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des soldats détenus. On sait que la discipline des régimensest très sévère : aussi plus des cinq sixièmes des hommes mis à l'Abbaye sont acquittés par les conseils de guerre. Il serait donc juste d'épargner à ces malheureux des souffrances qui ne sont en rapport ni avec leur position ni avec la nature souvent excusable de leurs délits. Une maison qui ne contient que des militaires en prévention y et quelquefois des officiers de tout grade, arrêtés pour dettes ou pour délits politiques, devrait évidemment différer d'une prison destinée à renfermer des criminels , des forçats.
La maison est construite de çaanière à ne permettre que peu d'améliorations, sous le rapport de la salubrité, de la santé des prisonniers et de leur division.
Les pauvres soldats détenus ne reçoivent qu'une livre de pain par jour, une tasse de bouillon assez mauvais et un très petit morceau de viande. Il serait juste d'habiller ces hommes plus convenablement , de leur donner du linge propre et de renouveler plus souvent la paille des lits. L'hiver, il faut que les prisonniers, qui couchent ensemble, s'échauffent en se
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pressant Fun contre l'autre , car une couverture ne suffit pas dans des chambres où il n'y a jamais de feu, et dont les croisées sont ouvertes toute la journée.
Quant au bâtiment, remarquons que, depuis les excès affreux commis pendant la Révolution à cette prison, on n'a rien fait pour la rendre plus saine. Les murs sont sales et humides, la cour petite et entourée de maisons hautes qui interceptent les rayons du soleil ; les chambres contiennent trop de lits pour leur grandeur; les hommes couchent deux à deux; les croisées donnant sur la cour sont étroites, en sorte que les prisonniers respirent presque toujours un mauvais air. Une paillasse et une mince couverture composent la fourniture du lit. Un petit chauffoir est commun dans l'hiver à tous les détenus. L'escalier est étroit , les corridors noirs et étouffés; les cachots sont abominables, et tellement humides, que les soldats qu'on y enferme, souvent pour des fautes légères, sont obligés d'aller à l'hôpital du Valde-Grâce pour se rétablir de cet emprisonnement. A l'appui de cette observation je citerai le soldat Bouquet, qui avait fait une faute à
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Montaigu. Pour Fen punir, on le transféra à l'Abbaye, et le cachot fut sa demeure pendant un moi3. Comme les règlemens ne permettent pas d'y laisser les hommes plus de quatre jours, on le faisait sortir le cinquième quelques instans, puis il était replongé dans cet infâme souterrain. La santé de cet hoiiime avait déjà été affaibUe naturellement par le chagrin et l'ennui, car il était pendant tout ce temps au plus rigoureux secret; moi-même je n'ai pu obtenir la permission de le voir, et pourtant j'avais beaucoup d'influence sur le concierge. Malgré la sévérité de cet ordre , les pauvres camarades de Bouquet qui suivaient mes leçons à Montaigu, trouvèrent le moyen de lui faire remettre une petite somme, produite par une souscription ouverte dans la prison. Je me suis • joint avec empressement à cette bonne œuvre, que nous avons cachée le mieux possible : car secourir un détenu , quand l'autorité lui infligeait une punition, était alors une action regardée comme très blâmable.
Bouquet revint à Montaigu après six semaines d'absence : ce n'était plus ce soldat vigoureux; j'avais peine à le reconnaître; il ne
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pouvait plus se tenir debout; son esprit était aussi affaibli que son corps : on eût dit un mort sortant de son tombeau !
Plusieurs autres militaires ont subi la punition de ce cachot, et tous, je l'affirme, s'en sont ressentis long-temps douloureusement.
Les chambres destinées aux officiers sont assez propres; mais ces messieurs sont privés de promenade : ne devrait-on pas avoir plus d'égards pour des personnes honorées d'un grade, et souvent détenues pour des délits politiques ou des fautes peu importantes au bien du service? Le gouvernement n'a d'autre moyen pour remédier à ces inconvéniens que de vendre cette prison et d'en faire construire une suivant un plan plus conforme à sa destination.
Dans la plaine de Grenelle on pourrait bâtir une vaste maison pour les prévenus militaires : alors seulement la discipline des corps serait appliquée avec justice; les hommes coucheraient seuls, les chambres contiendraient le moins de lits possible , et un seul , si la chose pouvait avoir lieu.
On devrait aussi occuper les prisonniers à un travail facile, leur apprendre à lire et à écrire,