‹ Bagatelle et quelques visagesChapitre 7 sur 8 · CELLE QUI FUT BELLE A L’ÉPOQUE PRÉCÉDENTE, LE SECOND EMPIRE · texte numérisé non relu

CELLE QUI FUT BELLE A L’ÉPOQUE PRÉCÉDENTE, LE SECOND EMPIRE

« Ici, l’on fait le portrait comme le porte-monnaie ».

/. Mac-Neil Whistler.

Le passant qui s’arrête devant les tableaux d’AMAN Jean, demeure un instant surpris et charmé. Puis le charme s’atténue, ne disparait pas, se fait plus menu parce que la surprise s’est envolée et la réflexion aidant, le passant s’explique la manière du peintre.

Aman Jean est un tendre, mais il s’est plu à son attitude penchée de hlessé et d’aucuns pourraient rappeler à son sujet “ Adolphe ou le jeune homme triste ”, de Benjamin Constant, sans qu’il puisse y trouver une offense.

Toutes ses figures, en effet, évoquant l’attitude même du peintre, inclinent dolemment la tête et c^’est là un côté du charme morbide de son talent. Or, la courbe du visage, se continue à travers des étoffes, sur le corps, et dans le paysage faisant cadre et fond au tableau.

Aman Jean est un virtuose de l’arabesque et tout est fait selon un rythme et une attitude qui se discipline à l’arabesque voulue par le peintre. Et telle méthode ne s’arrête pas à la figure,

mais au paysage soyeux, étoffé, effiloché, feuilles et branches éplorées vers des horizons s'esquissant à peine, et vus à travers la rondeur naïve des tonnelles ou des berceaux.

Il y a parmi les œuvres d’Aman Jean une lascivité avouée, une volupté, çà et là, — pour ne pas dire toujours, — maladive et qui ajoute encore au charme incontestable du peintre par un aveu de suprême mélancolie. Les femmes représentées en une pareille atmosphère sont savoureuses, mais on n'a pas envie de les aimer. Elles font très bien sur la toile ; nous ne leur demandons ni une évocation autre, ni un nouvel abandon.

Aman Jean n'a pas gardé suffisamment de mystère en son art. Ce qu'il dit est charmant ; nous y retrouvons les heureuses strophes de lumière et de couleur discrète, une émotion vraie, quelquefois de Fampleur dorée, des lignes amusantes, la ligne caressante mais invariable, mais quoi qu’il fasse, il a gardé souvenir des salons de la Rose-Croix, heureuse époque qui unissait à la fois les colères de Laurent Tailhade et les fastueuses mystifications de Péladan. Le temps, depuis, a chanté un

autre poème et le génie lumineux de Henri Martin nous a parlé de pure Beauté.

Dans une lumière ardente, gammée du rouge au blano, dorée et profonde, harmonieuse comme un plain-chant, le peintre célèbre de Sérénité a fixé pour la joie de tous ceux qui passent la vie qui resplendit en nappes de lumière.

Tout est enveloppé d'une atmosphère à la fois fiévreuse et lourde, du bleu étincelant de la Provence au gris nacré des aubes d'ouest, et je pense qu'à côté des hautaines pages murales de Pavis de Ghavannes, l'œuvre de Henri Martin restera comme une date de ces temps.

C'est un Verlaine douloureux et paria qu'évoque le portrait d’Aman Jean. Le poète s'est endormi malade, un soir pernicieux, après avoir trop longtemps regardé un paysage de banlieue.

La nuit, un ciel froid et sombre piqué de rares étoiles ! Passé le fleuve, le pont aligne les rangées de ses feux et, dans les pierres grises, les trous noirs des arches. L'avenue qui fait suite au pont est immense, lointaine, peu éclairée ; des silhouettes se découpent sur le ciel, et par le silence de la route, pas de prome-

