‹ Bagatelle et quelques visagesChapitre 6 sur 8 · RESTAURATION · texte numérisé non relu

RESTAURATION

La Restauration qui aima le convenu de ses peintres et ne réclamait de leur talent que la correction, date notre histoire d’une fresque pâle et sans bqauté inutile, la seule Beauté cependant

C’est une sorte de halte paisible qui tient à la fois delà pastorale et de Topéra-boufFe. C’est Fépoque des ministères, des palabres, des chartes, des constitutions, et au verger de nos rois, Louis-Philippe y tient, non sans une onction ducale le rôle de poire que lui ont assigné les caricaturistes et les gazetiers irrespectueux.

Ce pauvre monarque mort en exil, né au Palais Royal en 1773, le 6 Octobre, s’éteignit en effet à Claremont, en Angleterre le 26 Août 1850. Elevé selon la théorie de \ Emile de Jean- Jacques Rousseau, par Madame de Genlis, sa sœur Madame Adélaïde, ses frères, les Ducs de Montpensier et de Beaujolais, il avait sous ses apparences de lourdeaud, un fonds d’énergie et de patience. Sa douloureuse vieillesse le prouva.

Soldat, Colonel de Dragons à Vendôme, puis Gouverneur de la Place de Valenciennes, il fit valeureusement les campagnes de la République à côté des soldats de fortune de la Révolution, à Valmy et à Jemmappes. Il eut le tort de compromettre son épée, en passant du côté des Bourbons avec Dumouriez. Ce que le soldat eut pu accomplir, le sectaire prenant une figure d’usurpateur le détruisit. Cette lutte quoique quelquefois grotesque pour la couronne, donna à Louis-Philippe, le visage pitoyable du Monsieur qui n’a pas réussi.

Ce visage est ici, magistralement fixé par Court.

Mais à côté du Roi favori’^ une figure émouvante et belle a pris sa place dans le recul du temps et l’ombre attachante de la vie sur laquelle tombe la cendre : Marie-Amélie de Bourbon, reine des Français (1782-1866). Elle était la fille de Ferdinand IV roi des deux Siciles et de Marie-Caroline peu tendre pour les Français. Elevée par Madame d^’Ambrosio, elle séjourna avec sa mère, de Palerme à Vienne, de Vienne à Naples, de Naples en Sicile, portant sans immodestie l’auréole des vertus chrétiennes et domestiques. Banni, le duc d’Orléans, s’atta-

cha à sa beauté hautaine, rare, et Taima. La jeune fille ne fut pas insensible à un tel choix et le mariage d’amour fut célébré à Palerme le 25 Novembre 1809. Le temps passa....

Quand son mari remonta sur le trône en 1830 elle montra quelque discrétion à se présenter à côté de lui. Elle craignait — non sans une clairvoyance instinctive — qu'on ne vit en Louis- Philippe un ravisseur. Reine, elle se tint éloignée de la politique et demeura « femme irréprochable, épouse parfaite, mère admirable». D’une inépuisable charité, elle s’approcha de toutes les misères et connut la détresse humaine assez intensément pour aimer les pauvres et s’en faire aimer. Elle fut douloureusement frappé par la mort de la princesse Marie en 1839 et en 1842 par celle du duc d’Orléans qui expira entre ses bras.

Seule, blessée, ses beaux yeux clairs fixés sur un avenir d'orage, ses joues marquées par le sillon qu’y creusaient les larmes, elle suivit Louis-Philippe en exil, digne, sans une plainte, en femme de France, gardienne du premier nom du pays, et ferma les yeux du monarque déchu, qu’elle avait soutenu et réconforté par

sa tendresse dévouée et son cœur encore prêt à tous les sacrifices. Désormais ses yeux seuls, ses yeux profonds de tendresse et d’amour, devaient fixer, dans une attente apeurante, le mystère du lendemain. C’est cette physionomie que Schefîer a merveilleusement exprimée, dans le portrait inachevé de cette galerie.

Nous devons parmi tant de noms d’artistes se rattachant à cette première période, en retenir quelques-uns.

Louis-Léopold Boilly (1761-1845). —

Fréjus s^honore d’un buste de Désaugiers qui, placé au fond du marché, semble un point sur un 2 au sommet d’une colonne de marbre blanc du plus charmant ridicule. M. Paul Méric possède un portrait de Désaugiers par Boilly qui figure dans la présente galerie. Nous en aimons la finesse de touche et l’esprit très nettement exprimé.

La destinée de Louis-Léopold Boilly mérite qu’on la signale. Il est né à La Bassée en 1761 d’un père sculpteur sur bois qui lui inculqua les

premiers principes du dessin. Tout enfant, Boilly manifesta mieux que des intentions, puisqu’à onze ans ii exécutait un grand tableau : Samt-Roch guérissant les malades^ que Ton s^accorda à trouver d’une composition savante et d’une science toute d’intuition.

Deux ans après, le jeune Louis-Léopold, nanti d’un écu pour fortune, se rendit à Douai où ii demanda asile à l’un de ses parents, prieur de l’Abbaye des Augustins. Il fit au Couvent des portraits qui complétèrent son habileté et en 1774, ii alla se perfectionner à Arras, et en pleine possession d’un art très personnel, arriva en 1779 à Paris. Il se signala aux curieux et aux amateurs avertis par des scènes familières, des tableaux de genre, un soin précieux dans l’exécution des détails, des étoffes et des draperies, qui se rattachaient à la manière deTerburg et do Metzu. C’est à cette époque qu’il exécuta la meilleure partie de son œuvre. L’artiste s’appliqua à faire exécuter et exécuta lui-même des gravures de ses tableaux, qui sont de nos jours fort recliercbées.

Il lui arriva cependant les pires aventures. Pendant la Terreur, ii fut dénoncé comme

conspirateur, mais notre homme, pareil à Fragonard avait plus d’une ruse dans son sac. Il composa un tableau d’allure révolutionnaire : Le Triomphe de Marat, appartenant actuellement au Musée de Lille, et s'en tira grâce à cet astucieux subterfuge.

Il s’adonna avec bonheur à la lithographie. Son imagination féconde lui suggérait les caprices les plus inattendus qui font le charme de ses compositions originales et spirituelles. Plus de 500 petits portraits sont disséminés dans les musées et les collections particulières. Sa sûreté de main, son sens de la description fidèle le rapproche des flamands. Rappelonsnous le Ça Ira, La Toilette, V Evanouissement, E Amant favorisé . qui sont des feuillets de joie. Et si nous regardons de près VHeureuse Mère, dont la robe est exagérée à dessein, nous ne pourrons nous empêcher de constater qu’un siècle avant M. de la Gandara, le chatoiement des draperies, la somptuosité des fourrures, le luxuriant éclat des soies, n’avaient pas de secret pour un tel artiste.

Nicolas Toussaint-Charlet (1792-1845).

— Le portrait de V artiste, appartenant à M. René de Chaudesaignes de Tarrieux, est bien nettement la marque d’une époque, joliment troussé, affectant le souci de ne rien omettre des mille détails qui font une vie amusante au tableau, comme une légende spirituelle au bas d’un dessin.

M. Armand Dayot, dans “ Les peintres militaires, Charlet et Raffet rapporte quelques notes intéressantes sur Charlet :

« Les lignes suivantes, extraites d^une autre lettre écrite en 1819 par M. Alexandre de Rigny, qui ne cessa de donner à Charlet les marques de la plus vive affection, prouvent assez que notre artiste n’eut pas toujours ses fameux dixhuit cents francs de rente dont se contentait sa souriante philosophie : « Je fus à mon tour le chercher dans son taudis. Non, toutes les peintures les plus exagérées des mansardes d’artistes seraient des descriptions de palais en regard de ce grenier obscur, rempli d’objets cassés, de vieilles hardes, au milieu desquels je le trouvais dessinant sur ses genoux et recevant d’une lucarne un jour douteux ! On voyait çà et là quelques vieilles défroques de soldats, un vieux

chapeau, un vieux casque, un fusil de munition, un sabre du temps de la République, et enfin le grabat, perdu au fond de cet obscur grenier. » La correspondance de M. de Rigny est remplie de détails intéressants sur Cbariet, etc...

Là pourraient s’arrêter la note sur Gharlet, né de parents pauvres « maisonnettes » ainsi l’artiste l’écrit lui- même en faisant un odieux calembour.

Le père du jeune Toussaint, dragon des armées de la République ne lui laissa pour tout héritage « qu’une culotte de peau et une paire débottés *. C’était un présage en vérité, car Gharlet ne peignit presque exclusivement que des soldats. Nous le trouvons employé de mairie en 1814. Congédié par les Bourbons, il suit son invincible vocation et en 1817 est admis à Tatelier de Gros qui, lui sentant au cœur plus que de la flamme, et un génie ardent impatient de se révéler lui rendit un premier hommage en disant à l’élève appliqué : « Allez, travaillez seul, suivez votre impulsion et votre caprice, vous n’avez rien à apprendre ici ».

C’est à ce moment que, livré à lui-même, Gharlet produisit ses premiers essais lithogra-

phiques : Les Grognards^ la Grande Armée, qui sont considérés comme les chefs-d’œuvre du genre. Mais la fortune ne souriait pas au jeune homme qui fut réduit à peindre, pour un entrepreneur de travaux publics, des enseignes-et des lapins et canards, aux devantures des guinguettes qui bordent la Seine, de Gharenton à Sèvres. A Meudon, V Auberge des Trois Couronnes était ornée de décorations de Gharlet. En 1824, il se maria et le labeur fut plus méthodique ; le souci du lendemain le sauva.

Alfred de Musset était enthousiaste de la toile Episode de la Retraite de Russie.

