‹ Bailliages de Versailles et de Meudon: les cahiers des paroisses avec commentaires accompagnésChapitre 94 sur 100 · CAHIER DE CLAMART · texte numérisé non relu

CAHIER DE CLAMART

Le cahier de Clamart, ayant été imprimé dès 1789, et se trouvant dans les Archives parlementaires, je ne le donnerai pas : néanmoins, il m'a paru bon d'en extraire quelques lignes, pour avoir l'occasion de signaler les noms des citoyens qui ont signé le cahier.

Dans le long et très explicite chapitre sur la Constitution, on lit ces lignes, pensées et écrites, sans aucun doute, par Filassier, directeur -propriétaire de la pépinière de Clamart :

L'Assemblée de la nation décidera de la manière la plus précise :

4° Qu'essentiellement la volonté appartient à la nation et l'action au monarque;

2° Que la loi n'étant que l'expression de la volonté générale, la puissance législative réside pleinement, entièrement et uniquement dans la nation; qu'aucun acte public n'a, ni ne peut avoir force légale, s'il n'est émané d'elle, et qu'aucun autre pouvoir n'a la faculté de rien ajouter, de rien retrancher, d'apporter la plus légère modification à ses décisions légales ;

3° Que la loi n'étant pas une expression oisive et inerte, mais un vœu général qui délibère et décide tel ou tel mouvement, actuellement indispensable à la machine politique, aucun acte législatif ne peut avoir de force et d'énergie, qu'autant qu'il est connu, avoué, sanctionné par le pouvoir exécutif qui doit le mettre en vigueur ;

4° Enfin, que les lois ne conservant pas toujours le même degré d'utilité qu'elles possédaient à leur création, parce que la santé des corps nationaux, qu'elles ont pour objet, éprouve, ainsi que celle des corps physiques, des altérations ou des vicissitudes, aucun acte législatif ne peut être prononcé et sanctionné que pour un temps; d'où naît encore la nécessité de le renouveler, de le réformer ou de l'abroger ; celle de la permanence ou du retour déterminé des Etats généraux.

Instructions à la députation.

Les habitants exigent absolument que leurs députés se pénètrent des principes qu'ils ont établis, et qu'ils travaillent de tous leurs pouvoirs à en démontrer la vérité, et à les faire adopter aux autres paroisses du ressort, puisqu'ils ont le bien public et la gloire de l'auguste Restaurateur de la nation pour objet.

Ils attendent de la confiance qu'ils ont mise en eux, qu'après s'être occupés des objets d'utilité générale dans la rédaction du cahier commun à toutes les paroisses du bailliage, ils feront une mention toute spéciale et détaillée des maux particuliers à la communauté qu'ils représentent, et qu'ils protesteront de nullité, si dans une Assemblée essentiellement libre quelqu'un s'arrogeait le droit de gêner leur suffrage ou de dominer leur opinion.

Ils leur recommandent la plus grande impartialité et la prudence la plus attentive dans le choix des députés qu'ils enverront à Paris, observant qu'à mérite égal, ils doivent préférer ceux qui sont absolument de leur état, à ceux qui,

jouissant de quelques prérogatives, seront naturellement portés à les conserver et à les défendre ; et à ceux qui, profitant par état de quelques-uns des abus contre lesquels l'universalité de la nation réclame, seront presque inévitablement tentés de les dissimuler, ou même de les perpétuer. Qu'ils se persuadent donc bien fortement que, dans la circonstance présente, il faut véritablement être citoyen, et que tout autre intérêt est criminel, s'il ne cède à celui de la patrie.

Fait, délibéré et arrêté par tous les habitants en leur assemblée générale tenue cejourd'hui 14 avril 1789, et présidée par le sieur Desprez, syndic municipal, en vertu de l'ordonnance de M. le bailli, du 1 i du présent mois.

Ont signé :

Filassier. — P. Drouet. — Graveîine. — C. Gastineau. — Languedocq. — Robbe. — B. Gogue. — Ferrand, maître en chirurgie. — Bonnelais. — Potin fils. — Bargue. — Crosnier. — Guillemain. — Pépin. — Puthomme. — Petit. — Picard. — Brissard. — Lucas. — Reyé. — Duval. — Crespinet. — Picol. — Bachoux. — Ghatellié. — Langot. — Demarne. — Gachelin. — Bonne Carrôre. — Abraham, — Louis Blet. — Dangeran. — Guillaume Roussel. — Ancelin père. — Ancelin fils. — P. Perin.

