‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 74 sur 112 · GHAP. L — CARACTÈRE DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

GHAP. L — CARACTÈRE DE LA DOCTRINE

OU la psychologie. Je serai plus touché de quelques vues justes ou de quelques mots heureux que de certaines omissions inévitables, et si j'aperçois des erreurs, je reconnaîtrai qu'il les répète de confiance, et qu'elles ne viennent pas de lui. Par exemple, ce serait calomnier Bacon que de lui supposer le dessein de nier l'existence dans l'homme d'un principe spirituel distinct, parce qu'il regarde l'âme sensible, qu'il tient pour matérielle, comme étant l'objet des recherches de la philosophie naturelle, tandis que l'âme intelligente doit être connue comme elle a été donnée, par l'inspiration divine, c'est-à-dire par la théologie. La division de l'unité de l'âme était de tradition jusqu'à Descartes. Elle vient de la Grèce. Platon, qui n'est pas commimément soupçonné de matérialisme, va jusqu'à donner à chacune de ses trois âmes un siège organique différent. Imbue des leçons d'Aristote, la scolastique a généralement conservé le langage et les données de la pluralité des âmes, même en la niant formellement. Le spiritualisme conséquent et rigoureux ne date peut-être que de Descartes. Mais Bacon, en gardant pour le fond les distinctions delà scolastique qu'il modifie selon la doctrine de Telesio, en voulant réserver le nom biblique de spiraculum à l'âme venue de Dieu, celui de jpirt/u^àrâme animale sortie des matrices élémentaires^ n'entend aucunement professer le matérialisme. Il use à son tour de l'ancien dualisme de l'intellect, mens rationalisa et de V anima considérée comme agent psychique*, et il fonde sur cette hypothèse des raisonnements douteux. Suivant l'esprit de la philosophie cxpérimen-

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taie» c'est dans Tbomme tel quHl est iei-bis qu'il cherche la connaissance de nousHnèmes, êcienim nmtri. Cette science, terrestre comme tout ce qui est humain, ne doit étudier le principe intelligent que dans la nature ou engagé dans son union avec Tàme sensitive et avec le corps ' . Bacon ne recherche point sj la sensibilité iBUe-mème ne suppose pas une certaine intelligence , et «a psychologie très-succincte office des obscurités et des diiScultés quHl laisse à d'autres le soin d'éclaircir. Mais sont-ib bien nombreux ceux avant lui qui les ont évitées? Saint Thomas lui-même dit bien que dans Thomme c'est rame intellective qui s'acquitte des fonctions de la végétative et de la sensitive^ mais il parle de» parHe$ de Tâme, et veut connue Aristote que TinteUecUve soit quelque chose de rame et lasensitive quelque ehoee du çorpe. Et Descartes à son tour n'est pas fort à son aise, lorsqu'après avoir fait de Tàme une substance <|ui.p6Bse, il est obligé d'admettre dans Thomme une eertaine unité substantielle du corps et de l'esprit, pour ne pas offenser le concile de Vienne qui a imaginé de faire un article de foi d'une définition d'Arii^ tote ^. Il ne faut donc pas être trop sévère pour Bacon s'il emprunte è Telesio et à Donius leurs idées sur cette ame irrationnelle qui se produit sur la terre* Il n'^sn reconnaît pas moins une âme humaine diffé-

1 i)e Àug., IV, I et ui, 1. 1, p. ^4 et 333-285. Voyez ci-<iestas 1. If, ch. Ul.

* Aqoin., Summ.,1, q. 76, a. 3, q. 79, a. 5. Cont. genl.y 11, c. xux, LKY, Lxxvi; CoifHfi. de Anim»f Ul, iv, M; Descartes, Bep. 0^ q^tUtièmeê #^'*, t. If^ p. 49.

CHAI». I. -*CAtACT&M5 0E LA'WenBlB/ S»

renie en essence et non en degré aeuleroeni da crile des bétes, une âme rationnelle émanée de Diea. C'est à raison de son origine que la substance de TéaM n'est pas proprement une question phiiosoj^ique à ses yeux, et doit être laissée à ia théologie, avec laquelle la philosophie s'accorde, mais que la philosophie ne supplée pas. Cette opinion peut paraître timide^ elle n'est ni condamnable ni suspecte.

On ne saurait non plus beaucoup s'étonner que Baeon ignore ou omette certaines questions qui ap^ lui .ont fortement captivé Tesprit humain. Dans Tin* certitude où la chute de la scolastique précipita les inteUigeoees élevées à son ombre, dîans cet ébranlement de toutes les sciences en révolution, le principe de tout savoir dut hii-mème être mis en problème. Si les hommes se sont tant et si longtemps trompés, qui irarantit qu'ils ne se tnomperont pas encore, et comment décider désormais dans quel cas l'homme se trompe ou s'il ne doit pas se tromper indéfiniment ? Qu'est-ce donc que la connaissance P Quel en ^t le principe, quelle en est la valeur, et à quelles conditions se réalise4-elle avec une juste autorité dans l'esprit humain P Depuis Descartes, plus do philosophie sans quelque solution de ces questions premières ^ et comme elles ne peuvent être résolues en point de droit, si l'on n'a commencé par montrer en point de &it de quelle manière se forme et s'acquiert la connaissance, il a (Mu, pour raconter son histoire, remonter à sa source, et l'origine des connaissances ou des idées est devenue tout a la fois le problème obligé et le problème favori. Or celte

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époque de la philosophie, Bacon ne Ta pas devancée*, cette question préalable de toutes les sciences, il ne Ta ni résolue ni posée. Il a passé à côté comme ignorant qu'elle existât, ou il Ta laissée derrière lui comme s'il la tenait pour décidée ou pour indifférente à l'objet de ses recherches. Sûrement, il pouvait en l'omettant les entreprendre ^ il pouvait, malgré cette lacune , rendre encore aux sciences un signalé service et préparer leurs conquêtes sans avoir assuré leur point de départ. Cependant, pour des esprits exigeants, rigoureux, un vide apparaît au début de sa philosophie. Traiter des sciences sans traiter de la science, rechercher comment il faut faire pour savoir beaucoup, sans avoir déterminé si l'on sait et comment on sait, c'est une manière un peu sommaire d'établir les conditions de la vérité des sciences*, c'est tout au moins leur donner l'empirisme pour principe fondamental.

C'est, peut-on répondre, un principe que de ne pas chercher de principe. Le dogmatisme doit bien commencer quelque part. On peut croire au savoir, puisqu'il y a des sciences, et se borner à chercher, à trouver la vérité, pour démontrer qu'elle est possible. Il s'en faut de peu que Bacon ait ainsi raisonné, et, hypothèse pour hypothèse , cela vaudrait mieux que le scepticisme. Aussi son tort ne serait-il pas d'avoir cru à la compétence de la raison humaine, à la clarté de la lumière naturelle, à une équation possible entre nos facultés et les choses. Mais s'étant aperçu lui-même qu'il existait des esprits accessibles à des scrupules, à des incertitudes sur la valeur de

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