L AVEU
M. Nauty. — Mais oui! puisqu’il bénit les nombreuses familles... Et vous-même, en m'accablant de reproches, vous ne pensez pas que vous outragez la mémoire de vos parents ? C’est bien laid.
Madame Duloi. — Moi?
M. Nauty. — Sans doute. Vous étiez onze frères et sœurs. Onze!... J’ai encore de la marge.
Madame Duloi. — C’est vrai. Mes chers parents ont fait ça... Mais ce n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux!...
M. Nauty, gracieux. — Excepté pourtant le jour où ils se sont occupés de vous.
Madame Duloi. — Pas d'ironie insolente.
Je dis — et j’ai raison — qu’il y a un âge où il faut savoir s’arrêter.
M. Nauty. — Voyons, quel âge au juste?
Soixante-cinq... six... sept?
Madame Duloi. — Mais voilà .. c est la vie moderne... On va au restaurant... on dîne en ville, cuisine et propos épicés... on court les petits théâtres et on rentre avec des idées...
M. Nauty. — Noires.
M. Duloi, h sa femme et a son gendre . —
Vous savez que vous êtes comiques tous les deux !
Madame Duloi. — Ça m’est égal. (. A sa fille.) Et la nourrice? Il va falloir encore avoir chez soi une de ces créatures, courir les bureaux.
Madame Nauty. — Non. Je nourrirai.
Madame Duloi. — Toi ! Tu es épuisée, usée, ma pauvre enfant! Tu parais plus vieille que moi !
M. Nauty. — Vous êtes dure, ma mère!
Madame Duloi. — Enfin, comment ferezvous?
M. Nauty. — C’est moi qui nourrirai, là?
Mademoiselle Irma. Ah! si je pou-
vais, moi !
M. Nauty. — C’est une idée, tante Irma!
Madame Duloi, accablée. — Mon Dieu, que tout cela me rend triste ! A pleurer!
Madame Nauty. — Vous avez tort, maman.
Tout s’arrangera... très bien.
Mademoiselle Irma. — Mais oui.
Madame Duloi, à sa fille. — S’il a un tempérament si extraordinaire, moi, ata place, mignonne... mais je le laisserais courir.
l’aveu
Madame Nauty. — Halte-là!
M. Nauty, à sa belle-mère. — Vous l’entendez? Pas moyen! Elle ne veut pas que ça sorte de la famille.
Madame Duloi, à sa fille. — Tu es ridicule. Vois ton père. Est-ce que ça nous a empêchés de faire bon ménage ?
M. Duloi, brave homme, à ses enfants.
— Elle veut rire. Elle n’en croit pas un mot. Madame Duloi. — (Un silence.) Et pour
quand attendez-vous ça?
Madame Nauty. — Vers décembre.
Mademoiselle Irma. — Le petit Noël...
M. Nauty. — Oh! il est déjà dans le soulier.
Madame Duloi, calmée, la voix mouillée.
— Vous me mettez en colère... vous m’excitez... ça n’est pas gentil...
M. Nauty. — Nous?
Madame Duloi. — Oui. Tout à l’heure...
Vous avez dit une chose... horrible... vous ne le croyez pas ! jurez-moi que vous ne le pensez pas!
M. Nauty. — Quoi donc? Qu’est-ce que j’ai dit?
Madame Duloi, qui éclate en sanglots. — Que je serais capable de l’empoisonner !
M. Nauty, qui rit aux éclats , puis qui redevient très froid et sérieux. — Non, maman, je ne le crois pas.
Madame Duloi. — Ah! tant mieux! Dans le fond, je l’aimerai bien... parce qu’enfin, ce pauvre petit, ça n’est pas sa faute...
M. Nauty. — Oh! il n’y est pour rien!
C’est moi qui ai commencé.
Madame Duloi. — Eh bien, ne recom-
mencez plus. (A sa fille.) Promets que tu l’empêcheras, toi?
Madame Nauty. — Oui, maman, là, oui...
M. Nauty, malin. — Mais c’est qu’elle n’est pas la plus forte, hélas !
M. Duloi. — Malheureux! quels moyens emploies-tu donc? la violence ?
M. Nauty. — Non, papa! la douceur. Embrassez-moi, bonne maman. La douceur, il n’y a que ça qui réussit en tout... Vite un baiser à ce gendre exécré !... allons? Un véridique, un qui vient des entrailles du cœur ! (Elle V embrasse.) Là! le voilà!... Et puis, maintenant que vous m’avez pardonné, eh
l’aveu
bien, je vous jure que je ne suis pas tout seul coupable... il n’yapasque de ma faute. (Montrant sa femme.) Alice est pour une bonne moitié dans l’affaire... Oui, elle est prédestinée, Alice... il suffit de si peu de chose! vous ne pouvez pas vous imaginer!... Un rien, et ça y est! Un simple baiser sur le front... pan! un mioche... Aussi le bon docteur nous avait prévenus, dès la première fois : « Attention, madame! à tous coups Ton gagne. » Et alors, savez-vous ce dont j’ai peur à la prochaine?... Si c’étaient deux jumeaux ?
LE CONGE
LE CONGÉ