neurs. Tout dort. Rien n^est triste et reposant comme une ville assoupie, mieux encore une banlieue de grande cité, encombrée, le jour, du va et vient des passants. Parfois, près de la grille d’un parc, un chien de garde gronde, aboie et signale la marche du veilleur égaré. Quelque fenêtre luit, rouge et lance l’éclat de sa lumière sur la route. Mais, partout, du silence. Voici le vent qui secoue les branches et qui produit un bruit sourd et froufroutant. Il passe, rapide et avec un hululement de détresse, tourne au premier chemin, s’engouffre dans les sentiers où vont frissonner les buissons engourdis.... Un train siffle, soudain. Le tumulte se rapproche. Au passage, un trait noir, énorme serpent d’ombre avec les yeux de la locomotive : .. un éclair., puis le calme harmonieux revient. Plus rien que l’uniformité des campagnes obscures et le falot balancé du garde barrière qui rentre chez lui. La maisonnette se clôt... Les fils du télégraphe cliquettent comme des cordes de harpe à peine touchées. Vers la ville, le fleuve roule son eau trouble qui reflète les derniers réverbères du quai, là-bas où dorment les rôdeurs. Plus loin, une passerelle. On aperçoit

les branches d^’acier peintes en blanc se détacher, en squelette bizarre. A l’horizon, pas un mouvement, pas même une silhouette inattendue.

Une masse informe, tassée, noire la cité

morte !... la cité d’où venait Verlaine

Il y a ici, un Jacques Blanche première manière. Elle annonçait l’art dégagé, libre et d’une rare virtuosité du peintre qui fixa pour notre joie les traits de Fritz Thaulow.

Mais^ évoquons un tableau de Jacques Blanche qui suscita à la fois trop de colères et trop d’éloges, injustes les uns et les autres. Le Chérubin de Mozart qui fit songer à ces phrases lapidaires de Barrés : « Mon inclination ne sera » jamais sincère qu^envers ceux de qui la » beauté fut humiliée. . . enfants froissés, sou- » venir s décriés.

» Bérénice chanta le rôle de Chérubin. Elle » lui allait au cœur la musique de cet étincelant » Mozart qui, dans sa dernière nuit disait : )) « J’ai déjà le goût de la mort sur la langue. » La toile de Blanche était mieux qu’un effort ou qu’un tour de force du peintre. Il y avait là

une pensée, une traduction de vie troublante et troublée.

Chérubin ? Femme ou adolescent, qui pourra dire ? En tous cas, figure de rêve et de légende qui fait un signe heureux à ceux dont Tâme vogue vers des horizons meilleurs, après la lassitude de tant de laideur environnante.

Nonchalant Chérubin, figure rusée, mélancolique et dominatrice, tout ensemble, tu as le mépris et le dédain qu’il faut pour le monde. Tu écoutes chanter la voix lontaine des destinées promises à ta beauté ; et ta lèvre qui n’ose faire la moue, attend le bercement de celles qui sauront t’aimer !

Et ne doit-on pas remercier Jacques Blanche de nous avoir donné un instant de rêve, ainsi...

Dans les portraits de Jacques Blanche, on sent toujours l’esquisse, le laisser aller charmant, le frottis capricieux des premiers essais. Le peintre, d’ailleurs, a avoué ce qu’il préférait dans ses travaux :

« Ce qui me plaît le mieux, ce sont toujours les exquisses de ce que je fais, je me rappelle avoir fait, en une heure, une pochade du grand romancier anglais Thomas Hardy. C’était bien

lui avec ses caractères singuliers et frappants. Puis fai planté là mon esquisse et j’ai recommencé un portrait en trente ou quarante séances... Eh bien! il y avait dans la première ébauche quelque chose que je n’ai jamais retrouvé ».

Gustave Geffroy et Frantz Jourdain nous apprennent que Albert Besnard eut pour éducateurs deux élèves d’Ingres : son père et Jean Brémond et « la tiédeur féminine » que l’on trouve à travers les œuvres du peintre est tributaire de l’influence de Madame Besnard mère « qui n’acceptait pas de partage dans une affection qu’elle prétendait posséder seule, à l’exception de tous les autres ».

L’art de Besnard est multiple et divers. Sa peinture révèle les éblouissements et la suggestion des clartés vibrantes dont fut victime et charmé le coloriste audacieux qui signa « le plafond de la Salle des Sciences, à r Hôtel de Ville ».

Sa robustesse d’homme se retrouve en traces éloquentes dans ses fantaisies décoratives dans l’ordonnance même de ses fresques. (Ecole de

Pharmacie, Eléphantaisie, La pluie, plafond de r Hôtel de Ville).

