p. 255; cf. De Aug., Dislr, op., II, p. 2i, 23.)

* DtÀug.,y,u, 1. 1, p. 252.

Si 8 AHAtYSK m LA PHIUMOraiE M BACOM.

conde logique, la dialoctique des écoles, ne fonge même |N|3 aux découvertes. Elle ne sertqu'i rin?eii* tioa des argumente, Baixm n'en dit rien de bien nouveau, C'est pour la premitfe qu'il réaenre tous sessoina.

La troisième logique ou Tart de retenir n*e9t guère qu'une mnémonique, où Von trouve cette pensée re* marquable : la mémoire, o'eàt l'isfini; il wenài donc impossible de rappeler volontairement, mélhodîqQe** ment, un souvenir» s'il n'existait^ avant le souvenir distinct, une perception quelconque de ee qu'on veut rappeler, nn^ prinotion qui est comme une tnmdiee dans l'infini, et qui limite le cbamp de la recherdie.

La quatrième logique ou l'art de la lexique tradt*' tive, n'est au fond qu'une rtiétorique, et enseigne surtout les méthodes d'exposition et de discnsMon. Toutes ces partiea de fat logique dans Bacon off^nt plutôt un classement et des vues de détail qu'un en-^ seignement systématique^.

La morale ou l'éthique est en partie qiécolative, en partie pratique. EUe dMrdie le mod^ dû Uen^ ou elle ens^ne la culture de Tàme. Quant an pre^ mier point, le christianisme a supprimé tout débat; le souverain bien, c'est Dieu^ Pour le ebrétien^ la vraie félicité n'est qu'en espénmee ; mm le bieo^ UA qu'il est sur la terre, a été Tobjet d'utites recherches. II est décrit , pour ainsi dire> dans le tableau que les philoaophea ont fût de tooles lea ver tos« Les ptfena ont excellé en ce genre-, la théologie chrétienne les a

i De Aug., V et VI, 1. 1, p. Uê-Uè,

CHAF. lU — CXA881PIGATI0N DU SGICHCU. 319

surpassés par unn casuistique perfbctionnée. Cepen^ dant DU n'est point descendu asaes avant dans la réa-< Uté-^ on n'a pas examiné d'assez près tout ce qui se passe dans le coeur humain.

Le bien qu'il aime ou qu'il doit aimer est i la fois particulier et général. Le bien particulier est inférieur au Itten général, et s'il en est séparé, c'est un bi^ égoïste pour ninsi dire, bonum èuitmiù^ qui, f6t-*il pur et véritable, ne doit pas être Tunique iMit de l'bomme. Aussi la vie contemplative qui n'aurait pas d'autre objet, serait*dle, quoi qu'en dise Aristote, in« férieure à la vie active \ Dieu et les anges peuvent seuls n'être que spectateurs. Le bien général, bomtm cùmmunionUy n'intéresse pas seulement l'individu, mais aussi la société. Le bien est comme le centre de tous les devoirs, et ici se posent une foule de ques« tions morales dont la plus importante est cdle de la comparaison des devoirs «atre eux. Dans quel cas fautril qu'un devoir le cède à un autre devoir P Là est le grand problème pour la conscience.

Quant à la science de la culture de l'àme^ qoant i la gèorgique marak^ elle devrait étudier les caractères et les sentiments, montror comment on les corrige, établir et discuter les maximes fondamentales, expli« quer enfin la nature et le pouvoir de l'babitude, et cela dans l'intérêt de la vertu. Sur tous ces points, Bacon prodigue les vues justes, les fines remarques. Il parle cependant plus en observateur qu'en législa-

* Arist., Mor, Nicom,, I, ii, 2, 10 et 15; X, viii, 4, 7, 8; Mor, Sud., \, IV, 5; Met, I, i et u, ff ; vo^ep tuffii, sur le bien, les trois mondes d* Aristote, passHih

SiO ANALYSE DE LA PHILOSOPHIE DE BACON.

teur des mœurs, et s'il ne s'appuyait sur la religion à laquelle il renvoie sans cesse, on aurait peine a saisir quel est le principe de sa morale. Ce qu'il appelle le bien semble n'être souvent que le bien de Thumanité, quelque chose comme le bien public*.