Avec la gloire, la fortune arrivait à Fartiste, hier obscur et malheureux. Gomblé d’honneurs, il professa le dessin à l’Ecole polytechnique, et s’éteignit en 1845, le crayon à la main, en pro~ nonçant à sa femme et son fils ces mots qui résument la vie de Gharlet : a Adieu mes amis, je meurs car je ne peux plus travailler ! »

Enfin, Eugène Delacroix prisait son sentiment, sa verve, son esprit comique et attendri, sa raillerie amusante, de rare qualité et avouait : « Le talent de Gharlet n’a pas eu d’aurore. Il

arriva tout armé, pourvu de ce don d’imaginer et d’exécuter qui fait les grands artistes ! »

Théodore Chassériau (1819-1 856). — Deux toiles, un portrait de Mademoiselle Adèle Chassériau^ d^une belle tenue, les yeux admirablement traités, comme deux clartés vibrantes sur l’ensemble sombre faisant cadre ; et le Baron de Ménévaly secrétaire du portefeuille de Napoléon qui, malgré la convention du temps, affirme les réelles qualités d’un peintre vieilli qui possédait une pâte superbe, dans les tons cbauds et dorés, comme flammés de vie.

Orphelin de bonne heure, Chassériau eut cependant une jeunesse heureuse. Il était né en 1819àSamana (Amérique Espagnole), fils du sécrétaire général de la Colonie de Saint- Domingue. Amené de bonne heure en France, il entra à l’atelier de Dominique Ingres, le suivit à 16 ans à Rome, puis rentra à Paris, où il traita de grandes compositions révélant un faire énergique, fier, bizarre, imprévu. Nous sommes en 1842. L^artiste est en pleine possession de ses moyens, et à cette époque se rattache l’exécution de ses meilleurs portraits : la

Comtesse de Latour Maubourg, les sœurs de Ir artiste.

Les premiers succès le grisèrent au point qu’on lui reprocha une négligence coupable, le manque de science et de fermeté alors qu’il s’était affirmé par des qualités contraires.

Enthousiaste de Delacroix, épris brusquement de couleur et de mouvement, il brossa la célèbre Descente de croix qui l’absorba jusquà compromettre sa santé. Une fatigue cérébrale nettement déclarée Téloigna de Paris, et après un voyage à Spa il mourut prématurément à Paris le 8 Octobre 1856, à Tâge de 37 ans.

Théodore Chassériau était un poète de la composition et de la vivante harmonie. Gustave Moreau, Le jeune homme et la mort^ rendait hommage au peintre dans un symbole remarquablement interprété. C’est là un souvenir qu’il était bon de signaler.

Gustave Courbet (1819-1877) fut un précurseur, à mon sens, de l’instant passionné qui situe un visage et le date dans Thistoire des jours. Quelle souplesse souriante dans le portrait de M, Chandey^ quelle grande allure dans une

harmonie brune et chaude que Courbet en moine ; quelle observation rare dans cette figure de Ghampfleury où les yeux semblent encore interroger par delà le temps, pleins de force et de calme ! Celui que l’on a appelé le Chef de l'Ecole réaliste^' est né à Ornans, dansle Doubs, le 10 Juin 1819 et mort en Suisse en 1877. Il fît ses premières études au séminaire de Besançon, et vint à Paris épris de peinture, courbé par une irrésistible vocation en 1839. Pour habituer sa main à une facture diverse et large, il copia des œuvres de Delacroix, Robert Fleury, Schnetz, Géricault, après un rapide passage dans les ateliers de Steuben et Auguste Hesse.

Piefusé au Salon de 1847, avec un ^portrait de M. Urbain Cuenot, il envoya son œuvre au Salon libre. C’était à la fois une leçon donnée au jury et une bravade à Fopinion publique. Il triompha de l’un et de l’autre puisque en 1849, le Salon acceptait de lui sept tableaux. En 18504851, il fut le maître d’un art rajeuni par l’effet violent et profond dont les œuvres telles que r Enterrement à Ornans, les Casseurs de pierres y les Paysans de Plagey revenant de la foire révèlent toute la hardiesse.

On hurla.

Champfleury riposta aux critiques par cette phrase qui résume un état d’esprit que nous connaissons : a On veut que M. Courbet soit un sauvage qui a étudié la peinture en gardant les cochons. Est-ce la faute du peintre si les intérêts matériels, si la vie de petite ville, si des égoïsmes sordides, si la mesquinerie de province clouent leurs griffes sur la figure, éteignent les yeux, plissent le front, hébètent la bouche. Les bourgeois sont ainsi. M. Courbet a peint des bourgeois. »

Tout commentaire est superflu. En ce temps-là, fort heureusement, les bourgeois goûtaient du pilori.

Joseph-Désiré Court (1797-1865). ■—

Quoique terreux, Le Roi Louis-Philippe est assez largement brossé. Court réussissait le morceau ; ses grandes compositions ne tiennent pas. Et d’ailleurs sa vie est pareille à son œuvre, pleine de contrastes, et il semble vraiment que cet homme simple ait été victime d’une époque d’enthousiasme irréfléchi et de vanité insolente.

En 1845, Joseph-Désiré Court était le peintre le plus adulé, le plus fêté. Yingt ans après, à sa mort, nul ne se souvenait de lui. Elève de Gros, il obtint le prix de Rome à 24 ans. Il avait une vaste compréhension des sujets, servie par une science et un métier impeccables. Il lui manquait la flamme et la mesure. Son œuvre est pleine de trous. On l’a stigmatisé de ces deux qualificatifs : “ Grotesque et Superbe ”. Ils sont justifiés. A côté du Déluge, qui est un affreux barbouillage, la même ^ année 1827, il produit La Mort de César, qui est d’une belle tenue.

Comme portraitiste, il possédait le don d’une vision sûre et s’il se hâtait de la fixer de quelques touches, la figure vivait. Nous en avons la preuve dans son Louis -Philippe. A titre de mémoire, ses portraits les plus célèbres sont: Le Cardinal de Croy^ Le Duc Decazes, Monseigneur Sibour, Le Roi et la Reine de Danemark, Madame Adélaïde, Le Prince de Joinville.

On ne peut que regretter, avec amertume, que la destinée d’un homme aussi simple que Joseph-Désiré Court, ait été frappée par les

COURl'. — Le Roi Louis-Philippe.

Appartient à S. A. R. Mgr le Duc de Chartres.

défauts du temps où elle s’est découlée. Peu récompensé de ses efforts, le peintre s’éteignit, oublié même de ses premiers admirateurs.

Dominique Ingres (1780-1867). ~ Le peintre de mauvaise humeur, car ainsi apparaît Dominique Ingres, avec le recul de l’histoire, est fort bien représenté à cette rétrospective de portraits par ceux de Jean Alaux dit le Romain^ Rossinij Charles Gounod, ilP"® Charles Gounod^ qui sont quatre dessins d’un bel intérêt, et par le Duc d'Orléans et aAgout, deux peintures dans la manière intransigeante (on en à discuté trop souvent) du maître qui entre tous les défauts d’une époque avait cette qualité bien à lui : l’absolue probité du dessin. N’est-ce pas Dominique Ingres qui disait : « Un peintre doit être assez maître de son crayon pour dessiner un maçon qui tombe d’un échafaudage».

“ Môssieur Ingres ’, ainsi que l’appelaient ses adversaires, fut dès 1796, déjà ! Môssieur Ingres. C'’est Jean José-Frappa qui rappelle le fait et la date. Jusque-là il avait étudié à Toulouse avec Roques, Vigan et Joseph Bertrand. Le soir, il gagnait sa vie comme violon au théâtre. La

légende du violon d'^Ingres tombe de ce fait. Ingres était musicien de valeur et ne s’amusait pas à racler complaisamment sur le Stradivarius.

D’aucuns diront qu’il aurait mieux fait de continuer la musique ! J’accorde aux absolutistes

Jeanne d'ArCy l'apothéose de Napoléon le vœu de Louis XII J Œdipe et le Sphinx. J^accorde même le Triomphe d'Homère, mais n’y aurait-il que ces trois œuvres : La Baigneuse, La Source, le portrait de Berlin F ainé (Musée du Louvre) et celui du peintre Grasset qui se trouve au Musée d'Aix-en-Provence, ce serait assez pour que l’hommage que nous devons à Dominique Ingres fut consigné, et sincèrement.

Les historiographes de D. Ingres rapportaient encore ce fait ; « Redevenu pauvre après le retour des Bourbons, il dut recourir à la vente de ses portraits au crayon pour vivre. Il s’était entendu avec un garçon d’hôtel qui conduisait à son atelier les étrangers de passage à Rome. Moyennant cinq à six écus, il faisait un portrait. On a estimé à plus de 300 les dessins qu’il fit ainsi et qui sont des chefs-d’œuvre. Lorsqu^’en 1855 on fit une exposition de ses œuvres, on

INGRES. — Portrait de Charles Gounod.

Appartient à la Baronne de Làssus, née Gounod.

BAGATELLE ET QUELQUES VISAGES lOl

voulut y faire figurer ces dessins. Ingres s'y refusa énergiquement : « Non, non, dit-il, on ne regarderait plus mes tableaux ».

Faut-il voir en ces paroles d^Ingres sa propre condamnation comme peintre? Non, certes, mais à coup sûr le dessin l'emportait de beaucoup sur l’œuvre peint du maître.

On connaît encore cette boutade véridique. Un jour, un anglais frappe à la porte et demande à Ingres venu lui-même ouvrir :

— Est-ce ici que demeure le dessinateur des petits portraits ?

— Non, Monsieur, riposte Ingres, ici demeure un peintre ! » .

