OBSERVATIONS CLINIQUES
lre observation. — Eczéma.
Charles T..., ouvrier tanneur, 39 ans. — Individu assez fortement constitué, à chairs fermes, d'une santé habituellement très-bonne , n'ayant dans ses antécédents aucune maladie grave. Il a vu, pour la première fois, il y a trois semaines, sur les jambes, les bras et la poitrine, une éruption de petits boutons qui ne tardèrent pas à se rompre pour donner issue à un liquide qui se concréta en squammes légères. Cette éruption s'accompagnait de démangeaisons vives.
(1) La durée de3 bains a été d'une heure pour tous les malades, h l'exception de la femme qui fait le sujet de la neuvième observation et qui, en raison de sou extrême faiblesse, n'a d'abord pris que dea bains de 35 à 45 minutes.
La température a été généralement do 32 à 34° centigrades. Par exception, la fille qui fait le sujet de la septième observation, prenait le bain à 30° seulement; il avait été remarqué qu'une température plua élevée provoquait des éruptions.
Il a été saigné et purgé avant son entrée à l'hôpital.
État à l'entrée. — Sur les parties que nous avons désignées plus haut, on trouve de nombreuses squammes furfuracées. La peau est sèche, rugueuse ; c'est un eczéma à la période pityriasique. Les démangeaisons sont aussi vives qu'au début.
Bains amidonnés, à VUydrofère.
Après le deuxième bain, la démangeaison a disparu.
Après le sixième, le sujet sort guéri.
La peau a repris son aspect normal et sa souplesse habituelle.
Pas de traitement interne.
2e observation. — Psoriasis.
Jules S..., 29 ans, cordonnier.
Le malade est le seul de sa famille qui ait été atteint d'affections de la peau.
A l'âge de 17 ans, il eut sur les deux bras, au niveau du pli du coude, une première éruption qu'il caractérise . assez mal, pour qu'on puisse la ralta-
cher à une espèce quelconque de la diathèse dartreuse.
Six mois après, il lui survint une affection croûteuse aux fosses nasales, qu'il traita au moyen d'une pommade dont il ignore la composition.
En 1845, il vit paraître aux bras et aux jambes, particulièrement aux coudes et aux genoux, des plaques qui, d'après la description qu'il en donne, durent être des plaques de psoriasis. Il entra à Saint- Louis, service de M. Devergie. Il fut soumis au traitement par la pommade au goudron, par les bains alcalins et par la solution arsenicale. Le séjour à l'hôpital fut de trois mois, au bout desquels S... sortit dans un état d'amélioration considérable, mais non guéri. Il lui restait quelques plaques disséminées.
La maladie sommeilla pendant un an environ; après ce laps de temps, S.. . rentra dans le même service, pour une récidive. Cette fois, les squammes étaient plusconfluentes. Durée du séjour : quatre mois.
A la sortie, le malade, à peu près complètement guéri, put contracter un engagement militaire. — Au bout de quelques mois de service, le psoriasis reparut ; S. .. fut envoyé aux eaux de Guagno (Corse), où
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il n'obtint qu'une amélioration peu considérable.
Le malade vécut ainsi deux ans après son congé de réforme, le corps plus ou moins couvert de squammes psoriasiques.
Une nouvelle éruption amène S... dans le service de M. Gibert. Séjour de trois mois. Traitement par les fumigations sulfureuses , les bains alcalins, l'eau chlorurée, la pommade au goudron.
Au bout de deux ans, nouveau séjour à Saint- Louis (service de M. Casenave). Sortie après huit mois de traitement.
Enfin, le 13 août 1859, S... entre dans notre service.
En résumé, le psoriasis s'est manifesté cinq fois, et, à chaque fois, après des traitements de trois à huit mois, S... a éprouvé une amélioration plus ou moins considérable; il a été plus ou moins blanchi, pour employer l'eipression du malade lui-même, mais jamais complètement guéri, si ce n'est peut-être lors de sa deuxième sortie du service de M. Devergie.
