‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 96 sur 112 · CHAP.L— PRÉDÉCESSEURS ET CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

CHAP.L— PRÉDÉCESSEURS ET CONTEMPORAINS

la force magnétique qui pénétrait notre globe pourrait bien jouer un rôle mécanique dans le système du monde. L'assimilation du magnétisme à la pesanteur était, je pense, une hypothèse sans fondement-, mais supposer sur la foi d'une analogie une force qui semble agir à distance dans l'espace céleste n'était pas une idée méprisable. Gilbert expérimentait et raison* nait, même en se trompant, dans un véritable esprit scientifique. Bacon, qui ne s'en aperçoit pas assez, prouve une fois déplus qu'il avait ouvert une voie où il n'aurait pas su marcher à grands pas.

Des savants estimables ont tenté cependant de lui faire une part assez considérable dans les progrès de la physique ', et ses ouvrages offrent en effet quelques

rer Gilbert à Philolaûs, apparemment parce que celui-ci avait enseigné le système hé liocen trique ; mais là se borne l'analogie.

1 Voyez les réflexions de Le Sage dans le tome VUI de la Bibliolh, britann,y et les deux ouvrages de Deluc, Bacon tel qu'il est, in-8, Berlin et Paris, 1800, et Précis de la philos, de Bacon, 2 Yol. in-8, Paris, 1802. Dans ces ouvrages, qui ne manquent pas d'intérêt, mais qui sont écrits avec peu de nerf et de. précision, la science est présentée d'une manière à la fois vague et systématique qui ne convient plus à l'esprit scientiQque actuel. En exagérant sous un rapport le mérite de Bacon, Deluc ne lui attribue pourtant pas la réalité des découvertes dont il a eu l'idée. Voici celles dont, suivant M. Bouillet, on peut lui faire honneur : i*> la possibilité d'une attraction magnétique entre les corps célestes ; â« l'influence en raison de la distance exercée par la terre sur les corps étrangers à sa masse ; 3** l'influence de la lune sur les marées ; 4^ la manière dont les corps réfléchissent la lumière donnée comme la cause des couleurs ; 5" une expérience sur rincompressibilité des liquides, qui parait avoir précédé celle de l'académie del Cimenio, (Bacon, éd. Longman, i. ly p. 5â4.) Ajoutez quelques expériences thermométriques»

391 iri$TOIRB VÉ LA t>ËlL0SOMlB tfi bkCÔS.

tdeâ que Fétudé c(es t)h€nn(6nfiène$ A coiifirmécis où dêvélofp{ïé€i$. Maïs ce semblent plutôt des retïcontres heureuses que des coriceptioTis réfléchies. Le Thema cdHy te Globvs ifitelleciualis^lQ second livre d^Novum Organum conlienneni des assertioTïS êtraùges et qui semhtetaient ridicules , si Ton ne savait avec quelle fàclDtôles mots nous font ilhisîon sur les choses dans rhvCérprétaUoh de la Aatufe. Il {)rouve,dans ces écrits mêmes, qu'il connaît les travaux de Coperûie, de Galilée, de Gilbert, et il aime mieui les condamner que les comprendre; il semblé ne pouvoir souffrir les dé- Cîotiterles qui ont devancé ses leçons '. tl juge mieux les systèmes que les faits. Rarement il voit ceux-ci danfs leur jotif , et reptend, pour les apprécier, les expressions et les hypothèses de la physique qu'il est vertu renverser^. Son esprit A* est pas entièrement délivré des préjugés qu'il attaque. On sent qu'il n'a fioifit appris à l'œirvre la vraie méthode des sciences, et ce n'est pas sa propre expérience qui Ta guidé. A taspect des phénomènes, il ne repousse pas les explir

A*aatfé$ sQf lu densité dès coi^ps, tMt fa pésanteui^ et sur réTa^ticité de Pair. ( Koû, Org., Il, 15, 23, 27^ 35, 36, 45. 4S. 50 ; t. n, p. I tî. f27, IS7. 13S, f5$, I5S, fS5, IS7, 203. 20B , el tntroi., p. xvu.) Snr fa prétendue invention du thermomètre à a1^ ^oyez ci 'dessus, I. f, cb. ff. p. $4. Des monografphies de Bacon sur fa chaleur, sur là vie et fa mort, sur le flnl et le reflux, énr les Tents, la dernière nous parait fa meilleure.

