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phique, est du moins aisée à suivre dans la pratique. On en peut dire autant delà classification usitée pour la rédaction des catalogues de bibliothèque : sujet qui a exercé d'éminents esprits; Kant lui-même est du nombre. Cependant la division un peu vulgaire qui avait suffi au bon sens tout pratique de Stewart et de Mackintosh, de Playfair et de Leslie, n*a pas contenté des esprits plus exigeants ou plus ambitieux, et dans le discours préliminaire de YEncyclop€Bdia metropoltianay G)leridge a essayé de mieux faire. Gomme tous tes esprits plus élevés que pénétrants, Coleridge tend au vrai plutôt qu'il ne l'atteint, et l'effort a chez lui plus de valeur que le résultat. Les relations que suppose, dit-il , entre les choses la pensée même d'une méthode des sciences, peuvent être considérées comme des lois et des idées à leur tour relatives les unes aux autres ou relatives au monde extérieur. Les rapports des idées ou des lois entre elles donnent naissance aux sciences pures, les unes, formelles comme la grammaire, la logique, les mathématiques \ les autres, réelles ou relatives aux principes et aux conditions de l'existence réelle, comme la métaphysique, la morale, la théologie. Fondées sur les rapports des idées au monde, les sciences sont mixtes ou appliquées : mixtes, comme la mécanique, l'optique, l'astronomie, etc., appliquées, telles que la philosophie expérimentale, les beaux-arts, les arts utiles, l'histoire naturelle , et ses diverses applications. Cette esquisse d'une classification générale n'est pas sans valeur, quoique les principes n'en soient point présentés avec une clarté par-
nt BXâMËM DE LA MILOSOl^Hie DE BAOOH.
faite, et que les divisions particulières proposées par Colerîdge pamissetit bien arbitraires. Mais plus on étudiera les essais en ce genre que des hommes éminents nous ont laissés, plus on se eonvaincra que h tentative contient en elle-même une difficulté radicale, pi^ut-étre insurmontable, qui pourrait être i son tour rationnellement établie.
Un des esprits les plus inventif de ce siècle, Ampère, a repris cette question de la classification, et il a très-bien vu qu'elle était inséparable de la philosophie même des sciences ^ Considérant que toute science se place à un de ces quatre points de vue, la description des phénomènes immédiats, la détermi^ nation des propriétés plus cachées, Tobservation des variations, et enfin la reehen^he des causes Intimes et de leur action; Ampère en déduit un peu gratuite* ment une division dyehotomique dans toutes ses parties. Ainsi les sciences, ayant pour objet le monde matériel et la pensée, sont eosmologiques ou noologiques, el les unes comme les auti^tô se biAirquent eà règne, sous-règne, embranchement, sous-embranchement) dernière section qui contient deux par deux les sciences de premier, deuxième, troisième ordre. Peut-être une sévère analyse prouvewit-eïle que Fauteur a été obligé, pour maintenir la dwiiité dans
^ Essai sur la philosophie des sciences, ou Exposition analytique d'une ctassiftcation naturelle àe toutes les connaisiancet fUmùênes. I v»l. la-8* OU 4ettx pftities, IÉS4-ia43. tlMit amitionaeront encore deux teoUtives du même genre, l'une de Bevtham^ Essai sur la nomenclature et la classification des principales branches, etc. Paris,1823, In-S», et l'autre du P. Veaiora,
Bémm/OôpmûêopkmUy ^. a»; Roaie, lair
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diaque cadre, d'isoler des parties ou ({Uestiôns «cieii* tiflqueg qui ne forment point une science A part et ne miéritent pas l'appellatton spéciale el quelquefois bi* sarre qu'il choisit et quelquefois imagine pour la désigner. Mais s'il est impossible de ne pas admirer combien m travail, obscur et singulier si Ton veut, atteste de force et de pénétration d'esprit, combien il est supérieur i tout autre pour la profondeur du savoir qu'il suppose, il faut reconnaître qu'il y a peu de chose à en coiMJure, peu de parti A en tirer, et qu'Ampère, comme Bacon, a été au moins une foid obligé de changer, sans \e vouloir ou sans en avertir, de fil dans ee labyrinthe. Je cherche en vain un rap^ port entre les quatre point» de vue qui servent à ca* ractériser spécifiquement les sciences, et la grande dycbotomie des sciences cosmologiques ou noolo^ giques. Mata il se peut que toute daÂrifieation encyclopédique soit inévitablement passible d'une critique analogue. Diderot avait déjA montré par des considérations toute pratiques^ l'impossibilité d'un ordre parfait dans le classement des sciencea et des artci, et le peu d'utilité de cet ordre parlait, s'il était possible. La philosophie qui a pris le nom de poiiti^ fiémplifle «uivant son usage la di^culté en élaguant tout m qui la gène. Après avoir distingué le travail d'ac^tton du travail de spéculation et partagé nos connaissances réelles en théoriques et pratiques, M. Auguste Comte admet comme philosophie première l'observation du système des conceptions fondamentales re-