Le 13 août, la maladie est à peu près générale; toute la surface cutanée, la peau de la face comprise, est couverte de larges plaques de psoriasis circiné ;
plaques d'un rouge vif lorsqu'elles ne sont pas squammeuses. A la partie inférieure des jambes et à la plante des pieds surtout, les squammes sont épaisses, la peau est dure, rude, crevassée ; le malade ne peut marcher.
Traitement : Bains alcalins ordinaires.
A l'intérieur : Solution arsenicale.
29 août. — L'affection reste stationnaire. A partir de ce jour, le malade est soumis aux bains amidonnés, administrés à l'IIydrofère. Il continus à prendre la solution arsenicale.
5 septembre. — La peau est moins sèche et moins roide.
20 septembre. — Amélioration considérable; la face ne présente plus de traces de psoriasis ; le torse n'en offre que de légères ; mais les avant-bras, les cuisses et les jambes ne sont pas aussi avancés.
1er octobre. — La guérison est presque complète ; la peau a repris la teinte normale ; elle est redevenue souple, molle ; cependant, vers le bas des jambes, on remarque encore quelques taches rougeâtres , mais sans squammes, sans épaississement.
15 octobre. — Le malade est guéri. A son dire,
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depuis l'invasion de la maladie, il ne s'est jamais trouvé dans un état aussi satisfaisant, pas même lorsqu'il se fit soldat.
1« novembre. - Exeat. - Le malade a continué à prendre des bains à l'Hydrofêre, bien que guéri depuis quinze jours. Comme vestiges de son affection, il porte à chaque genou une tache rosée, grande comme une lentille et faisant une très-légère saillie au-dessus de la surface cutanée.
3e observation. — Pwvriasis vebsicolor.
Hélène B , 44 ans, couturière.
La malade est remarquablement obèse; sa santé est excellente ; elle n'a jamais eu d'autre affection du système cutané que celle qui va être décrite.
Il y a quatre ans, une première éruption se manifesta ; elle céda à un usage prolongé de bains salés.
Une récidivé eut lieu il y a neuf mois ; les bains salés n'eurent pas alors le môme résultat que la première fois. Tourmentée par des démangeaisons assez vives, la malade se présenta à notre consultation ; nous
la fîmes entrer dans noire service, pour la soumettre aux bains à l'Hydrofère, sans autre médication.
La partie antérieure de la poitrine et le dos, jusqu'à la chute des reins, sont parsemés de taches ovales, grandes comme des amandes, jaunes, légèrement saillantes dans toute leur surface, et recouvertes d'une très-fine desquammation furfuracée.
Au microscope , on constate , dans la matière squammeuse qui constitue ces plaques, la présence des spores et des tubes caractéristiques du microsporon fur fur.
Baios sulfureux à l'Hydrofère (quatre grammes de sulfure de potassium par bain).
Après le quatrième bain, le dos et la poitrine ne présentent plus que de légères traces de l'affection.
Une nouvelle éruption se fait aux cuisses.
Après le septième bain, la guérison est parfaite.
Incidemment, nous noterons le fait suivant. Depuis plusieurs années, la malade était affectée d'une douleur rhumatismale au-dessous du sein gauche. A la fin du traitement, cette douleur avait disparu.
4e observation. — Psoriasis palmaire et
PLANTAIRE.
Eugène B , 33 ans, voyageur de commerce,
est atteint d'un psoriasis, localisé aux mains et aux pieds. L'affection, très-invétérée, a débuté dès l'âge de douze ans; elle s'est portée, dès cette époque, sur les extrémités qu'elle occupe encore aujourd'hui.
Le traitement fut d'abord exclusivement externe ; les émollients en bains et lotions furent seuls employés.
Une récidive avait lieu à peu près régulièrement tous les trois ans ; l'affection durait deux mois, et tout rentrait dans l'ordre.
1853. — Le malade entre pour la première fois dans notre service ; il y séjourne quatre mois, et en sort dans un état d'amélioration considérable.
Au bout de trois ans, les mains et les pieds se prennent de nouveau , mais non d'une façon assez grave pour que le malade se croie obligé de recourir aux soins d'un médecin.
