DEMANDES LOCALES
Qu'il soit établi un grand bailliage ;
Que la charge de grand bailli ne soit pas exclusivement possédée par le gouverneur de la ville ;
Que la juridiction de la prévôté de l'hôtel soit réunie au grand bailliage pour ne faire qu'un seul et même tribunal ;
Qu'il soit établi à Versailles un collège de plein exercice affilié à l'Université ;
Qu'il ne soit conservé que 24 hommes de la compagnie des gardes de la prévôté, dont le service se bornera aux parties extérieures du château, sans aucun droit sur les citoyens;
Que la garde de la ville soit exclusivement confiée aux invalides, de manière que la police soit faite plus régulièrement, plus exactement et plus humainement qu'elle ne Ta été jusqu'à présent ;
Que la ferme du poids du roi soit supprimée ;
Qu'il soit établi dans la ville deux marchés francs, l'un pour le blé et l'autre pour les bestiaux;
Que l'entretien de ces marchés soit pris sur les octrois de a ville ;
Que les droits de places sur les marchés et dans les rues soient abolis ;
Qu'il soit établi un Hôtel-de- Ville à l'instar de ceux qui existent dans toutes les autres villes de premier ordre ;
Qu'il soit établi des fontaines dans les quartiers de la ville qui en ont besoin, et particulièrement celui de Montreuil ;
Qu'il soit ouvert un canal passant par Versailles ;
Que toules les marchandises destinées pour cette ville, puissent traverser librement par Paris en passe-debout par terre ou par eau ;
Que toutes les maisons appartenant au Roi dans la ville, et qui ne sont point utiles à S. M. soient vendues.
Les commissaires des communes se sont empressés de satisfaire aux vœux particuliers des habitants des trois paroisses, en réunissant dans un seul chapitre toutes les demandes locales relatives à la seule ville de Versailles ;
Ils proposeront même à l'assemblée de nommer quatre commissaires qui se concerteront avec les officiers municipaux pour en solliciter et en assurer le succès.
(Suivent les signatures).
Nous soussignés, composant l'assemblée du tiers-état de a ville de Versailles, avons approuvé le cahier ci-dessus dans toutes ses parties, suivant qu'il est plus au long exprimé au procès-verbal de cejourd'hui dix-sept avril 1789.
Sur l'Enseignement ou les petites Ecoles
Plusieurs cahiers du Bailliage de Versailles et celui de Versailles même expriment des vœux pour que Ton se préoccupe de l'instruction des enfants du peuple.
En général, les cahiers des campagnes n'entrent pas dans de longs détails sur cette matière.
Il ne faudrait pas en conclure que tout était pour le mieux ; loin de là, mais les besoins pressants et les misères de la vie de chaque jour ne permettaient pas de songer à l'instruction, quelque élémentaire qu'elle fût. Il suffisait qu'il y eût un maître d'école ; or, sur le territoire qui a formé le département de Seine-et-Oise, on trouvait dans beaucoup de paroisses un maître et quelquefois une maîtresse d'école.
Il n'en était pas de même dans les provinces éloignées de la capitale.
Cependant, depuis quelques années, une nouvelle école historique a entrepris de combler les lacunes que je signale ici dans quelques cahiers des campagnes. D'après les recherches de ces érudits, non seulement il n'y avait rien ou peu de chose à désirer pour arriver à la perfection sur ce point essentiel, mais la Révolution aurait causé un recul déplorable.
Je n'ai pas l'intention, et d'ailleurs la place me ferait défaut ici, de réfuter les affirmations sans cesse renaissantes de ces écrivains (i ).
Il suffira de rapporter quelques vœux pris dans les cahiers du clergé principalement, et sur le territoire de Seine-et-Oise : mais tout d'abord je rapporterai quelques appréciations sur la situation antérieure à 89, pour ce qui concerne les petites écoles.
En 1753, de la Poix de Fréminville publia la Pratique universelle. Dans le tome III, p. 153, il pose cette question : Ne doit-il pas y avoir des écoles dans chaque paroisse pour apprendre à la jeunesse à lire, et les instructions nécessaires ?
Puis l'auteur entre dans de longues explications historiques, et ajoute : « Ces motifs devraient engager tous les seigneurs dans leurs paroisses à y établir des maîtres et des maîtresses d'écoles, et à seconder les vues salutaires de S. M., parce que l'on peut dire, à la honte des seigneurs, que non seulement dans les paroisses et villages, mais même dans la plupart des petites villes, à peine peut-on trouver une personne qui sache écrire, et qui soit capable d'exercer le moindre office tendant à Futilité publique.
