GHAP. I. — CARACTERE DE LA DOCTRINE
notre connaissance, a-t-il été prudent de ne pas le-^ ver les uns, de ne point fixer les autres ? Comment nVt-il pas senti qu'on ne pouvait impunément déclarer suspectes et les croyances, et les doctrines, et les méthodes de deux ou trois mille ans d'activité intellectuelle , qu'on excitait ainsi une défiance qui , de l'ouvrage, retomberait sur l'instrument, et qu'à dénoncer sans cesse les égarements, on infirmait l'autorité du guide ? Bien plus, il a même approuvé, dans une certaine mesure, ce doute systématique, l'acatalepsie, comme il l'appelle, pourvu qu'elle se bornât à tenir pour inintelligibles toutes les écoles connues, non toutes les écoles possibles*, il a donc, quoique avec moins de rigueur et de conséquence, abordé le doute de Descartes ; il en a prononcé les premiers mots, et il s'est ainsi exposé à des questions embarrassantes; il a risqué de ruiner d'avance les fondements de l'édifice qu'il voulait élever.
Lorsqu'en effet la question a été posée, quand toutes les intelligences ont été averties qu'elle devait précéder tout le reste, au lieu de soupçonner qu'il l'avait omise, on a voulu croire qu'il l'avait résolue. Il n'avait pu penser sans savoir comment se forme la pensée, connaître sans une théorie de la connaissance, et l'on a interprété sa psychologie par celle de Hobbes et de Locke. Rien n'est dans l'intelligence qui n'ait été auparavant dans la sensibilité : cette maxime, trivialement célèbre, est devenue d'un point de doctrine important une doctrine tout entière, et cette doctrine a paru celle de Bacon. Les philosophes qui la professent l'ont proclamé leur chef.
Ms aàmm db L4 p^losopue de bacos.
A parler exactement, cette doctrine D'est point dans Bacon. Il dit bien que b science doit frayer sa voie en partant des premières perceptions des sens ; qu'à moins de folie volontaine, c'est du sens qu'il faut tirer toutes choses dans les sciences nalurelles ' . Et comment, en effet, donner à ces sciences d'autres matériaux, même d'autres raisons d'être, <pie nos perceptions externes? Bacon, dans les passages qui lui ont été le plus reprochés, traite de ees notions expérimentales, point de départ de toute physique ; ce n'est pas de toute connaissance humaine en ellemême , ce n'est pas de toutes les idées de l'esprit fan* main qu'il veut parler. Dire même que dans hi vie toute connaissance débuta par Texpérience ^, ou dire que la connaissance ne se compose que des données de l'expérience, et que tout ce qui est dans Tintelleet a été dans le sens, c'est dire deux choses immensément différentes. Et Bacon n'a pas dit la seconde de ces deux choses^ il n'a pas même dit tout à fait la
> Omnis via usque a primis sensuum perceptionibus certa ratione munienda. Inst. Màg,, prxf. gen, — Sensus, a qno om- Dla in naUiraUbas petenda saot, nisi forte Ubeat iistoire. id, dUL op. 1. 1, p. ii et U. Cf. Jki Auj., IX, i, p. 476, et Sov, Org,, I, 19-22, t. IJ, p. 12. C'est aux sciences physiques que s'ai*pllque la phrase citée par M. Cousin. {Œuvrer, 2* série, l. Il, p. 6S.) Condillac exagère à $ob propre avaalage la doctrine da Bacon poiu* Tassimiler à la sienne propre. ( Orig. des Connaiss. hum. y fntrod.)
* 'AXXà pi.Y!v )t«l r6$* 6p.oXo-fOÎi{Aev jati 4XXo6«v «ôtb IvvDvcTixivat fiij^ît IUv«T«v iIvAi iwc4i«ftt, d>.X' ^ix TcC Uth % é^%aê%i ik l« rwc; iiOxç rdv oMfivtAiy* T«ÛTW ^è «4vr« T«ûTa ki-^, PhédiOLy xix, 75. — i Toute notre connaissance commence par Texpérience, c'est ce qui ne peut être Tobjet d*un doute. * (Kant, Crit, de la rais, ffure^ introd.)