Et il ferma la porte au nez du riche amateur.

Ingres détestait le romantisme, au point qu’il oublia volontairement de faire figurer Shakespeare, aïeul du romantisme dans V Apothéose d’Homère. Ses haines furent tenaces et ses opinions, de parti-pris.

(( Il trouve qu’il y a du Boucher dans Rubens et déclare que ce serait une injure pour Raphaël que de le comparer à Rembrandt ; le Radeau de la Méduse, de Géricault, le soulève d’horreur... quant à Delacroix, il fut son rival abhorré. .

Mais le temps a remis toutes choses en place. La Source^ que Théophile Gauthier appelait : (( ce complet poème de l’adolescence et de la virginité », est devenue classique. Et dans le même Salon du Louvre^ réunis en une même gloire, ceux que n’aveuglent ni le parli-pris, ni le clinquant des théories fausses, ni l’exagération vide des «sauvages», ont la joie profonde de voir à la même place, le portrait de Berlin rainé, par Ingres, et V Olympia^ de notre grand Manet. Ainsi se ferme un cycle éclatant pour la sagesse d^un enseignement durable.

Un souvenir à ce sujet, une date plutôt :

« Il a fallu M. Glémenceau pour que V Olympia obtienne au Louvre la place à laquelle elle a droit. Honneur tardif, car Manet est mort en 1883. Mais il y a lieu de se réjouir du présent plus que de s’étonner du passé.

C’est Claude Monet qui alla solliciter l’intervention du président du Conseil.

— Vous êtes le premier, depuis que je suis au pouvoir, lui dit M. Clémenceau, qui soit venu me demander quelque chose pour un autre que pour lui. Je vous Faccorde immédiatement » (Cité par le Cri de Paris),

Ceci se passait en 1907.

François-Marie-Joseph-Eugéne Devéria (1805-1865). — Le gracieux artiste a prouvé la virtuosité de son Alexandre Dumas

père^ lithographie d'un arrangement parfait, d’une composition soutenue, d'une élégance de touche que l’on a rarement approchée. Et l’attitude une fois trouvée, Devéria exécutait son dessin d’une précison parfaite avec le minimum des moyens, une sobriété qui rendait plus grande encore l’expression cherchée par le peintre. Les mêmes qualités appropriées à la couleur se retrouvent dans la Duchesse de Berry allaitant son fils le Prince de Chambord^ ou la chair pâle et ambrée, les étoffes de nuance chaude, concourent à une belle harmonie.

Ajoutons, pour être complet, la délicatesse des mains et le raccourci du bras qui est d’une rare pureté.

Comme Joseph-Désiré Court que nous citions précédemment, la vie de Devéria est d'une tristesse désespérante. Elle montre l’artiste en proie à une lutte atroce entre sa conception et la réalisation de son rêve et victime de Ten-

gouement immodéré de ses contemporains à un âge où Fartiste le mieux doué a besoin désapprendre encore.

A vingt-deux ans, il exposa une grande toile, Naissance de Henri IV qui ne manquait ni d'allure, ni de couleur. Ce fut un triomphe ; huit jours après, il était célèbre. Il traîna comme un boulet cette gloire hâtive donnée sans mesure à un artiste de talent. On alla jusqu’à dire vers 4830 que « les toiles de Delacroix et de Dominique Ingres pâlissaient » à côté du tableau de Devéria.

Hélas ! la chute fut aussi rapide que vertigineuse avait été la montée au pinacle.

Il n’arriva pas à donner d’œuvres qui pouvaient justifier son succès. Il chercha alors l’oubli, traîna à travers la province, dans le Midi et le Béarn, et mourut après de longues années de chagrin et de douloureuse impuissance à créer, en 1865, à Pau, dans ce pays, auquel il avait demandé la consolation de ses paysages gras et la fresque décorative de ses montagnes fleuries de neige et éclaboussées de soleil. Mais ce qu’il laissait, suffisait pour sauver son nom de l’oubli. H y a dans ses dessins une

DEVKRIA. — La Duchesse de Berry allaitant son fils le

Comte DE Chambord.

Appartient à M. J. Griner.

grâce et une force qui dénotent un talent très sûr et pour sa gloire, il a eu la douleur d’une lutte scrupuleuse de chaque jour, lutte vaine contre une impossibilité à faire vivre ses visions admirables.

Horace Vernet (1789-1863). — Sur cinq toiles, Le roi Louis-Philippe en Suisse, Le prince de Joinville, LaMalibran, Louis-Philippe et ses fils à cheval, Louis-Napoléon Bonaparte en costume de général de la Garde Nationale, il ne faut retenir que la troisième et la dernière. La Malibran nous lègue son sourire un peu attristé de femme trop tôt enlevée à ses adorateurs et Vernet a traduit l’expression volontaire à la fois et doucement résignée des yeux que la fièvre agrandit. Louis - Napoléon Bonaparte avoue bien la mélancolie et la veulerie que l’histoire a enregistrées à travers le chaos du second Empire. L’œuvre a des qualités fort grandes de réalisme.

Le reste, tableaux officiels, d’une convention odieuse, appartient à la toile cirée de cette malheureuse Restauration qui fut toute en demi-teintes et en demi-caractères. Si Horace

Yernet n’avait peint que de tels morceaux, son nom n’aurait pas survécu.

Cette exposition en effet ne donne que des fragments maladroitement choisis d’une œuvre importante par l’étendue, le nombre et la sincérité exprimée. Horace Vernet que nous voyons ici n’est pas le peintre qu’il faut suivre pas à pas dès qu’on a connu ses audacieuses compositions qui sont au Musée du Palais de Yersailles.

Horace Yernet, né au Louvre en 1789, eut une éducation cahotée par mille incidents. De libre allure, l’adolescent ne se soumit à personne, traversa en courant les ateliers de son père, premier maître, de Carie Vernet, de Moreau, de Chalgrin et de Yincent.

A l’école des beaux-arts, il était signalé comme un élève insubordonné et des plus irréguliers. Et cependant ses maîtres étaient indulgents car ils admiraient déjà la virtuosité de son crayon, sa fougue, sa prodigieuse habileté, soit dans la peinture, soit dans le dessin, la lithographie et la gravure.

L’impératrice Marie-Louise qui malgré la soldatesque envahissante, était une femme de goût, prisa fort les compositions de Yernet qui

de ce fait connut très vite la fortune et la gloire.

Or, brusquement, en 1822 (après la chute de l’Empire, en 1815 et cette date est à garder pour le revirement d’espril), Horace Yernet est refusé au Salon. Il fit alors appel à l’opinion publique et exposa chez lui. Ce fut la gloire la meilleure, une sorte de frénétique acclamation. Il avait réuni dans son atelier, les œuvres refusées : la Mort de Poniatowski, le Grenadier de Waterloo, le soldat laboureur, le cheval du trompette, Jemmapes, Valmy, Montmirail, la dernière cartouche.

Le peuple admira ces compositions où passait heaucoup de son âme naïve et héroïque.

Satisfait, Horace Vernet fait sa vie.

Il visite l’Italie, ne revient en France que quelques années plus tard. Charles X protège le peintre aimé par la foule. Et c’est le commencement d’une atténuation dans l’art de Vernet. Il devient officiel, est nommé directeur de l’Ecole de Rome, et à mesure qu’il s’élève au faîte, il perd ses belles qualités de couleur, de composition hardie et émouvante.

Cependant, il retrouva sa verve quand Louis-

Philippe lui confia Texécution de la Galerie de Constantine, au Palais de Versailles. Le peintre partit en Afrique de 1836 à 1842 et amassa les documents précieux qui servirent à l’arrangement et la vérité réaliste des grandes toiles qui surprennent encore, toute question de genre et d^école mise de côté, pour ne s’occuper que de TefTort accompli.

La Restauration fut toujours « petite bourgeoise » et vérifia les notes, gratta, marchanda, passa au crible les mémoires, qu’ils fussent de droguistes, de teinturiers, de maquignons ou d’artistes. C’étaient des comptes de maison. Et Louis-Philippe essaya de réduire les prix faits par Horace Vernet. Dépité, ce dernier, son travail fait, quitta l’ingrate Restauration pour la Cour de Russie, où l’Empereur Nicolas, impatient, sollicitait de son talent réputé, quelques œuvres.

En réalité, Horace Vernet, fermait, avec une admirable sérénité qui le faisait traiter d’égal à égal avec les maîtres du monde, le cycle de sa vie.

Gustave Planche, ce radoteur prétentieux qui toucha à tout et ne laissa rien qu’un fatras,

BAGATELLE ET QUELQUES VISAGES lOO

reprochait à Vernet « ses procédés d’improvisation et d’escamotage ».

Les mots ne sont ni à leur place ni exacts, nous n’en voulons pour preuve que les études faites en Afrique par l’artiste pour la Galerie de Goîistantine, à Versailles.

Les soldats modèles de Vernet ne sont pas conventionnels. «Il a tout créé, dessin, couleur, arrangement, pour peindre l’armée » a-t-on écrit, et nous ajouterons qu’on a une double impression, la vie très nettement saisie, mais à côté, trop arrêtée comme par un cataclysme au moment de l’expression du mouvement Deux portraits célèbres sont ceux de V Empereur Nicolas et du Frère Robutien. Et il serait injuste à titre seulement de fresques documentaires de ne pas rappeler ici ses vastes compositions qui ont nom : Bouvines^ Arcole^ léna, Fontenoy, Friedland^ Wagram^ la Smala ^ Constantine, dont les couleurs et les lignes racontent l’bistoire sur les murs du Palais de Versailles.