Il devrait se trouver plus à Taise, lorsqu'il applique la morale, non plus à l'homme seul, mais à l'homme en société. La science civile, ainsi qu'il la nomme, est relative au commerce des hommes, à la conduite des affaires, enfin au gouvernement. Ici l'éthique ne demande plus que le cœur soit bon, comme elle le demandait à l'individu*, elle se contente d'une bonté tout extérieure qui suffit à la société. Elle ne cherche et ne veut que cette sagesse qui se nomme prudence. Bacon semble entendre ainsi la sagesse de Salomon-, et en effet le sage des rois dans ses livres semble avoir plus souvent en vue l'esprit de conduite que l'enthousiasme de la vertu. Bacon en extrait trente-quatre maximes qu'il commente avec toute la sagacité que peut donner l'expérience du monde et des affaires *, et venant enfin à Yambiius vitœ ou à l'art d'être l'artisan de sa propre fortune, il donne les meilleurs préceptes de prudence humaine. Ce qu'il dit ne formerait peut-être pas de grands caractères, mais rien n'y tendrait à pervertir ces vertus moyennes dont le monde se contente. La censure de Machiavel, dont il loue ailleurs le talent d'observation, ne vient donc pas là comme un pla-

» De Aug., VU, 1. 1, p. 349-383.

« /d., Vm, 11, 1. 1, p. 388.

cage hypocrite*; et quoiqu'on puisse se plaindre de ne pas reconnaître dans Féthique de Bacon les signes augustes de la philosophie véritable, il faut avouer qu'il parle généralement le langage de Thonnèteté. L'amour de l'humanité le guide et l'inspire.

La morale civile, on le voit, est déjà presque une politique -, mais il se réserve sur la politique proprement dite. En matière de gouvernement, il enseignera, dit-il, un art qu'il a oublié d'insérer dans son tableau synoptique des sciences humaines, l'art de se taire. Et comment oserait-il parler devant un aussi grand roi que celui auquel il adresse son ouvrage ? Sans doute il aurait pu traiter du gouvernement en connaissahce de cause-, il a traversé de hautes magistratures. Il ne sait par quel destin, né pour les lettres, il a été entraîné, contre son génie, à diriger les affaires pubUques. C'est du moins un honneur pour les lettres mêmes. Il n'a d'ailleurs négligé l'étude ni de l'histoire, ni des lois. Cependant si pour ne rien omettre il écrit un jour sur la politique, l'ouvrage ne sera qu'un enfant avorté bu posthume ^.

On voit qu'il pratique la prudence, après l'avoir prescrite. Ce n'est pas qu'on ne pût çà et là glaner dans ses écrits des pensées d'homme d'État, de ces

' Id, ib., p. 4S5. — C'est à tort qu'on a reproché à Bacon d*a¥oir fait l'apologie de Machiavel ; il le censure comme mora- Uste et ne le loue que comme obsertateur. (Voyez De Àug., VII, n et m; VUI, n; Parab. xvni et xxi; 1. 1, p. 367, 378, 402, 404, 411 et 429.)

* Proies aut aborllYa aut posthuma, (id, ib., m, p. 439.)

%»% AHAtYSB M LA raUiOMMlE DE BACON.

pensées qui dénotent un toteur préparé par les fone* tions du gouvernement à la leeture de Thistoire. Mais de la politique comme science, il n'en a pas traité^ il n'en a pas môme indiqué les principes* Sa^ chons-lui gré cependaht d'eu avoir bit une partie de la morale.