« Le défaut d'instruction y fait une disette de sujets d'autant plus déplorable que l'ignorance, l'oisiveté et le libertinage en sont le fruit. M. le comte de Ghabanne, seigneur de La Palisse, a donné 100 livres de rente aux habitants de sa terre pour contribuer aux gages d'un maître d'école, etc.
« Il serait à désirer que tous les seigneurs en fissent de même. Il est vrai qu'il conviendrait de soulager le peuple de cette charge ; et à cet effet, faire revivre les anciennes lois qui voulaient que les fonds nécessaires à ces établisse-
(1) Pour renseignements complets lire : l'Instruction publique en France, d'après les cahiers de 89, par M. Ed. Champion, 1884.
cahiers de 1789. 249
ments fussent pris sur l'Église : ce qui pourrait être reparti sur les abbayes et monastères, et à ce défaut sur les curés, dont beaucoup ont au-dessus de ce qui leur est nécessaire. »
On dira peut-être : mais c'est de l'histoire ancienne cela, dans les trente dernières années qui précédèrent la Révolution, renseignement du peuple avait été complètement remanié et amélioré.
Voici une pièce qu'on peut considérer comme un document officiel, un article de cahier :
Dans l'Assemblée paroissiale de l'Ile de France, tenue à Melun en 1787, le 14 août, le Vicomte de Noailles, parlant sur le règlement dit :
« Le soin de diriger et de présider l'assemblée paroissiale est abandonné à un syndic, mais l'inexpérience du plus grand nombre de ceux qui seront pourvus de cet emploi fait craindre qu'ils ne puissent maintenir l'ordre ;
« Le curé et le seigneur en sont exclus.
« Cependant beaucoup de propriétaires de campagnes, obligés de donner leur avis par la voix du scrutin, ne sachant ni lire ni écrire, se trouvent forcés de se confier à des gens qui pourront abuser de leur ignorance, etc. »
Et maintenant voyons les cahiers clergé de Paris (extra mur os).
Art. 5. — Qu'il soit pourvu à l'établissement de maîtres et de maîtresses d'école dans les paroisses de campagne qui en manquent.
Art. 6. — Que les maîtres et maîtresses d'école soient soumis à l'inspection des curés, et même destituables par eux, s'ils s'acquittent mal de leurs fonctions, sauf le recours aux supérieurs ecclésiastiques, etc.
Je n'ajoute aucune réflexion, c est au lecteur à porter son jugement.
Le cahier de la noblesse de Paris (hors murs), demande « que l'éducation publique soit rendue nationale ». Quelques explications eussent été nécessaires sur ce terme nationale :
Le cahier de Villiers-le-Bel désire :
« Qu'il soit établi des maisons d'éducation supérieure de iO en 10 lieues, surveillées par les Etats de la province, dans lesquelles maisons on transportera les enfants qui montreront des talents pour les sciences et les arts ; lesquels y seront instruits gratuitement, au moyen d'une portion des biens ecclésiastiques suffisante qui y serait affectée... »
Le clergé de Dourdan dit :
« L'instruction des gens de la campagne étant précieuse à l'Etat, il est à désirer qu'on établisse dans chaque paroisse des maîtres et maltresses d'école, dont les honoraires joints aux contributions des écoliers en état de payer leur feraient un sort suffisant pour eux et leur famille, lesquels seraient sous la conduite et l'inspection du curé, qui s'assurerait auparavant de leur religion et de leurs talents, et aurait le droit de les renvoyer, s'ils ne répondaient pas à ce qu'on attendait d'eux, sauf à eux de se pourvoir devant le seigneur Evêque : »
Ce cahier parle comme celui de Paris (hors murs) : autorité absolue d'une part, dépendance complète de l'autre ; mais il est évident que ces plaintes et désirs indiquaient qu'il y avait beaucoup à faire.
cahiers db 1780. 251
Dans le cahier du clergé de Mantes et Meulan on lit :
« Les maux dont nous sommes les témoins et qui menacent encore les générations futures nous portent à demander avec instance, pour la conservation de la religion et des mœurs, à S. M. de prendre des mesures efficaces pour rendre à l'instruction publique l'état et l'utilité dont elle est déchue.
« Plusieurs des principaux établissements n'existent plus, » etc.
