‹ Bailliages de Versailles et de Meudon: les cahiers des paroisses avec commentaires accompagnésChapitre 46 sur 100 · CAHIER DE VILLEPREUX · texte numérisé non relu

CAHIER DE VILLEPREUX

Griefs et doléances des habitants de Villepreux.

La communauté de Villepreux représente très respectueusement que Villepreux était originairement une ville vivifiée par un marché considérable et traversée par de grandes routes, lesquelles communiquaient de Paris à la Normandie et à la Bretagne ; ce qui lui procurait une grande population, un commerce étendu et conséquemment beaucoup d'opulence ; que le séjour permanent du roi et de la cour à Versailles, indépendamment de plusieurs autres circonstances, ayant fait perdre à Villepreux presque tous ses avantages et sa richesse, cette ville a commencé à déchoir, en devenant un bourg donl elle n'a pu même conserver la faible importance, puisqu'elle est réduite aujourd'hui à n'être qu'un faible village assez misérable pour que beaucoup de ses habitants soient dans le cas de vivre d'aumônes ; que, dans cet état, la déchéance de Villepreux est arrivée au dernier terme possible. Ce village malheureux voit encore sa misère augmenter :

1° Par les droits d'enlrée sur les boissons, suivant le détail ci-après ; droits peu profitables au roi et très onéreux pour ceux qui les supportent ;

Détail des droits d'entrée sur les boissons, savoir :

Par muid d'eau-de-vie 12 1. 4 s. »

— de vin 3 1. 9 s. 6 d.

— de cidre ou de bière . il. 3 s. 9 d.

— de cidre poiré .... » 12 s. »

2* Par l'inégalité de la répartition des impôts, laquelle est occasionnée par les exemptions attribuées à différents propriétaires privilégiés ; ce qui est contre toute raison et toute justice ;

3° Par l'énorme quantité de pigeons et de gibier de toute espèce, qui dévastent annuellement les récoltes ;

4° Par l'inquisition rigoureuse et vexatoire qu'exerce continuellement contre les habitants de Villepreux le régime arbitraire des chasses, duquel régime il s'ensuit que dans aucun temps les susdits habitants ne sont réellement sûrs de la liberté de leurs personnes et du libre usage de leurs propriétés. En effet, tout le monde sait que la haine d'un simple garde dirigée contre tel ou tel peut suffire pour conduire en prison le soutien de toute une famille, et que les cultivateurs ne peuvent ni façonner ni ensemencer leurs terres, ni récolter leurs grains ou leurs fourrages, sans dédépendre de l'inspection des officiers des chasses, lesquels n'en usent pas toujours avec modération.

Enfin les habitants de Villepreux croient devoir ajouter à tout ce que dessus, que la quantité prodigieuse de gibier qu'on entretient perpétuellement sur leur territoire les force à employer toujours le double du grain que les terres exigent naturellement pour être convenablement ensemencées.

Encore si cette précaution les mettait à l'abri de la voracité du gibier, peut-être ne se plaindraient-ils pas, mais il y a des années où rien ne tient contre la surabondance du gibier, et où les champs sont absolument dévastés.

En conséquence de l'exposition sommaire des griefs

énoncés ci-dessus, les habitants de Villepreux prennent la liberté de former les demandes qui suivent :

1° Que les droits imposés sur les boissons soient supprimés, comme étant onéreux à la communauté et peu profitables au roi, sauf à remplacer ces droits ou leur produit par une subvention quelconque que les habitants indiqueront, s'il est nécessaire ;

2° Qu'à l'avenir la liberté de leur personne et le libre usage de leurs propriétés soient assurés conformément aux vues paternelles du meilleur des rois; qu'en conséquence les susdits habitants ne soient plus dans la dépendance d'aucun régime arbitraire quelconque, mais bien soumis aux lois justes positives et communes à tous les sujets du royaume ;

3° Que les impôts soient tellement répartis, que les riches soient tenus de supporter les charges publiques en proportion de leurs biens et les pauvres en proportion de leurs facultés ;