Le portrait de S. A. la Princesse Mathilde, est d’une belle tenue. Il révèle, réunies ici toutes les qualités du peintre, l’observation, la couleur hardie, l’esprit dégagé. Un tel artiste devait comprendre et fixer le caractère de la Princesse Mathilde, la plus irrévérencieuse et la plus grande dame de ces temps, où la convention et l’éducation bourgeoise ont enlevé les derniers éclats de la race. Besnard a fort bien traduit le sourire malin de cette Princesse Mathilde qui disait avec l’assurance d’un constat ; « Les zouaves, les zouaves et leur costume, oui, c’est très bien, mais en ne sait jamais ce qu’ils pensent ».

Faut-il citer des portraits célèbres que nous eussions aimé voir à Bagatelle : Réjane,

(portrait de théâtre) était tout désigné par sa fantaisie et sa souplesse souriante ; et parmi les eaux fortes, le portrait de Rodin si incisif, si net, si profondément scrupuleux de vivante notation. Mais l’heure n^est pas de regretter ce que l’on n’a pas sous les yeux. Les expositions et particulièrement celle dont il s’agit donnent

BESNARD (Paul-Albert). — Portrait de S. A. I. la Princesse Mathilde.

toujours beaucoup trop de ce que Ton ne peut décemment accepter, car nos yeux aussi ont droit à des exigences. Les artistes l’oublient avec une coupable facilité.

Nous ne pouvons pas admettre comme sincère le Whistler^ de Boldini. Ce portrait est conventionnel, dans une manière qui peut charmer quelques uns mais qui ne saurait s’harmoniser avec ce que le peintreWhistler évoque de beauté conquise sur Tambiance hostile. Ce n'est pas à Boldini que nous nous arrêterons, mais à Whistler.

Avant toute autre qualité, il demeura un révolté de l’Art. Il ne subit jamais la règle affreuse qui décide du sort officiel des œuvres, et c^’est par orchestration ingénieuse de nuances, par juxtaposition de teintes et d’attitudes, qu’il parvint à fixer de façon durable les modèles choisis. Il cherchait moins l’exactitude des détails que l’allure générale, l’atmosphère que se crée un être et l’enveloppe délicatement, éclaire ses yeux d’une flamme, dote ses lèvres de sourire et d’ironie. Et dans le flou léger des fonds, des ombres denses ou des clairs obscurs,

il faisait vivre des figures de songe et de beauté. Il n’est pas de masque dont il n'ait traduit la singularité, la douceur ou le tragique, dès qu’un regard s’était posé sur ses yeux d’observateur. Les portraits qu'il fit de sa mère, actuellement au Luxembourg, à Paris, de Lady Campbell, Miss Alexander, Stéphane Mallarmé, Sarasate, lui-même, Robert de Montesquiou- Fezensac, sont des pages qui resteront. Whistler était un poète, un excentrique, un gentleman spirituel qui se plaisait à mystifier les sots dûment honorés. Un poète et un maladif que ce peintre des intimités charmantes, des visages gardiens de secrets et qu'un regard vers l’audelà préservera de l’oubli. Il connut Burne Johnes et intenta à Ruskin, qui le malmena, un procès célèbre. Américain, il agit comme tel et se tint toujours sur la défensive. Cette attitude me plaît ; et son livre : « De l’art de se faire des ennemis », est une virulente réponse. Mais, quel penseur, quel luministe adorable ! Il a pu faire le portrait de Carlyle, parce qu’il a compris l’auteur de Sartor resartus.

« Camille Groult, le richissime collectionneur, possédait beaucoup de Turner dont assurément

pas un n’était authentique. Il les fit voir un jour à Wihstler qu’il avait invité à déjeuner. . . Le maître peintre qui avait partout son franc parler^ se tourne lentement vers lui : a Vous m’avez promis de me montrer vos Turner... Vous auriez dù dire votre Turner..., car de tous ceux que je viens d’examiner, il n’y en a qu’im seul qui ne soit pas faux. . » — Groult ricane pour cacher son dépit, puis il hasarde : a Eh bien! quel est celui qui vous semble de la main du maître ?... » Whistler jette un coup d’œil circulaire : « Ma foi, répond-il, je ne le trouve plus ! ! » (Le Cri de Paris).

