‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 84 sur 112 · CHAP. III. — DE LINDUCTION · texte numérisé non relu

CHAP. III. — DE LINDUCTION

lions persistantes d*Aristote. Cest la raison seule, faculté de Tuniversel, qui généralise ainsi. De quel droit? Nous le chercherons. Ici, bornons-nous à remarquer que le type unique du raisonnement concluant n'est pas celui où la conclusion est moins générale que les prémisses.

En second lieu, dès lors que le syllogisme conclut du général au particulier, il faut que des propositions générales lui soient données pour principes. Or, comment lui sont-elles données ? d'où vienneiit-elles ? A moins de prétendre qu'elles se trouvent àpriori dans l'esprit humain, ce que ne prétend pas la logique, celle-ci ne saurait rendre raison de leur présence parmi nos pensées, si elle ne connaît une forme de raisonnement qui les donne. Ce raisonnement existe; c'est le syllogisme ^pagogiqv^^ en vertu duquel, plusieurs faits individuels étant donnés par Texpérience et exprimés par une seule et même proposition, on peut, de cette proposition collective, faire disparaître tout ce qui est individuel et sortir une conclusion purement générale. De ce qu'un chevaK un zèbre, un âne sont mortels, et de ce qu'ils sont des animaux, il suit que des animaux sont mortels. Cette conclusion inductive : des animaux sont mortels , peut ensuite être reprise à titre de proposition générale et devenir le principe d'un syllogisme tel que celui-ci : « Des animaux sont mortels, ce cheval est un animal, ce cheval est mortel.» Si j'entends seulement qu'il n'y a pas contradiction entre la nature de son espèce et la mort, qu'en tant qu'animal, l'immortalité n'est pas de son essence, l'argument est régulier. On voit,

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par cet exemple, que le syllogisme et T induction ne sont pas contradictoires, que Tun seulement est Tinverse ^e Tautre, ou, si Ton veut, que l'un et Taulre sont deux espèces de syllogisme.

C'est à peu près tout ce qu'on peut tirer de la logique pure. Comme elle est la science formelle du raisonnement, elle ne saurait a4mettre que des manières de raisonner rigoureuses. Sir William Hamilton a déployé toute sa sévérité contre quiconque se permettait d'introduire en logique une autre induction que l'induction parfai|« S celle dont la majeure affirme une même chose de certains individus ou de certains cas, dont la mineure énonce que ces individus oi| ces cas son^ les paries d'un tout, et dont )a conclusion attribue au tout ce que la majeure vient d'assigner aux parties. Tel est le type de l'induction, celle de la logique pure. Mais personne, pas même Aristo^e, n'a pu encore se condamner au système cellulaire de la logique pure, et considérer exclusivement la forme du raisonnement, sans jeter un regard sur sa matière. On n'a pu s'empêcher ^e compléter l'abstraction logique par l'observation psychologique, et les logiciens ont commis l'inconséquence dt)ligée de mentionner ce raisonnement de forme inductive, souvepIL inexact , mais susccp^hle d'une approximation indéfinie, ce raisonnement que nous répétons toutes les fois que nou$ affirmons un fait universel, à cause de certains faits particuliers. Comme notre connaissance des choses réelles commence par la per-

> Ditctu, of philos. y IV, Logic, p. 156-175.

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ception successive des choses particulières, et que le syllogisme a besoin que Tinduction lui fournisse dès majeures, s'il fallait attendre pour les avoir le dénombrement de la totalité des faits dé chaque ordre, la vie entière et des millions de vies mises bout a bout s'écouleraient avant qu'un homme hasardât un seul raisonnement. Le rigorisme de la théorie peut donc proscrire l'induction imparfoite; mais la science réelle doit en tenir compte, et Bacon, en particulier, eût été bien embarrassé d'avoir à la proscrire. On verra qu'il ne se rendait pas un compte sévère de la nature des sciences formelles, c'est-à-dire des sciences exactes. En tout , il cherchait à prendre les choses telles qu'elles sont, et il voyait pratiquer dans la vie , et môme dans la science, un raisonnement inductif sans rigueur, mais persuasif. Il avait, en outre, pu lire dans quelque logique,dans celle môme d'Aristote, qu'il existait un syllogisme improprement dit, argument imparfait, qui était peut-être le raisonnement le plus clair pour nous '. Tout le monde s^it, par expérience, que la raison est toujours portée, srouvent forcée à généraliser des faits particuliers. Plus ils sont nombreux, plus ils se ressemblent, et plus cette généralisation exerce d'autorité sur notre esprit. Mais, même formée sur des bases insuffisantes, hors des conditions rigoureuses de la logique , elle est en

* Pr. An.^ 11, XXIV, 5. < Linduction n'est jamais ud moyeD d*acquérir une science parfaite. > ( Logiq. de Port - Hotjal , part. III, ch. XIX, §9.) c LMnduction est un syllogisme imparfait; l'exemple est une induction imparfaite.» (S'Gravesende, Art déraisonner, cb. IX, 1330, 1236; Œuv. phiL, 1774.)

