VISA<3ES D’UN SIÈCLE
Nous sommes en présence de trois générations de visages : Du côté femmes, puisque le sexe faible domine ici, en effigies, la première période 1830 est représentée par M™® d’Agout d’Ingres, et la reine Amélie de Scheffer; la deuxième période de 1860, est timbrée par une afféterie ennuyeuse dont Edouard Dubufe détient la recette avec le portrait de la comtesse flallez Glarapède. Enfin la troisième période comprend les modernes avec comme notation exacte le portrait de S. A. I. la princesse Mathilde, par Besnard.
La première période, contemporaine des romantiques, s’enthousiasmait pour la pâleur mate, les bandeaux lourds et sombres, les yeux agrandis d’étonnement ou de volupté.
La seconde période, l’Empire du 3® Napoléon, rend un hommage trop généreux à la finesse, à la distinction rare, même empruntée, du visage. La duchesse de Morny, la comtesse de Las Marinas, donnent le ton et l’allure.
Et de nos jours, Ja République aura eu le glorieux bonheur d’enseigner à la femme que, même en image, il faut conserver la véracité du milieu que l’on a coutume de fréquenter, du cadre dans lequel on vit. La beauté y perd-elle. Non, certes, puisqu’elle s’épand dans l’atmosphère même créée par la vie du modèle qui se révèle en maintes pages, de Carrière, Besnard, Roll, Blanche, Aman Jean, La Gandara.
Et pour compléter cette division en trois générations de visages, disons que les trois gouvernements successifs depuis 1820, ont spécialisé leur goût et leur joie dans les portraits de la femme.
La Restauration fut fidèle aux regards languissants, le second empire sacrifia la santé du corps et la robustesse des traits à la minceur et à la distinction du visage, la République affirma hautement Je triomphe des nuques et des chairs savoureuses.
Pour parler le plus scrupuleusement possible d’une aussi importante galerie, il convient de rattacher à chaque période les peintres qui
figurent ici. Si quelques erreurs involontaires se glissent dans le choix fixé, il n’y faudra voir que rillusion fournie parle tableau jugé et non la référence des dates.
A la première période appartiennent Jean Alaux (1785-1864), dit le Romain pour le distinguer de ses deux frères, peintres également, directeur de l’Académie de France à Rome ; Louis-Léopold Boilly (1761-1845); François Bouchot (1800-1842) ; Nicolas Toussaint-Charlet (1792-1845) ; Théodore Chassériau (1819-1856) ; Gustave Courbet (1819-1877) ; Joseph-Désiré Court (1797-1865) ; François -Marie -Joseph- Eugène Deveria (1805-1865) ; Alfred de Dreux (1808-1860) ; Claude-Marie Dubufe (1790-1864) ; Dujardin ; Gosse ; Pierre-Narcisse Baron- Guérin (1774-1838) ; Joseph Guichard Dominique Ingres (1780-1867) ; Jalabert ; Eugène- Louis Lami (1800-1890) ; Lauchert ; Henri Lehmann ( 1814-1882) ; Prosper Marilhat (1811-1847) ; Pierre-Jules Mène (1810-1879) ; François Miralès ; Philippoteau ; Ary Scheffer (1775-1858) ; Scheffer ; Henri Scheffer; Van Ysendyck ; Horace Yernet (1789-1863) ; Baron Gustave Wappers (1803-1874) ; Winterhalter
Franz (qui s’étend sur la première et la deuxième période Restauration et Empire)
A la seconde période se rattachent : Jacques- Aimé-Paul Baudry (1828-1886) ; Alexandre Cabanel (^1824-1889) ; Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) ; Champmartin ; Edme-Alfred- Alexis Dehodencq (1823-1882); Eugène Delacroix(1799-1863>; Paul Delaroche (1797-1856) ; Edouard Dubuffe (1819-1883) ; Hippolyte Ferrat ; Feyen-Perrin ; Jean-Iiippolyte Flandrin (1809-1864); André Gill ; Louis-Gabriel-Eugène Isabey (1804-1886) ; Lépaule ; Joseph Lies ; Jean-J^ouis-Ernest Meissonnier ; (1815-1891); S. A. le Prince Impérial Napoléon-Eugène- Louis-Jean-Josepb ; Isidore-Alexandre-Augustin Pils (1815-1875) ; Alexandre-Georges-Henri Régnault (1843-1871) ; Louis-Gustave Ricard (1823-1872) ; Henri Scheffer.