Le même cahier de Mantes et Meulan :
« Dans les mêmes vues de répandre la lumière de tous côtés et d'avancer les progrès de la religion et des mœurs, il sera pourvu à ce qu'il y ait dans chaque paroisse de 100 feux (450 à 470 habitants) un maître et une maîtresse d'école, sous l'inspection du curé, destinés à montrer à. lire aux enfants de l'un et de l'autre sexe, qui seront toujours séparés les uns des autres, à les instruire des éléments de la religion et à veiller soigneusement sur leur conduite.
« Le maître d'école sera toujours le clerc du curé, et ne pourra être installé que de son aveu. »
Le clergé d'Etampes demande :
« Qu'il soit établi des vicaires et des maîtres d'école dans toutes les paroisses de 200 feux et au-dessus. »
Une paroisse de 200 feux représentait une population de 900 habitants environ. Ce chiffre indique encore une forte commune aujourd'hui. Il est permis de conclure, d'après les plaintes du clergé d'Etampes, que ces paroisses de 900 habitants n'avaient pas toutes leur maître d'école ; quant aux paroisses inférieures en
population, et le nombre en était considérable, que devenaient-elles au point de vue de l'instruction ? Gomme la petite commune de Saint-Porget (bailliage de Montfort-rAmaury) qui écrit :
« U n'y a point de fonds pour un vicaire, ni pour un maître d'école, qui cependant seraient de la plus grande nécessité pour l'éducation des enfants ;
« De là vient que dans Cette paroisse il y a si peu de gens instruits, que dans l'élection des officiers municipaux, à peine peut-on en trouver qui sachent lire et écrire. »
Enfin voici un document de statistique tiré des archives de Seine-et-Oise. En Tan IX, au début du consulat, le ministre Ghaptal fit dresser dans tous les chefs-lieux l'état de situation de chaque département, depuis 1789 jusqu'à Fan IX. Le chapitre qui concerne l'instruction publique mérite l'attention.
maisons d'éducation.
A considérer l'éducation sous le rapport des sciences, le territoire qui forme ce département n'avait pas en 1789 de grandes ressources ; on n'y trouvait qu'une instruction préparatoire, donnée ou chez des maîtres particuliers ou dans deux ou trois collèges assez faibles, disséminés dans toute l'étendue du département.
Il y en avait un à Versailles et un à Pontoise. Le premier était composé de six régents ; l'enseignement ne s'étendait pas au-delà de la langue latine ; les écoliers parcouraient successivement les classes, et n'en sortaient que pour suivre la carrière qui leur paraissait le plus de leur goût, pour aller continuer leurs études à Paris. Le deuxième était com-
posé de cinq professeurs ; leur méthode et leurs résultats étaient à peu près les mêmes qu'à Versailles. Les autres villes n'avaient que des pensionnats tenus par des particuliers ou des religieux, tels que les Barnabites à Etampes.
Dans les campagnes il y avait peu de villages sans un maître d'école, qui savait à peine lire et écrire. Les parents qui voulaient faire donner une instruction plus étendue, qui toujours se bornait aux éléments de la langue latine, plaçaient leurs enfants chez leur curé ; et généralement parlant, l'instruction était très négligée, plutôt par la faute des pères et mères que par le défaut de moyens.
Les deux premières années de la Révolution semblaient annoncer une amélioration dans celte partie.
Les hommes se trouvèrent plus rapprochés, les idées se communiquèrent, les prétentions à participer à l'administration de la chose publique firent sentir le besoin de s'instruire, et l'on s'en occupa davantage.
La suppression des ordres religieux, la dispersion des hommes qui remplissaient les collèges, secondèrent merveilleusement cette émulation. Il s'éleva de toute part dans les villes et les campagnes des maisons d'éducation, au point que les ressources paraissaient au dessus des besoins ; mais l'intérêt arrêta les effets de cette effervescence salutaire ; les parents voulaient bien faire instruire leurs enfants, mais ils ne voulaient pas payer, même les sommes les plus modiques ; et les hommes qui s'étaient destinés à l'enseignement abandonnèrent un état qu'ils avaient embrassé par besoin.
Cependant au milieu des plus fortes tourmentes de la Révolution, on ne cessa de s'occuper de l'instruction publique. On créa des écoles primaires ; tout était ou paraissait être prévu pour que ces établissements eussent un heureux succès, mais l'effet n'a pas bien répondu aux espérances.
