‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 85 sur 112 · CHAP. III.— DE L*INDUGTION · texte numérisé non relu

CHAP. III.— DE L*INDUGTION

la nécessité de conclure quelque chose nous oblige à devancer l'enquête complète qui assurerait nos conclusions. L'enquête est souvent impossible , et quand elle est possible, la vie nous presse et ne nous permet pas de l'attendre. Nous faisons donc beaucoup de raisonnements qui reviennent à celui-ci : «c A, B, G, etc., sont mortels. A, B, G, etc., sont des hommes. Tout homme est mortel. » Gette conclusion supposerait une mineure portant que A, B, G, etc., sont (oui homme. L'histoire naturelle est remplie de propositions du genre suivant : « Tous les chiens connus aboient. Tous les chiens connus sont tous les chiens. Tous les chiens aboient. » Ge n'est pas une question de logique, c'est une question de psychologie, d'anthropologie même, que de savoir pourquoi il nous est habituel, et comme nécessaire de raisonner ainsi. Ge n'est pas une question de logique, c'est une question de méthode et qui rentre par conséquent dans le sujet de VOrganum de Bacon, que de savoir à quel point, dans quels cas, sous quelles garanties, avec quelles restrictions cette manière de raisonner est admissible ou valable dans une science donnée ou dans les sciences en général.

Le raisonnement suivant est donc possible sans être correct : « Seth est mortel. — Seth est homme. — Tous les hommes sont mortels. » Nous retrouvons toutes les propositions de notre premier syllogisme*, mais la première a changé de place avec la dernière. Le principe du syllogisme est devenu la conclusion de l'induction, et l'on voit pourquoi l'induction a pu être dite un syllogisme renversé. Celle-ci, quoique impar-

;S6 EXAMEN QS hji PpiLOSOPflfE ])E BACON.

faite dans la forme, §en^ concluante, si nous savons, d'ailleurs, qviç tout homme est ce qu'est un seql homme. Cette connaissance est le principe sous-en^ tendu qui fonde le raisonnement, et Ton conçoit comment, en rédigeant Vargument de manière que cette proposition en soit la miyeure ou la mineure non exprimée» ce qui est très-facile, Tinduction deviendra, comme Font dit des logiciens, un enthymème *. Supr posez connu que Setb est mortel par essence et nm par accident, il s'ensuit la mortalité de Thumanité entière \ mais la condition n'est pas exprimée , et si on ne la rétablit mentalement ou expressément, l'argument ne prouve qu'une chose, c'est que Selh étant au nombre des choses homm€$ et d^ choses morhik^, l'humanité et la mortalité peuvent se rencontrer dans le même sujet.

Admettez ces deux propositions :

A, B, C, etc., sont mortels.

A, B, C, etc., sont des hommes.

De ces prémisses plus générales que celles du précédent exemple, on pourrait , on devrait inférer que des hommes sont mortels, et l'on infère que les hommes sont mortels. Cette dernière conclusion excède visiblement les prémisses, et cependant personne n'espérera que cette faute contre la logique laisse aux hommes sur la terre quelque chance d'immortalité. Notre croyance absolue à la mort de tous est iné-

* Omnis indactio e8( enthymème. (WolBus, Fhilos, ration, sive Logica, part. I, sect. iv, c. VI, 479.) Celle opinion est reprise et déTeloppée par Whately {Logic, loc. cit., p. 235, 256), et comhattae par Hamilton ( Oise. offkiL, IV, t0og,, p. 170).

t§tf4rftit wn§ m^je^re q»\ ppnHot un 4énofnbF^pa«jt poiwplel d« riïw»anil4r Or^ (lw§ I» fWJWf^ pHl* poyr pxpn)p}ô, A, 3, C, D, eta,, p# peuvent jamftif être ft^tr^ fibpue qpe )'épttroér»tiQn 4#|$ homin^ quf j>i vus OM dont j'fti entendw pftr'^Fr Nw» ne pouvpftf

(iir^ que ic^i : « Tûu« l^i hommes wnuus, mm w*pçptjou, étaient mortel» , do»c ton» 1^ twïnm^§ te -WBtf V O"*! qui fh^{p 4ç la véri*^ 4# ^ Q^k^ij^jm»

^i ppgrlaut il repose «ur ^^t^ ewffifratig ^imph^ Ppï)trp Isqupllg 3^con iwjj^ met PP gfir4ô 'r Cô sofrt àe^ mîsppnemfipU ^embldbU« qm épUû^q( l^s MÎpqr cp^, règlepl 1» yip, et qije Tei^péiii^Bp^ (ipnfirm§ »VW i|qe rtg^larité parfaite. Ou pondui^ m (oftp^e, m santé, un état même, en vertu d'indup(iops {^j^p pliii hasardées epcorPr Una vioUtipp copjitapte dp hi logique pçt dopi? le traip 4p9 cbosps humaines,

Ppppe ou mauvaise, ceU# ipduiçtioq, qui dan« m formp est cellp des (ogipieps, est ^pssi dap« sa foiFme cellp de Bapop \ mais il spuMpfîl^ qq'i^n en ^ téméfijr rep^pnt «bpsp dans Ips sciepises, pt que dp quelque perception! hâtivpmept pu fortuitement fecppilliiM, op est moplé de plpip saut ^^ derpiêrei gapéfaliiatîpps, pour pn raisonner ensuite à perte de vup, Il reproche à cette sorte d'argumentation de s'appuyer sur un dénombrement arbitraire de cas particuliera. Faute de s*assurer que cette énumération $oit une

* De Augm., V, ii; Nov. Org,^ I, 69 et i05; l. I, p. 249; t. U, p. 32, 62.

liste exacte de tous les cas possibles, on s'expose à être démenti par la première exception venue, et sur une base aussi ruineuse, on n'édifie qu'un savoir fragile. Comme remède à ce double mal , il prescrit de généraliser lentement, par une gradation continue, de modeler, autant que possible, sur les faits les premières propositions qui les expriment, et de ne les traduire en propositions générales qu'après avoir i chaque pas sondé le terrain, et rapporté sans cesse aux réalités les inférences que les réalités ont fournies. Il pose ainsi les règles de l'expérience et du contrôle de l'expérience. Ces règles ne peuvent avoir d'autre but que de multiplier les observations et d'en garantir l'exactitude^ car il y a deux écueils à éviter, des observations trop peu nombreuses, des observations mal faites.

Ce sontlàde sages conseils.C'estadmirablementcorriger, sinon extirper, le vice possible de l'induction ; ce n'est pas la changer dans sa nature, mais en mieux diriger l'emploi. Bacon n'a pas tant perfectionné l'induction que Texpérimentation : ce que Hamilton exprime autrement, en disant qu'Aristote a considéré les lois sous l'empire desquelles le sujet pense, et Bacon les lois sous l'empire desquelles l'objet peut être connu '. Ainsi, malgré l'illusion qu'il s'est faite i lui-même et qui a gagné ses admirateurs, Bacon n'a point inventé une induction nouvelle, et lorsqu'il croit exempter la sienne des défauts qu'il signale dans celle des autres, il se fait une seconde illusion et n'en-

« Keid's Works, p. 712.

Page 1