‹ Bacon, sa vie, sons temps, sa philosophieChapitre 97 sur 112 · CHAP.L — PRÉDÉCESSEURS ET CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

CHAP.L — PRÉDÉCESSEURS ET CONTEMPORAINS

Les écrivains anglais ont en général combattu la rigueur de ce jugement. Ils ont peu réussi, selon nous, à établir soit Taptitude scientifique de Bacon, soit son influence directe sur les travaux positifs d'une science déterminée. Mais on doit reconnaître avec eux que si les découvertes du siècle de Bacon ne sont pas venues de lui , elles ne lui ont pas non plus suggéré ses grandes et justes idées sur Tutilité et les moyens d'en faire de semblables. Elles auraient pu se passer de lui, il aurait pu se passer d'elles. C'est pour les avoir méconnues qu'il a dit : Viam aui inveniam^ aut faciam. Plus il ignorait, plus il a dû inventer. La vérité est peut-être dans ces mots de Joufiroy : « Cette longue incertitude (des sciences), qui semblait immortelle, n'a fini qu'aux jours de Galilée et de Bacon. Et comment a-t-elle fini ? Par la découverte de la vraie méthode '. » L'un Ta pratiquée, l'autre l'a décrite^ aucun des deux n'a guidé l'autre. Mais n'est-ce rien que d'avoir, comme le second, conçu de soi-même, au juste moment, la pensée qui ouvrait aux sciences une ère nouvelle? N'est-ce rien que d'avoir prédit et presque raconté une immense révolution à l'aurore de son grand jour ? Il ne semble pas qu'avant Bacon personne eût un vrai sentiment de la grandeur de la nature, et c'est ce sentiment qu'il a propagé en même temps que l'enthousiasme de la science^. C'est surtout depuis qu'il a écrit, que le génie de l'observation, relevant la tète, marche l'égal du génie de la pensée.

1 Nquv, BtéLf de VOrg. des se. pMLy p. 97.

* Voyez Nov» Organ.f I, 74; t. Il, p. 37.

S98 HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE p$ hkCÙfl.

Nos analyses sont plus propres à faire connaître les idées que le talent de Bacon. On peut y apercevoir cependant les traces d'un grand écrivain. Il a pM, comme son temps , comme Tàge de Shakspeare , tomber dans l'aflectation et dans la singularité. Mais ce style trop orné était un style éloquent. Avec cette grande manière que je ne puis guère comparer qu'a celle de Buffon, avec un éclat de couleur dont Qiarle$ Bonnet, dans ses bons moments, peut donner Tidée, Bacon a mis en crédit, et pour ainsi dire dans le commerce, des maximes l'application et des idées pra* tiques qui devaient particulièrement prendre racine dans son pays. Ce qui distingue les Anglais, c'est du bon sens avec de l'imaginalion. On serait mal reçu à leur prêcher le chimérique sous prétexte de sublime, comme à dépouiller devant eux le vrai et l'utile de tout ce qui les rehausse et les ennoblit. Bacon devait donc s'emparer de l'esprit de son pays. Il a, c'est un éloge que M. Macaulay lui donne, eo l'affaiblissant par l'exagération , il a créé Y école philosophique du fruit et du progrès^ -, mais il faut en-

* T(ie $chool of fruU and progras ; Macaulay, Lard Maçm^ p. 09. — Sans être uniquement un expérimentateur utililaire^ Bacon teut en effet que la science serve au genre humain. (Aor. Org,t I, 81 ; t. U» p. 42.) Belises les tilres de ses prfncipaat ouvrages : De Merprelaiione noturm et Regno komints, Adf . Org,, I, et Instauratio magna impcrii humani in universvm, Temp. part, masc, il ne veut que c bominis ipsius sive humani g eaerjs potentiam el imptHum in renin aniversltatem lBtia«rare et tollere. €{CogU, et fis., XVI,!. U, ^ 0,3^61379.) C*est ce « regnum homlnis quod fuudatur in scientiis. » ( Nov. Org,, I, 68; t. Il, p* 51* Cf. Hallam, Europ, 14/., t. III, ch. III, sect. n, DOt., p. i68; WheveU, fMI» of ihê M. ic., i. III,

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