On comptait dans ce département soixante-quatre écoles primaires ; chacune devait recevoir les enfants des com-
munes environnantes ; mais pendant l'hiver, les enfants restaient chez eux, à cause du mauvais temps et des mauvais chemins. L'été, on les occupait dans les champs. Ainsi les instituteurs voyaient les écoles désertes, les rétributions, nulles ; et leur salaire, insuffisant pour leurs besoins, rendait leur condition misérable. Elle l'eût été moins dans les communes un peu populeuses, si les opinions n'eussent encore contribué à cet état de choses.
Les instituteurs, appelés primaires, devaient régler leur instruction sur ce qui était prescrit par le gouvernement, et les parents les plus aisés préféraient livrer leurs enfants aux anciens curés qui étaient restés dans leurs communes, et dont l'influence dirigeait encore l'esprit de la plupart des habitants. Aussi les établissements des écoles ne firent que languir et finirent par se détruire entièrement.
Les villes n'eurent pas de plus heureux résultats, quant aux écoles primaires, mais les ressources étant plus grandes, l'instruction en souffrit moins.
Dans les chefs-lieux, l'école centrale acquit d'abord une certaine considération, mais l'opinion et l'esprit de parti, toujours aveugles, empêchèrent que cette institution précieuse, sous une infinité de rapports, n'atteignît le but qu'on s'était proposé.
Les classes de législation, de physique et de chimie, d'histoire naturelle, de grammaire générale, furent peu fréquentées ; celles des langues anciennes, de dessin, de mathématiques ont été constamment suivies.
Il fallait pour les premières une portion d'intelligence qui ne pouvait être que le résultat des secondes, et les élèves de celles-ci ne pouvaient profiter des autres qu'après avoir employé plusieurs années à des études préparatoires.
Aussi, comme on l'a dit, les professeurs des langues, des mathématiques et de dessin, étaient les seuls en l'an IX qui eussent un nombre assez considérable d'écoliers.
Il est bon d'observer en outre que les 9[10 étaient des
écoliers natifs de la ville chef-lieu, et qu'on n'y voyait presque point d'élèves des communes voisines.
Telle était, à l'époque de l'an IX, la situation de l'instruc- 'tion publique dans ce département, et, en la considérant sous certains rapports, elle avait considérablement gagné sur 4789.
En 1789, et avant cette époque, l'enseignement en général se bornait dans les campagnes à quelques principes de lecture et d'écriture; les progrès des élèves étaient lents et ils abandonnaient les écoles au moment où la raison les rendait propres à profiter des leçons, Aussi voit-on que les 5j6 des nommes de la campagne, qui ont grandi avant la Révolution, savent à peine signer leur nom ; et l'on voit, malgré l'opinion hasardée de quelques écrivains, qu'il est peu de jeunes gens au dessous de 30 ans qui ne joignent à la science de la lecture et de l'écriture quelque connaissance du calcul.
Si l'on considère ce qui se passe dans les villes, l'avantage sera encore en faveur de l'an IX. L'étude du latin était avant 1789 le complément de l'éducation, et cette science devenait presque inutile pour la majeure partie des jeunes gens qui s'y adonnaient. Elle n'était profitable qu'à ceux qui se destinaient à l'Eglise ou au Barreau ; et dans ce département, peu embrassaient l'un ou l'autre de ces états; mais pendant la période de 13 années de 1789 à Tan IX, l'instruction a surnagé aux tempêtes révolutionnaires. Les sciences exactes, la physique et l'histoire ont pris un essor étonnant. La jeunesse s'y est livrée avec une ardeur incroyable et avec un goût surprenant, aux mathématiques surtout. En sorte que Versailles même, ville si peuplée avant la Révoluilion, aurait eu de la peine à trouver dans son sein six jeunes gens au dessous de 18 ans, qui eussent les premiers éléments de cette science, tandis que, depuis l'an Y jusqu'à l'an IX exclusivement, on a vu plusieurs enfants de 9, 12 et 14 ans, étonner par la précision de leurs réponses et la clarté de leurs démonstrations.
Le nombre des jeunes gens instruits serait bien plus considérable, si le système d'opposition n'eût écarté des écoles publiques cette portion de la jeunesse qui, par la fortune de leurs parents et leur consistance politique, avait toute la facilité possible pour se livrer à l'étude des sciences.
Ainsi, malgré les erreurs de l'opinion, l'instruction a été plus généralement répandue dans ce département; en l'an IX, la nécessité d'acquérir des connaissances a été mieux sentie, et la génération qui s'élève sera plus profondément et plus utilement instruite. On en a pour garant les dispositions des esprits et la sollicitude du gouvernement pour la perfection possible de l'instruction publique.