INTRODUCTION. XXXV
Opinion de Dubois-Crancé.
La France n'était pas esclave en 1789. Les esclaves fuient quelquefois leurs tyrans ; ils changent de maîtres ; mais ils ne font pas de révolution. Cependant, le peuple français gémissait sous le poids de mille vexations féodales, ecclésiastiques, judiciaires et fiscales, qui, du moment qu'il fut assemblé dans ses bailliages pour nommer ses députés aux Etats généraux, occasionnèrent un cri unanime, dont tous les cahiers du tiers état font foi...
La Nation voulait irrévocablement la réforme de ces abus.
C'est à l'avantage qu'il espérait en tirer que le peuple appliquait, en 4789, le mot Liberté (i). Il ne lui donnait pas d'autre sens. Nul, en France, ne songeait à cette époque à détruire la monarchie. Il a ajouté égalité, pour mettre encore mieux à cette réforme, qu'on a appelée depuis Révolution, le cachet de sa suprême volonté. Telles sont les bases qui ont donné aux députés du tiers état ce caractère, cette énergie que la perfidie de la Cour les a forcés de déployer...
Qui osera dire que nous avons trahi la foi publique, que les délégués du peuple ont voulu outrepasser leur pouvoir?
La source de la Révolution et tous ses éléments se trouvent donc dans les mandats spéciaux donnés parle peuple, dans les obligations qu'il avait fait contracter à ses délégués, dans la confiance que lui inspirait une double représentation qu'il était convaincu que le gouvernement ne lui avait donnée qne pour faire triompher, aux Etats généraux, dans
(1) C'est en ce sens qu'il faut interpréter la demande de la liberté, même illimitée, de la presse, qu'on rencontre souvent dans les cahiers.