Il faut aimer Eugène Carrière pour ce qu’il a de tendre et d’enveloppé. Nous lui gardons une place spéciale car il essaya de symboliser en reflets sur les visages, en mystères au fond des yeux, miroirs troublés, l’ârne et parfois meme l’œuvre qui caractérisaient les hommes . Faut-il rappeler les pages où vivent Alphonse Daudet, Edmond de Concourt, dépaysé à cette exposition de portraits de Bagatelle, Blanqui, Puvis de Chavannes ?

Gustave Geffroy qui aima fraternellement

Carrière a dit du maître disparu : « S’il avait vécu, combien de projets n’aurait-il pas réalisés ? Combien de sujets d’émotion ne nous aurait-il pas donnés ? Il n’était pas de ceux qui se plaignent de la rareté des sujets. II avait le sens de la vie, immense, sans cesse renouvelée où l’homme et l’artiste n’ont qu’à puiser sans cesse. Cela, il l’a dit par son œuvre et il l’a dit d’une manière impérissable. Cette œuvre interrompue suffit à sa gloire. »

Avec Eugène Carrière se révèle un art partir culièrement attachant. Ce grand poète de l’intimité, de la vie intérieure qui s’épanouit ou se trahit à peine à travers la diversité des visages, a cherché comme Whistler à créer une atmosphère à ses sujets. Mais où le maître regretté ne recherchait que l’attitude dégagée de toute ambiance et de tout autre extériorité. Carrière a su jeter à plein cœur la tendresse douloureuse, la simplicité douce, la noblesse de l’humilité ou de la souffrance. Nulle passion déformante ou trop brutale pour nos nerfs de malades, nulle chevauchée hautaine, nulle attention au décor qui retient l’attention ou amuse, seulement, le souci de dire ce qui est bon, ce qu’il y

a d’espoir meurtri et de rare pressentiment dans le rythme harmonieux des toiles où des êtres aimés sont immortalisés.

Regardons La Famille, Maternité, les grands panneaux qui se trouvent inachevés, au Petit Palais, et ce Christ du Luxembourg qui est le poème le plus éloquent de la résignation et du sacrifice. Apprenons à communier d’esprit avec un tel artiste qui a donné à la peinture moderne un frisson nouveau ne se rattachant — et encore par filiation lointaine et très atténuée — qu’à Vélasquez ou Rembrandt.

Lorsqu’il mourut, les plus lourdes sottises furent dites par ceux-là mêmes qui l’aimaient le plus. Mais c’est le lot des novateurs de traîner après eux la séquelle des roquets et des balanceujjs d’encensoirs. « Rapide le temps qui court comme un lévrier » débarrasse le monument de ses scories et le souvenir est doux quand s’est apaisée la violence des uns et des autres.

Fidèle à sa foi en une peinture d’expression et de pensée, réalisant les formes et les couleurs atténuées dans la courbe et le rythme même de la vie qui façonne les êtres, Eugène Carrière eut le courage de se sentir mourir, petit à petit,

sans se plaindre jamais. Les soins pieux des siens lui prouvèrent que sa flamme serait recueillie comme un enseignement sacré.

M René Marc Ferry qui le salua bellement a pu écrire : « Il resta le Carrière de ces intérieurs obscurs où les figures prennent des airs de fantômes, ou plutôt sortent de ténèbres en reliefs luisants, pareilles à des formes d’argile humide dans un atelier de sculpteur.