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usage, et elle n'est pas sans puissance. C'est un fait d'observation dans la vie réelle de l'esprit humain.

Mais si Tinduction dans la pratique est un raisonnement sans rigueur, inexact, défectueux, on peut le concevoir exact, et c'est comme tel que la logique l'admet et le décrit.

Son essence est bien celle-ci : tandis que la déduction est la conclusion du général au particulier, l'induction est la conclusion du particulier au général. On a contesté la distinction, on a voulu que tout raisonnement ne fût au fond qu'une inférence de plusieurs cas particuliers à un nouveau cas particulier. De même que pour Hamilton toute induction est un syllogisme, pour M. Mill, tout syllogisme ne serait originairement qu'une induction. Car, dit le dernier, dériver un cas particulier d'une proposition universelle, c'est ne rien dériver du tout -, il n'y a pas là de raisonnement effectif; la conclusion n'est qu'une réassertion partielle de ce qui est affirmé universellement dans le principe du syllogisme. Mais c'est oublier, il me semble, que la force du syllogisme réside dans la mineure, et que le point délicat est presque toujours de savoir si l'individu ou le fait particulier dont on raisonne fait réellement partie de la totalité dont la majeure affirme une vérité générale. Suivons l'usage de prendre pour type de la forme rigoureuse du raisonnement ce qu'on appelle le syllogisme de la première figure. Exemple : « Tous les hommes sont mortels. — Seth est homme. — Seth est mortel. » C'est là un raisonnement, et ce n'est pas, quoiqu'on

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en ait dit ', une pétition de principe. On soutient que la conclusion est déji affirmée dans la preiniëre proposition, la mortalité de Seth étant comprise dans celle de l'humanité tout entière. Gela est vrai dans la réalité^ mais le syllogisme n'est pas l'expression de Tordre des faits, il est l'expression de la loi formelle de la pensée, il est relatif à l'esprit humain. Je sais que tous les hommes sont mortels : il ne s'ensuit pas nécessairement que je sache que Seth soit un homme. Je lie ces deux connaissances obtenues séparément, et par la seconde je dérive de la première la connaissance d'un fait qui était effectivement compris dans le fait général exprimé par la première, mais qui n'y pouvait être aperçu qu'à la condition de la seconde-, et ce fait, c'est que Seth est mortel. La connaissance ainsi obtenue est appelée discursive^ précisément parce qu'elle résulte d'une certaine marche, d'un certain cours de la raison, quoique les choses auxquelles elle s'applique soient simultanées et ne se dérivent pas nécessairement les unes des autres comme les notions qui s'y rapportent. Le syllogisme, encore une fois, est une loi de l'esprit, non de la réalité, quoiqu'il y ait un certain rapport d'analogie ou de ressemblance entre la réalité et l'esprit. En effet, l'esprit n'est fondé i déduire le particulier du général que parce que les choses ont une essence stable au

^ GampbeU, D. Stewart. — Voyez Wbately, BUm, oflogie^ Uy. IV, cb. Il, § i, p. 239, 9* édit., 4848, et Stnart MUI, 5^5iem oflogic, 1. Il, cb. III, 2; t. II, p. 245, et passim. Cette objection, qai irait à l'annulation de la logique même, a été réfutée par sir W. Hamilton, ùise^ ofphiL, Append. II, p. 652*

«■ffleydë I«bl9âillfif«flê«s ftt^lAMféJr, tsiêhcêaii nftttird Àm k ëMMtlté pèmël àd lëi ettiàèëe fOt ^tfteftt d'éftâffifthér tftiél^tlè cll6M gértéraléiAefli. LA lafi^W èfippdiê hnë ffl^pht^i^oé «Mifthroié.