» Voyez, dans son iHctionnaire, l'artttfe Èncyctopéd^,
latives aux divers ordres de phénomèDes. Shis il laisse ce cadre vide, et sans explication ni preuve, il déclare qu'on ne peut admettre moins de six sciences, et il en nomme cinq. L'ordre auquel on doit les soumettre doit résulter de la dépendance des études scientifiques, laquelle résulte elle-même de la dépendance des phénomènes correspondants. Mais avant les cinq sciences, il en place une sixième, les mathématiques, comme base fondamentale de toute la philosophie naturelle, et c'est par le calcul qu'il commence'. 11 n'y a rien de rigoureusement motivé dans cette ordonnance, et l'on ne voit pas bien comment les mathématiques sont le préalable nécessaire d'un ensemble où figure après l'astronomie et la physique, la biologie et la sociologie auxquelles elles ne s'appliquent pas. Mais cette encyclopédie n'a pas besoin d'être examinée, tant que la philosophie positive n'aura pas démontré son principe.
Ce système, comme tout système de division, fait une première violence à la nature des choses. Suivant la remarque de Bacon lui-même ^, les objets des sciences sont simultanés et liés entre eux par des relations ainsi que les facultés qu'elles mettent en jeu. Il suit que les sciences elles-mêmes se tiennent entre elles sans solution de continuité, et même rentrent par plusieurs côtés les unes dans les autres. La division généalogique ou synoptique suppose le contraire, et met la succession a la place de la coexistence.
A Cours de pkil. positive, 1. 1, 2« leçon, p. 50-87. 2« éd. i853. * Voi€z ci-dessus, 1. II, cb. 111» p. 21 Iv
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Cette critique, bien développée par l'auteur d'un ouvrage distingué sur la philosophie des sciences*, s'applique particulièrement au système de Bacon, modifié par d'Alembert Mais en étudiant, comme il la nomme, cette division tripartite, M. Goumot croit y apercevoir le contraste de deux éléments dans le système général de nos connaissances , l'élément phi* losophique et l'élément scientifique. La philosophie considère l'origine de nos connaissances et cherche à pénétrer la raison des faits. La s^cience recueille, constate, coordonne ces faits mêmes, et cherche à les combiner méthodiquement en corps de doctrine. C'est la seconde surtout qui a besoin de l'observatioB et de l'expérience. Mais si Tune peut être distinguée de l'autre, chacune d'elles a besoin de l'autre, et toutes deux se retrouvent en de certaines proportions dans chaque branche des connaissances humaines. La forme du développement de Tei^rit hiunam à travers ces connaissances mêmes est successivement la religion, l'art, l'histoire, la philosophie, la science. Ces cinq choses se suivent assez bien dans l'ordre chronologique-, elles ne commencent point ensemble, mais ensemble elles se continuent. Ce n'est pourtant pas suivant cet ordre, qu'à l'époque où nous sommes, on peut ranger les diverses parties du savoir humain-, et il faut se résigner à partager les sciences d'après leurs objets en cinq groupes, qui sont les sciences
* Goumot, Essai sur les fondements de nos connaissances, ch. XVI, 243, t. II, p. 7i. Voir aussi les observations de M. Heuri Martin qui ne s*est d*ail1eurs occupé que des sciences naloreUes. PMI. spir, de la nat,, t. II, part, ii, ch. XXXV.
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nrntbémattqoes, \eê ^enc 69 physiques et cosmolo^ giqaes, les scienees Uologlques et l'histcûrenatureHe, les selenees noologîqtie» et symboKques, enfin les sciences politiques et l'histoire proprement éite. Dans le tâMeau où il les eneadre, ces groupes, rangés pour ainsi dire horizontalement , sont pai^gés en trois séries, la sètié théotique, la série cosmologiqoe et htstoricpie, la série technique ou pratique*, de sorte que la continuité des points scientifiques peut être jifsqu'à un certain degré suivie dans deux sens ^R* rents, de bas en haut et latéralement.