ScHEFFER a laissé inachevé sur une grande toile appartenant à S. A. R. Mgr le duc de Chartres, le visage exténué de la Reme Amélie,

llo BAGATELLE ET QUELQUES VÎSAGES

Les traits de la souveraine courbée par Fâge sont d’une saisissante vérité. L^œuvre est une ébauche suffisante. Les yeux qui ont gardé toute leur expression, toute la jeunesse du souvenir, toute la douceur du pardon et de la mélancolie, semblent attendre les derniers rêves de la vie dans leur prison de chair meurtrie. Et ces miroirs qu’aucun souffle n’a ternis, regardent ■ encore, très loin, si loin dans le passé, et calmes devant l’avenir... C’est là une des plus belles pages de cette exposition.

SCHEFFER. — La Reine Amélie.

Appartient à S. A. R. Mgr le Duc (I'Orléan

LE SECOND EIVIPIRE

Aux peintres du Second Empire, épris de grâce et d'élégance, de libertinage que ne trahissait presque jamais Fhypocrisie des visages savamment apprêtés, nous ne demanderons qu’un souvenir, à peine, car ce n'est pas la peinture de Dubiife qui peut prolonger une telle époque à travers Fhistoire de l’art. Quelques noms, à peine, pour jalonner un temps de vanité et de sourire, qui fut cruel aux vrais artistes.

Ce Second Empire fut d’une insouciance qui déconcerte.

La généralité des âmes voulait le plaisir. Et l’art, ce divin maître, ce merveilleux habilleur de nos misères et de nos pauvres joies, apporte à nos cerveaux si fortement impressionnables la suggestion de son prestige.

L’influence de la volupté sur l’art est flagrante,

Yers la femme, source de nos tristesses mais de notre bonheur aussi, vont en caravane balbutiante et fervente, les désirs d^une huma-

nité qui cherche à guider sa conscience vers un but certain. C’est à la femme que nous devons les, impulsions les plus sincères, les enthousiasmes les plus vrais.

Et que demanderons-nous aux artistes qui, plus que d’autres, sont proches des femmes par maintes délicatesses, maintes ressources de tendresse qui se spécialisent et s’adaptent au tempérament faible de la créature amoureuse, sinon la glorification de la beauté chère et du sourire bienveillant qui nimbe notre orgueil et notre foi d’une auréole de jeunesse ?

Et cette jeunesse excusait les pires folies.

La marquise de Gastiglione, qui mourut il y a quelques années, devait avoir une collection rare de documents secrets sur la grande vie du second empire. Après tant d’histoires, tant de racontars, après les graves lectures des Châtiments et le fou rire de V Histoire tintamarresque et abracadabrante de Napoléon ///, après les mémoires de joyeuses filles fêtées pendant l’époque terrible, les souvenirs de la défunte marquise auraient apporté, n^en doutons pas, une note nouvelle dans le chambard de la fin du dernier siècle. Ç’eut été gai. On cite de la

belle amoureuse des mots d’esprit, un esprit enjoué et canaille ; on parle de sa beauté triomphante, et, les cœurs par elle enflammés, devaient garder, dit-on, la trace d’une ineffaçable tendresse. Elle fut choyée, cette grande dame, adulée comme une reine, et avait le secret des déshabillés et déshabillés suggestifs. Aux bals costumés où se pressait une foule admirative de son galbe, elle apparaissait — Vénus, Phryné, Salammbô remarquablement décolletée. Elle suivait exactement la tradition du genre, et, quelquefois, la suggestion était par trop violente. C^est ainsi qu’un soir, elle se fit enduire de colle, des pieds à la tête, et se roula dans la plume, jusqu’à ce que son corps entier disparût sous un vêtement primitif, qui ne manquait pas d’originalité. Vers deux ou trois heures du matin, Fatmospbère très lourde du bal parfumé, la chaleur aidant, les plumes se décollèrent Eh ! mais ils ne s’en-

nuyaient pas les hommes d’avant 1870 !

De nos jours, on blague La Goulue^ Grille WEgoût, Gueule, d' Or et Mouquette, pour leurs indescriptibles chahuts. Peut-être n’a-t-on pas tort. En tous cas, il vaut mieux une exhibition

de beauté qu’un déambulatoire exercice où sautaillent, vaguement, des chairs jeunes et des bas noirs. . .

Jules Lemaître dans une scène de sa pièce Bertrade fait causer un vieux duc et une ex-cocodette arrivés à l’automne. Ils évoquent avec une jolie émotion, un peu fantaisiste, « l’Age de corruption » du second empire. Et M. Olivier de Jalin publia jadis une page « Le bon vieux temps » qui garde, des choses passées, un souvenir délicat et parfumé.

L'’auteur y accueille le temps présent sans amertume et dit :

« Il reste sous tous les régimes et à tous les âges^ des êtres et- des choses qui valent qu’on s’attache encore à l’existence. Il y a des souvenirs, des sentiments et même des espérances qui subsistent. Et puis, il y a la crainte aussi d’être injuste, pour l’époque où l’on est. Peutêtre, n’étant plus de notre temps, ne sommesnous pas assez impartiaux pour bien le juger. Il ne faut pas dire avec dédain, comme le Lovelace octogénaire : a Aujourd’hui, on n’aime plus î » C’est nous, sans doute, qu’on n’aime plus.

mais Tamour n’est pas mort pour cela. Conservons donc aux beaux jours envolés une pensée toujours attendrie, mais accommodons-nous aussi de ceux qui viennent, et n’oublions que, si morose qu’il nous paraisse, c’est ce temps-ci, après tout, qui sera le bon vieux temps de nos petits enfants !... »

Et comme avec le héros de Jules Lemaître, il repasse et classe ses mémoires « d^’homme qui ne va plus au théâtre». M. Olivier de Jalin évoque la scène de jadis : u Ah ! la jolie lettre du baron de Gondremarck à Métella !...

« Schneider, Hortense Schneider, n’est plus là, malheureusement, pour la chanter. Et avec elle s’en sont allés tour à tour, tant d’autres artistes merveilleux qui semblaient continuer, le soir, l’exposition de la journée, et faisaient admirer aux étrangers la gloire et le renom artistiques de la France. Je relis parfois de vieux programmes du temps qui ressemblent aujourd’hui à des lettres de faire-part. Et c’était, j’ose le dire, une belle époque pour le théâtre que celle dont les auteurs et les compositeurs se nommaient Auber, Halévy, Hérold,

Gounod, Ambroise Thomas, Emile Augier, Alexandre Dumas, Victorien Sardou, Henri Meilhac et Ludovic Halévy, Labiche, d’Ennery, Gondinet, et où l’on pouvait aller à son choix, applaudir Marie Sass, la Gueymard, Faure et Villaret, à l’Opéra; Régnier, Bressant, Geffroy, Delaunay, Thiron, Arnould-Plessy, Madeleine et Augustine Brohan, Nathalie, Provost- Ponsin, aux Français; Marie Cabel, Galli-Marié, Capoul, Achard, à FOpéra-Gomique ; Mario, Graziani et la Patti, aux Italiens ; Michot, Montjauze, M"*®® Miolan-Garvalho et Nilsson, au Lyrique ; Parade, Delannoy, Félix, M“®® Fargueil , Léontine Massin , au Vaudeville ; Arnal, Landrol et M“® Pasca, au Gymnase ; Marie Laurent, Taillade, Mélingue, Dumaine, Lacressonnière, à la Porte-Saint-Martin ; Hortense Schneider, José Dupuis, Berthelier, Christian, aux Variétés ; Désiré et Léonce, aux Bouffes ; Geoffroy, Gil-Pérès, Lhéritier, Hyacinthe, au Palais-Royal. Et tant d^autres que j’oublie uniquement parce qu^ils sont vivants. »

Heureux ceux qui regardent passer la vie et

BAGATELLE ET QUELQUES VISAGES ll9

gardent des choses et des êtres de leur temps un aussi frais souvenir. . .

Mais oublions les flonflons de fête et revenons à ceux qui ont gardé la beauté perverse ou sereine des visages.

Et par fronde,, tout de suite, citons un révolté : Delacroix. Né 20 ans après Ingres et appartenant bien plus à la seconde génération des portraits qu’à la première.

Eugène Delacroix (1799-1863) offre à nos yeux une image du poète des nuits qui diffère sensiblement de l’effigie conventionnelle qu’Antonin Mercié a placée au seuil du Théâtre français.

On peut voir une allusion à ce portrait dans un passage de Lui et Elle^ de Paul de Musset (p. 197), où Olympe dont la psychologie a été fournie à l’auteur par le souvenir et les lettres de George Sand s^’écrie : (( Mais à qui s’adresse tout cela ? Est-ce à vous murs de ma chambre, échos de sanglots et de cris ? Est-ce à toi portrait silencieux et grave de mon bien-aimé ? » Il est d^ailleurs bien certain que Delacroix, qui avait peint George Sand, Chopin et tant d’autres

120 ÉAGATELLE Et QUELQUES VISACÉS

membres du même cénacle a du être tenté de faire le portrait de son illustre ami. La dédicace ; (( Eugène Delacroix à son ami Alfred de Musset » ne perd pas sa signification parce que la peinture par suite de l’éclairage du modèle sans doute, et peut-être aussi par suite du temps écoulé, est bien plus sombre et brune que la tradition n’a consacré la physionomie de Musset.

Et il faut aimer ce portrait qui traduit bien toute la douleur mal contenue et peut-être un peu cabotine du grand romanesque.