Il est moins réservé sur le législation. Ses Aph»» risméê sur la jmiioe unifiernelle et iur les 90Ure$M du cfrot^ forment la première partie d'un traité qui devait en avoir cinq« et qui etécuté dans son enseinble avec le même soin et le même succès» pouvait èti^ un ou* vrage du premier ordre ' . La loi doit remplir cinq conditions : être certaine dans son intimation, juste dansi ses prescriptions, facile dans l'exécution, con^forme à la nature du gouvernement, prc^e à Sure naître la vertu che2 les sujets. De ces cinq rè^^es ou de ces lois des lois, la première seule a été dévelop* pée par Bacon, et ce fragment est à lui seul un tnûté de la rédaction des loid. Il est digne de sa grande ré* putatioUi

Ainsi se termine le tableau eneydopédlque de Bacon ou la mappemonde du globe intellectuel. Itens cette carte immense et réduite^, toutes les régions ne sont pas également explorées ni décrites ; bien des contrées inconnues ne sont qu'indiquées.

' Tractatus de justitia univarsali sive de fontibus juris in mio Utttlo. {td. ib., p. 4Si'-47i.) Ce fpftgriMfet a élé t»ablié eeawie m ouTrtgo té^mé (in^ZÈ, Pida« i7St), ei trttfsit pluaienrs fois comme tel «i flraiiç«is. M. Dapi* en t dosné dtttt édiUoM latisea. Od croit q«*il faittri partie (f Une iiAredacUoil aa digeste des lois d'Angleterre.

< Globum eilgQiim. (KL, IX, i^ p. 484*)

GHAF. 10. 4. GULManCATiaM DU tCIMPMS. %K

Mais ie ces iêtra mcognUm^ il trace en général les grands contours, et il exhorte les hommes de son temps et de Tavenir i remplir tous les vides qu'il a laissés. D confie ayeo espérance l'achèvement de son CDuvre à son siède, à cet âge du troisième retour des lettres^ où la paix règne en Angleterre, en Italie, et même en France' , où l'art de la typographie prodigue les livres à pleines mains, où le monde, parcouru de toutes parts, agrandit et renouvelle le champ de l'expérience. Que des censeurs s'élèvent, il ne leur répondra que ces mots fameux : k Frappe ^ mais écoute', a

Dans ce vaste tableau il a lui-même signalé des la* cunes. Presque toutes, suivant hii, sont des vides de la sdeiice ou des négligences de l'esprit humain. Nous en donnerons avec quelques explications le ca^ talogue dans les termes où il fa rédigé«

Le not^eau monde des sciences ou é$Htiêmtû. «^ Leê^trreun cb Ai nature 9u l* histoire êê9 pritergénè^ ratianM. C'est Vhistoîre des productions organiques irrégulîères, cette science qui date de nos jours. ^^ Lee ckcAnês dé h nature eu l'hieieifè mécanique f oelle des arts et métiers par lesquels l'homme asser* vit la nature. -^ Lhieteire indnctite ou TMi^eire ntih tureik ayaiimmttque peut eertir de fondemera à U pMloeopÛe^ -*-* L'milete Poiyphème cm tMeteire dêê

^ C'est en 1623 que Touvrage parut. A cette époque, en effet^ quoique la guerre de trente ans fût commencée depuis cinq. Il Frtn<ee n*y prenait point encore part, et la paii de Montpellier Tâvait délivrée de la guerre civile.

