‹ Bagnes, prisons et criminels (volume 2)Chapitre 16 sur 45 · DEPOT DE REPRESSION DE SA^NT-DENIS · texte numérisé non relu

DEPOT DE REPRESSION DE SA^NT-DENIS

Le but de la fondation de cette prison est de recevoir les malheureux arrêtés comme vagabonds , ou les enfans trouvés dans les rues, sansparens ni tuteurs. Sous ce point de vue elle pouvait être d'une très grande utilité, et c^était une idée heureuse que de réunir sous les yeux

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de radministration des hommes mourant de faim , ou des enfans délaissés et abandonnés de tout le monde.

La situation physique et morale de ces pauvres méritait des soins qui seuls pouvaient les rendre susceptibles de rentrer dans la société d'une manière utile et honorable. Le travail et Y instruction étaient le remède le plus efficace; il fallait surtout diviser les reclus par âge, et leur donner un genre de vie approprié à leurs besoins et à leur triste situation . L'émulation , cet auxiliaire de toutes les bonnes actions , devait être employée, et devenir ensuite le puissant moteur des travaux et de l'éducation morale et religieuse des détenus. Les hommes chargés de les surveiller et de les instruire devaient être choisis par l'autorité avec un scrupule rigoureux ; leurs gages devaient les placer au-dessus de l'envie de chercher à bénéficier sur le produit du travail ou de la somme allouée par le gouvernement pour chaque reclus. La nourriture et le coucher, sans être trop cou teux , devaient au moins suffire aux besoins des prisonniers; les habits, le linge, les dortoirs et

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les ateliers 9 assez propres pour conserver la santé. Tels étaient, suivant notre opinion, les principes qui devaient présider à l'organisation de cette maison.

Voyons maintenant quel est l'état actuel du dépôt de répression, qu'on pourrait plutôt:

nommer dépôt de corruption.

Le bâtiment est peu favorable à sa destination ; les chambres et les ateliers sont malpropres; les dortoirs sont assez bien tenus, mais les lits auraient besoin d'une couverture de plus en hiver. Les détenus ne couchent pas toujours seuls, grave inconvénient.

Les travaux ne sont pas assez assidus, et le gain laissé aux prisonniers par l'entreprise est vi-aiment une dérision ; car les hommes ou les femmes, excepté les couturières, ne reçoivent que deux sous par jour; deux autres sous sont placés à la caisse d'économie , pour être remis aux détenus lorsque le préfet de police juge convenable de leur accorder leur liberté : aussi c'est toujours avec répugnance et lenteur que les reclus travaillent. Ajoutons encore à cette observation que souvent l'entrepreneur laisse

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les prisonniers sans occupation : de là naissent un dégoût et un éloignemeût pour le travail^ qui entretiennent, sHls n'excitent pa», la fai'^ néantise assez ordinaire des malheureux arrêtés , pour vagabondage; aussi, loin d'habituer les hommes à l'activité, on les laisse tomber dans un abattement et une* mollesse qui , lors de leur mise en liberté, les rendront plus pares-» seux qu'ils n'étaient avant leur emprisonne^ ment ; ils auront de plus, en compensation, des vices , et le désir de Vivre sans se gêner par le travail. Une remarque déplorable, c'est que la plupart des individus sortis du dépôt de Sainte- Denis volent après leur mise en liberté, et sont arrêtés, jugés et conduits, soit dans des maison^ centrales de correction, soit aux bagnes. Quelle importante observation, quel triste sujet de méditation, quelle honte pour ceux dont la seule volonté pourrait faire cesser un si dou-^ loureux spectacle !

Les enfans sont en grand nombre, et très peu soignés sous le rapport de la propreté:

ils sont distraits et malhonnêtes. L^irs gar-r diens sont des reclus ignorans et incapables de

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tes habituer à Tobéissance et à une lenue décente. Ces pauvres créatures passent tout le jour avec les autres détenus : fort peu travaillent , et ils sont obligés de rester dans les cours , où il fait très froid.

La ration de bois pour les ateliers est composée de six petits morceaux qui, réunis, ne valent pas une bûche ordinaire; aussi les détenus se plaignent, chaque jour de l'hiver, de l'humidité qu'ils supportent.

La nourriture devrait fixer Tattention de l'autorité ; elle se réduit à une livre et demie dô pain, un mauvais bouillon et une cuillerée de légumes ou un petit morceau de viande.

Le linge est très gros , et souvent trop longtemps sans être changé ; il parait que le magasin n'en contient pas assez pour éviter ce retard, qui , du reste, est très nuisible à la santé et à la propreté des reclus.

En visitant le dépôt de Saint-Denis, on est vivement frappé de l'aspect que présente une salle au rez-de-chaussée, seulement pavée, et contenant des vieillards paralytiques. L'humanité ne devrait-elle pas imposera l'autorité 1^

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placement de ces malheureux dans un hospice , ou du moins dans une chambre saine et aérée?

Je fis un jour une question au gardien sur ce sujet. Il me réppndit naïvement que tant de peine n'était pas nécessaire pour des genspa»reils , et que s'ils étaient mieux traités ils vi-'

VHAIENTTROP long-temps!

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