CHOISEL
Le curé de Choisel a la douleur de représenter qu'il connaît (et qui n'en connaît point dans le royaume?) de fervents ecclésiastiques, respectables curés qui, par la portion congrue, n'ont pas le nécessaire à la vie, qui sont accablés de pauvres, qui entendent tous les jours les cris des misérables, et auxquels ils ne peuvent répondre que par des larmes, n'ayant à peine que pour vivre.
Quelle fatalité pour des âmes sensibles et commisérantes, pour des ouvriers évangéliques, qui portent le poids non seulement des jours, mais, dans l'hiver surtout, celui des nuits les plus affreuses et les plus périlleuses !
Il y a dans sa paroisse, entre autres chemins, celui de Saint-Arnoult à Chevreuse, qui passant dans son vallon, n'offre d'un bout dans toute sa largeur qu'un vaste précipice, et de l'autre est une petite rivière dont le pont est absolument dégradé, et dont les débordements occasionnés par les pluies et la fonte des neiges empêchent les fidèles de venir entendre la messe paroissiale. Le curé lui-même, de ces deux bords, ne peut qu'au péril de sa vie porter les secours spirituels à ses pauvres malades. Nous avons fait bien des représentations à l'intendance, aux ponts-et-chaussées, à l'assemblée intermédiaire de Saint-Germain, mais toujours infructueusement. Le cahier de ses paroissiens justifie du reste. Legrand,
Curé de Choisel.
La signature dénote la main d'un vieillard de soixante-dix ans au moins. Ce qu'il dit du cahier de ses paroissiens fait voir qu'il en avait au moins entendu la lecture.