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à ceux-là mêmes qui devraient rougir d'être les vils instrumens de leur libertinage.
» Je pourrais , monsieur , vous en citer une foule d'exemples, si ma plume ne se refusait à vous les retracer ; je pourrais aussi vous signaler mille scandales d'un autre genre , mais je m'écarterais trop du but que je me suis proposé.
» Rentrons dans l'intérieur de Sainte-Pélagie.
»On est malheureusement porté dans le monde à mal juger des personnes qui sont ici; on en parle, en général, sinon avec mépris, du moins en termes peu convenables; et cependant je puis vous assurer, monsieur, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le dire à vous-même, que sur 240 détenus pour dettes, il y en a 200 qui meurent de faim; je puis, en outre, vous certifier qu'il n'existe aucune disposition , aucun règlement, qui mettent les prisonniers pour dettes à l'abri des haines, des vengeances, de l'inhumanité de leurs créanciers. Les lois anglaises ont prévu ce cas : il y a des magistrats institués pour venir au secours du faible opprimé; un magistrat se présente pour lui demander l'état de ses affaires ; s'il prouve être
dans l'impuissance absolue d'acquitter sa dette, les portes lui sont ouvertes.
» Dans le cas contraire , rien né peut le soustraire à l'action de son créancier: voilà, je crois, un grand point qui mérite de fixer l'attention ; c'est une lacune qui existe dans les lois sur la contrainte par corps.
»Tels sont, monsieur, les moyens que j'ai cru pouvoir soumettre à vôtre sagesse et à vos lumières ; persuadé que vous voudrez bien les mûrir et les approfondir, et que vous ne vous refuserez pas d'être notre interprète, je dirai même notre avocat , auprès de ceux qui sont chargés par la nation de veiller à ses intérêts et à ses libertés. » V. S.-V.
En cessant de parler des détenus pour dettes , empressons-nous de dire que leur prison actuelle , située rue de Clichy , est admirable sous tous les rapports, et qu'elle réunit les avantages sollicités depuis si long-temps dans le Journal des prisons et tant d'autres écrits. Maintenant l'autorité devrait s'occuper des pauvres femmes détenues pour dettes, à Saint-
Lazare ; elles sont dignes de toute sa bienveillance.
La prison de Sainte-Pélagie n'est bien sous aucun point de vue, et pour la rendre passable on dépenserait plus qu'il n'en coûterait pour construire une nouvelle maison. Les détenus politiques qu'elle renferme aujourd'hui sont • mal logés, et se plaignent avec raison d'être plusieurs dans une même chambre.
La forme de cette prison, malgré le chemin de ronde , n'enipêche pas les évasions ; et les 28 accusés d'avril qui, en un seul jour, ont repris leur liberté , attestent que Sainte-Péla- , gie est bien mal construite, ou ridiculement surveillée.
Ce n'est pas à cet égard une plainte que nous exprimons ; heureux les prisonniers qui brisent leurs chaînes ! mais aujourd'hui comme autrefois, nous demandons pour les détenus politiques une maison spéciale administrée d'après un règlement particulier, et suivant tous les égards que mérite cette classe de prisonniers.
Nous développerons les motifs de ce vœu dans un chapitre spécial.
CltapUre Zvtï}ttmt
LA CONGIBRGEBIE.
Cette prison , destinée à renfermer les accusés renvoyés devant les cours d'assises , est située au-dessous des bâtimens du Palais-de- Justice, et. n'offre aucune régularité dans sa disposition.
Le PalaiS'de^Justice , dont les premières constructions remontent à des temps an té-'
rieurs au règne de saint Louis , était ébranlé dans ses murs souterrains , et n'offrait du côté de la rivière que l'aspect d'un monument en ruine. Un de nos architectes les plus habiles , M. Peyre , a été chargé de restaurer ce grand édifice, entreprise toujours difficile quand il s'agit de constructions en sous-œuvre, et lors-» que les voûtes et les nervures des arcs sont lé-^ zardées, rompues, mutilées, et en partie écrou^ lées. M. Peyre , dont la pensée s'étend au-delà de la partie purement technique de son art , chercha , dans celte restauration de l'ancien palais de Louis IX et de Philippe-le-Bel , les moyens d'utiliser ces vastes localités pour les^ besoins de la ville de Paris ,• d'assainir et de rendre moins pénible la triste demeure des prisonniers deila Conciergerie.