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1858. — Ce n'est qu'en avril 1858, qu'il entre, pour la seconde fois, dans notre service ; ce n'est qu'en mars 1859, c'est-à-dire après* un traitement de près d'un an, qu'il est en état de sortir. Les pieds et les mains présentent encore de la rudesse et quelques plaques squammeuses; les ongles offrent les stries caractéristiques de l'altération psoriasique.
Nous avions prescrit, comme traitement interne, la teinture de cantharides, et comme traitement externe, les bains alcalins.
lijain 1859. — Nouvelle entrée à Saint-Louis.
A la face plantaire des pieds et palmaire des mains, on remarque des squammes nombreuses, épaisses, entrecoupées de crevasses qui gênent considérablement les mouvements des orteils et des doigts, et, par conséquent, la marche et la préhension. A la face dorsale des mains, se voient de larges plaques rouges, arrondies, recouvertes de squammes plus fines. Les ongles sont profondément striés.
Traitement : Bains alcalins ordinaires.
A l'intérieur: Solution arsenicale.
Après plusieurs mois de ce traitement, aucune amélioration n'est obtenue.
9 octobre. —Bains d'eau de Condillac, à l'Ilydrofère ; application de compresses imbibées de la même eau. Le traitement interne continue.
15 octobre. — Les squammes sont moins épaisses, les mouvements des doigts sont moins roides ; il y a une légère amélioration.
25 novembre. — Les pieds, sans être complètement guéris, sont dans un état plus satisfaisant qu'ils n'ont été depuis quinze ans.
L'état des mains laisse beaucoup plus à désirer, bien que les articulations aient recouvré de la flexibilité. La face dorsale présente toujours de minces plaques d'un rouge carminé, recouvertes de squammes blancbes, sècbes ; la face palmaire est plus nette, la peau semble revenir vers l'état normal. Somme toute, les mains, dans cet état, nous paraissent un peu mieux qu'à l'issue du traitement suivi en 1858 et
29 décembre. — Pas de changement; l'état des pieds et des mains est toujours le même.
L'eau amidonnée est substituée à l'eau de Condillac.
25 janvier. — Le bain amidonné n'a donné aucun
résultat. La situation du malade reste telle qu'elle était au 25 novembre. Nous doutons que l'amélioralion puisse être poussée plus loin.
5e observation. — Psoriasis.
Célina B ,14 ans.
Jeune fille pâle, flasque de chair, aux paupières rouges, indice d'inflammations fréquentes; non réglée. Dans son enfance, elle a eu des croûtes sur la tête et des engorgements ganglionnaires.
7 septembre 1859. — Entrée dans notre service.
Les coudes, les genoux et leurs pourtours sont le siège d'une éruption squammeuse qui présente les caractères suivants : Squammes blanches, très-épaisses, adhérentes, sèches, sur un fond rouge violacé, confluentes à ce point que les parties sus-indiquées en sont recouvertes comme d'une seule et même plaque ; prurit modéré. Les squammes sont entrecoupées de gerçures à peine humides.
Traitement : Bains alcalins ordinaires.
A l'intérieur : Solution arsenicale.
Après un mois de traitement, on ne remarque aucune amélioration.
10 octobre. — Nous prescrivons les bains sulfureux, administrés à tHydrofère. A dater de ce jour, nous faisons cesser tout traitement à l'intérieur.
17 octobre. — Les gerçures sont beaucoup plus nombreuses, plus profondes et saignantes. Le seul contact des vêlements détermine chez la malade de vives souffrances.
L'eau sulfureuse est remplacée par l'eau de Condillac.
24 octobre. — Les gerçures sont en grande partie cicatrisées ; celles qui restent ont peu de profondeur. Les souffrances ont à peu près cessé ; mais, durant le bain, la malade se plaint de vifs picotements aux coudes et aux genoux.
L'eau amidonnée est substituée à l'eau minérale de Condillac, présumée trop énergique.
4 novembre. — Pas de modification; la maladie reste slalionnaire , les squammes conservent leur épaisseur.
Nouvel essai de l'eau de Condillac, étendue, cette fois, d'un quart d'eau commune. Applications fré-
quentes de compresses imbibées de la même eau minérale. La malade doit boire environ un demi-litre de cette eau à ses repas.