GJIif». L-T'CiJUOTiU SE LA DOGTOKB. 96T
pr^wère : il admet des eooBtisiaitces inspirées. Sur Dieu, sur Tàme, sur la morale, il aperçoit dans Tespnt humain des lumières qui ne viennent point du flambeau de la sensation. Il y a une révélation d'en haut-, les sciences, comme les eaux, naissent du ciel et de la terre. L'esprit insufflé de Dieu au commencement ne tient rien de œ limon, d'où vient et ie corps et la sensibilité même. L'ime qui comprend et qui raisonne est à Tâme qui sent comme le ciel à la terre. De ees facultés qui rilluminent, Bacon ne prononce pas qu^elies ne soient point innées, et la lumière naturelle mi pour lui autant une connaissance instinotive qu'une connaissance aotpiise. Quand il dit que rexceUdoee de l'âme humaine a frappé mènie les philosophes de la sensation, il ne se range point parmi euK- U se sépare formellement des philosophes plongés dans les sens, les moins divins de tous, qui nient l'immortalité de Tàme, sans pouvoir méeonnaUjre celle de Tintelligence ^ 8'il assigne les perceptions du dehors pour matériaux nécessaires à la science de la nature, il n'en suppose pas moins une science générale qui ne peut résulter tout entière de l'expérienee -, ear elle est science de Tuniversel , et il n'y a perception que du particulier. La conséquence est évidente, quoiqu'il ne l'exprime pas '^ universalité et expérience impliquent. Il va plus loin, il affirme au ftmd de l'esprit humain la préexistence d'une science première qui ne s'y retrouve qu'en débris.
> Maxime immersi seosibus, minimeque divini. — Philosopbaotert secundum sensom. De Aug^^ I, 91 et IV, m; t. 1^ p. 97 et 235.
268 EXAMEN DE LA raiLOSOPHlE DE BACON.
Certains axiomes semés çà et là dans Fintelligence, et qui peuvent se rapporter à tout, même aux choses dont la perception ne les a pas suggérés , sont pour lui comme les fossiles intellectuels d'un état primitif de la raison, comme les traces encore visibles de la création dans ce monde de Fàme déchue, monde ravagé par une révolution plus grande que celle qui a bouleversé Tunivers matériel *.
Toutes ces idées seraient peu compatibles avec la doctrine qui identifie la connaissance i la sensation, et quoique Bacon n'ait pas affirmé ni peut-être aperçu cette incompatibilité, elle doit lui profiter et ne permet pas de le ranger parmi les défenseurs déclarés de la philosophie des sens. Fût-il inconséquent de ne pas l'être, le bénéfice de son inconséquence lui appartient-, je le loue d'avoir été moins conséquent que Hobbes*, c'est de l'erreur de moins.
Faut-il donc nous inscrire en faux contre cette voix publique qui donne Bacon pour père à Tempirisme philosophique, et a-t-il usurpé les hommages de Diderot et les imprécations de Joseph de Maistre? Nous ne venons point substituer aux jugements reçus de douteux paradoxes. Nous voulons expliquer et réduire les premiers au vrai. Historiquement, la philosophie de la sensation s'est en tout temps réclamée de Bacon. Et cela se conçoit^ parmi les sciences humaines, celles qui se dévouent à la contemplation de la nature extérieure ont eu tout son amour. Il récuse dans leur intérêt l'intelligence en liberté, et met la
1 Voyez ci-dessas, Ut. II^ ch. II.
GHAP. I. — GARâGTÈBE de LA DOGTRINE. 269
raison aux pieds de Texpérience. Quoique ce soit surtout dans le domaine des faits extérieurs qu'il proclame la supériorité de Tobservation sur la méditation, quoiqu'il place au-dessus des expériences isolées et des sciences particulières une philosophie première qui serait comme la vigie d'une science plus haute S il attribue à sa méthode favorite une autorité trop voisine de l'infaillibilité pour n'en pas étendre l'empire, au moins par voie d'exemple, au delà des bornes de la physique, et il décide impérieusement que ses principes ont juridiction dans tout le ressort des sciences morales ^.
On en inférerait à tort cependant qu'il ait absolument soutenu que toutes les sciences sont de même nature, devançant ainsi les prétentions du matérialisme moderne, pas plus qu'il n'a conçu nettement comment elles pouvaient toutes être traitées par la même méthode, devançant ainsi tout ce que l'École écossaise regarde comme sa propre découverte. Mais sans ériger en système l'observation des phénomènes internes, il a donné l'exemple de chercher la cause des succès et des revers de toute science dans les procédés de l'esprit humain. C'était là, j'en conviens, un premier pas, un grand pas-, c'était ouvrir la porte à la science psychologique. Malheureusement son mérite n'est pas d'aller jusqu'au bout de ses idées ^ il ne se rend pas compte de tout ce qu'il fait. Tandis qu'il proclame sa méthode applicable aux
< De Augm., l, 42, 1. 1, p. 70.
« Voyez ci-dessos, 1. H, ch. IV, et Nov. Org,, II, 127, t. II, p. 78.
