‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 87 sur 112 · CHAP. III. — DE LMNDUCTION · texte numérisé non relu

CHAP. III. — DE LMNDUCTION

siterions pas à conclure d'une expérience unique que cent degrés est la température de l'eau bouillante; nous généraliserions le fait sur la foi d'un cas particulier. Donc nous raisonnons en ce cas comme si les lois de la nature étaient stables ^ c'est en soi, ou c'est devenu une des vérités dont la preuve ne se demande plus. Est-ce l'expérience elle-même, aidée ou non de quelque raisonnement, qui nous a conduits la, ou bien y sommes-nous portés et comme obligés naturellement ? C'est une autre question. Mais de quelque façon qu'on la résolve, la solution suppose certains principes de raison touchant la persistance des substances et la connexion des causes et des effets, principes sans lesquels elle ne serait ni valable ni intelligible. .

Sur ces principes i leur tour, une question toute semblable s'élève. Sont-ils des connaissances empiriques , des connaissances obtenues à posteriori^ ou des intuitions primitives de l'intelligence ? Dans ces deux hypothèses, ces principes seraient des inductions de l'universelle expérience, et par là les plus certaines de toutes; ou bien ils se fonderaient sur un principe inductif inné pour ainsi dire dans l'esprit humain, lequel concluerait en quelque sorte de luimême à toutes choses, de ses lois propres i l'ordre universel, et par conséquent, dans un certain sens, du particulier au général. Et ceci explique l'emploi que d'ingénieux philosophes ont fait du mot d'induction pour désigner jusqu'aux notions fondamentales de la raison'.

K < Ce serait une grave errear, dit M. Hoyer-Gollard, de la

n5l EXAMEN bE LA NlLOSOPriik bE BACON.

9i ëes notions, comme oH Va èoutéhu, rëposênl elles-thêmes siii^ Tetpérieneë; il îàndtû demander ft ritîdùction compté dfe Tinduction. Mdis qiielle que soit leur ôrigîrte, uhe philosophie exacte doit tenir note de lebr existence, ou elle tie ffera pà§ une bonne théoHë de ririductioh. Ce n'est pas tout : la théorie de rinductiort îl'eil est ^as encore là hiéthode. Et ici viennent se placer les leçons de Bacon. L'identité des espèces et des cdsi n*est pbirll une chose qui, dans ta pratique, doive se pfésUmëHégéreitient. L'esprit est enclin â ràditlettl-é satis un exàttien suffisant. Dé^ flons-nou* des géhétalités préëipitdttuhehl foi-hiées, quoique le Jirogrès des sciéhces consiste â ett formëi* satis éesse de liOuVëlles et à lés déti'uih^ suëcélsitë^ ment pour les remplacer par de plus justes ël de lilieu* élfeblieô. Airisi, lot*s(Jlië en étiônçàht (Juë les êtres doht nous Hisdntidhâ sont des hrymmei, flous enteridons qu'ils Orlt litlë cëHàiHe eoîl^tltùtlbn physiologique dotit hous éènriàissdn^ les lois et les détails -, lorsque ëh éhonÇrtril qUMIs feoilt morfèh , ndiis entendohs qdë les dohnéës de cetlë ëbhstithlioti physiologique proddlserit, par Ùnë action Observable et connue, lé phéîiomènë de la tnoht, la ddbclusion à la mortalité universelle acquiert un tiouveau degré de force et dé solidité 5 Tiridaction est sëientifiqUement

confondre ayec cette atitre induction sur laqueUe reposent \H sciences naturelles, et dont Bacon a tracé les lois... L*ioduction dont nous parlons, s'ut)puyani sur un seul fait utttMé par la conscience^ s'élève sanfc incertitude à des conclusions qui ont toute l'autorité de Tévidence... C'est par Induction que nous rappelons induction. » Frag. théor,, X, trad. de Reid, t. IV, p. 584.

theineufë; tiai" k FépétiliOti dés câ§ d'ë^t qu'ùfl Itldicë flê iâ slaHHlê des essencéfe, et ëelleë^ci sofit l^ôbjët de \à sdëttëë. C'eSt, ôd fond, Tétùde que Èàcdh rectthîtnàhdë soufe le nom de tecfierthè deâ formes, loi nous touchons véritablement à Itt méthode des sciehëes telle qu'il la conçoit , et d*est bien U méthode IfidiicliVë, c'est4-dii*e la tnéthôde qui assure et fécôhdé Tindiictiort.

Mai^ je répète qu*àtitàtit il ^e lîiMltre attentif et hàbilë ëri de qui tdtichë là méthode de l'inductioti, aiitàhl 11 hégUge là théorie de rinduttiôri toêttië, et, ëhdse étrange, ëettë flégligerice, cette ignorance, oii {5ëal le dire, de la logique, dont sd méthode d^était, Sfcfds ëë l•àflfJo^t, qu'urië partie, est devedtie potii* lui ptësqdë iin mérité. Od en a conclu que sa logique était deUte, qu'il avait, ëh effet, justifié sôd titre et ërééUd ddutel Or^^rfwon * , tàridis qui! d*a fait que ddndër dé nouvelles règles podr employef Tàncieri, et stttdmment étudie^ la manière de se sei-vir de TéteN del instrUdient de Tesprit humain.

Oh a Vu que la difDcUltê dé la théorie dé hnduclion venait de ce que le général sédibldit y sortit* du partiëUlier, tandis que, selon nbUs, le général n'est inféré inductivediedt qu*en vertu d'un plus général eneore, qui est supposé s'il n'est exprimé. On pdùrfait niontrer que dans tout syllogisme il y a de même Ude règle générale enveloppée -, car les lois de la rai-

* c La logiqae dO rdlsdnnement ihductif û été créée par Ba-= eon dans le iVoptim Oiyanunn » Royer-Collard, ilJd., VI, p. 379. Cf. Whaleljr, Log., 1. IV, ch. Ml, § 3 et 4, p. 267, 269, et Hamlltofl, Iwi, cH.f p. U4»

son sont universelles comme la raison même , et le syllogisme, ou plutôt le raisonnement, n'en est que l'application. Seulement, dans le syllogisme proprement dit, on conclut de ce qui est à ce qui est; mais comme on peut conclu r^ aussi de ce qui est à ce qui peut et enfin à ce qui doit être , ou du connu à Finconnu, le syllogisme devient alors l'induction. Celleci est moins démonstrative, parce que l'application des lois générales qui la fondent aux cas particuliers qu'elle énonce dans ses prémisses est loin d'être infaillible. Ces lois, dans leur plus haut degré de simplicité, sont comme les axiomes d'où Ton ne peut rien déduire. C'est dans la légitimité de leur application que glt toute la valeur instructive du raisonnement. Or, fussent-elles nécessaires en elles-mêmes, lorsque des profondeurs de l'esprit ces lois descendent dans le domaine de la perception, elles passent de l'absolu dans le relatif, leur certitude intrinsèque ne s'étend pas à leur application. La faculté d'induction qui en fait emploi s*appuie sur quelque chose de variable et de progressif, savoir la connaissance par l'observation et l'expérience. Celle-ci est variable, d'abord à raison de l'observateur, puis à raison de la chose observée. Le temps, la répétition, l'attention, la sagacité vont sans cesse modifiant l'observation. L'objet n'en est pas non plus invariable, et ses changements possibles ne sont pas toujours connus. Cette dernière cause de variation n'existe pas dans les sciences mathématiques, et de là le caractère qui leur est propre. Leurs objets sont immuables. Là aucun doute ne peut s'élever sur une propriété une fois ob-

Page 1