« /d., VIIl, m, et IX, i, p. 472 et 484.

lettres. — L'histoire selon les prophéties^ cette partie de rhistoire ecclésiastique destinée à faire comprendre le sens et Faccomplissement des prophéties ^ — La philosophie selon les paraboles de F antiquité ^ Texplication philosophique de la mythologie. — La philosophie première ou des axiomes universels des scienr ces. — UastroTvomie vivante; c*est Tastronomie physique. — L'astrologie raisonnable; la science des rapports des phénomènes célestes ou météorologiques avec les phénomènes terrestres. — La continuation des Problèmes de la nature. C'est la suite d*un ouvrage d'Aristote, Tétude des cas obscurs ou extraordinaires de Fhistoire naturelle. — Les opinions des anciens philosophes. — La partie de la métaphysique relative aux formes des choses^ ou la recherche de la nature et de la cause des phénomènes les plus généraux. A parler le langage actuel , ce serait la recherche des lois desphénomènes. — Lamagieriaturelle ou la déduction des formes aux œuvres 5 c'est-à-dire l'application des lois des phénomènes à des matières passibles de leur action, dans le dessein de produire des effets nouveaux et frappants. — L'inventaire des richesses humaines^ c'est-à-dire des produits utiles de la nature ou de l'art. — Le catalogue despdychresies^ c'est-à-dire des expériences qui conduisent à d'autres non moins utiles. — Les triomphes de V homme ou les sommités de la nature humaine. — La physiognomie

. ^ /(2., II, p. XI, p. i53. — En la demandant, Bacon a demandé aussi VHUloite deNètnésis, qu*U oublie ici de mentionner.

du corps en mouvement ^ — Les narrations médicinales^ ou les descriptions cliniques des maladies. — L'anatomie comparée^. — Le traitement des maladies réputées incurables. — L'euthanasie extérieure. — Les médicaments authentiques; la matière médicale. — L'imitation des eaux thermales naturelles. — Le fil médicinal^ Tart d'administrer les remèdes. — De la prolongation de la vie. — De la substance de Tàme sensible. — Des efforts de l'esprit dans le mouvement volontaire. — De la différence de la sensation et de la perception. — La racine de la perspective ou la forme de la lumière. — L'expérience lettrée ou la chasse de Pan^ Tart d'expérimenter. — Le Nouvel Organon. — Les topiques particuliers^ le relevé exact de tous les points à constater ou à étudier sur chaque sujet. — Les sophismes des idoles^ les principales causes d'erreur de l'esprit humain. — H analogie des démonstrations ^ la recherche du genre de démonstration qui convient i chaque question '. — Des notes des choses^ ce que les modernes ont appelé la théorie des signes. — * La gramma'ùre philosophique ^ — La transmission de la lampe ou la méthode aux enfants {ad filios) ; l'art d'enseigner. — De la prudence du discours privé ; c'est l'enseignement ésoté-

^ Phffsiognomie est là poar physiologie; Aristote, aa dire de Bacon» n'avait traité que de la structure du corps humain en repos, (/cf. IV, i, p. 207.)

* AnaUmia comparata. Est-ce la première fois que cette expression est employée?

» Cf. DeAug.f V, iv, p. 278,

^ Grammaiica philosopkans. Cest la grammaire comparée. (Id., VI, I, p. 285.)

m AIlÂLtdtS DE LA MlLOéOPttlE DE bkcO^.

ritjlie dh iifcltîâittdtiqtife. — Lei cûïiktir^ dkï Meji èi ïth mal Èppifi^i hiM éimplé Ijbb cdfHpoii^. — tti hHiifftm^ iits thosei^ OU le pour él le cdrilrê *.—!>* fbmiuhè hiihèur^ kft? tnrt t>ràfoir^e; 6é Sbfit lfe§ tlPàtisltiottS. ^^ Lu hfàtite èérieulte ou fintéH^eiii^ efei chb^ ^»; ta péiftlUrfe flés tttteiifs fel Ûes càt-àbtèi-es. — Là ^ôr^iqne cfe TtiHife ott fa PM/fto>1? ei*$ ^èttH. — i^ Jè- H^î'ré cfe fé !:?> oti A?^ occajtotià hotl^es. C*est le irë^