170 EXAME» DE LA FHHiOSOPIIIl DE iACSOM.
sciences logiques , éthiques et politiques, il attaque le seul moyen de l'appliquer, la réflexion sur le moi, et compare le trarail de rinteitigence repliée sur ellern^me i celui de l'araignée. Au terme de ces sortes de recherches qu'il tient pour purement idéales, il ¥olt renaître toutes les fictiotos qu'il impute i la dta^ leetique en lib«rté. Cqiendant il se dément plus d'une fois^ ainsi il donne un dénombrement des facultés; il fait sur quelques-unes d'heureuses obserralions, ceUe^là surtout qu'il fout distinguer la perception de la sensation '. Il recommande à l'interprète de la nature l'exploration de l'àme humaine, Texamen de tous ses mouyements ^. Mais son but est surtout de découvrir les sources cachées de nos erreurs ; ce qu'il a le mieux coniui de l'esprit humain, ce sont ses fsi- Uesses. Aussi, quand il laisse entendre qu'il j a mente dans cette partie de l'histoire de la nature des faits
* Le passago oà il f^t cette dtettnef ion Impoittnte a échappé, et Je m'en étonne, à Beid, à Stewtrt, et ce q«i ne Mirpread encore davantage, à sir William Hamillon qui a consacré, dans son ntile édition de Iteid, une dissertation spéciale à la recherebe des caractères propres et définitifs qui distinguent ht sensation et la pereeptien. Avee son eiaetitode aceovtUHiée, il remonte à tous les antécédents de la question, il cite toutes les autorités, et il ne nomme point Bacon. Que ne sommes-nous MKore à temps de lui recommander le9§ 9 et 10 du chapitre 111 du livte lY du Dt Augwuniisl 1. 1, p. %3%. Cf. MM*9 Wwks, not. t). S. H, p. 886.
* Qui primum et ante alla omnia animi motus humani penitos ften explofabit, ibique scleritiae meatus et errornm sedes accuratissime descriptas non babuerit, is omnia larvata et velnti incantata reperiet ; fascinum ni solverit, interpretari non polerlt* Ttmp. part, fnoH., de Int. nat., VU., t. U, p. 357. Cf. Hallam, Europ. Lit,, 1. 111, cb. m, sec. ii.
CHAF. I.-^CABACnBE »E LA DOCnmiL f7l
dont QD pourrait dresser des tables, est-ce une idée mise eo avant dont il laisse a d'autres les consé* quences. Je ne puis donc pas plus lui attribuer Tbonneuf d'avoir pensé comme Reid, que d'avoir pensé comme Locke. Mais il a précédé Hobbes, Locke, Reid et bien d'autres -, il a fait penser, et il est pour quelque chose dans ce que d'autres ont pensé après lui.
Assurément, lorsqu'il a dit sans explication ni restriction que la méthode expérimentale ne se bornait pas aux sciences physiques, lorsqu'il a de plus rappdé celles-ci des spéculations abstraites aux faits qui se peuvent voir et tuucher^ lorsqu'il est allé jusqu'à menacer de nullité la métaphysique', on a pu regarder cette tendance comme une adhésion anticipée à ce qui devait plus tard être nommé philosophie sen^ suaîiste. On a pu imaginer que s'il avait vécu après les controverses de Descartes et de Gassendi, il aurait pris parti pour le dernier. L'esprit de sa philosophie ne démentait pas cette conjecture, quoique le tour de son génie autorisât d'autres idées. On a oubUé qu'il était le même homme qui ailleurs voulait chercher dans les contemplations à priori les lois mêmes des arts professionnels^. Le spiritualisme a son intolérance, et retrouvant parmi ses ennemis des disciples
« Nov. Org,, I, 83. Cogit, et Vis., XII, t. Il, p. 44 el 366. « De BNUpliysica ne sis lollicitus. Nvlla enln erlt, poat yeram pbyskan inveDUm, altm quasi nibil praH^r difiaa. » (Ip. ad W. fitranzanum, t. III, p 546.)
* « Qui in philosopbia ac contemplatioDibcis onifenalibut positam orane studimn i^ane atqve ignavum arbltralar nom aBimadferttt slssulit professkHiibas cl attibns eiinde tocean et robur sappediuri. » (Dt Aug.^ U; protm* H;Ul, p» IOS«)
de Bacon, il a soupçonné Bacon -, il Ta même diflamé^ quand il a eu le malheur de rencontrer pour intei^ prête Fauteur des Soirées de Saini'PéiersbourgK Ceci touche à des points trop graves pour n'y pas insister.
