CHAP. III.— DE LUNDUGTION
seigne qu*i tempérer par un art judicieux les inconvénients d'un procédé presque toujours forcément imparfait. Son plus grand service est d'avoir remis en honneur et recommandé Tinduction qu'on délaissait, « cette induction sur laquelle reposent les
sciences naturelles et dont Bacon a tracé les lois
L'induction du physicien a pour base la stabilité des lois de la nature, d'où il suit que ses conclusions sont toujours hypothétiques. Les lois de la nature ne pourraient être rigoureusement constatées que par l'universalité des faits; d'où il suit que le physicien, concluant un fait inconnu du petit nombre des faits connus, n'obtient jamais qu'une probabilité plus ou moins forte'. »
La stabilité des lois de la nature est un fait, dit encore Royer-Collard, mais elle n'est pas nécessaire. N'importe, elle est certaine, nous la tenons pour telle. Mais est-ce parce que l'expérience nous suggère cette conviction, ou parce que l'expérience la confirme? Je n'en appelle pas du sens commun à la logique ; toutefois, je ne puis m'empècher de poser cette question. C'est celle de la validité et du principe de rinduction. En cherchant à replacer sur cette base tout le savoir humain. Bacon était d'autant plus obligé d'éclaircir ce point préliminaire , qu'il s'était montré plus rigoureux pour le passé, et qu'il avak élevé sur les méthodes usitées, sur la pratique de l'induction, des méfiances qui pouvaient aboutir à un
> Royer-GolUrd, Frag. théor., X, trad. de Reid, t. IV, p. 383. Gf Reid, Acamnt of Arist, log,, p. 712, et Leslie Ellis, préf. gcn. du Bacon de Loogman, 1. 1, p. 21 et suiv.
Z90 EXAMEN DE (^4 PHlf^^QPfilE QË >AGON.
sceptiei^me plq^ généra). C'étajt ^ li|i d^ 4J«sîp^P )p nq^ges qtf'il fiv^it lui-môme ^nf^oncpjps fwtpilf dw résplt^t^ pbtenqs p^r les jo^uptjpns 4'm)§ ^^^J^R^ ontérie^re.
I| n'y », en pffpf , que trois; p^ptiç à prendre d§ni^ |p$ sciencps, ^i j'qn qe veut 8q fpjfe pceptjque. r^ U fout HP concé4er au r^isonnen^ent ift4uûtif qp'ui^ pFobar hijité prppQrtionnelle au UPïftbrp de* filits pb^pryés, Pt quj est alpr^ UîP^qrée par le c»)pul et npo évaluée pi»r le J)Qp $eu$, — Ou bien il f^ut regarder Wfflroe une oroy^nee naturelle, cprupie up principe pratique de l'iptelligeppe, une foi gratuite 4*0!» 1* §t§bjHté de« lois de la pâture, pqnyiGtiop jrFP«istible qui ne perfppt pas, quand les faits sont bien constatés, 4p ^PPPPier dputeu^e 1^ loi dont iU sont j'e^pre^^ipp pbpngipénî^le. — Ou enfin il f*ut ^dmettr^a 4p* prinpipes §ur péripur^ et néces^i^ires 4p rinlejligenpe, 4e;i jugements à priori, dont la raisQp ffissp emplpj de ^n chef et qu'elle applique ^vep fiutoritp au^ perPPptJPPs de rpxpérience, pour les soumettre à^s proppes fpis, en telle sorte que l» vrf^ie forme des pbosps,t#nt cherchpp par le pérjpatptispie , sprfiit d^ps Tesprit humain.