Il n'existait point de rapport exact entre l'axe, des piliers supérieurs de la grande salle et celui des piliers infiérieurs; cette dififérence, qui était de trente-trois centimètres, faisait déverser, du côté de la cour du Maii, toute la charge des constructions supérieures. C'est ce désaccord entre le plan du rez-de-chaussée et celui du premier étage , qui a causé l'état de
dégradation oùse trouvaient les voûtes souterraines et les effets qui s'étaient manifestés dans les voûtes supérieures de la grande salle ; ces effets ont entièrement cessé depuis la reprise enfious-œuvre des voûtes souterraines. La correspondance de l'axe des piliers supérieurs avec l'axe des piliers inférieurs a été rétablie par des piliers et des arcs adossés aux anciens arcsdoubleauxy et en débarrassant le rez-de-chaussée des subdivisions de murs qui produisaient de l'inégalité dans les tassemens. Cette construction exigeait d'autant plus de soins, qu'ayant calculé la pesanteur des voûtes supérieures , celle des piliers qui les portent et des berceaux en briques qui les surmontent , lesquels contiennent une grande partie des archives judiciaires 9 on reconnut que chacun des piliers inférieurs supportait une charge de plus de quinze cents milliers. L'architecte a retrouvé l'ensemble des constructions faites, dans cette partie , du temps de saint Louis ; et ce vaste local 9 qui ne recevait d'air d'aucun côté , dans lequel on ne pouvait pénétrer que par des portes de caves , maintenant aéré , ayant des issues faciles , offre un magasin utile à la
ville de Paris. Toutes les anciennes parties inférieures du Palais ont été successivement res-^ taurées, dégagées de décombres et disposées pour le service public , à l'exception des cuisines de saint Louis , qui n'ont pas encore reçu de destination précise.
Nous passerons rapidement en revue les travaux exécutés dans l'intervaDe qui se trouvait entre la tour de l'Horloge et la grande salle de saint Louis, maintenant cour de cassation; les réparations faites au bâtiment construit sous Louis XIII, et qui est situé vis-à-vis le quai aux Fleurs, et la restauration de la belle grille de la cour du Mai , qui fut élevée sur les dessins de Desmaisons , architecte du roi , et coûta plus de 600,000 fr. Nous sommes pressés d'arriver à des ouvrages d'un plus haut intérêt pour tout biomme dout le cœur n'est pas inaccessible à la pitié,
La Conciergerie présentait le spectacle 1© plus affligeant. Des cachots humides , des piè-. ces privées d'air , au cependant étaient réunis un grand nombre de détenus; des chambres sombres, une cour malsaine, où les combles versaient des eaux pluviales qui dégradaient le>
pavé; des plafonds menaçant ruine; telle était l'affreuse prison de la Conciergerie. Au dixneuYième siècle, des hommes qui n'avaient pas connu le servage , y gémissaient sous des murs plus humides que ceux élevés pour les serfs du treizième siècle.
Au fond de la grande salle , sous des voûtes ajoutées à la construction, le génie des services avait fait pratiquer deux rangs de cachots pouvant contenir chacun, sui^ des lits-de-camp, une cinquantaine de prisonniers. Ces horribles cachots , où le jour ne pouvait pénétrer que par des soupiraux et à travers six rangs de grilles, étaient privés d'air , et les prisonniers ne pouvaient recevoir leur nourriture que par un guichet d'un pied carré. Dans ces réduits infects, qui pouvaient renfermer à la foi&quatre cents malheureux, jusqu'au milieu du seizième siècle, les prisonniers malades n'eurent d'autre couche qu'un peu de paille étendue sur la terre froide et humide; on y vit à plusieurs époques éclater des épidémies meurtrières , qui en peu de jours moissonnaient leurs pâles habitans; plusieurs fois les partis y entassèrent leurs victimes; celles du régime de la terreur furent les
dernières. M. de Chabrol a profité de la restauration des voûtes du Palais-de-Justice pour ordonner la démolition de ces affreux cachots^ et anéantir jusqu'au souvenir des horreurs que leur aspect retraçait à l'imagination effrayée. Cet acte de philantropie suffirait pour lui donner des droits à l'estime de tous les gens de bien et à la reconnaissance des Parisiens.
Les moyens d'assainir la Conciergerie , proposés par M. Peyre , ont été adoptés par l'ancien préfet de la Seine. L'architecte a eu l'heureuse idée de faire servir à la Conciergerie la nouvelle entrée pratiquée dans le bâtiment neuf sur le quai de l'Horloge. Les noirs cachots qui obstruaient la belle salle au-dessous de la cour de cassation , ont fait place à un préau spacieux et commode , près duquel se trouvent le greffe et les salles de dépôt des condamnés. Le parloir des avocats est au fond , en face de l'entrée. A côté, sous des voûtes attenantes à cette première salle, est un second parloir^ éclairé, chauffé et distribué en deux parties: l'une pour les personnes qui viennent visiter les prisonniers, l'autre pour les prisonniers euxmêmes. Une vaste galerie , passant au-dessous
LA COWCIEIIGERIE. 155
de la salle des Pas-Perdus, sert de communication principale de la Conciergerie des hommes à celle des femmes : cette galerie est éclairée par quatre croisées.
