‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 76 sur 112 · OHAP. I. — CARACTÈRE DE LA DOCTRINE · texte numérisé non relu

OHAP. I. — CARACTÈRE DE LA DOCTRINE

les causes premières*. C'est là une idée juste qui depuis a prévalu dans les sciences, et qui est juste surtout dans son application aux causes premières. Hormis quand sa pensée s'élève à la première des causes premières, l'homme s'égare, et probablement il s'égarera toujours, lorsqu'il voudra atteindre les premières causes après celle qui s'appelle Dieu, l'expérience ne portant pas jusque-là, et Dieu seul ayant le droit de rester incompréhensible en cessant d'être inconnu ^ car « Tincompréhensibilité même est contenue dans la raison formelle de l'infini. » (Descartes.) En reculant peu à peu la borne de nos ignorances, nous n'atteignons encore qu'à des causes subordonnées, et l'école de Newton en est venue à ce point de circonspection d'interdire en général la recherche des causes. C'est dans ce sens qu'il faut concevoir la sévérité de Bacon pour les causes finales, et même celle de Descartes, encore plus absolu que lui. Pour tous deux, les causes immédiates sont l'objet propre de la science.

Bacon avait lu dans Aristote que la nature ne fait rien en vain *, une fois même Aristote a dit : la nature et Dieu^, oubliant que le Dieu qu'il enseigne ne pouvait, dans son unité immuable, ni prévoir, ni disposer, ni connaître, sans déchoir de son absolue perfection. C'est à ce principe d' Aristote que Bacon attribue les hypothèses par lesquelles l'ancienne physique expliquait les combinaisons de la nature, et sur

« ^ov. Org.y I, 48 et 65, p. 18 et 27.

< ô ftiô; xal "h çûoi; cu^tv u-oLTif Tvctoûotv. De CœL, I, IV, 8.

t7« SXAMEN DE L4 PqitQ^qp^ QE BA^ON.

ee faadement^ il é4ifi? le procès des causes finales ^ phy^que. En ce^, sp,w doute, U y a encore ipoio^ d'impiété que 4' erreur, et c'est assurément prévenir toute interprétation dangereuse que d'ajouter, copune U le foit s^ussitôt, qu'il n'en est pas de même en mé^ taphysfique, par conséqueut eu tbéodicée. « {1 e^ inoin^ dur de croire, dit-il, au^ plus luonstr^euses C^lcs de rAlcors^B, du Talmud ou de la légende, quo de croira qu'un esprit n'est pas présent dans l'organisation de Tunivers. » -^ h Jî^nt s'en faut qu^ les es^uses physiques éloignent les hommes de Pieu et de U Providence, qu'au çontr^^jr^ ceux des philosophes qui se $iont le plus occupés d^ le^ découvrir ue trouvent point d'autre issue fiu terme de leur recherche que Ici recours à Pieu et a sa Ppoyidcnce. » £nfin, quoi de plus formel que c^ passage ; « Qu'il y ait un Dieu, qu'il tienne les r^nes de tout, qu'il soit souverainement puissant, sage avec prescience, qu'il soit bon, rémunérateur, vengeur, qu'il doive être adoré, tout cela peut être démontré par ses ouvrages^ et bien des m^rveilleui^ secrets touchant ses attributs et plus encore touchant le gouvernement et la dispensation universelle, peuvent être sobrement inférés de là et mis en lumière '. » Cette argumentation a été par quelques-uns > ajoute-t-il, utilement employée. Mai^ il ne veut pas qu'on la prodigue, il recommande la sobriété^ et compare les prétendues intentions qu'on prôte à la Pivinité, daps Vexplicalion

* De Aug., ni, II et iv. $erm. /fd.,i^vi., t, I, p. 167, ^^i .H III, p. ^59.

de$ phénomèae», à ces uombreu^ §91 vqIq suspandus pai* le& matelots daus l^s temples ; 0» les oonapte at l'on ne compte pas les naufrages qui n*Qnt laissé 4iuUe traee. Ce qui nous parait en effet suffire à toute théologie, c'est la pensée d'un dessein attesté par Tordre du monde, et assurément a Bacon racore moins qu'a Descartes, on ne saurait reprocher d'avoir méconnu ce que le dernier appelle la m^qm ék fovr vrier empreinte sur ^an auvr^g^ •.

Maintenant est-il vrai que la poursuite des causes Unales ait été aussi dommageable que le prétend Bacon? Une disposition aveugle i chercher hors de rohservatiqn des principes généraux qui pussent pas*ser pour la raison des phénomènes , nous parait plu^ tôt la vraie sQurce des erreurs de Vancienne physique. Tout au plus un certain anthropomorphisme , trop porté à personnifier la ftature, peut-il avoir accrédité certaines explications qui semblent introduire des i(l,ole9 dans Vunivers aussi kien que dans VinlelU' gence : mais on ne saurait, ce semble, accuser le pé^ ripatétisme du moyen âge d'avoir trop sauvent, trop complaisamment, en présence de chaque phénotnèni», posé cette question : Pourquoi Dieu V^t-il voulu? car telle serait la question de. la cause finftlç propc^ ment dite.

Quant au point de savoir sî cette question mêmie, renvoyée par Bacon à la métaphysique, à la morak par Pe^cartes, serait tout à fait dêpbcée en physique^ c'est une autre affiure -^ et sur ce poiut, Newtou lui»

J Médit., \\\y t. I, p. 290.

même , qui a fait ses réserves en faveur des causes finales et qui voit sans elles le monde gouverné par un fatum et non par un dieu, n'aurait pas été peutêtre fort éloigné de Tavis de Bacon et de Descartes.' C'est du moins à son exemple et par ses leçons que la science moderne a renoncé presque constamment à chercher la loi des phénomènes dans leur fin probable , et à prendre ainsi le but pour la cause. Non qu'il soit interdit de supposer, lorsqu'un fait se reproduit uniformément, qu'il doit concourir, par quelque côté, à cet ensemble que nous nommons Tordre général, et dans la nature organique en particulier, une certaine économie se manifeste qui autorise la question : A quoi sert tel organe ou tel agencement organique? Ainsi, dit-on, la disposition des valvules des veines conduisit Harvey à la découverte de la circulation du sang. Mais on ne saurait prétendre que rhypothèse préconçue de Futilité des faits doive nous guider dans l'investigation des choses de la nature. Leibnitz seul a soutenu que la considération des causes finales pouvait servir de flambeau jusque dans les recherches physico-mathématiques, et il en a donné pour preuves quelques-unes de ses propres découvertes. Peut-être n'a-t-il démontré qu'une chose, c'est que, plus l'explication d'un phénomène rentre dans les conditions d'existence et d'excellence d'un ordre universel, plus elle offre à la raison les caractères de la vérité. Mais cette loi de la raison, dont nous faisons une loi des choses, sert plutôt de fondement à la théodicée, qu'elle n'a la théodicée pour fondement.

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