4° Que par une suite de l'article ci-dessus, tous les privilèges et les exemptions, de quelque nature qu'ils soient, soient absolument abolis;

5° Que l'objet du contrôle des actes et insinuations soit pris en considération pour être rectifié. (Cet article rappelé ici pour mémoire à déjà fixé l'attention des officiers du bailliage de la municipalité de Versailles et est traité à fond dans un excellent mémoire qui vient d'être publié par un notaire d'Orléans ;)

6° Que la milice soit supprimée, et qu'il y soit suppléé par une disposition différente de celle qui existe, et plus conforme aux lois de la raison et de l'humanité, qui ne cessent de solliciter la bienveillance universelle en faveur de la classe indigente et utile des campagnes, laquelle classe supporte présentement seule et en entier tout le poids de cet impôt ;

7° Que la quantité de gibier soit restreinte à celle qui est nécessaire au service seul et au plaisir du roi, et que tous

les colombiers soient supprimés sans distinction de rang ni de personne ;

8° Que la cherté excessive du blé et la calamité qu'elle entraîne soient prises le plus promptement possible en considération, et qu'il soit avisé à l'avenir aux moyens de prévenir le retour de ce fléau terrible qui frappe à mort, dans ce mement-ci et d'un bout de la France à l'autre, les meilleurs sujets du roi, et qui souvent n'a pour cause que les combinaisons odieuses des avares et des mal-intentionnés ;

9° Qu'il soit ordonné un examen des remises à gibier qui couvrent dans ce moment-ci le territoire de VilJepreux, et du dommage qui résulte pour ledit territoire de l'énorme quantité de ces remises ;

10° Que les gros bénéficiers soient tenus à résidence, autant pour l'avantage des paroisses et des communautés que pour celui des mœurs ;

H° Que tous les droits d'Eglise soient supprimés et remplacés par une portion du revenu des gros bénéficiers ;

12° Qu'il y ait enfin une assemblée provinciale, au tribunal de laquelle tous les habitants puissent sans cesse recourir dans leurs besoins, lesquels ne sont que brièvement exposés dans les présentes doléances ;

Quant au surplus, la communauté de Villepreux se confie entièrement dans la justice, la bonté et les vertus de son roi, dont la sollicitude paternelle veut le bonheur de tous et de chacun, sans exception de titres et de dignités. Les habitants de cette commune s'unissent de cœur, de vœux et d'espérance aux sages patriotes, dont les lumières et le courage, ainsi que les bonnes intentions, environnent le trône et secondent avec tant d'énergie les vues du roi. Elle espère que son bien-être particulier sera la suite nécessaire de la prospérité publique qui s'opérera.

Telles sont les expressions que dictent, aux habitants de Villepreux, le respect, l'amour et la fidélité qu'ils portent au roi.

Les députés à Versailles furent :

Jean-François Heurtier, inspecteur des bâtiments du roi, et Jean Brault à Villepreux.

Lalour, L. Bon, Moingot, Béguin, Guinard, Marc, Feret, Charrier, Lemaitre, Pierre Gervais, Brunot, Louis Coquelin, Pitar, Langlois, Lambert, Chupin, Gilbert, Lescur, Meunier, Bon, Perrot, Naudin, Galle, Maillard, Barbé, Roberl, Perrot, Robert, Cache ux, Rayer, Eersant, Brault, Antoine, Etienne Mongrolle, syndic; Heurtier (1).

Le président : Prissktte.

Si le cahier de Villepreux présente plusieurs articles semblables dans leur rédaction à celui de Rennemoulin, il faut songer que les deux paroisses étaient voisines Tune de l'autre, et que les mêmes misères les accablaient ; rien de plus naturel que les habitants se soient entretenus à l'avance sur les plaintes à formuler, et aient pour ainsi dire exprimé des doléances communes en se communiquant leur cahier.

Le cahier paraît avoir été écrit par Hersant. (1) Les signatures en italiques sont bonnes ou passables.

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