Des cellules, ne contenant qu'un seul prisonnier, ont été établies sous les anciens portiques, à la place des chambres obscures et malsaines. Chacune de ces cellules, garnie de tablettes et d'une couchette commode, est éclairée par une croisée. Elles donnent sur des corridors régnant dans tout le pourtour de la Conciergerie. On y entre par des escaliers pratiqués à chaque extrémité, et l'air y circule continuellement, les corridors n'étant fermés que par des grilles.
Le milieu de la cour reçoit les eaux du tropplein du grand réservoir du Palais-de-Justicej elles y forment un jet d'eau et retombent dans le bassin. Deux gazons entourés d'arbres et de barrières forment plusieurs divisions pour la promenade des prisonniers.
Au rez-de-chaussée, des promenoirs vastes et commodes , au centre desquels sont des tables de pierre, permettent, dans toutes les saisons, l'exercice nécessaire à la santé des prisonniers. Ces tables sont, dit-on, les mêmes suit
lesquelles, à plusieurs époques de l'année, saint Louis distribuait de sa propre main des vivres aux pauvres.
La tour de Bombée, qui servit de cachot à ce Ravaillac dont les jésuites aiguisèrent le poignard parricide , était depuis long-temps abandonnée. Un poêle et des bancs y sont placés, et la salle basse, maintenant bien aérée, carrelée en pierre, et donnant sur une espèce de vestibule, est convertie en chaufFoir pour la mauvaise saison. ^
Totalement séparée de la Conciergerie des hommes, celle des femmes sera également divisée en cellules. Un gazon entouré de barrières existe au milieu de la cour; uiie fontaine est placée surla droite; etàgauche de la grande galerie se trouve l'entrée principale.
Pendant long-temps la plus grande partie des travaux faits aux monumens publics n'eurent pour but que leur embellissement. Dans ceux exécutés par M. Peyre au Palais-de- Justice, la conservation d'un monument d'autant plus précieux qu'il se compose de l'architecture de toutes les époques , depuis le règne du roi Robert jusqu'à nos jours, n'a été qu'un objet
secondaire; l'utilité publique, l'amour de l'humanité, en ont inspiré la première pensée et ont présidé kleur exécution. Elles en appellent de semblables dans tous les départemens et dans presque toutes les villes; un grand nombre de prisons tombent en ruines ; la plupart sont étroites et malsaines ; dans plusieurs les aliénés sont renfermés avec les criminels.
Il y a quelques année», M. Mahul publia un écrit concernant les prisons de Paris, et notamment la Conciergerie et la Force (1). Nous en donnons un extrait ; on y remarquera une peinture animée et fidèle des localités, et un grand nombre d'idées philantropiques et sages dont la pratique serait on ne peut plus favorable à l'amélioration du sort des pauvres détenus.
Le sol de la Conciergerie est situé au niveau et même un peuau-dessous de celui de la rivière, par conséquent de plusieurs pieds au-dessous de celui des quais et rues de Paris. Il est moins
(i) M. Mahul, détenu politique à la Conciergerie pendant quelque temps, a fait ces intéressantes remarques dans l'intérêt des prisonniers.
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humide que cette circonstance ne pourrait le faire craindre, grâce aux caves et souterraÎBS en pierre, aujourd'hui bouchés ou comblés, qui sont pratiqués encore au-dessous. Les cachots construits au pied dès tours et au niveau de la rivière sont extrêmement humides et malsains, mais à peu près hors d'usage. Une cour de construction assez moderne sert à renfermer les femmes, qui y sont entièrement séparées des hommes. L'infirmerie est sombre et mal aérée. Quelques chambres particulières, qui ne s'obtiennent que par faveur, sont situées sur le de- Vânt delà maison; elles sont employées aussi, dans l'occasion, à tenir les prévenus séparés au secret. Les escaliers et galeries de la maison sont presque entièrement privés de jour, et éclairés par des réverbères, qui brûlent durant toute la journée.
La chapelle, d'une architecture sévère, mais bien appropriée, est construite sur de petites dimensions. Une tribune pratiquée au fond, et strictement grillée, en permet l'usage simultané aux prisonniers des deux sexes. Derrière l'autel est placée la sacristie, lieu de triste mémoire; c'est là que fut le cachot d'où Marie- Antoinette
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mcHita à féchafaiid. Rien n'est changé aux difliéïKnons du local; mais les décorations dont un zèle empressé l'a revêtu de tous les côtés ont effacé l'empreinte vivante des terribles souvenirs qu'auraient retracés avec une si vive éloquence des murs sombres et des dalles humides. Deux tableaux peints sur des volets masquent un petit autel; ils représentent la dernière séparation et la dernière communion de l'épouse infortunée de Louis XVI. On lit sur un marbre noir l'inscription suivante :
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