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toutes les différences logiques des degrés de certitude s'évanouissent, et Ton obtient la certitude parfaite, c'est«-aHlire celle qui est solidaire avec la raison humaine, la seule infaillibilité qui nous soit connue.
En résumé, il nous semble avoir moqtré que la question générale de la validité de Tinduction comporte trois solutions successives, dont une peut suffire et suffit en effet à bien des esprits, mais qui s'enchaînent et se confirment.
De ces trois solutions, la première est celle des géomètres, je veux dire de la théorie mathématique des probabilités. La troisième appartiendrait au ra^ tionalisme pur, au platonisme. La seconde, qui est celle des philosophes écossais, aurait sans doute fixé le choix de Bacon; mais on peut douter qu'il ait aperçu que, comme le dit M. Hallam \ l'idée de la stabilité des lois de la nature fût la prémisse sousentendue de tous ses enthymèmes. Ces trois solutions» au reste, quoique appartenant à des doctrines distinctes, ne sont ni opposées entre elles, ni destinées à rester isolées. Le platonisme , qui semble compter pour si peu les sources expérimentales de la connaissance , les suppose cependant, et prend la sensation même pour point de départ, pour hypothèse , comme il le dit, ou pour la base inférieure sur laquelle s'élève la connaissance. Pour les géomètres, la théorie de la probabilité n'existerait pas, s'ils n'admettaient comme principe, avant de l'appuyer par des tables, une certaine constance dans l'action des
* Bw-op. lit,, ch. 111, sect. Il, 7i.
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mêmes causes. Quant à la tendance à généraliser spontanément les faits particuliers, elle se montre, dans Tenfance même, avec une sorte d'imprudence, et Texpérience la restreint presque aussi souvent qu'elle la développe. Aucune théorie de l'induction n'est donc complète, si elle ne tient compte de tous ces faits qui sont eux-mêmes donnés par une étude attentive de l'esprit humain.
Nous sommes tellement accoutumés à croire à la constance des phénomènes de même espèce que nous apercevons à peine que cette croyance se présente sous la forme de l'induction, et nous concevons plus difficilement encore qu'on en mette en question la validité. Le fer se rouille exposé à l'humidité-, il se rouillera toujours dans les mêmes circonstances. Un corps qui n'est pas soutenu tombe à terre, et la pomme détachée de Farbre tombera toujours pour nous comme pour Newton. Le soleil s'est levé hier et tous les jours précédents*, il se lèvera demain. Tous les Joups que j'ai vus sont carnassiers, et tous les chevaux solipèdes : il en sera de même de tous les chevaux et de tous les loups qu'on verra. Ce sont la des choses que nous concluons, que nous prévoyons sans balancer, et dont nous disons qu'elles doivent être. Pourquoi cependant, et d'où vient que l'uniformité nous paraît de droit dans le cours de la nature ? On ne peut dire que nous l'ayons constatée par l'obser-
Gopgle
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vation ^ car nous n*avoDS pas tout observe, et nous prédisons des phénomènes futurs, apparemment nous ne les avons pas vus. On dira que rexpérience nous prouve que nous sommes fondés à conclure ainsi du connu à Vinconnu, du passé à l'avenir, du particulier au général. Mais Texpérience ne nous le prouve que pour chaque cas particulier, et à mesure qu'elle se réalise actuellement. Il n'y a point d'expérience de l'inconnu ni de l'avenir. L'expérience ou plutôt la mémoire des expériences ne nous doqne que la somme des observations antérieures, et l'induction précède l'expérience. L'une affirme l'autre par avance, et celle-ci confirme celle4à, mais elle ne la fonde pas. Induire dans ce sens, c'est préjuger l'expérience, et il s'agit de savoir d'où nous vient ce préjugé naturel.