Il date la vérité de Delacroix dont le courage têtu sut briser le moule absurde du style davidien. Déjà, Gros et Géricault rompaient avec les conventions. En littérature, vers la même époque. Bernardin de Saint-Pierre et Ghateaubriant remettaient au goût des gens do cœur et d^esprit le culte de la nature intégrale. Lamartine et Hugo continuaient la belle école. On a pu sans exagération dire qu’une ère nouvelle s’ouvrait pour la poésie avec Hugo, pour la musique avec Berlioz, pour la peinture avec Delacroix,

C’est en 1822 que Delacroix étonna le clan

ÊAGAtELLE ÈT QÜELQÜES VISAGES

des sages et des chapitrés, couronnés d’ans, d’honneur et de lauriers académiques, avec Dante et Virgile aux Enfers,

M. Thiers, lui^même, que l’on n’accusa pas d’être un enthousiaste, fit en faveur de Delacroix les plus flatteuses évocations dans cette phrase qu’il nous faut consigner : « Aucune œuvre ne révèle mieux l’avenir d’un grand peintre que ce tableau. L^aiiteur y jette sa figure, le groupe, le plie à volonté avec la hardiesse de Michel-Ange et la fécondité de Rubens ».

Du temps des républiques comme des empires, les peintres d’avant-garde ne vendirent pas cher. L’Etat acheta 1.200 francs la toile de Delacroix.

M. Henri Marcel a dit quelque part « que ce qui inspire Tœuvre entière du peintre, c’est le conflit permanent de l’humanité avec la nature et avec ses propres passions ».

Eu effet, Delacroix est avant tout un grand lyrique, un maître du rythme à la symphonie ardente des couleurs. Le premier, il s’insurgea contre la méthode étroite, l’inspiration faussée de l’école à laquelle nous devons Ingres et la série des médiocres autour de ce dernier qui, par son labeur et son mérite, fut, seul, un

maître, avec toutes ses erreurs, mais aussi toutes les probités d’un artisan tenace et rude. Or, Delacroix, sur de son dessin, le faisait servir à l’expression du mouvement. Dans ses œuvres pas une figure qui ne soit mobile et n’emprunte au merveilleux enchantement de la couleur, la flamme de vie. Et la vie est saisie, en arrêt, tous muscles dehors, comme un navire s’en va toutes voiles hors du mât.

On a lâché le grand mot de romantique à propos du peintre de la Barque de Don Juan et du Plafond de la Bibliothèque du Palais Bourbon. Et certes, le mot est à sa place, surtout quand pour Faffirmer davantage nous citons les deux œuvres qui semblent résumer la création, selon une esthétique et une vision spéciales, en un temps de folle beauté qui excusait même l’exagération, la grande éloquence et l’emphase. A telle enseigne que deux œuvres du maître, figurant au salon de 4824, Le massacre de Scio et le Tasse dans la prison des fous., « soulevèrent à la fois l’injure et le dithyrambe ». Tant qu’il y avait de la douleur à exprimer, Delacroix restait maître de sa manière, mais s’il empruntait à quelque parade

célèbre ou horrifique de l’histoire — j’ai dit parade, à dessein il tombait à la fresque décorative, théâtrale, incomplète au point de vue peinture, tel son Sardanapale (1827). De toute la grande théorie de ses peintures il faut citer : La liberté sur les barricades^ La Bataille de Taillebourg, Médée, La Justice de Trajan, VEntrée des Croisés à Constantinople. Hanté par la lumière d’Orient, il en traduisit l’intensité dans une gamme d’or et de bleu, après un séjour en Afrique, dans la Noce juive et femmes â! Alger dans leur appartement. Et si nous voulons approcher du peintre de portraits, un tableau d'expression qui n’est à la vérité qu’une large esquisse, Boissy d^Anglas à la Tribune, y®** prairial (actuellement au musée de Bordeaux) elle marque l’effort du peintre vers le réalisme le plus compréhensif. Les groupes et les têtes sont traitées en pleine sincérité, celle que nous trouvons dans le portrait de Musset heureusement placé à Bagatelle.

Et, modèle de vigoureuse protestation, entre mille talents perdus par l’officialisme, Delacroix entra en révolté par la porte de gloire, au banquet des offrandes et jusqu’à cet Institut où

il coudoyait ses pires contradicteurs. Et dominateur, sa tête romantique pleine encore de projets, il s’éteignit en 1863, dans l’acclamation de la foule qu’avait entraîné son génie.

Jacques-Aimé-Paul Baudry (1828-1886).

— Les deux portraits de Edmond About et de Ji*"® Edmond About sont des joyaux d’habileté. Ils n’ajoutent rien à l’histoire de la peinture. Combien est préférable la vivante joie de cette tête d’enfant : Cécile Baudry. On a

reproché, avec justesse, la mollesse, l'afféterie à Paul Baudry qui, élève de Drolling, prix de Rome en 1850, s’éprit de la peinture italienne au point d’en retenir seulement le côté charmant et caresseur dont on retrouve l’influence caractéristique dans la Fortune 'et le jeune Enfü7it que d’aucuns ont qualifié « plagiat ». Le mot est trop dur si la toile est trop habile.

On ne peut nier cependant que Baudry avait le sens gracieux des sujets tirés de la fable, de la légende, de l’antiquité vue par un romanesque. Il lui manqua toujours le côté dramatique de l’expression par quoi se relèvent les artistes épris de la tradition lointaine et du sourire du

passé. La gravité d’un visage, la douleur d’un héros de second plan donnent du relief à une composition et atténuent l’énervement du sourire perpétuel.

Baudry l’a oublié.

Mais il fut léger, amoureux de ces chairs ambrées qui sont une invitation au bonheur de vivre, et l’hôtel Galliéra décoré par lui en 1852 connut la gaîté de ses fresques puériles et jolies.

Une salle de Bagatelle est exclusivement consacrée à Jean-Baptiste Carpeaux (1827- 1875). Le second Empire y trône sur des socles et en des attitudes plus durables que les destinées réservées à cette date de notre histoire.

La beauté autoritaire et séduisante de Eugénie de Montigo, la mélancolie coupable de Napoléon III, la gracieuse adolescence du prince Impérial, le spirituel sourire de la princesse Mathilde, la Marquise de Lavalette, la Baronne Sipierre, évoquent un temps de grâces et de vaine insouciance. Et les très beaux bustes de Garnier, Gounod, Dumas fils, Tissot, Vaudremer, Tréhouart, sont les preuves éloquentes de la maîtrise de Carpeaux.

Et nous ne pouvons oublier que l’an dernier,

au salon d’automne, Edouard Sarradin, grâce au zèle pieux de la veuve du sculpteur, nous a appris à aimer l’œuvre d’un merveilleux artisan, amoureux de la ligne, de la joie de vivre grâce au sourire voluptueux et à l’offrande amoureuse de la femme. Pourrons-nous jamais oublier YUgolin, la Flore^ Watteau, Mater Dolorosa^ Daphnis et Chloé, et cet admirable Génie de la Danse « qui souleva la colère parmi les représentants et les fervents de l’art classique, lorsqu’il fut placé sur son piédestal » et Ton sait qu’un furieux ajouta encore aux outrages en éclaboussant d^une encre qu’il croyait indélébile le marbre immaculé.

Cette hostilité, au reste, n^’était pas un accident dans la vie de Carpeaux. L’artiste était arrivé en pleine lutte, en plein duel des adversaires de la nature — la ci-devant nature, comme Fappelait David — et de ceux qui, au contraire, entendaient la prendre pour guide unique; et, dès ses premiers pas dans la carrière, ses instincts naturalistes avaient rencontré la plus vive opposition.

M. Léon Fiée explique ainsi les luttes de Carpeaux pour s’affranchir de la regrettable

CARPEAUX (.1. -B). — Buste do A. Dumas 111s.

Appartient à Clément Carpeaux.

école à laquelle nous devons tant de pierre abimée.

Plus fervent, M. Edouard Sarradin a écrit : « Le grand mérite de Carpeaux, comme celui des grands maîtres fut de chercher profondément la vie idéale de Tart dans la nature et la réalité. A une statuaire prisonnière des formules et des conventions, il a opposé ses créations merveilleusement libres et qui palpitent et qui rayonnent, pétries de sa chair, animées de son souffle. ))

Personnellement, j’apporterai l’expression d’une sensation éprouvée souvent devant les œuvres de Carpeaux. Il a la grâce, sans afféterie, des corps jeunes. Mais il a surtout la hardiesse d’un voluptueux, d’un caresseur de gorges robustes aux seins polis comme des coupes au fond desquelles serait resté un fruit, de cuisses rondes et souples, de jambes nerveuses encore tremblantes d’un dernier tourbillon. Ah ! regardez i)ien les visages de ses groupes, regardez le sourire damnable de la Flore qui fait un si beau geste d’accueil au fronton du Louvre, et dans votre âme inquiète de passant, flottera la grande ivresse de vivre !

Mais comme tous les voluptueux, Carpeaux est dramatique. Il a d’abord la mélancolie tendre puis douloureuse. (Frère et Sœur , Jeune Mère, F Amour désarmé) et enfin il traduit l’horreur dantesque de Ugolin et ses Enfants une force telle que toute critique semble vaine.

Cette salle de Carpeaux, de Bagatelle, est d’une belle harmonie et nous repose des puérilités qui sont un peu trop nombreuses ici.

Champmartin a brossé un visage romantique et passionné de Marcelline Desbordes- Valmore. Certes, c’est bien là l’effigie de celle qui pleura son amour et sa douleur en strophes quelquefois détestables, souvent admirables. Le peintre a noté fort scrupuleusement l’inquiétude attentive de celle qui pouvait écrire ces vers d^une pureté exquise :

Vous viendrez rêvant Frapper à ma porte Ami comme avant,

Vous viendrez rêvant.