Malgré toute la sagadté dont Fauteur a lait preuve, malgré Fart qu'il a mis à échapper aux objectfems enecmrues par d'antres ckssîfiêations encyclopédie qnes, îl connatl trop bien, Il a trof^ savamment luimême exposé les obstacles, ce semble, invincibles, qui s'opposent à la perfection d'une telle osuvre, pour ne pas nous permettre de répéter que la sienne, comme celle de BacM et celte d'Ampère, nous eo nOrft i e dans la persuasion que Fotilité n'^ale pas la difficulté de Fentreprise et qoe la difficulté surpassera probablement toujours le mérite du r^ultat.
Il y a trois ordres d'idées ou de faits qui privent servir de base à une encyclopédie : les objets t^ que la réalité universelle les offre à la connaissance -, les sciences de ces dbjets, telles qu'elles existent actuellement, telles que les a historiquement constituées l'esprit humain -, enfin les facultés de ce même esprit, en tant qu'elles se rapportent à ces sciences et à ces objets. Par suite, Fencyclopédie peut être, pour ainsi parler, psychologique, méthodologique, onrlolo'
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gkpie. En hsane règle, il semble que le» eèjele et les seienees devraiéDt exactement coïncider, et Fesprit humain étant le même, soit qo'il forme les seteme», soit qu'il se porte sur les objets, toutes ses feeoltés devraient se retrouver en action dans toutes les parties de la connaissance. Mais il n'en est pas absolu- ■leiit unsi^ la nature des objets est trop diverse, leur nombre trop grand, pour qu'ils soient tous également et unifiM'mément connos. Les seiences ne se développent pas d'une manière systématique, et ne marchent point du même pas. L'utilHé et la lieilité de toutes n'est pas égale. Des oirconslances de tous genres hâtent ou retardent, infléchissent ou rectifient leur cours. Enfin les fiioultés ne se rangent pas toujours sur la même ligne ; elles diffèrent d'activité et de puisaanoe selon tes individus, les temps, les natione » les appUcations qui les sollicitent. Aussi voiton que les encyclopédies varient entre elles, suivant que l'on adopte tel ou tel de ces trois pointe de voe, qui cependant ont entre eux tant de rapports que presque toujours l'ordonnateur de» «onnAissanees humaines s'y plaoe tour à tour et passe de l'un à l'autre, souvent même a son insu. Il est évident qu'tme harmonie , une resseftihlance , même une identité entre les divisions puisées à cette triple eonroe serait le signe d'ufie classification parfaite, et si Ton y pouvait atteindre, ee n*est pas seulement l*art. spécial de Tencyclopédiste , c'est h science même, la scimce universelle et absolue qui aurait fait un grand progrès. Ce serait preuve que nous en saurions beaucoup plus sur l'homme et sur les choses
que nous n'en savons, que peut-^tre nous n'en pouvons savoir, et la relation de Fètre et du connaître se montrerait sans voile à nos yeux.
C'est en anticipait ce degré idéal de connaissance qu'on a pu supposer^ et faisant thèse de l'hypothèse, affirmer, que tout le procès (processus) de l'inconnu au connu était achevé, que la sphère entière du savoir et des choses était parcourue, que l'esprit était en pleine possession de ht nature; et osant encore plus, on a dit qu'il lui suffisait pour c«la de la pleine possession de lui-même, et que non-seidement les divisions des choses et des sciences coïncidaient, mais qu'il y avait entre les ohjets, les sciences, les facultés, réelle identité. Tel est le point de vue supérieur de Hegel, et la base de sa célèbre encyclopédie des sciences philosophiques. L'expression la plus générale de cette triplicité de formes, de moments, ou de stations, qu'il regarde comme les trois points du développement nécessaire de l'existence, est celle-ci en langage vulgaire : l'être devient une chose, et cette diose une notion-, ou quelque diose, — une chose,— une chose connue; ou entin, comme il dit, être, essence, notion '. Cette formule, dont il a tiré des applications si nombreuses, si heureuses, si hasardées, si folles, peut, on le conçoit, être prise comme la base d'une encyclopédie impliquant l'identité en soi de la pensée et de ses. objets. Mais quelle que soit la grandeur de l'œuvre de Hegel, ce n est encore qu'une tentative, une tentative qui par son principe comme par ses
* Seyn. — Weseo. — Begriff.