GHAP. II. — DE L*ORDRE ENCYCLOPÉDIQUE
pas, mais je Fignore , et dans l'état présent des choses, je vois une multiplicité, une. diversité qui n'est point le chaos, et dont la confusion est susceptible d'une certaine ordonnance. Mais soit impuissance ou limi-* tation de notre esprit, soit nécessité fondée dans la nature des choses, il me parait démontrable que l'universalité des êtres, en y comprenant Fètre des êtres, ne s'encadre pas dans les formes rigoureuses que rêve notre raison, et qu'il y a dans le grand tout plus de variété, de flexibilité, de liberté, que ne le voudrait notre mathématique intellectuelle. En tout cas, la totalité des sciences et de leurs objets ne se laisse point ordonner à l'image de la raison pure -, il peut y avoir sous ce rapport défaut d'harmonie entre l'esprit dérhomme et l'espritdel'univers ' , et partant, toutedivision encyclopédique est nécessairement jmparfaite ou irrégulière dans une certaine mesure*, elle ne satisfait pas à notre absolutisme spéculatif, et elle y satisferait, qu'elle ne me paraîtrait pas encore d'une souveraine utilité. En ce genre donc, acceptons toute méthode, pourvu qu'elle n'offire point d'omissions et que rien n'y soit représenté sous d'autres traits que ceux de la vérité.
D'autres plans d'encyclopédie sont venus après celui de Bacon. On pourrait trouver dans les Prin-cipes de Descartes la base d'un système spécieux et original, mais qui semble se rapporter plutôt à la connaissance qu'aux choses connues \ Locke a es-
« DeAug.^y, IV ; t. I,p. 276.
* Pan.!, 148; t. UI,p.99.
têé BXAMBII DE LK PHILOMPfiU D£ BkCM.
sayé aussi une clttsîfioation, sans se rappeler, à m qu'il semble ) qu'il revenait i la division souvent empruntée par la seolastique à Tantiquité'. Ibis ce partage de la science en physfque, éthique et logique, le meilleur peut^tre, laisse encore beaucoup de place à l'arbitraire. Car suivant qu'on entend par phy-» sique la science de la nature des choses ou de la na-^ ture matérielle, on y comprend avec Locke et Smidi, ou Ton en exclut l'esprit et Dieu lui-même, c'est-^dire ta théologie et la métaphysique, et l'uM et Tautre peuvent disparaître, si on ne les replace subrepticement dans la logique. Leibnitt, qui n'a pas manqué de relever le défluit d'originalité du classe^ ment encydopédiquede Locke» le critique éf^alemeM en lui-même, et conclut que les vérités ou connaissanoes peuvent être disposées diversement suivant l'objet que l'on se propose. Ainsi les sciences pour* raient être rangées s^on l'ordre de leurs preuves, ou bien à raison de leurs n^porta avec le bien de l'humanité » ou enfin suivant les termes qu'elles em^ pk)ient. L^nita va» dans son éclectisme, jusqu'à défendre ce qu'il appdle la division civile des sciences, division fondée sur les professions de ceux qui les Mseignent ou les pratiquent. C'est l'ancienne division académique des quatre fticultés ^.
Ces idées sont ^s derniers temps de Leibnitt ^ mais, à une époque où les conseils et les exemples de Bacon exerçaient sur lui un empire resté long* temps inconnu, il composait, nous l'apprenons par
• Essai, I. IV, ch. XXI.
» A>Mr. £w.,l. IV, ch. XXI.
CHhP. (I. - Dfi L*cmMtt ENGYGLOFÉBIQVE. «M
ces écfils HiÀMs éont kt publieatioti répétée nous apporte tant de lumiërM» fl eompo^aît le tableau syfioptique d'un Hyre oA, dans le langage de Bacon, H annonçait une science générale nouf eHe » ponr servir, par h r^siûurmiien eî l'af>€mcement des êMneeêy i la fÛicité ptiUi4q[ue '. Là toutes lea queitions de aystème, de répertoire et d'encydofédîe des seieiioes avaient être d'abonl Imitées. Puis, après que les éléments de la vérité éternel» auraieiit été pooés^ devait venir l'art de démontrer, et, par auîte, Mie dédootîon régulière et graduée de métiiodes , almi**tissant i eelie mathématique générale que LeilNiî<« a méditée sans eesse, et dont le cideul diffènntiel n'était pour lui qu'une applieation pariieulière. Um liste de treme^deux sciences se terminaît ensuite i la médecine, et sous le titre générai d'arts divers, de m* rii$ opiJlcii9y en ktissaii un bon nombre d^autres non moins importantes, comme la politi<pe, Téeeno^ nuque, la ^rtsprudence, la tbéologie naturelle» Il est malheureux que d'un tel ouvrage nous n'ay<ens en quelque sorte que la taUe des matières.
La diversité des idées de Leibnitz sur ce point doit nous apprendre à n*être pas trop sévère. Le système de Baooa« adopté par eeux: ^fue noti^ pays a baptisés du nom spécial d'encyelopédietes, n'a pas satieiail tous les goûts. Dans un remarquable essai sur les pro^^ 4e TesprU humain % Tur^a ir«^aidé wmsm
> eyiio^s Ml>H tevi tituiaê etH scI^ëMé a««i y awa Ms pt« Ui- MtarftUoM M MgMenliis sewtttiamn «d ^bHoMn t e U U W e a . Op. ^/., M. fe?4lnMMi.. KVf.p, m-m,
« Œuvres^ t. Il, p. iHA.
principale la division entre les sciences mathématiques et la science physique, et il n'a pas hésité a ranger sous ce dernier chef, avec la physique propre* ment dite, la logique et la métaphysique même, division qu'il a de la peine à faire cadrer avec une autre entre les sciences de combinaison et les sciences d'observation. Malgré son autorité, malgré celle de Locke et de Smith, et de Fauteur fort respecté en Ecosse de la Philosophie de la Rkétortquey le docteur Campbell, Dugald Stewart n'a pu se résoudre à mettre dans le même compartiment, sous une commune étiquette, des choses aussi disparates que la mécanique et la théodicce, que la chimie et la métaphysique, et il s'est prononce pour la vieille distinction entre le macrocosme et le microcosme, ou plutôt entre l'esprit et le monde matériel , chacun la source ou l'objet de deux grandes classes de recherches et de connaissances. Cette distinction raisonnable et familière parait avoir été acceptée par les auteurs de V Encyclopédie britannique'. Cette bifurcation , difficile peut-être à justifier avec une rigueur philoso-
^ Deux dissertatioDS historiques, Tune sur les sciences métaphysiques et morales , Tautre sur les sciences mathématiques, deyaient former Tintroduction; Tune, ouvrage de Stewart, l'autre de Ptayfair. Mais le premier n*a écrit que fhistoire moderne des sciences métaphysiques. Celle de Téthique a été traitée par Sir James Mackintosh qui devait y joindre la politique. Playfair n'a poussé la revue des progrès des sciences mathénfatiques que jusqu'au temps de Newton et de Leihnitz; Leslie la continuée jusqu'à nos jours. (Voyez The Encffclopœdia britannica, t. 1, 1*' éd. Edinb. 1842.) Le volume contient avec ces quatre dissertations une préface du professeur Macvey Napier.