Et V on vous dira : ^

« Personne ! Elle est morte ! »

On vous le dira :

Mais qui vous plaindra !

CHAMPMARTIN. — Portrait de Desbordes-Valmore

Appartient à M. H. Layedan.

Les avis sur Champmartin sont partagés, car s’il jouit d’une extrême vogue sous la Restauration, il termina une existence prétentieuse dans l’ennui, la tristesse et l’oubli, en faisant des portraits de... chiens.

Gustave Planche qu'il faut citer encore, car il remplit le rôle de médiocre avec une rare astuce, osait dire de Champmartin : « C’est la même élégance que Lawrence, plus consciencieux peut-être, presque aussi vrai que Van Dyck. »

Plus sincère, Théophile Gautier spécifiait : « M. Champmartin n’a que deux ou trois bons portraits sur dix. Ce n’est pas assez. La touche est noble, son coloris rosâtre et fado. Il n’y a ni os, ni muscles sous ses figures. M. Champmartin fait du commerce et non de l’art, c’est une chose misérable. )>

Nous ne pouvons cependant pas négliger le portrait de la grande Marceline qui a le mouvement romantique, du ton et une grande expression. Sans doute est-il dans les deux ou trois bons que signalait Gautier.

Et ce portrait fait songer à ces vers de romance qu’écrivit Marcelline Desbordes-Yalmore :

La feuille frémissante Veau qui parle en courant,

La rose languissante Qui te cherche en mourant ;

Prends-y garde, ô ma vie absente.

C'est moi qui t’appelle en pleurant.

Jean-Hippolyte Flandrin (1809-1864). — L'^arliste a voulu donner à son image une repression de mélancolie douce, à peine avouée par dQS touches légères, floues, moelleuses qui ne sont pas sans charme. Mais combien nous préférons à cette œuvre le 'portrait de Madame Oiidiné, femme du graveur en médailles, d’une composition sévère et voulue, rehaussée de rares finesses avec une couleur sobre, aux nuances d’ivoire et d’ambre, et d’une harmonie tout à fait spéciale. La matité du front, le calme des regards, la bouche un peu dédaigneuse, l’ovale parfait du visage, la gorge bridée par le corsage brodé d’une écharpe, Tenlacement des mains, aucun détail n’est indiqué à la légère. Tout est à sa place. On sent que Flandrin a voulu ce portrait tel qu’il est. Il n’y a pas de surprise, de révélation inattendue. La discipline de cette manière mérite qu’on la signale.

FLANDRIN ( Joan-Hippolyto). — Portrait de Oudlné.

Appartient à Eugène Oudiné.

Fandrin avait eu pour maîtres Magnin, Légendre et Révoil. Ingres dès 1829 s’intéressa à lui. Elève du grand sévère pour lequel il avait une véritable vénération, il obtint à 23 ans le prix de Rome et accusa brusquement sa vocation religieuse avec sa Mater Dolorosa à laquelle on ne peut nier une grande allure pathétique.

La célébrité du peintre l’avait précédé en Fî;ance, et à son retour de Rome on lui confia la chapelle de St- Jean dans l’église St-Séverin pour une décoration murale. Les peintures furent compromises par la vétusté de l’église. La vogue de Flandrin fut immense : Lyon, Nîmes, Strasbourg, lui commandèrent des pages où sWfirmait encore la belle inspiration du peintre dont la vie fut aussi noble que Fœuvre réalisée.

Saint-Germain-des-Prés recèle des merveilles de composition qui rappellent les couleurs de Giotto dans l’église supérieure d’Assise.

Ses toiles attestent comme sa vie, une foi soumise, une humilité .rare, qui marquent les compositions de Saint-Yincent-de-Paul.

De la race des artistes croyants, un critique fort écouté du temps de sa plus grande vogue

a ainsi caractérisé son œuvre : « Il n’a atteint ni la mâle grandeur de Poussin ni la profonde et pathétique tendresse de Lesueur. Mais si l’on considère l’étendue de ses œuvres, leur caractère, leur unité, si l’on compare un labeur si grand et une ferveur si soutenue, si bon compte les églises qu’il a décorées et faites illustres, on ne sera que juste en appelant l’artiste qui a doté son pays d^’une telle parure, le 'peintre religieux de la France. »

4 L’hommage est exagéré, mais il repose sur un grand fonds de vérité.

Parmi les portraits, outre les figures décoratives du Château de Da'mpierre, du Palais des Arts et Métiers^ de Saint-Germain-des-PréSy de la Chapelle de Dreiix^ il faut citer ceux du Comte Diichatel, M. Gatteaux, de l’Institut, le Comte de Siegs^ Napoléon 111 ; Madame Oudmé^ dont se pare Bagatelle. Et chacun de ces portraits fut pour le peintre un prétexte nouveau d’étude de .la nature^ d’où cette révélation de conscience qui est la marque de telles pages.

Louis-Gabriel-EugèneIsabey(1 804-1886).

— A côté d’un grand tableau de Garolus Duran

ISABEY (L.-G.-E). — La Duchosso d’Abrantès.

Appartient à M. F. or: Mély

aux chairs vernies, aux roses trop crus, une toile de 50 d’Isabey affirme hautement sa beauté. Notons une miniature La Duchesse (LAbrantès pour mémoire, mais attachons-nous au portrait plus haut cité : Portrait de la Nièce de l'artiste. Quelle liberté de facture, quelle variété dans la couleur des fonds, quelle grande allure dans ce visage simple que Gabriel-Eugène Isabey a magnifié par une observation stricte de la grande simplicité, du regard à peine hautain, de la chair reposée, des traits que le calme de d’expression ennoblit d’une vie, un instant arrêtée, pour plaire au peintre spirituel qui avait de qui tenir.

Son père, le caricaturiste, Jean-Baptiste Isabey, fut son premier maître.

L’élève fit de tels progrès qu’il se classa au premier rang des peintres de marine. Il subit les défauts de la Restauration qui voulait de grandes compositions et de la ressemblance stricte, mais il s’évada çà et là de la formule, comme dans ce portrait de sa nièce qui est un des plus beaux de cette exposition. Théophile Gautier, observateur judicieux, écrivait au sujet d’Isabey : « C’est un peintre charmant ; il a une

couleur chaude, une facilité pétillante, un ragoût piquant. Sa moindre esquisse, sa plus légère pochade révèlent un artiste véritable. Il a. dans sa façon d’appliquer la couleur, un hrio éblouissant, une verve entraînante, un mordant bizarre. »

On ne saurait mieux exprimer les qualités d’un tel artiste. V Alchimiste (1865) donne la mesure de ces qualités par son rare souci d’observation et de recherche véridique.

André Gill. — Le bon géant que fut l’inventeur de la Muse à Bibi^ mort fou, après avoir donné le meilleur de soi-même, a largement brossé une tête joviale de Jules Janin. Le procédé est celui que les impressionnistes modernes ont appliqué au paysage : des tâches de lumière violente en opposition à des ombres dotent le masque d’une vie intense. Ce Jules Janin sort du cadre et nous nous attendions à ce qu’il s’esclaffe tout haut, raillant lui-même ses propres critiques.

Toute la bonhomie souriante de Gill, sa vigueur extraordinaire se retrouvent en ce portrait. Et il est impossible de ne pas vouer une page de souvenir h un tel artiste.

Louis-Alexandre Gosset de Guînes dit André Gill, né à Paris le 17 octobre 1840, mourut à Charenton en 1885.

Il fut d’abord l’élève d’un peintre dignement obscur, nommé Paris, puis entra dans Fatelier de l’architecte Cheviron avec lequel il dessina rhistoire du sire de Framboisy.

La verve du jeune homme se donna bientôt libre cours dans \& Journal amusaiit.mdô^ il continuait ses études sérieuses à Tatelier de Leloir et à l’école des Beaux-Arts qu71 quitta par besoin d’argent. Il se fit graveur sur bois et en donna d’originaux pour les illustrés périodiques. Un an passé au régiment l’éloigne de Paris mais il y revient pour entrer au Hanneton qui donna ses premières binettes rimées ; puis la Lune et rEclipse assurèrent la renommée du grand caricaturiste de “ Nos Contemporains

Certaines pages sont des chefs-d’œuvre d’observation soutenue. Gill comprenait le côté grotesque que récélaient les plus graves visages, mais il saisissait d’un trait incisif et caractéristique la révélation d’un tempérament ou d^une âme intéressante.

André Gill fut une des manifestations les

plus spirituelles du siècle. Et sa vie même était un poème de santé joviale et d’imprévu. Sous la commune, il fut administrateur provisoire des musées du Luxembourg.

Poète à la manière d’un gavroche qui aurait du ton, il a écrit sur cette « Commune » une exquisse page de sentiment et de fraîcheur.

... On voijait s'abaisser le fusil

Tout chargé d'o,ubépine et de lilas d’avril ;

Car en ce Floréal, chacun eut la pensée De parer son fusil comme une fiancée .

Hein ! s’il avait fait feu !... Je vous causais des peurs ^ C’était fini de moi. . . Foudroyé par les fleurs ! . . .

Je déclinais mon nom ; la face de misère De l’homme, s'éclairait d’un sourire, et légère,

A mon bras, vous disiez, rieuse à belles dents :

« Nous sommes en retard ; les oiseaux dorment dans Les feuilles, au clair de la lune. »

T en souviens -tu ? C’était du temps de la Commune ! »

Le peintre reparaissait sous le poète, tels de ses vers sont exquis :

« Pareil au bruit du vent dans les feuilles d’un saule Il s’en dégage un son lumineusement doux Une espèce de la bémol qui serait roux. »

et des croquis poignants, celui du Moulin de la Galette entre autres :

Ainsi jadis ont cavalê Le tas défunt des Rigolboches Au bras vainqueur de Bec salé Faisant leurs premières brioches,

De même qu'elles ont été Là-haut, vas-y, graine de garce,

Et tant que reluira l'été Pirouette de farce en farce,

Au moulin qui toujours debout, Précipite de chute en chute Autant de filles à Végoût Qu'il en vient danser sur sa butte.

et ailleurs, d'un ton familier à Richepin :

On le condamne sur sa mine Et la douleur d'être incompris Rougit encore de sa carminé.

