‹ Bailliages de Versailles et de Meudon: les cahiers des paroisses avec commentaires accompagnésChapitre 63 sur 100 · CLERGÉ · texte numérisé non relu

CLERGÉ

Que les bénéficiera soient astreints à résider dans les endroits désignés par les fondations, sous les peines portées en l'art. 5 de l'ordonnance d'Orléans.

La résidence des bénéficier s prescrite par les cours et par des lois malheureusement et scandaleusement éludées ne l'est pas moins par la politique. Elle tarirait une des principales causes de l'appauvrissement des provinces, en y conservant le numéraire dont les bénéficiers non résidents font une énorme soustraction ; on procurerait aux indigents des secours plus prompts, plus abondants, mieux dirigés.

Qu'aucun ecclésiastique ne puisse posséder qu'un seul titre de bénéfice.

Cette règle est indispensable pour le maintien de la résidence ; son infraction a mis obstacle à l'observation de l'article cité de l'ordonnance d'Orléans, son adoption empêcherait qu'un petit nombre de membres du clergé n'absorbât la plus grande partie de la substance destinée à vivifier le corps entier. Elle effacerait le contraste trop frappant de la fastueuse opulence et de l'extrême misère, entre des hommes consacrés au même état et voués au même ministère.

Que dans chaque diocèse, le revenu d'un ou de plusieurs bénéfices soit affecté à une caisse de secours suffisante pour fournir aux curés un supplément de congrues, fixé à la proportion d'une honnête subsistance.

L'incompatibilité des bénéfices rendra facile cet établissement dont la nécessité est sentie depuis longtemps.

Que les prébendes des églises cathédrales, collégiales, même des chapitres nobles ne puissent à l'avenir être conférées qu'aux prêtres qui auront vieilli dans le ministère de curé des villes ou des campagnes.

Alors le ministère ecclésiastique qui s'exerce dans les paroisses ne serait plus dédaigné comme il Test en beaucoup d'endroits, alors la première partie de la vie sacerdotale serait consacrée aux fonctions laborieuses, et l'âge avancé, à la prière. Alors les pasteurs avertis, par la défaillance de leurs forces, qu'il est temps de laisser le soin de leur troupeau à des mains plus vigoureuses, ne seraient plus forcés de le conserver pour vivre; alors la faveur n'emporterait plus des récompenses dont la perspective est capable de faire éclore le mérite et germer les talents.

L'on ne fait aucun doute que les collateurs ecclésiastiques et laïques ne s'empressassent de souscrire à cette règle, si S. M. donnait l'exemple.

Observations sur l'article : Clergé.

On peut s'étonner que des laïcs discutent et élucident ainsi les questions relatives au clergé. Si le cahier de Voisins s'est un peu étendu sur la matière, on verra que presque toutes les autres paroisses ont pareillement émis une opinion plus ou moins développée, et presque toujours tendant au même but.

La plupart des curés, bien qu'allant à Paris pour y

élire leurs représentants, et y rédiger leur cahier général, ne se tenaient pas à l'écart de leurs paroissiens ; ils s'entretenaient avec eux des réformes qu'on espérait.

N'oublions pas que les prêtres des campagnes formaient le tiers-état du clergé : ne l'appelait-on pas le bas clergé? D'un autre côté, presque tous ceux qui savaient lire et écrire étaient ou avaient été marguilliers ; par ces fonctions très recherchées alors, les gens de la campagne ne se trouvaient-ils pas en commerce intime avec les curés? n'étaient -ils pas à portée de voir et de comprendre la situation pénible où ces modestes prêtres végétaient pour la plupart, et ces prêtres ne leur communiquaient-ils pas leurs plans de réformes ?

Voilà assurément la source d'où partaient les renseignements si précis qui nous surprennent aujourd'hui. Du reste, nous espérons placer sous les yeux des lecteurs quelques cahiers de curés.

Page 1