Chacune dp cp$ explications suppose une oertaipe règle, dont la vérité constitue la validité de Tinduclion. ^
Pour fonder la première explication, il faut que ce qui. arrive très-souvent 4aps les îpêipPS circopstances
CB4P. lUî m VmWQVQH. Wli
ou 4 un être de môinp espèce doive lyj ^iriver toujours. Naturellement oq eippiriqqenient , poiis le croyons ainsi. De 1^ pn certain prinpjpe qq'on pput appeler le principe de probabilité, et dont je prpis que I^ tbéorie n^atbépfifitjciqe dp^ prpbiibiliMî^ se sert corpm« $}*up fait et s'^pr^fig^ cpmme 4'nnp vérité pvi^pnte^
PoMr h secoqçjp, il faut que la croyance à 1^ stabilité de3 lois de T^nivers soit m principe de ];) rai^pp et comme nn a>^jom^ naturel. C'est l'opinion des pbilosopbes épossais ^ c'est celle des logiciens qui réflécbissent *. |5i|ns s'êtrp positivement prpnQncé snr ce point, Pacqn semble l'avoir Mppté, etrftjsopne comme s'il n'en f^iswt ftMPun ^ontp.
Pour la troisième, il T^ut que ce soit nn prippipe nécessaire en spj, i)ne loi des cbo^e^, que les m^mes causer procluisept le§ mémp§ effets, qup les mêmes essences ^iept les mêmes propriété^ ; principe pt loi
1 Le rapport de la proba))ilUé «ntçqflpe ^i) s^qs d^ géomètres à rinduclion, est qn fait, mais il est fort difficile «de se bien rendre compte des fondements de Tune et de l'autre, qa de la raii^on d'y croire. Laplace iDj-mém^ n a pa» r^osii k faire accepter ou m^me bit^p entep()re ses i<|ées à pet ^gard. ^e demande aifx plus habiles le sens clair de cette phrase : « U est difficile d'apprécier la probabilité des résultats de Tindaction qui :»e fonde sur ce que lea rapports des plus simplea sppt les plus communs. » Es^al phil, sur Uiprop., p. 243, éd. de 1819. Voir les critiques de M. S. Mill, Syst. of log.y l. III, ch. XVill et XXV, t. Il, p. 70 et 194.
* < L*analogie s'étend fort loin , et elle a pour fondement ce principe extrêmement simple, qpe l'univers est ^opvprpé par des règles générales et con:)lantes.B S'Gravesende, Logiq., I. Il, part. Il, ch. XVI. Cf. Royer-Collard, Frag, théor., VI, trad. de Rfid, t. IV, p. 959,
dont la croyance à la stabilité du cours de la nature ne serait qu'une expression subjective. Le rationalisme philosophique doit aller jusque-là.
En tout cas, Tesprit croit i ce qu'il infère de l'expérience, et par la répétition de l'expérience, la certitude augmente. C'est là le fait incontestable. Mais si nous aimons à réitérer l'expérience, c'est dans la conviction qu'en la renouvelant, les fautes d'attention, les méprises de l'observateur seront de moins en moins à craindre, que les causes accidentelles qui auraient altéré les apparences du phénomène, ne se reproduiront pas constamment, et que ce qu'il demeurera de permanent et d'identique sera l'essentiel et le certain. La multiplicité des cas d'observation n'ajoute rien à la certitude du fait expérimenté ; elle ne sert qu'à garantir l'observation d'erreur. Les erreurs mêmes, s'il s'en produit à chaque fois, sont tôt ou tard en sens contraire les unes aux autres ; bientôt elles se compensent, comme on dit en mathématiques, et s'annulent réciproquement. Ce sont là aussi des vérités d'expérience, oufondées sur une évidence de fait, en partie intuitive, en partie déductive*, et de là la théorie des probabilités. C'est l'exactitude de l'observation qu'on suspecte, et non la permanence du fait observé et d'une loi suivant laquelle ce fait se produit. Supposez que nous eussions vu l'eau entrer en ébullition à cent degrés pour la première fois, si nous étions assurés de n'avoir manqué ni d'attention ni de clairvoyance, si nous n'avions aucun doute sur l'exactitude du thermomètre, sur la pureté de l'eau, et l'absence de toute cause accidentelle d'effervescence, nous n'hé-