Le nez du pauvre de Paris.

Il avait le goût du faste, la souveraineté un peu voulue de son talent et de sa force. Il a quelque part, dans ce volume La Muse à Bibi dont on ne se dessaisit pas quand on a le rare bonheur de Tavoir, ainsi tracé son portrait :

Les hommes de ma race ont la puissante épaule Et le muscle vainqueur, des longs yeux puérils Où Véclair s'alanguit en l'épaisseur des cils Et l'orgueil de jouer sur terre un vaillant rôle

Leur chevelure, ainsi que la feuille du saule Est abondante ; ils ont le dédain des périls,

Leur front haut et leur lèvre aux sourires subtils Arbore le poil roux des guerriers de la Gaule.

Ainsi faits cependant, aventureux et forts.

Un grand nombre d'entre eux avant l'âge sont morts. Ils ont devant la femme une âme de colombe,

Ardente, inconsolable et faite pour souffrir.

Des blessures du cœur ils ne peuvent guérir ;

Et c* est pourquoi V Amour ouvre souvent leur tombe.

Collaborateur de Jean Richepin, André Gill signa avec lui un acte en vers, Etoile (1873) et fit représenter seul, La Corde au cou (Odéon 1876). Préfacé par Alphonse Daudet il publia « Vingt ans de Paris » (1883).

Les dernières années de sa vie il fut atteint de la monomanie des grandeurs avant d’être interné définitivement à Charenton.

Le sonnet cité plus haut donne bien la note du faste et du narcissime attardé dont il était victime. Une de ses toiles Le Fou est saisissante car elle semble faire pressentir la fin navrante, comme le Horla de Guy de Montpassant. Ces deux grands artistes ont eu dans leur chute un avertissement singulier.

Parmi les toiles de Gill faites pendant les dernières années il convient de retenir : Catherine, Jules Vallès, l'ami Daubray, Vhomme ivre, Jules Janin, toutes d’une extraordinaire expression de vie.

Il y a, tout petit, un portrait de M. P. -J. Hetzel, de Jean-Louis-Ernest Meissonnier. Nous oublierons un moment le peintre de l’Empire,— celui du Corse, — pour rappeler quel portraitiste excellent fut l’illustrateur de « 1807 ».

Minutieux observateur, scrupuleux jusqu’au défaut d^une telle qualité, Meissonnier fut un portraitiste méconnu. Son tableau : La Chanteuse le représente au piano, à côté de sa femme. La tenue, Fallure sont remarquables. Et la réunion des Encyclopédistes dans Une lecture chez Diderot n’est pas de mince valeur, quant à la qualité de l’expression.

C’est le maître Chenavard qui l’empêcha de s’adonner à la peinture des grandes compositions pour se réfugier dans l’observation minutieuse des visages et la traduction des caractères, Il serait puéril de ne pas rendre hommage au mouvement de La Rixe, toile que la repro-

duction populaire et chromo-lithographique a fâcheusement vulgarisée.

Gardons seulement le souvenir des visages,

Henri- Alexandre -Georges Régnault (1843-1871). — Un souvenir douloureux s’attache à la personnalité de Régnault. Et ce nom nous impose une halte.

Henri Régnault, né à Paris le 30 Octobre 1843, fut tué à Buzenval en 1871 le 19 Janvier.

Il était le fils de Victor Régnault, admiuistrateur de la manufacture de Sèvres, et fit de sérieuses études au Lycée Napoléon. Poussé par une irrésistible vocation, baigné d’une atmosphère d’art, ayant vécu parmi des expressions de Beauté et des artisans, il quitta le lycée pour entrer dans l’atelier du peintre Lamothe. En 1860, il franchit les portes de l’Ecole des Beaux-Arts et en 1863 suit les indications de Cabanel.

Mais il est hanté par un besoin impérieux de vie et de nature franchement exprimée. Animalier, il saisit les attitudes de ses nouveaux modèles, quoique toujours courbé aux leçons de l’Ecole. En 1866, prix de Rome avec Thétis

Henry REGNAULT. - M. Duruy.

Appartient à M'"« G. Vaudoyer.

offrant à Achille les armes forgées par Vuîcain, il part enthousiaste pour l’Italie d’où il écrit ces mots : « Je reviens du Vatican. Je me suis prosterné devant les peintures de la chapelle Sixtine et les Stanze. Je suis broyé. Ce géant de Michel- Ange m'a laissé à moitié mort. C'est un coup de foudre que ce plafond. Pour moi., Michel- Ange est un Dieu auquel on n^ose pas toucher. On craindrait qu'il nen sortit du feu ! »

Rég'uault était surtout un ébaucheur, un admirable traducteur d’émotion et d'impression dans ses esquisses. Sa flamme tombait quand il poussait le tableau. En 1868, il alla en Espagne et se prit d’une belle passion pour Velasquez et Goya, deux violents.

Affolé de soleil, il brisait avec la tradition de Gros, Gericault et Delacroix qu’il considérait comme « usant d’une palette trop terne ». 11 ne rêve plus que couleurs et lumière, visite l’Alhambra de Grenade, aime la chaude rougeur de l’Espagne et hanté par l'orient se rend à Tanger. Il donne alors Salomé, Exécution sans jugement^ sous les califes de Grenade, Départ pour la fantasia, qui datent une telle effervescence. Il est alors coloriste plus tumultueux

que raisonné. Il songeait à visiter TEgypte, quand la déclaration de guerre de Juillet 1870 éveilla en lui des souvenirs et la race. Quoique exempté par son séjour à Rome, il passe la capote grise et prend part à la grande sortie du 19 Janvier 1871. C’est Buzenval. On donne la retraite. On Fappelle. Il répond : « Le temps de brûler mes dernières cartouches et je vous rejoins ! » Il tombe peu après frappé d’une balle au front. On retrouva son cadavre parmi l’écroulement des morts. A ses obsèques qui eurent lieu à Saint-Augustin, tout ce que le Paris si douloureux cette année terrible, comptait d’artistes et de gens de cœur, suivait le convoi. Un grand artiste était mort, un artiste qui avait de Tinstinct, de la vie à traduire, de la physionomie à saisir, la finesse des intentions, l’expression de la force, de la joie, delà vie intime, un coloris intense malgré des faiblesses et des indécisions dans Fexécution du morceau. Ajoutons à cela une puissance de travail telle qu’en 1877, la somme des toiles et esquisses fut considérable à l’exposition posthume de son œuvre.

Avec un soin pieux et un souvenir attendri,

un de ses amis a publié la même année 1872, la correspondance de Henry Régnault. Et dans ces lettres où il est question de peinture et de sentiment, se révèle une esthétique précieuse et la noblesse d’un artiste racé.

Jules Bastien-Lepage (1848-1884). — Quatre petits tableaux, qui semblent plutôt destinés à des planches d’illustration : M, Andrieux^ Coquelin aîné, Ji™® Drouet, Sarah Bernhardt, auxquelles on ne peut contester une très grande virtuosité, mais une recherche d’effet immédiat, indiquent une manière qui,* en continuant la minutie chère à Meissonnier, n’a pas pris au maître le frisson de vie que certaines pages recèlent. C’est de l’expression seulement, sans qu’une flamme intérieure la prolonge. Il fallait cependant noter ces quatre tableautins.

Bastien Lepage eut du moins la sincérité de rendre les armes en faveur du paysage et des belles taches lumineuses de la campagne, au détriment du portrait. C’est dans les pages des dernières années de sa vie que Ton trouvera une note durable du talent du peintre mort en 1884.

Il fit partie de Fatelier Cabanel, s’engag'ea en 1871 dans les francs-tireurs commandés par le peintre Gastellani, et c’est pendant la campagne qu’il ressentit les premières atteintes du mal qui remporta quinze ans plus tard.

En 1875, ses tendances psychologiques et réalistes s’affirment. Ce sont plutôt des essais dans le portrait avec une expression nouvelle. Il était alors épris de Courbet et de Manet.

Il sent que la traduction de ce qu’il veut, de ce qu’il éprouve est trop rude, et il se réfugie dans son village de Danvilliers. Les campagnes de la Meuse le séduisent. Il y fait sa Paysanne au Repos, Les Foins, happé brusquement par le rusticisme dont il sort avec deux portraits : son père et sa mère.

L’engoùment est ridicule. On a osé dire « qu’il fait songer par ces deux portraits à un Holbein français » nous renvoyons les moins scrupuleux d’esthétique au Portrait d'Erasme par Holbein pour se convaincre du vide de telles exagérations.

Alors, vient la série connue : André Theuriet, Sarah Bernhardt, le Prince de Galles, Albert Wolf, Andrieux. De son voyage en Angleterre,

Bastien Lepage avait rapporté des croquis et des études de mœurs assez fines.

Une dernière tentative de psychologie picturale rincita à vouloir concilier le réalisme et le mystère. Sa Jeanne <ï Arc de 1880 ne prouve rien à ce sujet. L’échec du peintre est du. à trop de convention et de volontaire arrangement.

A ce moment, il retourne à son village. Ce retour est définitif et il s’appliquera jusqu’à sa mort à la traduction des modèles familiers.

