GHAP.I.— PRÉDÉCESSEURS ET CONTEMPORAINS
nions à s'expatrier, Jacques Contio, avait, en 1557, embrassé à Genève la religion réformée et cherché presque aussitôt un sûr asile en Angleterre. A la même époque, un petit livre de sa composition paraissait à Basle avec ce titre : De la Méthode ou de la droite voie à suivre dans la recherche et renseignement des sciences et des arts '. Accueilli et secouru par la reine Elisabeth, plutôt comme ingénieur que comme théologien, Contio écrivit, dans Tesprit de la plus large tolérance, un traité où il réduisait, non sans encourir le soupçon d*arianisme, la foi chrétienne au symbole des apôtres^, et Ton croit qu'il finit ses jours en Angleterre '. Son ouvrage sur la méthode, dont le titre seul semble annoncer un précurseur de Descartes, contient un sommaire de principes excellents sur Fart de constater et de découvrir, de généraliser et d enseigner, et des vérités neuves en théorie comme en pratique ont été vues et posées par cet inconnu avec une précision , une justesse qu'elles n'offrent pas toujours dans Bacon même. On ne saurait prouver que ce dernier ait eu connaissance de Contio et de ses écrits*, mais il est juste de faire prendre date au modeste exilé, et de sauver ses droits
' De Methodo sive recta^ etc. In-8; Basil., 1558.
> De Stratagematibus Satanx in religionis negotio; Basil., 1565, tradait eo anglais par John Godwyn, ministre indépendant; Satasis itratagems^ i648.
* Vers 1565 ou i566. Quelqaes-UDS le font Tîvre jusquen 1615. n y a beaucoup d^obscurité sur la date de la naissance et de la mort de Giacomo Aconzio ou Contio. (Cf. là Biog. univ. de V^TÏs , BiograpMcal Dict., 1642, et Wallace, /éntitrin.Biogr., t. 11, p. 130.)
3é0 EISTOme m la l^HILOSOPâlE M ftACÔN.
da silence involontaire ou calculé de celui dont soti ouvrage a précédé la naissance.
Voilà pour les préceptes. Quant aux exemples, un nom est encore à citer. Parmi les compatriotes de Bacon, un seul a peut-être de son temps cotmu , exposé et pratiqué la véritable méthode des sciences, et Bacon, en lui rendant une certaine justice, le loue avec les restrictions d'un homme qui peut-être n'aurait pas su rîmîter *. William Gilbert, né à Colchpster en 1S40, et qui mériterait plus de renommée, était premier médecin de la reine Elisabeth. Comme il est mort en 1603, Bacon le dut connaître personnellement, et il parle avec éloge de son principal ouvrage, le De Magneie publié trois ans auparavant'. De Bacon ou de Gilbert, lequel des deux influa sur Vautre ? Question douteuse -, mais Gilbert a bien les caractères de rhomme qui pense par lui-même. Dans sa préface, il commence par établir la supériorité des expériences pour pénétrer les secrets de la nature sur les conjectures probables et sur les opinions des philosophes, placifaphilosophorum . Il répond d'avance à ces littérateurs ineptes ou frivoles, asservis à l'autorité des autres, et qui damnent, parce qu'elle est nouvelle, la nohU philosophie qu'il expose ^ Elle est presque toute nou-
* De Aug„ HI, iv; 1. 1, p. 188; Nov. Org., I, 54, 6^, 70; t. !r, p. 20, 26. 32, et passim.
' Traçlatus sive Physiologia nova de Magneie^ magneficlsque eorpnrîbus et magno mngnete tpllufe, in-4, sec. éd. 1673. La première édition est in-fol., 1600. Le second ouvragé de GHbert. De Blundo noxtro sublunari PhUosophla nova^ est posthume. Amstel., fOKr.
* Inclyta pbUosophia.