1er décembre. — Le bain d'eau de Condillac mitigée a étébien supporté, malgré quelques picotements. — Amélioration considérable. Les coudes sont presque nets ; la saillie des squammes aux genoux est diminuée de moitié.
25 décembre.— La peau des coudes et des genoux est revenue à l'état normal ; elle est souple, sans traces de squammes, rouge encore ou plutôt rosée, comme indice de l'affection éteinte. La guérison serait à peu près complète, sans l'apparition de quelques nouvelles plaques au-dessous des genoux. Les plus larges peuvent avoir les dimensions d'une pièce de un franc ; peu de saillie.
L'état général de Célina B est considérablement amélioré ; la figure est devenue plus fraîche, les chairs ont acquis delà fermeté ; il y a une apparence de santé qui contraste avec l'état de la malade à son entrée dans notre service.
21 janvier. — État général toujours très-satisfaisant. Les plaques de la dernière éruption sont en
partie effacées; les trois ou quatre qui persistent sont réduites aux proportions d'une pièce de vingt centimes ; tout le reste du corps est net. D'après la marche décroissante de l'affection , douze ou quinze bains eussent pu être encore nécessaires pour en effacer jusqu'aux dernières traces ; mais, à notre grand regret, la jeune fille est rappelée auprès de son père malade.
6e observation. — Eczéma aux bourses.
Charles S , 22 ans, graveur.
Le malade. est d'une constitution robuste; il n'a jamais eu de maladie sérieuse; mais, en 1857, il lui survint une affection des bourses, caractérisée par une démangeaison très-vive, par une ulcération et un suintement de la peau de cette région.
Il entre dans notre service le 23 octobre 1859.
A son entrée, il présente un eczéma du scrotum très-caractérisé ; squammes blanchâtres d'une certaine étendue, séparées par des gerçures humides siégeant dans les plis normaux de la peau dos bourses. Démangeaisons vives.
25 octobre 1859. — Nous prescrivons les bains d'eau de Condillac, à l'Hydrofère.
Indépendamment des bains, le malade doit appliquer sur les bourses des compresses imbibées de la même eau minérale.
10 novembre. — Amélioration considérable. La peau du scrotum a repris son aspect normal, excepté cependant au niveau de la racine de la verge et du repli qui sépare les bourses du périnée. Ces endroits sont encore ulcérés et suintants.
25 novembre. — L'amélioration a continué. Le scrotum tout entier est dans un état de guérison trèsavancé. Les plis physiologiques de la peau de cette région sont cependant encore le siège d'un léger suintement.
3 décembre. — Exeat. — Guérison. Quelquesuns des plis que nous avons signalés plus haut offrent encore un peu de rougeur, mais sans ulcération et sans suintement.
Le malade a pris en tout trente-trois bains.
7e observation. — Prurigo.
Marie T...., 24 ans, domestique.
La malade est maigre, ses chairs sont flasques, la teinte générale est d'une pâleur terreuse, la face est le siège d'un gonflement d'apparence œdémateuse. Le cou, la poitrine, les bras et la face antérieure des cuisses, sont le siège d'une éruption papuleuse avec prurit intense. Ce serait, au dire de la malade, la quatrième fois que l'affection se manifeste.
Menstruation irrégulière, pertes blanches, gastralgie, souffle carotidien.
La malade aurait eu quelques pertes de -connaissance avec convulsions. Il semble résulter d? ses déclarations que ces accidenta ne seraient autre chose que des attaques d'hystérie.
Quinze jours avant son entrée dans notre service,
Marie T vit commencer l'éruption actuelle. Les
papules furent précédées de, l'apparition et de la disparition successives et répétées de rougeurs saillantes et invétérées, larges comme des pièces de cinquante
centimes et accompagnées d'une démangeaison trèsvive. Ces plaques avaient pour siège principal le front, les joues et la poitrine.
A son entrée (12 novembre), le prurigo seul est bien net, les papules d'urticaire semblent s'être confondues ensemble pour amener le gonflement de la face. L'hypersthésie de la peau est considérable.