Les signatures, à l'exception de trois ou quatre, sont mauvaises, et plusieurs à peine lisibles.

Les députés choisis pour porter le cahier à Meudon furent : François Desprez, Jacques Filassier et Glaude Gastineau.

Le cahier de Glamart est parfaitement ordonné et écrit dans un style nerveux et sobre ; il est divisé ainsi qu'il suit : après le préambule, Subsides, Administration des finances,

Constitution, Administration de la justice, et Instructions à la députation, que je donne plus haut.

Bien que je ne donne pas place ici au cahier du bailliage de Meudon, publié, comme je l'ai dit, j'inscris les noms des députés chargés de porter ce cahier à l'Assemblée générale du tiers-état à Paris, ce furent :

Jean-Alexandre Delaunay, de Meudon. — Charles Nouette, de Meudon. — Jacques Filassier (1), de Clamait. — Simon Germain, de Viroflay.

(1) On lit dans la Biographie générale Didot « Jean-Jacques Fillassier, né à Warwick-Sud, en Flandre, vers 1736, mort à Clamart 1806; grand admirateur de Rousseau, il voulut comme ce philosophe perfectionner le système d'éducation alors en usage, etc.;

il composa à ce sujet plusieurs ouvrages Fillassier aimait

beaucoup la campagne et les expériences agronomiques ; il s'établit aux environs de Paris et dirigea la pépinière de Clamart. Sous la Révolution, il fut élu procureur-syndic de Bourg-la-Reine, puis député à la Législative. Après le 10 août il fut quelque temps

juge de paix, et rentra dans la vie privée » J'ai reproduit

l'orthographe du nom d'après la signature.

Filassier fut un des 36 commissaires élus pour rédiger le cahier de Paris extra muros.

Si le bailliage de Versailles eût élu directement des députés aux Etats généraux, peut-être y aurait-il eu chance de mettre la main sur des cahiers de plaintes et doléances, écrits par de simples curés de paroisses ; mais Tordre du clergé, appelé dans ses membres, au chef-lieu du bailliage désigné pour l'élection, et votant directement, rédigeait un seul et unique cahier, lequel renfermait sans doute les vœux et plaintes du haut et du bas clergé. Cependant il y avait des cahiers préparatoires et particuliers. Tous les curés n'avaient pas la faculté d'assister à l'assemblée électorale, mais ils pouvaient se faire représenter par un fondé de pouvoir. Des électeurs présentaient leurs vœux par écrit, et à plus forte raison, ceux que des circonstances empêchaient de se rendre à l'assemblée, s'empressaient-ils de faire connaître ainsi leurs plaintes et leurs vœux.

En parcourant les cahiers du tiers-état des paroisses, on constate que souvent les curés ont pris part à la délibération commune des habitants ; et là où un cahier s'occupe de la question religieuse, ou de la position du

curé, il est permis, sans crainte de se tromper, d'affirmer que ce dernier a été au moins consulté.

On a vu que le cahier du Chesnay était l'œuvre du curé lui-même ; que le curé de Saint-Cyr avait été délégué à l'Assemblée de Versailles, et combien d'autres cahiers où l'on devine l'inspiration du curé de la paroisse.

Mais s'il ne m'a pas été possible de trouver dans notre bailliage des cahiers primaires de curés, j'en ai quelques-uns d'un bailliage voisin, de Montfort-1'Amaury. Nous ne sortirons pas du territoire actuel du département de Seine-et-Oise, et nous sommes assez près de Versailles pour inférer de la lecture de ces quelques feuilles ou notes que la situation du bas clergé était la même dans les deux bailliages ; et d'ailleurs ces pages éclairciront divers points des cahiers de nos paroisses.

Il faut aussi remarquer que, de même que pour le tiers-état du plat pays, c'était pour la première fois que le bas, ou petit clergé, jouissait du droit de suffrage dans les Etats généraux, et était appelé à faire valoir en personne ses doléances et ses remontrances.

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