CHAP. I. —CARACTÈRE DE LA DOCTRINE
Newton, plus tempérant que Leibnitz, plus précis que Bacon, plus exact que Descartes, regarde bien qu'en dernière analyse Tobservation raisonnée des phénomènes doit nous conduire à voir comment la nature ne fait rien en vain, et nous élever de cause en cause a cette cause première qui sans nul doute n'est pas mécanique. Mais jusque-là rien n'indique qu'il aperçoive autre chose que des causes mécaniques, et c'est cette grande idée, commune à Deseartes, à Newton, à Leibnitz, que tout se fait mécaniquement dans la nature, qui est comme enveloppée dans les pensées de Bacon sur les causes premières, efficientes et finales, quoique faute de pratique des sciences, il ne soit jamais parvenu à concevoir nettement le principe dont il a préparé l'avènement '.
Mais à côté de ce principe subsiste une idée native de l'esprit humain, annoncée à la philosophie par Anaxagore, toujours présente dans la croyance universelle -, c'est ridée d'un plan dans l'univers et d'un ordonnateur suprême-, c'est cette téléologie que Bacon n'a pas plus songé à bannir de la raison que de la nature, et n'oublions pas qu'elle n'a été nulle part plus artistement développée que dans sa patrie et par les savants qui font gloire de l'avoir pour maître.
Ainsi pour nous résumer. Bacon n'a rien médité ni même rien écrit qui fût contraire aux bases de
1 Voyez ci-dessus, 1. Il, ch. ni. Newton, Princip, math,^ 1. m, Scol. gen.y p. i73; Op/ic.,1. III, q. i8. Leibnitz, Nouv, Ess., I.IV, ch. XII, 13. Act, Erud., iC82, vol. XII. Op. phil., éd. Erdmann, xxiv, xliv, l, lxxxi, Cf. D. Stewarl, Loc. cit. et Barni, Exam. de la Crit, du Jug., iiart. 11, p. 165-236.
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toute religion r II ^'^ point professé la philosophie de la sensation et Top w peut affime? qu'il Vaurait îidoptée sansi réserve, Mais il est certain qu'il lui a Riontré la rputp et qu'il a contribué à Taocréditer, sifion comme principe, du moins comme conséquence (Je son œuvre. \\ est certain que par 1^ prédominance des méthodes e^^péripient^les il a poussé Vesprit humain vers les sciences de rohservation externe, au préjudice de celles qui traitent des choses invisibles. Il a entrevu Vimportance de la psychologie, mai* il ne Ta pas approfondie, et il a privé ainsi sa doctrine de solides fondements philosoplûques. Mais elle n'en reste pas mo^ns vraie dans son ensemble , pourvu qu'on l'envisage uniquenftent comme une méthode générale 4es sciences.
pratiques-, et avec ces deux principes de classification, il esquisse une encyclopédie qui n'est qu'un catalogue raisonné de ses ouvrages.
Varron passe pour avoir le premier dressé une statistique des sciences. Son traité Libri novem disciplinarum est perdu. Mais on sait de quels éléments il y composait le savoir universel, et c'est en rayant de sa liste la médecine et l'architecture que Martianus Capella, dans sa description bizarre des noces de Mercure et de Philologie, fille de Phronésis, donne pour suivantes à la fiancée les sept sciences personnifiées sous les noms des sept arts libéraux : classification vulgaire au moyen âge et que Cassiodore établit définitivement comme règle des études. Le Trivium et le Quadrivium sont les deux parties de renseignement secondaire et supérieur depuis Alcuin jusqu'à la renaissance. Aucune vue systématique ne paraît avoir présidé à cet ordre consacré : la grammaire, la dialectique et la rhétorique -, la musique , IV rithmétique, la géométrie et l'astronomie. Ce dénombrement avait plus trait à la pédagogie qu'à la science en général^ il n'y faut chercher qu'un cours d'enseignement. Aussi, lorsque Isidore deSéville, un siècle après Cassiodore, fit de son livre des Origines une véritable encyclopédie *, fùt-il obligé de placer après la septième science une série d'autres articles en dehors de la scolastique pure. Guillaume de Couches s'efforça de tout encadrer dans une philo-
' Isid. hispal. episc, Originum sive EtymoL lib. XX, clans AucL l'mg. lut. de D. Godefroy, 1595, ou éd. de Rome, 1798.