13 novembre. — Bains d'eau de Condillac, à l'Hydrofère.
16 novembre. — Les démangeaisons ont presque cessé ; la malade, que le prurit tourmentait et empêchait de dormir, a recouvré le sommeil.
22 novembre. — Les papules prurigineuses sont bien moins nombreuses. — Dans la nuit du 22 au 23, il se fait une nouvelle éruption, qui est éteinte quarantehuit heures après.
6 décembre. — La malade a pris un bain d'une température trop élevée ; elle déclare avoir été incommodée par la chaleur. Sous cette influence, très-probablement, il s'est fait une éruption, mais beaucoup moins confluente que les précédentes.
8 décembre. — Il reste peu de traces delà dernière éruption.
22 décembre. — Exeat. — Le traitement a cessé depuis plusieurs jours ; aucun accident nouveau ne s'est manifesté. — Marie T a pris en tout trentedeux bains. Pas de médication interne, si ce n'est que la malade buvait à ses repas de l'eau de Condillac unie au vin.
8e observation. — Engorgement ganglionnaire de
NATURE SCROFDLEUSE.
Ovide S ,18 ans, mécanicien.
Le malade a deux frères et une sœur qui , d'après son dire, jouissent d'une bonne santé ; sa mère aurait été scrofuleuse et serait morte d'une affection de la poitrine; son père serait mort d'une maladie semblable.
Il y a deux ans environ, ce jeune garçon vit se développer au côté gauche du cou un ganglion qui, dans un espace de deux mois, atteignit la grosseur du poing. Cette tumeur disparut à la fin du printemps, pour revenir l'hiver suivant. Mais, à la tumeur, succéda un ulcère ayant son siège à la partie interne du mollet
gauche, et qui présentait les dimensions de la main ; cet ulcère donnait une sécrétion roussâtre. Au retour de la tumeur, l'ulcère se ferma sans médication.
Ovide S entre dans notre service le 25 novembre dernier.
Il est soumis au traitement suivant :
Tisane de houblon avec sirop anti-scorbutique.
Potion gommeuse avec teinture de ciguë, 1 gramme
! ciguë, 4 grammes, axonge, 30grammes.
Plus tard, nous ajoutons :
Huile de foie de morue, 60 grammes. Vin de gentiane, 60 grammes.
Sous l'influence de ce traitement, la tumeur diminue un peu ; une ulcération qui existait à son sommet et résultant d'un abcès antérieur, se cicatrise complètement.
13 janvier. — Nous prescrivons le bain d'eau de mer, à l'IIydrofère.
Le malade doit boire de l'eau de Condillac à ses repas (un demi-litre par jour).
État du malade à cette époque : tumeur volumineuse au côté gauche du cou ; son diamètre est de
douze centimètres environ dans tous les sens ; elle s'élève, d'une part, jusqu'au trou auditif externe, et, d'autre part, elle s'avance jusqu'à la gorge, au niveau du menton. Vers la partie moyenne, on voit urîe cicatrice, trace de l'ulcération guérie récemment.
Mesurée dans trois directions différentes, la tête présente les dimensions ci-après : La circonférence qui fait le tour de la tête, en passant sur la tumeur, au niveau de l'épine nasale inférieure, est de 44 centimètres et demi. Celle qui passe sur les lèvres, est de 43 centimètres et demi. Celle qui passe par la gorge, l'oreille et le sinciput, est de 57 centimètres.
La tumeur n'est le siège d'aucune douleur, même à la pression ; on distingue, sur toute son étendue, des saillies et des dépressions ; au toucher, on a la sensation d'un empâtement général et de quelques corps durs, très-difficiles à séparer les uns des autres. Nulle part la peau n'est adhérente, si ce n'est au niveau de la cicatrice que nous avons signalée.
Il existe quelques petits ganglions sous les aisselles, et une cicatrice scrofuleuse sous la gorge.
Le côté droit du cou offre une autre tumeur ganglionnaire, d'un volume comparable à celui d'un gros
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œuf ; il y a moins d'empâtement qu'à la tumeur du côté opposé.
Peu d'appétit ; digestions longues et pénibles.
