CAHIER DE BAILLY
Cahiei* des doléances, plaintes et remontrances des syndic et habitants de la paroisse de Bailly, aux Etats généraux.
Représente le tiers état de la paroisse de Bailly, grand parc de Versailles, en implorant le secours des Etats généraux, l'humanité et bonté de S. M., et dit :
Qu'ils ne voient qu'avec une peine extrême leurs moissons dévastées par le nombre incroyable de gibier de toute espèce.
Le respect et l'amour qu'il a pour S. M. le persuade de la légitimité de ses plaisirs de chasse, mais en même temps il attend avec confiance d'être dédommagé par une modération sur la taille et autres impôts, sur la taille surtout, qui jusqu'à présent est imposée dans le parc de Versailles au même taux qu'ailleurs où il n'y a pas tant de gibier, quoique les semences soient plus dispendieuses et la récolte beaucoup moindre ;
Le territoire de Bailly est chargé de trois grandes remises en futaies et taillis d'environ 10 arpents chacune ; par conséquent, les terrains limitrophes sont ruinés, au moins en pareille quantité, au détriment du fermier et autres particuliers ; le même territoire est garni d'avenues de grands
arbres, qui causent les mêmes inconvénients aux terres adjacentes.
Depuis quelques années, on a lâché dans le grand parc un grand nombre de chevreuils, qui ont considérablement propagé.
Ils broutent et arrachent les blés en herbe, écorcent les arbres fruitiers, passent par dessus les haies et dévastent les jardins ; d'où il est aisé de conclure qu'ils portent un tort considérable à la recolle, aux fruits et aux légumes, choses de première nécessité aux gens de la campagne.
Les officiers des chasses sont d'accord avec ces fléaux, ils défendent de récolter les foins et les luzernes dans le temps utile, de peur de nuire au gibier de plume.
On sait que huit ou dix jours plus tard, dans les années avancées, portent un préjudice considérable.
Les moineaux ne font pas moins de dégâts : une pièce de blé une fois attaquée, pour peu qu'il soit versé, est bientôt détruite, et les pailles détériorées.
D'où il suit que les petits propriétaires du parc de Versailles sont tous malheureux et hors d'état de payer leurs impôts.
Le tiers état souhaiterait la suppression des entraves des aides, dont les employés abusent souvent de leurs devoirs, trouvent des crimes où il n'y a pas même intention de fraude ; tout le monde sait les inconvénients qui en résultent pour la tranquillité et la liberté des citoyens.
1° Ledit tiers état demanderait aussi un soulagement dans les tailles, surtout en faveur de ceux qui n'ont point ou très peu de propriétés ;
2° Une répartition plus proportionnée à la propriété de chacun ;
3° Une recette moins dispendieuse ;
4° La liberté de faire la repartition entre eux;
5° La diminution du prix du sel.
Le tiers état supplie très humblement S. M. de donner des ordres à l'effet de surveiller la conduite des riches fer-
miers ou gros propriétaires, à l'occasion des emmagasinements et monopoles sur les blés, qui sont la cause de la cherté excessive du pain.
Item. — Demande ledit tiers état, que la répartition des impôts soit également faite entre le clergé, la noblesse et le tiers état.
Item. — Souhaiterait aussi que les pigeons fussent détruits, ou qu'il y ait une police qui les empêche de dévaster les blés nouvellement semés, afin qu'on pût récolter, car ainsi est le vœu général du tiers état de la paroisse de Bailly.
Ont été élus députés, pour porter le cahier :
Thuillier, charpentier, et Claude Brunette, grand messager de l'Université. #
L'assemblée s'est tenue, en l'église et à la tablette de ce lieu, devant les syndic, marguilliers, et membres de la municipalité.
Ont signé : Jean - Baptiste Leymarie de la Co:i:bn, maître en chirurgie. Antoine Leroy. Jacques Lévêque, greffier (1). Jacques Deschamps.
Moutet. Loison. DrosL Michel de Bord. Michaux, syndic. Jamais. Auger. Pierre Reyé.
Guillemin. Thuillier. Brunette. Lucas. Bazile. Robillard.
Ont déclaré ne savoir signer : François Lemaire. Nicolas- Noel Brassin. Jean Brassin. Louis Anguerraud. Antoine Bertrand. Antoine Lebas.
Claude Chaussât. Antoine J ou tel. Sulpice Robillard. Jacques Cadier.
(1) Lévêque a tenu la plume et rédigé ou écrit le cahier.