CAHIER DE FONTENAY-LE-FLEURY
Ce cahier a dû être écrit par le citoyen qui a tenu la plume dans celui de Bois-d'Arcy , néanmoins les formules sont modifiées.
1 er chef. — Nous demandons que les impôts perçus sous différentes dénominations en cette paroisse soient réduits, étant portés à un degré trop haut : la plus grande partie du territoire n'étant occupée qu'en marais ; son sol n'étant pas aussi favorable que celui des paroisses circonvoisines, ayant beaucoup de difficultés à en faire sortir et entrer les denrées, faute de chemins praticables ; en conséquence il paraîtrait naturel de confondre toutes les impositions sous une seule dénomination, de manière que chaque individu puisse connaître facilement pourquoi et à quel titre il participe à l'impôt.
2 e chef. — Nous demandons expressément la suppression des gabelles et des aides, comme absolument onéreuses au peuple, notamment aux habitants des campagnes.
3 e chef. — Nous demandons la destruction de tous les colombiers. Il est de notoriété publique que les pigeons font un tort considérable aux productions de la terre, notamment dans les temps de la semence et de la maturité des grains.
4 e chef. — Nous demandons, non pas que nous prétendions priver notre monarque de ses plaisirs dans ses parcs,
la destruction seulement d'une partie du gibier qui lui procure le moins d'agrément, et nous fait beaucoup plus de tort, qui est le lapin, le lièvre et le chevreuil. Ces animaux font un ravage incroyable, le chevreuil surtout ne ménage rien, pas même les arbres fruitiers, et il arrive souvent que le cultivateur, fondant ses espérances sur une récolte, s'en trouve privé, au moins pour la plus grande partie, au moment où il croyait la posséder. Le roi est trop juste pour souffrir la ruine des habitants de son parc, en conservant une quantité énorme de gibier de cette espèce, qui ne lui procure personnellement aucun agrément.
4° chef (bis), — La dîme n'est ni un droit divin, ni un droit humain; nous ne nous étendrons pas sur l'origine de son établissement. Nous sommes bien persuadés que les commissaires qui seront nommés pour l'examen de nos cahiers y porteront toute l'attention que cet objet mérite ; mais nous demandons incessamment la suppression en nature de cette dîme, et comme il est nécessaire de faire un sort raisonnable aux ministres de l'autel, nous croyons qu'il serait juste de leur allouer une somme déterminée à raison de l'arpent de chaque propriété, de manière qu'il sera tenu d'administrer les sacrements et faire les inhumations sans aucune rétribution.
5 e chef. — Nous demandons que le curé de notre paroisse ne puisse s'absenter (s'il n'a pas de vicaire) plus de deux jours, et en cas d'absence plus prolongée, qu'il soit permis au syndic de la paroisse d'en informer M. le procureur du roi au bailliage de Versailles;
Pourquoi nous demandons que les juges ordinaires aient la connaissance des contestations dans cette partie, et que la justice de Tofflcialité, quanta ce point, soit supprimée;
Qu'il soit fait une loi par laquelle il sera imposé une amende au profit des habitants sur les revenus du curé, lorsqu'il se sera absenté un plus long temps que celui qui lui sera prescrit.
6 e chef. — Nous demandons qu'il soit permis aux pauvres
de cette paroisse d'aller journellement, depuis le mois d'octobre jusqu'au mois d'avril, ramasser du bois sec dans les bois plantés sur cette paroisse ;
Nous supplions le gouvernement de s'occuper des moyens les plus salutaires pour faire garnir les marchés de blé, et en conséquence de faire diminuer le prix du pain, qui est excessivement cher, surtout pour les habitants de la campagne.
7° chef. — Nous demandons que les frais de justice soient diminués ; ces frais absorbent souvent le prix du mobilier des campagnes, et il arrive qu'un habitant de ces mêmes campagnes paie beaucoup plus que les habitants des villes, par le défaut d'officier public dans chaque paroisse du ressort du siège principal.
8* chef. — L'objet de la corvée en argent n'a procuré à cette paroisse que le paiement et non l'effet; car il n'y a aucun chemin pour y arriver et en sortir, et le commerce est absolument suspendu en la saison d'hiver;
Nous demandons qu'il soit pratiqué un chemin qui communique à cette paroisse de celle de Saint-Cyr ; notre demande est d'autant plus juste, que nous avons payé par avance la contribution de la corvée.
Fait et arrêté en rassemblée desdits habitants de la paroisse de Fontenay-le-Fleury, en présence de M. Antoine Flamion, avocat au Parlement, demeurant à Versailles, commis à cet effet par l'ordonnance de M. le bailli de Versailles, en date du 1 1 du présent mois, ce jourd'hui i5« jour d'avril 1789, 3 heures de relevée; et ont signé ceux des habitants qui savent signer, et ledit M e Flamion a signé les présentes doléances.
Mercier, Baudouin, Gilbert, Laborne, Auger, Beunon, Leduc, Auger, Léger, Bely, Masson (1).
Les députés furent, Jean Mercier et Gh. Baudoin.
(1) En général aucune de ces signatures ne permet de reconnaître le nom de l'auteur du cahier.