Après les premiers bains à l'Hydrofère, le malade accuse un peu de lourdeur ; il ne ressent d'ailleurs ni gêne ni oppression.
20 janvier. — L'empâtement de la tumeur du côté gauche est moins considérable ; il y a aussi moins de dureté ; cette tumeur commence à se diviser en plusieurs lobes distincts, ce qui n'avait pas eu lieu jusque-là.
26 janvier. — L'appétit est meilleur et les digestions sont moins pénibles.
La petite tumeur du côté droit du cou s'est améliorée ; elle paraît moins volumineuse ; les ganglions ont plus de mobilité.
31 janvier. — L'amélioration de la principale tumeur est manifeste ; les ganglions sont parfaitement distincts ; ils donnent la sensation de corps durs, résistants et isolés les uns des autres.
Les mesures prises à nouveau dans les directions indiquées, à la date du 13 janvier, donnent les résultats suivants : celle qui passe par l'épine nasale in-
férieure, 44 centimètres au lieu de 44 et demi .— Celle qui passe parla bouche, 43 centimètres au lieu de 43 et demi. — Enfin, la dernière, 55 centimètres au lieu de 57.
La diminution, jugée à la vue, semble plus grande que le mètre ne l'indique. La différence apparente doit tenir à ce que l'empâtement considérable, qui enveloppait le ganglion, a disparu en grande partie.
Les fonctions digestives se font bien.
9e observation. — Scrofule.
Appoline J ,27 ans, lingère.
Réglée à onze ans et demi, mère à dix-sept ans (son enfant ne vécut que quinze jours), a toujours habité un rez-de-chaussée humide, privé d'air et de soleil.
Un an après son accouchement , douleurs dans toute la partie antérieure de la poitrine; elles durent environ six mois. Elles sont suivies d'une tumeur inflammatoire au sein droit, qui s'abcède, laissant après elle une petite ouverture ûstuleuse, par laquelle s'é-
chappe un liquide roussûtre et purulent. Dans l'espace d'un an et demi, dix-neuf tumeurs et abcès semblables surviennent successivement au niveau du sternum. Chaque abcès laisse après lui un conduit fistuleux, d'où s'écoule une suppuration d'odeur trèsfétide.
A vingt ans, une tumeur semblable survient à la joue gauche; une autre beaucoup plus étendue ne tarde pas à se faire remarquer au niveau de la partie supérieure et externe du tibia droit ; par le trajet fistuleux qui succède à celle-ci, il sort, dans l'espace de deux ans, une vingtaine de séquestres; reste une plaie qui a toujours suppuré.
La menstruation commence à être irrégulière à l'âge de vingt ans, et cesse tout à fait à vingt-trois ans.
La malade était alitée depuis cinq ans, lorsqu'elle entra dans notre service, il y a treize mois. Nous la vîmes dans un état qui semble défier toute description.
Maigreur extrême ; absence totale de forces.
Le tronc, et particulièrement le thorax, a subi une
déformation énorme. — Rétrécissement considérable
sous les aisselles ; — les seins sont placés sur une ligne inférieure à celle du cœur. Les épaules sont extrêmement rapprochées l'une de l'autre. Une longue et large surface ulcérée et suppurante, existe à la place du sternum complètement déformé ; ce vaste ulcère est percé d'orifices fistuleux, par lesquels s'échappent un pus séreux et, de temps en temps, des esquilles. Il s'étend au delà dès bords du sternum, se dirige vers le haut du tronc, pour se diviser en deux parties qui occupent les deux côtés du cou.
A la partie médiane de cette ulcération, on voit une crête saillante formée par le sternum plié en deux longitudiualement ; elle s'étend du haut du sternum à l'appendice xyphoïde; elle peut avoir une saillie d'environ 3 à 4 centimètres ; elle est bosselée, parsemée de saillies irrégulières. Par suite du rétrécissement énorme de la poitrine, la respiration est trèsgênée, il y a de l'oppression, des battements de cœur très-fréquents.
A la joue gauche, se voit une plaie fongueuse, de mauvais aspect et offrant peu de tendance à la cicatrisation ; elle peut avoir la largeur de la main.
