CONCLUSIONS
Les expériences et les observations que nous venons de rapporter nous amènent à conclure que le bain à l'Hydrofère peut, avec avantage, remplacer le bain ordinaire ; les effets physiologiques des deux modes de balnéation sont les mêmes ; les sensations éprouvées par les baigneurs sont semblables ; l'influence sur le pouls et sur les urines est égale. Mais, dans le nouveau bain, l'eau se renouvelant sans cesse, détache et entraîne avec plus de facilité les squammes et les matières étrangères adhérentes à la surface cutanée ; le malade peut exposer la tête comme le reste du corps à l'action du bain ; le bain à l'Hydrofère n'est pas débilitant.
C'est surtout sous le rapport de l'économie que se révole l'avantage de la nouvelle balnéation : la petite
quantité de liquide employé implique nécessairement la diminution proportionnelle des substances que l'on môle aux bains composés. Les expériences prouvent que trois litres et demi d'eau suffisent amplement à un bain d'une beure.
Par suite de cette économie de liquide, les bains d'eaux minérales naturelles deviennent possibles en tout lieu et en toute saison. Tandis que les établissements thermaux ne sont ouverts que trois ou quatre mois de l'année, l'Hydrofère, au sein des villes, pourra fonctionner sans interruption ; les malades auront ainsi à leur disposition, d'une manière permanente et sans déplacement, les richesses hydrologiques de l'Europe entière, toutes celles du moins qui peuvent se transporter sans éprouver d'altération.
25 Mars 1860.
Les expériences du nouveau bain ont continué en février et en mars, malgré le froid excessif du premier de ces deux mois et les variations de température du second.
Les deux tumeurs que Ovide S... (8e observation) portait au cou ont diminué de moitié; la joue gauche, qui présentait un empâtement considérable, est presque revenue à l'état normal. Le malade, trèsmaigre au début du traitement, commence à reprendre des chairs; l'état local et l'état général s'améliorent simultanément. (Indépendamment du bain, Ovide S... fait des applications de compresses imbibées d'eau de mer).
Les résultats les plus frappants sont toujours ceux qui se font remarquer chez Appoline J... (9° observation). Les membranes cicatricielles ont acquis de l'épaisseur et de la consistance ; de nouvelles chairs se forment aux places ulcérées; plusieurs orifices fistuleux se sont fermés depuis le 31 janvier ; ceux qui existent encore sont sensiblement diminués ; la poitrine continue à prendre du développement.
La malade peut se lever, s'habiller et même se promener, sans aide et sans appui.
Nous traitons encore par le bain d'eau de mer à l'Hydrofère, un jeune homme affecté d'une nécrose à la main droite. Déjà nous avons obtenu une amélioration marquée.
Enfin, nous avons guéri par le bain amidonné, administré à l'Hydrofère, une femme atteinte d'un eczéma très-grave, qui affectait la face, le cou et les braSj — plaques épaisses et confluentes, entrecoupées de crevasses donnant issue à une sécrétion abondante. — La guérison de la face a précédé celle du cou et des bras ; l'avantage de l'Hydrofère, qui permet d'exposer la tête, comme le reste du corps, à l'action du bain, s'est encore révélé dans cette circonstance. Le
traitement de la malade a commencé dans un moment où le thermomètre marquait 15° au-dessous de zéro, et où le service des bains ordinaires était interrompu, à Saint-Louis, par suite de la congélation des eaux dans leurs conduits.
Ainsi, la nouvelle balnéation n'a cessé de donner les résultats les plus satisfaisants, même au milieu de l'hiver le plus rigoureux.