INTRODUCTION. XXXIII
Opinion de l'abbé de Montgaillard,
En donnant au tiers état la double représentation, on avait, le 27 décembre 1788, virtuellement reconnu sa prépondérance dans le corps social ; et, effectivement, les lumières, les talents, l'industrie et la grande masse de la richesse mobilière et commerciale se trouvaient dans la classe roturière, c'est-à-dire dans la classe de la nation. Les ordres privilégiés et la Cour ne pouvaient donc plus s'abuser sur l'esprit du siècle, sur les besoins du peuple, et sur la force dont il était investi : se persuader qu'on le tromperait sur ses véritables intérêts, c'était méconnaître absolument le temps où l'on se trouvait ; croire qu'on serait le maître de comprimer les réclamations et les vœux qui s'élevaient de toutes parts, c'était faire preuve de folie et s'exposer à des dangers dont les suites devenaient incalculables; la Cour, le clergé et la noblesse commirent cette double faute, ce double crime ; nous disons crime, parce qu'après avoir annoncé la réforme des innombrables abus qui attaquaient directement la propriété et la liberté du citoyen, après avoir provoqué les écrivains et les publicistes à éclairer le gouvernement et à lui signaler les besoins de la chose publique, ne pas satisfaire ces besoins, et vouloir, au contraire, en comprimer l'expression, soit en faisant délibérer les Etats généraux conformément aux intérêts, aux volontés des ordres privilégiés, soit en employant la force armée pour dissoudre cette assemblée, c'était se rendre coupable d'une insigne violation de foi et du plus grand attentat qu'on pût commettre contre la nation : les droits d'une nation ne se prescrivent jamais.