Mais s'il est naturel, pourquoi s'en inquiéter? Il suffit qu'il existe -, nous sommes ainsi faits que de la répétition de certains faits semblables nous concluons qu'ils se répéteront indéfiniment. C'est à la fois une faculté et un besoin de notre entendement, ce qu'on va même jusqu'à nommer un instinct intellectuel, et quelques philosophes n'en ont pas demandé da« vantage.
On ne peut leur contester qu'il en soit ainsi, et sans aucun cloute une loi si constante de notre ex)nstitution intérieure, appliquée si fréquemment et si utilement dans le cours de la vie, est un fait pourvu d'une assez grande autorité pour qu'il y ait une sorle de pyrrhonisme à en demander raison. Cependant on doit reconnaître que l'induction prise comme raisonnement n'est pas nécessairement démouslralive. Elle
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ne donne pas de conclusion nécessaire, quoiqu'elle exerce sur nous un empire supérieur à la déduction même. Si Ton suppose le cas où le calcul démontrerait l'impossibilité du retour d'un fait dont Fexpérîence aurait manifesté la réalité, pour tout homme raisonnable, l'induction prévaudrait contre la démonstration, et bien téméraire paraîtrait celui qui, sur la parole des mathématiques, braverait un péril annoncé à sa raison par l'empirisme des sens. Tout le monde déciderait que la certitude est d'un autre côté que l'évidence.
Où donc ici est l'illusion, et faut-il douter de la raison ou des sens? Aucune 'question n'est résolue par le scepticisme, et nous aimerions mieux ici confesser l'ignorance que le doute. Mais ne nous croyons pas réduit à Tune ou à l'autre extrémité.
« Les mêmes phénomènes se reproduiront dans les mêmes circonstances. » Telle est l'expression générale de l'induction qui nous occupe. N'est-ce qu'une manière sommaire de résumer toutes les inductions et toutes les expériences antérieures (Mill) ? Encore une fois, ce semble quelque chose de plus, car en prononçant cette loi générale, l'esprit fait plus que résumer le passé, il prend sur lui de régler l'avenir, et puisque d'un avis commun, il a raison de le faire, puisque la proposition est vraie, et que cependant elle n'est pas encore justifiée par l'expérience, ne pouvant jamais l'être amsi que relativement au passé, voilà une vérité sans titre apparent à la croyance. Cela est étrange^ la proposition est vraie., et les preuves qu'on en donne sont insuffisantes, et le rai-
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sonnement qui rétablit est défectueux. Sepait-elle donc évidente par elle-même ? Ceux qui la fondent sur Texpérience ne Font pas soutenu.
Quelques-uns diront peut-être que comme propo^ sition générale, elle n'est qu'une rédaction abstraite qui plaît à Tesprit, mais qu'elle n'a d'autre certitude que celb qui résulte de l'addition des expériences particulières^ et ils se mettront ainsi dans la nécessité de convenir qu'elle n'est que probable*, car il n'y a, diront-ils, de certain en fait de propositions générales que celles qui sont évidentes par elles^ mêmes comme les axiomes, ou démontrées comme les théorèmes.
Probable ou certaine, on remarquera que du moment que la proposition énoncée plus haut est admise, elle change la nature de l'induction, ou plutôt elle substitue à l'induction le syllogispne. On peut en effet donner à toute prévision fondée du retour d'un phénomène constaté la forme d'un raisonnement ayant pour princii)e la règle : « Les mêmes phénomènes se reproduisent dans les mêmes circonstances, n On en tirerait par exemple la déduction suivante ; « Cette eau a commencé à bouillir chaulée à cent degrés^ toute eau dans )es mêmes conditions bouillira à la' même température. » Ceci n'est plus probable, mai^ certain -, car c'est démontré, si le principe est vrai et si l'expérience est bien faite. Mais cette majeure ou* ce principe peut bien avoir été obtenu inductivement , et c'est pour cela qu'on dit que l'induction découvre les principes.