Ne défendons point Bacon d'avoir eu en matière de religion tous les principes de la tolérance. U en parle le langage, même à Jacques F. Que d'autres en concluent qu'il n'était pas chrétien. Il l'était avec une certaine liberté que te protestantisme autorise ; mais il l'était, autant qu'il est possible d'en juger à distance. Quand il s'agit de la foi, mie dissimulation plus aisée à expliquer qu'à justifier a passé dans les usages de la littérature. Mais cette dissimulation serait arrivée jusqu'à l'hypocrisie, si Bacon n'était pas sincère, lorsqu'il s'exprime sur la religion de son pays, et sans avoir une haute idée de sa sévérité morale, nous persistons à croire qu'il a sur ce sujet délicat écrit sa vraie pensée.
Il y a quatre degrés à franchir pour qu'une philosophie encoure l'inculpation d'incrédulité. D'abord elle peut procéder d'un rationalisme absolu qui rejette la révélation, sans ébranler aucune des vérités fondamentales de toute religion. Puis, elle peut s'écarter assez des sages principes d'un spiritualisme
> Nous ne pouvons trouver rien à redire à ces paroles litléralement traduites du dernier éditeur anglais de Bacon : « 11 eût été heureux pour la réputation de H. Lemaistre (sic) que son Examen de la philosophie de Bacon, publié après sa mort, eût été supprimé. 11 est défiguré par une inexactitude (unfairness) passionnée et dans beaucoup de passages par une ignorance presque incroyable. » (T. I, p. 464, not.)
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rationnel pour encourager le scepticisme et incliner par le doute les esprits troublés à Tempirisme exclusif. En troisième lieu, elle peut, s'abandonnant systématiquement à cette tendance, miner les bases de toute foi dans Texistence de Dieu et de l'àme, même dans la permanence invariable de la loi morale, après quoi, il ne lui reste plus qu'à franchir la dernière borne et à soutenir expressément la négation de toutes les vérités qu'elle n'avait fait encore que rendre obscures ou flottantes. De là quatre accusations successives que toute autorité dépositaire d'une orthodoxie officielle se plait à porter, souvent en les confondant ensemble, contre toute philosophie indépendante. Est-il une doctrine à laquelle elles aient été épargnées ? Deux mille ans ont passé depuis qu'elles ont suffi pour envoyer Socrate à la mort. Jamais il ne faut les accepter sans contrôle, et qu'elles aient été toutes dirigées contre Bacon ne prouve point qu'il les ait méritées. Aux admirateurs suspects qui en font des titres d'honneur, aux détracteurs aveugles ou frivoles qui poursuivent en lui un des libérateurs de l'esprit humain, on pourra toujours opposer le témoignage vénérable de l'écrivain pieux et éclairé qui a revendiqué dans un livre intéressant le christianisme de Bacon.
L'inconséquence n'est jamais un signe certain de mauvaise foi, et celle de Bacon n'aurait rien qui dût surprendre au milieu des plus difficiles questions de la science universelle. Il n'a point prévu tout ce que la critique moderne peut tirer de certains principes •aujourd'hui plus savamment discutés. Bien des doutes
Î74 EtAWfeN t)E LA ^HlLOSOPHtË DE ëACON.
n'étaient pas de son tenipà. Si le dahgêl* des conséquences poutait êtfé allégué bomme une preuve, ^accusation ^incrédulité s'élèreraît contre tous les scolastiqtiès ftourrii des tnaxîtnes de la philosophie d'Aristote, et quelques-uns sont des saints. On nous rappelle quê Ebicon a mis au nombre des conditions de la science l'existence d'une doctrine sécrète qui ne fût pas livrée Imprudemment au peuple'. A de tels SCmpçùns, nous ne pouvons Opposer qu'une conviction morale. Les réserves de DesCartes ne nous per* suadent pas -, sa froideur et sa prudence sont trop visibles -, mais nous en croyons Bacon lorsqu^il dit i « Il est plus digne de croire qne de savoir comme nous savons sur la terre*. »
Malgré son attache aux méthodes ëiipérimetitales, il reconnaît les rapports de Tintelligence humaine avec rintelligence divine, et conçoit au-dessus des sciences d'observation une connaissance ou sagesse primitive, qui peut être obscurcie, mais que rien ne peut éteindre. Ces pensées sont, il est vrai^ mêlées à d'autres que devait recueillir après lui la philosophie du dix"huitième siècle*. En parlant bien du christia-
< heAugm., Vl, ii, 1. 1, p. 396.
* De Augm., IX, i, t. I, p. 476.