* <t n est sfngulier que Bacon, porté aux graàdes vues pvt son génie, n'ait pas été entraîné par l'Idée majestueuse que le système dé Copernfé otfré de rùnivers. Il pourait cependant troiïver en hyeût de ce système de fortes analogies dans les décotivertes de Galilée, qui fni étaient connues, i (Laplacé, Ess,

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cations arbitraires, ni ces théories fantasques qui se font accueillir si aisément, tant qu'on n a pas rencontré l'observation première ou le premier calcul qui mettent sur la vole d'une vérité nouvelle. Par une sorte d'intuition divinatrice, il a conçu la nécessité et la direction d'une réforme. La vue des choses dans leur ensemble, non l'observation patiente de chaque chose, l'a éclairé. Ainsi il a pu méconnaître dans le présent l'avenir qu il annonçait, et ne pas toujours s'apercevoir qu'il prédisait des choses faites. Cela même est une preuve de spontanéité et d'indépendance.

II faut en effet l'accorder à ses critiques, avant qu'il l'eût mise en préceptes, la bonne méthode avait pénétré dans les sciences et signalé sa venue par des découvertes. Avant lui et sans lui, la"inéthodede l'expérience avait été indiquée et pratiquée. On en trouve l'esquisse dans une lettre de Tycho-Brahé à Keppler et même, comme nous l'avons dit , dans les écrits scientifiques de Léonard de Vinci, Avant lui ou sans lui, Galilée, qui se piquait d'avoir étudié plus d'années la philosophie que de mois les mathématiques, Galilée, dont les écrits contiennent autant de discussions sur ta méthode (|ue d'expositions de faits, avait inventé le microscope, le compas de proportion, le thermomètre à air', perfectionné le télescope, observé les phases de Vénus, calculé la chute des corps, posé les prin-

1 Lelt. ined. di uomin. ill,^ t. I, p. 21, 3 vol. in-8, Florence, 1773; B9^, Bief, ftnh., art. G/rttft««. fojet anMf Librf, Hhi, des math, en ital,, t. IV, p. 159, etc.

cipes de la dynamique et de rhydrostatique, démontré enfin le mouvement de la terre que niait Bacon. Avant lui ou sans lui, Keppler avait trouvé les lois qui règlent le cours des astres , et qui ne sont ellesmêmes que de merveilleuses inductions exprimées sous la forme des mathématiques. Ces exemples et d'autres permettent de supposer que si Bacon eût été refusé au monde, Tœuvre commencée n'en aurait pas été moins accomplie, et les sciences, renaissant comme d'elles-mêmes, n'auraient pas attendu son signal pour vivre de leur nouvelle vie et parcourir du même pas leur glorieuse carrière. C'est Hume le premier qui, médiocrement sensible à l'éclat d'un esprit si différent du sien, a opposé Galilée à Bacon, n'hésitant pas à reporter au premier les hommages usurpés par le second * . a Si Bacon, ajoute M. Biot avec une autorité plus grande ^, a eu tant de part aux découvertes qui se sont faites après lui dans les sciences, qu'on nous montre donc un seul fait, un seul résultat de son invention, qui soit de quelque utilité aujourd'hui *, ou si ses principes généraux sont tellement féconds qu'ils aient pu, comme on l'assure, lui faire pressentir un grand nombre de découvertes modernes , il est présumable qu'on n'a pas encore épuisé tout ce que contient son livre, et dans ce cas, ceux qui disent que nous lui devons tant de choses, devraient essayer d'en tirer d'avance quelques-unes des découvertes dont la méthode de Galilée nous enrichit tous les jours. »

1 Hist, qf Gr. BrU., t. V, app., p. 129. London, 1759. * Biog, iiitit;., loc. cit.

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