CHAP. III. — DE L'INDUCTION
résulte pas nécessairement, et bien que l'observation des phénomènes nous la suggère, nous l'ajoutons de notre propre fonds aux perceptions immédiates que la sensibilité nous procure. Elle n'en peut être déduite, et c'est pour cela qu'on a dit qu'elle était induite. Mais comme loi nécessaire de notre esprit, elle est pour nous une loi nécessaire delà nature des choses. C'est un principe analogue à celui-ci : « Tout ce qui commence d'exister a une cause. » Or, malgré la certitude de cette idée primitive, la recherche des causes est pleine de mystères, et quand nous essayons de leur assigner leurs effets, l'erreur est toujours près de nous. Ainsi la conception à priori d'un principe de permanence dans la nature de chaque chose ne suffit pas à elle seule pour nous éclairer sur le caractère de nécessité, de régularité ou de stabilité des faits que nous observons. Nous sommes sujets à confondre le contingent avec le nécessaire, à ériger en lois universelles des lois particulières, en lois immuables des lois temporaires. Les principes de la connaissance ne sont pas la connaissance même, et quoiqu'ils soient certains dans leur universalité, la connaissance n*est pas infaillible. C'est pourquoi , tandis que sans les principes à prion^ la science porterait en l'air et serait comme impossible, la science à priori n'en est pas une et doit, pour mériter le nom de science, se charger d'observations bien faites, de notions exactes et distinctes, d'inductions prudentes et de correctes déductions. Nous ne savons rien de positif à prion; mais des éléments à priori entrent dans tout ce que nous savons.
ùHO EXAMEN DE LA PHILOSOPHIE DE BACON.
Ce qui fuit qu'on attribue tout le savoir à Fexpérieuce, c'est qu'au moins dans Tétat présent de notre nature, nous ne saurions rien sans Texpérience. Dans rhomme, la pensée et la sensation sont inséparables, et celle-là ne se déploie que quand celle-ci commence. Là est la véritable harmonie préétablie, et ce que Bacon appelle lui-même le commerce de Tesprit et des choses, commeixium mênfis et rerum.
En résumé, si une connexion nécessaire n'unissait pas la cause à ses effets, si la substance n'était pas essentiellement liée par sa nature aux phénomènes qui la caractérisent^ le raisonnement par induction serait sans base et la répétition des mêmes faits ne nous apprendrait rien sur leur retour futur. Mais ces principes où s'appuie l'induction sont certains^ ce qui ne l'est pas, c'est l'application qu'elle en fait à une série de faits déterminés. L'erreur possible est dans l'observation, dans la reconnaissance des cas qui sont l'expression extérieure de ces lois inté« rieures de la pensée. Voilà pourquoi il y a quelque chose d'absolu et quelque chose de relatif dans l'induction, pourquoi elle a un fort et un faible, un élé^ ment de certitude, un élément de probabilité. Mais l'instinct de raison qui nous porte à nous y Ber n'est puissant et n'existe saf^s doute que parce qu'il se rap^ porte à des vérités supérieuics plus universelles que l'esprit de l'homme lui-même.