* « Bàcon a m\t au Monde réeolé «ensaftlisié flioderae, mais Toas chercheriez en vain dans fiaocm les tristes ifaréories aaxqaelles cette école est plus tard arrivée. » (Cousin, PkiL du xvni* sïtcUy m et xi, Œuvres, 2"^ série, t. tl, p. 68 et 305. Cf. MoreU, hUL and. ttit* ^ièw,, etc., t. r, part, i, eh. f« sect. f, p. 89). € L^attacheoient de Bacon au christianisme ne lui avait pas permis de redouter les dernières conséquences de ses principes. » Bonald, Rech. phit.^ t. I, ch. i, p. 3?.
CHÀl^. I. — CÀhACTihfe DE LA DÔCtfttt*. i'iti
hfeïftë, il l'e^ifelut èhtîèreméttt des Irecherc^es phiteso^ ^hîqués, 'et fehiassé la théologie du dottiàînè (Jjtt'îl i*é- Serve à \à sdehcé. L* dîviti téhioigtiage, dit-il, doil iftlre tenii cbDsfeMttVettt sépàt-é des tèmoignagfefs huttttiitt^ '. Ce (Jtî'îl dît éontrè Tathéisirte ne satiraîteire trop Wïj'éW; felîeè sTont de lui, ces belles parole* : « Personne he hte l'existence des dieux, hors 'Cfelni â qui il sert quêtes dieux tt'e'xîsteht pas. h- Nier ï)teà, c'est déthiine fa hoblesse du geni'e humain *. » Maî^ ailleui^ il seYnble hiénager les athées-, il 'ci*oîl pètt k l'athéisme systémiatiqtré, et déteste encfore plus VHfpoerisie. Sans religion, à son avis, quelque Vertu mô^ tB\e peut resteï; encore. Les (^omtaïahdemétits ^ là conscience, les affections naturelles, la philosophie, \tL loi, la réputation tonserVent de Tempiré sut uft fithée. La superstition ne laisse rien subsister de toful; cela-, sa tyrannie stir l'âme est absolue. Aussi Vathéisme produit-il Rarement des troubles dans l'État, car il rend les hommes prudents, tandis que fei su^ perstition a ruiné des royàtimes et des républiques. Elle introduit dans la société un pi^emier moteur qui emporte tout*. Or pour peu qu'on ait lu ftaylè et ^u'tm sache Thistoire des controverses, on recioxvhaïtra ces îdées : elles ont faît fortune après Bacon. Mais aucune de ces opinîons n'est en soi incotici-
* l>ei4ti^.,l, 9i.,t. I,p. 08.
I Serm.fid., XVI, t. m, p. 260etâ6i. c Mon fils, tenez votre âme en état de désirer toujours qu'il y ait un Dieu, et vous n*en douterez jamais. » (ÉmileyX, iv).
' ïd. XVI et XVIÏ. Ces idées sont un peu tempérées par quelques passages des J(f éditât ions sacrées, xi, qui furent imprimés à la suite des tssais. (T. Hl, p. ^50-2G6, 473, Mi.)
liable avec les principes de toute religion-, et aucune n'aurait eicité d'ombrage, s'il n'avait rien dit des causes finales. En les bannissant de la science de la nature, il a paru les vouloir bannir de la pensée humaine, et enlever ainsi à toute religion une de ses meilleures preuves, un de ses meilleurs aliments. En s'emparant après lui de cette idée, en l'unissant à de tout autres témérités, Hobbes en a paru dévoiler le côté dangereux, et ceux qui se sont indignés contre Hobbes n'ont pu s empêcher d'en vouloir à Bacon. Us ne l'ont pas toujours nommé *, mais Cudworth le désigne assez clairement, et Mosheim interprèle contre lui maint passage où le reproche de tendance irréligieuse est sévèrement exprimé. Toutefois la sincérité de Cudworth Toblige à reconnaître qu'on est irréprochable , si par la critique de la recherche des causes finales on a voulu seulement censurer la manie de prêter aux choses naturelles des appétits et des intentions chimériques ^ Là est en effet la justification ou l'excuse de Bacon.
Frappé de la présomption et de l'impuissance de notre esprit, impoieniia cogitationis^ il déplore notre obstination a spéculer sur l'infini , mais surtout notice fureur d'inventer des causes. Courant après les plus universelles, nous ne savons pas nous arrêter aux causes secondes *, nous négligeons même de les chercher, et nous poursuivons, soit les causes finales, soit
« Syst. intellect., Confut, pML, c. v, § 5, 61, 62, 65 el nol. p. 23 et 109-1 18 du t. II, de Téd. de 1773. D. Stewart est plus sévère pour Cudworlb quMi accuse d*avoir altéré le sens des idées de Btcon. PML ofmind,^ part. II, ch. iv, sect. vi, i.