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réâdlte dd [M>)ne)fé. Il n« férl gUèfe qttè féliétéf âod» totme SomtnAlOitf! ce qui eslt expf lirté diti^rtietit dans I* première proposition: L6 hil90itd«m«ftt fl'est dAtts ce cas qu'un procédé de généralisation.

On re<(Mi^ud«ftt ^ii'll fi'est p»ê IndispëMttMe de savoir*, il siimt de' cVolfe que fe d^dôitihferh'eht est eoiBpJet< Le rsisonnemenl qui sdggère que l'espèee tWhiêirfè m tHortéiléj est et délft«ttl>e «ifMi «jtft«t éë

tiû/tim Ôah* le* deux fea^. tomme ibUréte *ô ébïmAîîrsancé, il n'esl ValéAl^ (|li*à là côndittoft q\ïê le pAh^ 6f)pe sbil Vràî. Mé5s ôh a raSfeoh 'Aé tfîVe <5^ le ^yîh^ gîshi^ hé four ttft étrtuh moyeti de cotitWleï' lia vérité de sort priiieipé. Gepertdant il reste que là feondusièn peut êrtOtitfél- d'une mahtère géhél-ale ce qui test exprimé d*tts les prémissièis par Voie de dénomfc^èttieftt. Il y à d^jà là uAe ceHàîhe coticlusibh du ^rticulièf fcù général, èl taoûs arrivons A nnduétitttt.

tt Adata, ÈV<è^ tîftWi, Akel soht ntort^. — Adaitt, Eve, GMï^ AM soMt <(^s le» ho^nm^. — To«^ ieh hommes i^OAl molrltefe. d €e syltegisÉiè est Té^ValteM de celui-d. n A,, fe, C «ont Mo^âs. — A, 8, C'sohl tout te tribunal — tout le tribunal est Mottd. ^ Qa^ô*! ne dise point.que c'est une pure tautologie. Cbai>gez Tordre Îm^ lequel te raisot^ite^ment est disposé. S^ipposeî àvicc sir W. Hamilton Tordre tjue voîtîî, et qtii se pfésMte {yeut-ètre {yt As Mturellenient. Q«esciw : « Est-ce que tout le tribunal est blond ? — Réponse : (c oui (ou tout le tribunaï^ etc. )^ car A, b^ C sent tout le tribunal, et A, B^ € sont blonds. » On voit que ce raisonrte'meYit èstînàuèWf, ïnais exact, et instructif aussi bien qu'un sillogisme {)rof)rement dit.

Cette énuwiré^^tïèn contenue dî«s la "ra^jefire, ^sumée dans la conclusion, nous enseigne d'ordinaire peu de cliose, et âans les cas simples, la cobcIusîoh semble ne faire que répéter les prémisses. Aussri fia-

con trouve-t-il assez puérile l'induction par énumération '. Cependant entre les prémisses et la conclusion subsiste toujours la différence du général au particulier, et elle a toujours une certaine valeur, quelquefois de l'importance. Je trouve dans un écrivain allemand qui le premier à ma connaissance parmi ses compatriotes, a parlé de l'induction en philosophe ^, qu'un exemple de l'induction complète est la démonstration de ce théorème de géométrie : « L'angle au centre est double de l'angle inscrit, quand les arcs correspondants sont égaux. » En effet on déduit cette vérité générale de trois cas seulement. Ces trois cas sont les seules positions possibles des côtés de l'angle inscrit*; si la proposition est vraie de chacun des cas, elle est vraie de tous, et cette démonstration a la forme de l'induction, sans en être moins rigoureuse. La conclusion, c'est-à-dire le théorème, ne saurait pourtant être taxée de proposition puérile.

Mais toutes nos inductions sont loin d'être ainsi démonstratives. Comme notre expérience se forme, comme notre esprit s'instruit par des cas particuliers,

* C'est aussi FaYis de rarcbevéqae Wbately , qaoiqaMl n*aii- Dule pas, comme Mill et Stewart, cette forme de raisconement. (Logic, loc. cit., p. 232; Nov. Org., l, i05; t. U, p. 62.)

* Die Théorie der Induction^ par E. F. Apelt, Leipzig, I85i. J'ai été heareax de rencontrer, dans cet ouvrage, la confirmation développée de quelques-ânes des idées indiquées dans ce chapitre. J'aurais pu en profiter pour le refaire; mais il était trop tard.

' L'évidence intuitive de ce fait est ce qui donne à cette induction un caractère de nécessité, c'est-à-dire le caractère mathématique.

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