Le principe cette fois, si la théorie ordinaire de
rinduciion est exacte, n'est que d'une vérité hypothétique. Mais il peut servir comme toute hypothèse raisonnable dans les sciences. En raisonnant supposé qu'il fût vrai, on en tire la connaissance de certaines lois particulières de la nature, et si les faits cadrent constamment avec les lois, on y prend par degrés plus de confiance. Elles montent de plus en plus vers la certitude, ainsi que la majeure ou la loi générale qui leur sert de base.
Mais rhypothèse, mais la majeure supposée, ce' postulat admis sur des expériences incomplètes , demeure avec sa simple probabilité. Cela est arrivé souvent, et puisque cela est arrivé souvent, cela arri- . vera souvent encore; cela est arrivé sans exception, cela arrivera sans exception *, ces deux associations d'idées naturelles et persuasives sont comme des qualités oc<;ultes de l'esprit. Il y croit, et ne peut pourtant dire qu'elles présentent rien de démontré ni d'évident. Cependant elles nous dominent, cependant nous nous y abandonnons : elles agissent sur nous comme si elles étaient des vérités nécessaires. Or, jusqu'à présent, elles n'en sont pas.
Elles n'en sont pas, c'est-à-dire qu'elles peuvent être fausses. Mais alors, supposons qu'elles le soient; que devient la déduction fondée sur le principe : « Les mêmes phénomènes reviennent dans les mêmes circonstances » ? Elle tombe, et n'est bonne à rien. Mais si elle tombe, que devient l'induction, que deviennent toutes les inductions qui ont précédé ce syllogisme hypoihélique? Reslenl-elles debout? J'en doute. Sérieusement, prenons qu'il n'est pas vrai qu'il y ait
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aucune stabilité dans le retour des phénomènes similaires, de quel droit vous attendrez-vous à voir toujours Feau bouillir à cent degrés? Insérez entre ces deux propositions la proposition nouvelle. Dites : <i L'eau a toujours bouilli à cent degrés, et comme la nature n'est pas constante dans ses lois, Teau bouillira toujours à cette température » ^ ce raisonnement n'a pas le sens commun. L'induction suppose donc vraie une certaine proposition générale , car si le principe qu'elle suppose est faux, elle n'est plus valable, elle n'est plus possible. Que dans l'expérience journalière, on ne fasse point un appel explicite à ce principe, je le veux; mais on conclut comme s'il était vrai, et si par aventure on venait à apprendre qu'il est faux, on n'oserait plus conclure. Or on conclut ', donc notre esprit est fait comme si le principe était vrai. Notre nature est d'accord avec les suppositions au moins probables de notre raison.
« n faut donc que le principe soit vrai. En fait, nous raisonnons, que dis-je? nous vivons comme s'il était vrai. En droit, ne le serait-il pas? Qui l'oserait prétendre ? Une certaine stabilité dans les choses est la base universelle de la connaissance. Si c'est une illusion, la science en est une.
Voilà donc une vérité. On ne la niera pas. On objectera seulement que les preuves particulières d'où elle est inférée ne sont pas adéquates à la vérité universelle qu'on lui attribue. C'est ce que signifient ces objections : a Elle ne peut être établie àpostetiori; on ne saurait l'affirmer sans juger la question par la question. » Mais quoi p Ëllç n'e^t pas ceriaiw à j)os^
feriori, elle est vérité cependant-, serait*e1le donccei»taine à priori, et y aurait-il des vérités de cet ordre ? Nous voilà, je crois, arrivés au terme d'une recherche dialectique à laquelle non-seulement Bacon n'a pas songé, mais dont je ne sais si avant les derniers progrès de la philosophie psychologique, il eût été possible de s'aviser.