eufell d^ rtgle^ de ta icbudulté dA»â lès diverses KIFebnStatlcéS.^^L'Itrfwah tffe M fb^-ft^Tic oti rard7ir*m^t fàrHèim) Éê ntifè'. — Li! ct^hsiii miné (pitiï^ttiS) dît éê VextÉfision »•! fMitîèrèi de ttYàpii^\ — Oèh d'm^juHfce nnBer^ifè bit idiês ièûrcê^ iu^f-dït,^^ Bdphfi>n bu tftt té^îlinib ttid^ë es fit ramn hiifnàihÈ Hâfié M ichos^s dhifïté', -^ Iréniié dii i^s êègrh àè tHnm \iànê Id bid éft Diënt c'ésl-à-dlre là détëttttlnâliott Aes p(JlHts feridôhlenttuk de Jà WmhidillttH chhéilferttte-. — Lë^ mtreè cWe^df m tei imM^ tms deê Émtïti^ i tttid èeileiéHbn àbffllhàiW Ôë§

« AH^lblê, àjrâttt; A^hi lé livré î^ de Va Hhétûrîqû^, rethel-cbê comment les biehs et les maux sont représentés et démontrés oratoirement, Bacon a repris ce sujet dans un ouvrage mis à la sùile (le la première édition des Kssais^ei inséré en lalin dans Wë \Mé VI dtt bc Àn^iîïenth bothilie spéclinéh dé l'art dé UliscUtéi' les sopbismes de la rhétorique. Les rliéteurs appelaient colores les apparences que Tart de la parole peut donner au bien et au mai.

> Il en a donné quarante-sept exemples au chap. III du lit. Yl.

> Le sujet de Ses Essais, auxquMs il a donné ce litrte en latin. * La question de Tagrandissement' lëtrîloHiil de Tëmpiffe

avait été traitée dans les Essais; et ce mofceau à ëté Ihsérc dans le DeAvgmentts^ comme comblant tinë lacune db H science politique (VllI, m, t I, p. 459 ; Serm.fidely ICilîl, t; Hlj p. 297).

CHAP. m. — CLASSÎFICAtlON DKS SCIENCES, fil

))rinci{mux texlëô sacrés avec lés annotations ttécessaires.

Tous ces noms tte frappent pas également. TôUs ëes sujets n'bnt pas la même ghkndeur. On trouve sur cette table des choses secondaires ou puériles, jufete'ment abandonnées. Quelques articles ne sont que les titres de certains ouvrages de Bacon, et les trouvant neufs, il dénonçait un vide dans la science afin de les y placer. Parmi ces ouvrages, quelques-uns traitent de choses accessoires ou de questions particuUères, comme la sagesse mythologique, les apparences du bien et du mal, les antithèses, Tambition, retendue d'un empire. La satire sérieuse, ou l'art d'observer les hommes, peut produire des écrits distingués -, Bacon après Montaigne, et La Bruyère après Bacon l'ont prouvé. Mais l'art de l'expérience, la nouvelle logique, les sophismes des idoles, môme l'idée d'une justice universelle, voilà les œuvres réellement philosophiques de Bacon et son vrai contingent dans le trésor du savoir humain. Parmi les choses importantes qu'il a indiquées des premiers ou sur lesquelles il a jeté une vive lumière, l'histoire des lettres, celle des arts et métiers, l'histoire naturelle, celle des systèmes philosophiques, celle des maladies, l'astronomie physique, lanatomie comparée, certaines questions de psychologie, la philosophie de la grammaire et de la rhétorique, les systèmes de paix et d'unité pour l'Église sont ou des sciences entières dont il a prédit la création, ou d'utiles sujets de méditation qu'il a signalés à l'esprit humain. Combien en reste-t-il de ces lacunes véritables et sérieuses qui fassent honte

Sis ANALYSE DE LA PHILOSOPHIE DE DACON.

encore à la postérité P Dans ce tableau incomplet à la vérité, je ne vois que la métaphysiqve des fùrmes^ en désignant ainsi la philosophie de la physique, qui n'ait guère depuis Bacon fait d'autres progrès que de se délivrer de quelques erreurs.

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