Dans cet horizon réduit, il est devenu un peintre d’intimité. A regarder, pour le transcrire sur la toile, le geste de sa femme qui serre contre elle son enfant, son émotion d ^artiste s’est mêlée d’une autre émotion, et dans ces Maternités qufil a peintes si souvent un sentiment tendre et profond aide et ajoute à la beauté de l’œuvre d’art. Il y eut dans la production de Carrière quelques années où cet heureux équilibre se maintint. »

Cette exposition s^honore du très beau portrait de Concourt. Et à contempler ce visage blanc aux yeux d’une acuité rare — et pour qui a connu Concourt, le réalisme de ce regard, réalisme mêlant à la fois la netteté de l’œil perçant et la pensée curieuse aux mille facettes

qui semblent s'y refléter, est extraordinaire — on comprend toute la maîtrise de Carrière qui nous a légué les plus beaux portraits du siècle, portraits qu'il faut rappeler : Alphonse Daudet, Paul Verlaine, Devillez, Jean Dolent, Gustave Geffroy, Ernest Chausson, Jean Ajalbert, Général Picquart, Auguste Blanqui. Tous ces modèles de Carrière, furent choisis par lui, parce qu^ils correspondaient aux généreux élans de son cœur de sensible, parce que tous avaient été touchés par la douleur.

Il nous est doux de rendre un hommage, aussi humble soit-il^ à la vivante mémoire du peintre disparu, dont les œuvres sont pour nous d'un haut enseignement et d’une éternelle beauté.

M. Antonio de la Gandara est certainement un des plus troublants portraitistes de ce temps, encore qu’il tombe, lui aussi, au fossé parfumé de la mode, du chic notoire, de l'élégance faisandée qu’adoptent les courtisanes ayant quelque lecture, et les femmes de milliardaires.

Cependant il a une manière à lui de présenter ses modèles, de saisir, une fois définie, les

altitudes ; et si le talent de la Gandara évolue, il ne fait pas oublier la Femme à la rose, la Belle et la Bête, la Princesse de Chima^, et ce portrait d^homme, Jean Lorrain, d’une belle tenue, avec le visage tourmenté, les yeux inquiétants, les maxil-. laires durs et cruels de celui qu’emporta sa vie !

On s^accoude, un moment, au balcon vieilli des défunts enthousiasmes el, avec l’aide de Rodin, on se plait à voir passer la vie, simplement, grandement, au mépris des opinions bien portées.

Et de suite viennent à la mémoire les glorieuses • campagnes de Mirbeau , Stuart- Merrill, Charles Morice, Arsène Alexandre, Camille Mauclair, en faveur du statuaire.

Synthétiser la vie, le secret de la vie, l’extériorisation des formes les plus diverses, contracter les muscles, exagérés par des forces quintuplées sous la poussée de virilités inattendues, dire le mal de vivre et l’espoir de mourir, la gloire d’aimer et de s’étreindre, chanter la douleur, résumer la sagesse et arrêter un geste de folie, tout cela se retrouve dans le génie ardent de Rodin.

LA GANDARA (Antonio do). — Portrait de Jean Lorrain.

Et les bustes paraissent écouter des voix lointaines prônant la volonté de vaincre, de vivre, de créer.

Ils sont là, figés, les regards profonds et calmes, leurs lèvres amères ou placides^ les joues solides ou flasques; ils sont là, les bustes brisés au ras des blocs; ils invitent au silence • de leurs yeux par des allures de véhémente protestation contre ce qui est laid, injuste ou mauvais ! I

Tourmente des regards encombrés de mirages ou paix sublime d’une force endormie pour des réveils de conquête, Rodin traduit la vie, la vie secrète d’une statuaire nouvelle que nous avons saluée très bas !

Alfred-Philippe Roll est un curieux et un travailleur. On sent chez lui le besoin d’espace, de grand air, une santé débordante. C’est pourquoi il a cherché tous les aspects de la vie, les groupements d’individus de toute caste, à la condition qu’il y ait pour lui, à traduire, un rythme vivant. Peintre de figure, Roll a apporté à la facture du portrait le même souci, et si d’aucuns critiquent sa manière, du moins tous

rendront hommage à la liberté de sa peinture soumise seulement, à de la vérité, loin de tout souci de plaire selon telle ou telle méthode. Les croquis du peintre, ses esquisses, ses notes, sont éloquents à ce sujet.

Et notre étude s'arrête sur un portrait de ’ couturier que le grand talent de l’artiste n’a pu sauver d’une odieuse banalité. — M. Faquin fit de la mode. Sa mémoire restera dans la reconnaissance car la mode, la robe et la toilette sont une manière d’art pour la femme qui justifie trop souvent le mot de Sbopenhauer : « Cheveux longs, idées courtes. »

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