NOBLESSE
Que la noblesse soit maintenue dans toutes les distinctions honorifiques dont elle est en possession, à l'exception d'exclure les non-nobles du grade d'officier dans les troupes.
Les ordres de chevalerie qui exigent des preuves, le port d'armes, l'entrée dans les chapitres fondés pour les nobles des deux sexes, l'éducation gratuite dans les écoles militaires, l'éducation et le service des pages, l'éducation et la dotation réservées pour les filles nobles à Saint-Cyr et ailleurs, et tant d'autres prérogatives dont la noblesse jouit, sont l'aliment d'une subordination nécessaire ; mais le
règlement très moderne qui attribue aux nobles exclusivement les grades d'officiers militaires paraît avoir trop d'inconvénients pour le laisser subsister : 1° il tourne contre la noblesse elle-même, en la privant de réparer ailleurs que dans des sources vénales, les pertes qu'elle fait par l'extinction des familles de son ordre : danger que le feu roi avait voulu prévenir lorsqu'il créa une noblesse militaire ; 2° il avilit l'état de soldat : n'y ayant que des âmes sans énergie qui puissent se vouer à une profession dans laquelle tout espoir d'avancement est retranché; 3° il augmente la dépense : la roture riche pouvant servir à meilleur marché que la noblesse pauvre.
Que l'usurpation des qualifications de marquis, comte, baron, vicomte, ne soit plus tolérée.
La noblesse serait, au premier coup d'oeil, seule intéressée à la suppression de cet abus. Tous les ordres y trouveraient cependant de l'avantage, et il s'ensuivrait une économie considérable, car elle ferait rentrer dans la main du roi le moyen de récompenser par des titres à vie ou des créations héréditaires des services qui dans l'état actuel se paient en argent.
Que les qualifications de haut et puissant seigneur, les grandes charges et les grands honneurs de la cour, soient déclarés incompatibles avec un traitement pécuniaire direct ou indirect.
Ce serait là une économie majeure, et qui de proche en proche exciterait une émulation de désintéressement dans les ordres moins élevés. Que faut-il pour les procurer ? Un retour sincère des grands sur eux-mêmes, qui leur fasse sentir que tout salaire est honteux pour celui qui peut s'en passer ; qu'il devient injuste, cruel, quand, pour l'obtenir, on fait couler les pleurs de l'indigent, que dans la sage conduite qui produit le superflu, et dans la libéralité qui le répand, se reconnaît la véritable élévation des sentiments ; qu'au contraire, il y a de la bassesse à fléchir le genou sur
tous les degrés qui conduisent à la source des grâces. Quel mérite y aux ait-il d'ailleurs dans la contribution proportionnelle que les grands se sont empressés d'offrir, s'ils conservaient l'espoir équivalent à certitude d'en être dédommagés par des pensions ou des traitements ?