Il serait injuste de ne pas reconnaître la très grande habileté de Bastien Lepage, la science, le métier dont la virtuosité ne manque pas d’une agréable manière. Quelqu^’un a dit qu’elle était « précise comme Glouet, poétique comme Chardin. )> De tels parrainages sont lourds, mais l’expression ne manque pas de justesse, malgré l’enthousiaste hommage qu’elle affirme.

Les grands couturiers annoncèrent il y a cinq ans — fut-ce une plaisanterie ? « — le retour de la crinoline, — cette robe chère au second Empire et qui mentait si bien, grâce au froufrou de ses guimpes, à la soie secouée hors les cercles exagérés. La marche trottinante gagnait

souvent en élégance — une élégance de supercherie — L^abondance des jupes drapait bien la finesse du mollet et rapetissait le pied gracieusement chaussé de la bottine à boucle plate. Dans les salons où trônait la beauté encombrante de la femme qui tenait vraiment trop de place, la cloche des robes paraissait cacher des secrets que la gaine collante a révélés depuis. La crinoline était, il me semble, l’emblème hypocrite de la vie amoureuse. Rien, dans ses plis, sa tenue, ses froufous et les nœuds légers qui ajustaient les ourlets et les volants, n’affirmait une ligne précise. — Tout, au contraire, se perdait, voilé par des dentelles ou des surahs coûteux en une rondeur gênante stigmatisée par des caricaturistes honorés du sourire de Badinguet. Gavarni plaça ses lorettes à côté d’héroïnes peu chastes auxquelles la crinoline offrait un piédestal. Et les hommes de cinquante ans doivent se rappeler encore les petites scènes comiques de la robe propice aux cachettes, indulgente, débonnaire, faisant aux empressés l’hommage d’une place qui n’était pas la plus mauvaise. Grâce à Daumier, Grévin et Gavarni, l’adultère eut pour orchestre le tumulte des

larges robes, le bruit des jupons raidis d’empois el tuyautés comme il convient ; et, quand nous feuilletons de vieux albums jauni?? par le temps, c’est avec ironie que nous retrouvons cette élégance tant recherchée, presque illogique que la crinoline célébra pendant un quart de siècle. Nos aïeules riaient sous cape en nous racontant leurs fredaines et c’est sous crinoline que les galants murmuraient leurs compliments. L’opéi a bouffe utilisa la robe désuète. La vie ne permet pas maintenant, la restauration de ces oripeaux relégués au magasin d’accessoires.

Et voici un des peintres les plus aimés par cette époque froufroulante :

François-Xavier Wintherhalter est né à Bade en 1806. Il étudia à Munich, fit le classique voyage d’Italie et se fixa à Paris en 1834.

11 fut pendant ces cinquante dernières années victime de l’opinion publique sur la transformation des modes. On avait raillé la crinoline, on abîma ses tableaux et, enfin, il subit la conspiration du silence. Il eut à la fois de l’élégance et de la mignardise.

On l’a appelé le peintre -de l’Empire. A la

vérité il fut à un égal degré le peintre de la cour de Louis-Philippe.

Sa gloire surgit après les enthousiasmes et les colères déchaînés par sa toile Décaméron.

Se lança dans le portrait, et après 1838 (portrait du prince de Wagram), il fut chargé du portrait de Louis-Plylippe, Duchesse d’Orléans, Comte de Poix, Princesse Clémentine, Duc de Nemours, la reine Victoria, Duchesse de Nemours, la reine Amélie, la comtesse Duchatel, la princesse Adélaïde, la princesse Marie, le duc d’Aumale (à Versailles).

La première manière de V^interhalter est représentée par le Dolce farniente^ inspiré de Pécole italienne, et exposé au Salon de 1836.

Jusqu’en 1845, époque où il produisit le portrait de Louis d'Orléans^ femme de Léopold il eut à son actif des pages sinon parfaites, du moins marquées de son scel d^élégance ; telles que le portrait de la reine Marie- Amélie, qui date la grande halte à la cour de Louis-Philippe, la Duchesse d'Orléans et le Comte de Paris, qui figuré à cette exposition de Bagatelle : « D’une élégance un peu froide, d’un conventionnel qu’on a trouvé exagéré, cette toile qui d’ordi-

WINTERHALTER. — La Princesse de Joinville.

Appartient à S. A. R. Mgr le Duc de Chartres.

naire se trouve au musée de Versailles, a une valeur documentaire considérable par le soin qu’a apporté l^artiste dans l’exécution du costume ». Ainsi s’expriment les critiques informés.

Winterhalter que la Révolution de 1848 avait éloigné de France, y revient en 1853 avec sa Florinde^ toile toute de composition et de nudités charmantes qui devait plaire à la société légère du second Empire, friand de fête, et de joie facile.

« Devenu le portraitiste attiré de la cour impériale comme il Favait été de celle de Louis- Philippe, Winterhalter eut maintes fois l’occasion de fixer les traits de Fimpératrice, qui appréciait particulièrement le talent élégant et gracieux du peintre ».

Pendant son exil volontaire, il avait séjourné avec succès aux cours de Prusse et d’Angleterre.

Théophile Gautier suggéra la critique suivante du talent de Winterhalter.

« Il s’agit du tableau ayant pour titre : Üimpératrice entourée de ses dames âl honneur M, Winterhalter a toujours cherché la grâce, il Fa souvent trouvée ; sa manière coquette et brillante se rapproche de celle des peintres anglais dont nous parlions ailleurs (Lesly, Rey-

nolds, Thomas Lawrence, Grant, Hayler, Macnell, Boxali).

Winterhaller a fait chanter la soie : la soie qui chante le soir pour 1cs enchanteresses.

C’est l’ivresse lente c’est l’ivresse ensorceleuse delà caresse et delà robe qui monte, se confond avec la splendeur de la femme vers l’apothéose d’im plus grand bonheur! C’est la robe qui prélude, c’est le corselet craquelé sous les doigis frémissants qui écorchent la soie jolie et profanée, pareille à la peau frêle éraflée par les doigts caïeux.

La soie ! Mais c’est un rayon de mai sur le ciel grisâtre des misères, et, parmi les guenilles des pauvres gens, un ruban égaré, une banderoUe de satin, une guimpe, un ourlet, vestiges de richesses mortes, c’est un sourire parmi les larmes, c’est, — ô cher petit lambeau de soie ! la fleur parfumée des matins, mêlée à la gerbe passée des chrysanthèmes.

Corselets grands ouverts sur les chairs adorarables, soie, oreiller douillet des seins fleuris de roses, cuirasse des tailles sveltes et des hanches grassement dessinées ; collier enrubanné des gorges menues ; fleurs d’étoffes jetées éparses

sur les épaules ; cassures, brisures vives, ô soie changeante comme les cœurs, chacun dans ses affections te doit saluer très bas !

Attrait offert par des mains au tragique travail, soie mouvante, soie aimée, soie des jours gris ou des printemps attendus, soie des heures nocturnes délicieusement troublées par la musique des froufrous... Ave ! ! !

Citons encore cette page :

(( Le Bécaméron de Winterhalter, quoique les qualités de Fart y manquassent, avait un charme qu’on ne peut nier ; ce charme existe avec les mêmes défauts dans la toile qu’il a exposée cette année et qui est une des plus importantes : Flmpératnce, au milieu d’un paysage épanoui et fleuri, forme le camée d’un bracelet de femmes, posé sur un gazon de velours comme un écrin; elle occupe le centre de la composition et préside avec une majesté affable et pleine de grâce le cercle groupé à ses pieds en des attitudes d’un abandon respectueux. C’eut été un sujet admirable pour un coloriste que cette guirlande de jeunes femmes assises ou penchées dans leurs riches toilettes parmi l'herbe et les fleurs ; mais peut-être un peu trop préoccupé

de Félégance, M. Winterhalter n'a pas tiré tout le parti possible de ces étoffes aux nuances fraîches et claires, de ces chairs satinées, de ces chevelures brunes ou blondes; il n’a pas donné assez de souplesse aux plis, assez de solidité aux tons ; il a fait abus du luisant et de la transparence. Gravé, son tableau produirait une estampe charmante; le burin lui prêterait de l’harmonie; c’est une ressemblance de plus qu’a l’artiste avec les Anglais dont les œuvres doivent tant aux Finden, aux Cousin et aux Robinson. »

Cette critique pourrait être signée d’un écrivain du temps présent tant elle résume les moyens du peintre qui sut flatter la femme en choisissant l’attitude et la robe.

Aujourd’hui, certains usent et abusent du procédé. Et parmi les marchands, Helleu est au premier rang. Il lui manque sans doute la clientèle de premier ordre, l’essaim diadémé de la Restauration et du second Empire, mais pour notre bourgeoisie militante, les grands couturiers et les modistes suffisent à Helleu.

Certains ont reproché à Winterhalter d’être superficiel et un froid coloriste. Il y manque, sans doute, le mouvement.

Winterhalter donnait à ses portraits des altitudes d^idole. Il fut hypnotisé par la beauté de ses modèles qui furent entre tous autres : la marquise de Las Marismas, l’impératrice Eugénie, la duchesse de Morny.

Cette année Bagatelle nous offre les effigies souriantes et parées de la Duchesse (TOrléans, la Princesse de Joinville y la Reine Marie -Amélie, et trop peigné, trop guindé en son uniforme chamarré : le Prince de Joinville, et ce poupon : le Comte de Paris, aggravé dans son costume de baptême par la silhouette des tours de Notre- Dame comme fond de tableau. La naïveté du symbole est déconcertante.

Et dans la dernière galerie où nous promenons des souvenirs personnels, certains peintres de notre temps nous ont fait un signe heureux.

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