La troisième génération de visages eut pour peintres ceux qui ont essayé de créer autour d’eux la vie qu’ils aimaient à voir dérouler son cortège nuancé d’heures grises ou dorées, mais tous n'y parvinrent pas :
Aman Jean; Jean-Paul Aubé; Albert Aublet ; Bartolini ; Jules-Bastien Lepage (1848-1884) ;
Jean Béraud ; Joan Berg ; Paul-Albert Besnard ; Jacques-Emile Blanche ; Jean Boldini ; Emile- Antoine Bourdelle ; Henry Bouvet ; Eugène Burnand ; Emile - Auguste - Carolus Duran ; Albert-Ernest Carrier -Belle use (1824-1887); Eugène Carrière ; J. Michel-Cazin ; Gustave Courtois ; Pascal-Adolphe-Jean Dagnan-Bouveret ; William T. Dannat ; Paul -Louis Delance ; Fernand Desmoulin ; Guillaume Dubufe ; Madame Marie Duhem ; Auguste Durst ; Maurice Eliot ; Emile Friant ; Henri-Alexandre Gervex ; Lucien Grivaux ; Grosclaude ; François Guiguet ; Jean-Antoine Injalbert ; Jarraud ; Antonio de la Gandara ; Alexis La Haye ; Alfred Lenoir ; Frédéric Montenard ; Daniel Mordant; Etienne Moreau- Nélaton ; Henri Morisset ; Rodo de Niederhausern; Jean-François Rafaëlli ; André Rixens ; Joseph-Nicolas-Robert Fleury (1797-1890) ; Pierre Roche ; Auguste Rodin ; Alfred-Philippe Roll ; Henri Rondel ; Jean- Jacques Rousseau; Edouard Sain; René de Saint-Marceaux ; Etienne Fournès ; Henri- Edouard Yernhes ; Emile-Séraphin Yernier ; Jean-Joseph Weerts.
Cette première énumération terminée, nous
devons ajouter que, volontairement nous avons fait figurer tous les peintres de portraits réunis à Bagatelle, sans les grouper période par période en un même hommage. Nous avons cité pour mémoire tous les noms. Il convient maintenant de choisir.
Que ce choix soit une preuve de sincérité, qu’il ajoute encore, quels que soient les éloges ou les critiques, qu’un souci des conséquences ne nous guida point. Il appartient aux jeunes hommes, à une époque de surproduction à outrance, de faire le silence sur les faux bonshommes qui ont usurpé les places dans toutes les branches de Fart. A force de montrer qu’ils ne relèvent que de la publicité comme le dernier bandagiste ou un quelconque Poncelet ou Yan Houten, le public ne se prendra plus au mirage des faiseurs.
Les peintres de Fépoque chère à Bagatelle surent harmoniser les robes et les joyaux. Ces derniers étaient une marque d^orgueil. Eux seuls restèrent invincibles — alors que les robes fanées devenaient de sordides défroques, les
parures passaient en d’autres mains, ornaient d’autres belles !
Qui dira le charme des diamants et des perles, des rubis et des émeraudes jaspant d’une poussière lumineuse la chair frêle des bien-aimées ? Parmi les coussins et les robes de soie, en chaînes de merveilles, les bracelets, les bagues, les broches rivalisent d^éclat et, dans un coin, sur des salins fanés et des velours de teintes épuisées, de vieux bijoux semblent dormir. L’écusson ancestral fleuri d’une couronne comtale qui dessine le chaton, ne brille pas et évoque l’ennui mortel des choses disparues, les manoirs et les demeures closes où vivaient la grandeur et la mélancolie d’un âge effacé. Tout à côté, un médaillon de femme, portrait de petite marquise, miniature exquise, cerclé d’or, estompe des traits menus, offensés par l’éclat dur et cruel des parures modernes où trône un souci de clinquant. Et une agrafe, rubis et perles, dessinée par un artiste épris de la grâce qui doit être la première qualité du bijou, éteint sa couleur et ses feux dans une moire vieux rose. Les perles dorment en leur pâleur, tels de pauvres yeux qui virent des
choses adulées, et le rubis est la goutte de sang, souvenir vermeil, tragique rançon du passé.
On a vendu récemment à la salle Drouot, une collection de vieilles robes, souvenirs d’âges défunts, témoins d’heures envolées, sur lesquels la cendre du Passé était tombée, lente et sûre, atténuant les couleurs vives en des nuances épuisées.
Histoires de vieilles robes, 6 précieuse inspiration ! On évoque, assez galamment, le désarroi de cette vente, qu’un amateur patient et obscur avait ordonnée pour son plaisir.
Les Robes ! mouvantes gaines ! les corselets éblouissants, soutacbés de broderies blanches, les sorties de bal neigeuses d’hermine, les longues trames aux saillies lumineuses, toutes les chères belles parures gisent, telles des fleurs mourantes dont l’éclat s’en ira devant l’aube au sourire doux. La dentelle des jupes et des corsages note des jours anciens en la trame de ses rosaces, de ses fleurs et de ses feuillages sur la bizarrerie fantastique des brocards et des velours. La dentelle ! ! . . la dentelle dont la blancheur se tisse au fond des encolures, au bord des robes savamment
ourlées, semble faite de désirs et de rêves, dans le dessin qui s’affole aux entrelacs menus.
0 choses lointaines qui avez une âme légère et falote, vieux atours, vieilles robes, un frisson, tel un souffle éveillé, fit crier votre soie, quand les collectionneurs se disputèrent, à la criée publique, votre charme impérissable. . .