A la partie externe et supérieure de la jambe
droite, est une autre ulcération étendue et ayant les mêmes caractères que les précédentes. On y remarque deux orifices de trajet fistuleux, par où sortent, de temps à autre, des débris du tibia.
Le pouce de la main droite est recourbé sur luimême; au niveau de la tête de la pbalange onguéale, existe encore un ulcère de la même nature que les précédents, ayant un trajet fistuleux par où s'échappent les débris de la tête de la phalange.
Lorsque la femme Appoline J entre dans notre service, nous prescrivons le bain sulfureux ordinaire. La malade ne peut le supporter.
Les plaies sont pansées avec l'onguent Canet. Nous ordonnons à l'intérieur :
Huile de foie de morue, vin de Bagnoles, vin de gentiane, sirop d'iodare de fer.
Au bout de cinq à .six mois de ce traitement, il se manifeste une amélio-ation qui a persisté et qui s'est accrue jusqu'au 13 janvier : la poitrine continue à présenter l'aspect précédemment décrit; cependant les ulcères deviennent un peu plus étroits et sont cicatrisés sur un tiers environ de leur étendue; la malade a repris de la force.
13 janvier. — Nous ordonnons le bain d'eau de mer, à Clhjdrofère, et, à l'intérieur, l'eau minérale de Condillac à boire aux repas.
. Le bain d'eau de mer détermine une vive cuisson
aux parties malades; Appoline J est oppressée;
elle accuse une sensation de froid qui dure aussi longtemps que le bain, bien que celui-ci marque 34° centigrades et plus.Dans la journée, courbature générale, douleurs de reins, abattement. (C'est le seul sujet qui ait accusé de semblables effets.)
Lorsque, après le bain, la malade est remise au lit, la sensation de froid fait place à une vive chaleur qui dure jusqu'à la nuit. Tous ces effets se prolongent pendant les huit premiers jours du traitement.
ZI janvier. — Les ulcères se sont sensiblement améliorés ; ils ont une teinte rosée plus marquée que précédemment; la sécrétion a beaucoup diminué; les bords commencent à sécher, et une pellicule cicatricielle s'avance vers les centres des diverses plaies ; çà et là se remarquent de petites taches formées par des membranes cicatricielles.
27 janvier. — La respiration est plus libre ; l'oppression, lorsqu'elle se manifeste encore, n'a qu'une
durée passagère ; l'abattement qui suit le bain se dissipe au bout de quatre ou cinq heures. La sensation de froid pendant le bain a disparu ; la chaleur vive qui lui succédait a cessé. Les battements de cœur sont moins forts ; les épaules semblent un peu s'écarter et la poitrine parait se développer.
L'état des plaies s'est considérablement amélioré; plusieurs orifices du grand ulcère de la poitrine sont fermés. La sécrétion des fistules estbeaucoup moindre et celle des surfaces ulcérées est presque tarie. Des languettes cicatricielles traversent les plaies dans tous les sens.
31 janvier. — L'oppression a cessé. Cependant, en entrant dans le bain , la malade éprouve un saisissement passager. Elle ne ressent plus de fatigue après ebaiu.
La poitrine paraît notablement agrandie ; l'élargissement est d'environ quatre centimètres ; la plaie, toujours rosée, offre un aspect satisfaisant ; sa surface est généralement parsemée de petits bourgeons charnus de bonne nature ; une légère membrane rosée, transparente, la recouvre entièrement, sauf les orifices fistuleux ; sur quelques points, elle commence môme à acquérir de l'épaisseur.
Les deux plaies du cou sont dans un état voisin d'une complète cicatrisation. L'ulcère de la joue est cicatrisé dans la majeure partie de son étendue.
L'ulcère de la jambe et celui du pouce sont également cicatrisés, à l'exception des orifices ûsluleux. Le gonflement des parties molles sous-jacentes est beaucoup diminué.
L'état général devient de plus en plus satisfaisant; depuis le 27, la malade a repris assez de force pour rester levée une grande partie de la journée.
L'appétit est bon; les aliments sont désirés et semblent meilleurs.
Le moral, si longtemps abattu, est relevé.