Suivant la psychologie descriptive, rien n'^st à priori qu'une disposition naturelle. Nous sommes faits pour croire à la stabilité des lois de la nature ; cela même en est une. Et c'est pourquoi nous croyons à la répétition des effets, à la permanence des espèces, au retour des phénomènes périodiques, etc. C'est notre condition; tenons-nous-y. Cette réponse est une réponse de sens commun : aussi n'est-elle pas sans force, et je crois que donnée à Bacon, elle Teût satisfait. Elle nous satisferait également, s'il n'était trop facile d'en abuser, et si elle ne pouvait servir à justifier bien des illusions. Il y a une limite à la foi que méritent nos croyances naturelles, et Reid luimême Fa posée, isans apercevoir complètement quelle atteinte il portait à la solidité de toute sa doctrine, il dit : « Les lois de la nature ne sont pas nécessaires. » Il en conclut que nos connaissances inductives ne sont que probables. Ln stabilité des lois de la nature est conditionnelle, mais alors toutes nos inductions qui la supposent sont trop absolues, et il y a exagération, illusion, dans la généralité que nous prêtons aux affirmations de la science inductive.
La solution de cette difficulté se trouverait, je crois, dans une analyse plus profonde de ces principes ou
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connaissances à priori dont au moins par hypothèse, il faut bien admettre l'existence. Pour principes, la philosophie écossaise se bontente de propositions d'une généralité moyenne qui en effet dans la pratique suffisent à la raison, et dont la vérité peut être supposée dans les cas ordinaires de Texpérience. Mais dans l'expression et la conception de ces principes, elle laisse encore trop de particulier mêlé au général, de contingent au nécessaire, de relatif à l'absolu ', et restant complaisamment dans la sphère du sens commun, elle ne Télève pas à ce degré où il devient la pure raison et le principe suprême de la science.
La croyance gratuite et facile à la permanence des lois de la nature peut conduire à comprendre sous ce nom des phénomènes qui n'ont rien d'essentiel, dont le retour est fréquent, constant même, mais subordonné à des circonstances variables ou accessoires, et qui n*ont qu'une apparente universalité. Contre ce genre d'erreur on doit appeler à son aide l*art d'observer, la science de l'expérimentation, et tous les préceptes de Bacon. Sans cette précaution, on risque d'encombrer la science d'illusions empiriques et de conclusions précipitées, sods l'influence d'une philosophie sensée, mais crédule et portée à multiplier les principes nécessaires. Stabilité des lois de la nature est une expression trop confuse et trop vague. La nature et ses lois sont des mots qui peuvent comprendre toutes les circonstances et toutes les apparences du monde visible. Ce n'est pas à tous les en chahiements accidentels de faits observables que doit
S appliquer la loi d*uniformité. Tout ce qui est uniforme dans la création n'a pas le caractère de nécessité absolue qui correspondrait a la nécessité d'un principe à priori. L'énoncé qu'on en a donné est donc trop général, et doit être ramené à des termes plus précis. De ce genre serait la rédaction adoptée par Newton, dans la seconde des regulœ philoso^ phandi : u Effectuum naturalium ejusdem generis eeedem sunt causœ. »
Si dans les choses de la nature, leur être même est le principe des phénomènes qui les manifestent, si, sous ce rapport, on compare la substance a la cause et les phénomènes aux effets, si alors la substance des êtres est prise pour la source des perceptions auxquelles donnent lieu ses phénomènes, la règle de Newton se rapproche beaucoup du principe dont nous cherchons en ce moment à rectifier la conception. Tout être a une essence déterminée, une nature propre qui s'atteste par ses modes, seuls accessibles à notre connaissance externe , et le rapport inexprimable de la substance et de ses modes est permanent, invariable, tel et non pas autre, en sorte que les caractères n'en peuvent changer, sans que l'objet change en lui-même et cesse d'être ce qu'il est. C'est ce que les scolastiques appelaient la forme de l'être, ou ce qui, dans la langue d'Aristote, rendait l'être de possible actuel. C'est à priori que nous concevons ce caractère permanent qui définit pour ainsi dire la nature des choses. Cette idée de la détermination de la substance est une idée à priori^ parce que, bien qu'elle cadre avec la série des phénomènes, elle a'eii