CHAP^. l.-^PRtD^CËSSEtJKâ Et COIfTElVPORÂtNS. m
fe}]éeri ^fltet; mnis qiî'oii la( |tige sût lés efxpériences et Ici éèconveties <^i font seules la fortune de là séienee. Cottimcf la géométrie s'élève du petit an grand, du faeile au difficile, il essayera de s'élever des Moiàldres observations sur Tainïant à uûe science qui embrasse tout le gTobe terrestre, liais qu'on lui accorde le droit dont jouissarient les Égyptiens, lééf Greès, lés Latins, celui de publier ses opinions dogmatiques. Étemel honneur aux péres de la philosophie, aal Aristote, aux Hîppocrate, aux Ptolémée; mais fe seizième siècle a pu faire à son tour des découvertes anxqtielles ils applat^iraient s'ils pouvaient retîvre. Pour lui, sa résolution est prise : libère pAifoeopAëri ^ .
L'éfuvrage est un traité complet de la sèience magnétique, digne encore à'èîrt lu aujourd'hui. Non-seulement on y trouve une riche collection d'expériences sur tout un ordre im|>ôrtant de farts naturels, mais des inductions heureuses, des conjectures môme qui sont d'un physicien véritable, et cà et là une certaine application de te géométrie à l' éclaircissement de^ phénomènes. L'auteur a reconnu l'analogie entre les effets attribués au magnétisme et ceux qu'on rapporte à l'électricité. Il a découvert dans notre globe vtti axe magnétique invariable, et il dît en propres termes que la terre est un grand aimant , m^nue magnes. Enfin, après avoîr ingéhietisemfent montré comment, malgrè l'hypothèse aristotélique du premier mobile,
^ C'était le vttû universel, c terTssfma fà seâtenza <f Alcinoo, dît éaniée, cbe H filosofare vaol essere Kbero, i
la terre est en mouvement, et justifié Copernic contre rautorité de Ptolémée et les préjugés de la multitude, il hasarde une assimilation de la force qui transporte notre planète à la force magnétique, supposition qui n^est pas scientifiquement exacte, mais qui semble sur la voie de Vidée d'une attraction. Ce livre original, sensé jusque dans ses erreurs, est sans doute, avant que Boyle eût écrit, ce que VAngleterre a produit de meilleur dans les sciences ^
Ainsi Gilbert avait donné des exemples où Baoon ne reconnut pas ses préceptes. Celui-ci rend hommage à la fermeté de son jugement, mais il lui reproche de s'être renfermé dans un seul ordre d'expériences et d'en avoir ensuite tiré des vues générales où il croit retrouver la doctrine de PhilolaOs et même de Xénophane*. Gilbert, il est vrai, a conjecturé que
* Boyle appelle Gilbert aur fanums countryman, ( Works, t. IV, p. 473) « Le docteur Gilbert, dit Leslie, le fondateur de la science expérimentale en Angleterre. » {Encycl. brilann., Diss. IV, A. 4, p. 623.) cLe plus grand de ces réformateurs pratiques de la science est notre compatriote, W. Gilbert,» dit Whewell. (Phil. qf Ihe ind, se, t. II, 1. XII, ch. X, A. 7, p. 212.) c Son ouvrage contient presque tout ce que nous savons sur le magnétisme, » dit sir David Brewster, qui le regarde comme le premier fruit de la philosophie baconienne ou expérimentale. (Art. Gilbert, de VEncycL d'Edimbourg, t. X.) Tel est aussi ravis du docteur Robison. (Syst. of mech. philos. , t. IV, p. 205. ) Mais nous pouvons invoquer avant tout l'autorité de M. Biot, art. Magnétisme, de la même encyclopédie, t. XllI. Suivant l'illustre maître, Gilbert a mis Keppler sur la voie delà vraie détermination de Torbite des planètes.
* De Aug., UI, iv, 10; t. I, p. 186-188; Nov. Org., l,6i et 70 ; CoyU. et f^is., XU ; t. 11. p. 27, 32 et 370 ; De Princ, 49 , t. ni, p. 147. Ce n'est pas au reste une critique que de compa-