‹ Bains et courses de LuchonChapitre 24 sur 58 · ITINÉRAIRES DÉTAILLÉS DES COURSES ET DES PROMENADES · texte numérisé non relu

ITINÉRAIRES DÉTAILLÉS DES COURSES ET DES PROMENADES

lre COURSE.— IiA SAUNÈRE.

Petite promenade, 30 à 50 minutes aller et retour.

Un quart d'heure au petit pas suffit pour arriver au but de cette promenade. Elle est très-silencieuse. Au départ, vous vous trouvez serré entre les montagnes deCazaril et de Super-Bagnères, et encore caché sous le dôme des sycomores : c'est l'allée des Soupirs. Le soir elle est très-obscure... N'y venez pas, ma jeune amie, vous qui craignez encore les dents du loup, les griffes du renard, ou la morsure d'un doux entretien... Mais dans le jour vous visiterez sans crainte, à droite dans la prairie, soit la petite scierie de marbre fort négligée jusqu'ici, soit le petit château d'eau de Bagnères établi, comme celui de Toulouse, par notre mécanicien célèbre M Abadie, mais sur de bien petites proportions; si petites, que ce n'est vraiment rien qu'une prise d'eau soumise à un filtre très-simple et qui ne saurait exciter la moindre curiosité. Au reste, il n'en fallait pas davantage pour le service des fontaines de Luchon, et par le temps qui court il est assez rare que MM. les ingénieurs visent à des constructions économiques et modeste?, pour que edle-là

LA BAUMJtM. &7

mérite d'être signalée précisément sous ce point de vue.

Un double rang de sorbiers des oiseaux aux grappes rouges vous accompagne jusqu'au pont des Soupirs. Traversez le pont, suivez encore la route quelques instants jusqu'au premier tournant: c'est là le plateau de la Saunère. Tournez-vous vers Luchon et jouissez du coup d'œil que procure cette position élevée.

Histoire judiciaire. — C'est là jadis que venait se placer, sous un léger abri et sur une roche maintenant détruite par les travaux de la route, le juge (le bailli de Fronsac, chef-lieu du Comminges), qui, à intervalles périodiques, venait rendre la justice aux habitants du pays luehonnais. 11 y avait loin de ce tribunal en plein vent à nos palais de justice qu'on ne. sait plus construire assez magnifiques; il y avait loin aussi des plaidoiries en usage dans cette cour aux belles et savantes discussions de nos avocats modernes. Du moins on perdait peu de temps en formes de procédure et en éloquentes déclamations. Le demandeur exposait le grief de son client et déclarait le chiffre des dommages auxquels il croyait pouvoir prétendre. L'avocat adverse se levait aussitôt d'un air furieux, et prenant sa voix la plus éclatante : « M.... tu auras », s'écriait-il. Là se bornait d'habitude toute sa réplique, et le juge, très-éclairé par cette odorante plaidoirie, prononçait aussitôt. — Dans Y Itinéraire de la grande tournée des Bains j'ai cité à St-Savinun exemple plus curieux encore de la manière dont se rendait la justice à cette époque. Là, le juge ordonnait habituellement que la contestation fût vidée à coups de bâton; et c'était toujours l'avocat qui défendait jusqu'au bout les intérêts de son client.

88 LE LARBOUSX. — 2° COURSE,

2e COURSE. — CHAPELLE S.-AVEŒTIÎV.

Promenade après déjeuner, à pied, à cheval, eu -voiture. — 2 heures, aller et retour, au pas de marche ; 4 heures au pas de promenade. — Nulle précaution particulière.

1° De Bagnères au plateau de la Saunère. . . . 15 m.

(Voyez lre course.)

2° 2>u plateau de la Saunère à la chapelle Saxnt-

Aventin 40 m.

On voit peu à peu s'ouvrir et se développer la belle vallée du Larboust.

On rencontre un premier pont que l'on nomme dans le pays le premier pont de Pons, un peu plus loin le second pont de Pons; et alors on découvre au haut de la montagne, à droite, la tour carrée de Saint- Aven tin dite Castel-Blancat (château blanchi). Elle se montre déchirée d'un côté à sa base, et il ne reste plus rien du revêtement de cbaux auquel elle doit sans doute le nom qu'elle a conservé. (Voyez Promenade de Castel-Blancat.)

Après le ponton voit bientôt sur la route la petite chapelle de Saint-Aven tin.

CSÊPOBîisitie miraculeuse. — Saint Aventin (les vieux montagnards disent : Mounségnu dé sant Abanii) fut enfermé par les persécuteurs de la foi dans la tour de Castel-Blancat. Pour échapper à celte prison, le saint rompit une encoignure de la tour et, s' élançant avec force, il vint tomber de l'autre côté du vallon sur le point où est maintenant bâtie sa chapelle. La pierre sur laquelle il tomba est religieuse-

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nient conservée au pied du mur de cette ehapelle; elle est de granité, et l'on y reconnaît encore l'empreinte du pied de saint Aventin. Aussitôt repris par ses bourreaux, saint Aventin fut décapité et enterré sur le lieu même.

Beaucoup plus tard, et lorsqu'on avait déjà perdu de vue l'endroit où gisait le corps du saint, un pâtre de la vallée, par un beau jour de printemps, remarqua un de ses taureaux qui mugissait avec force loin du troupeau. Il s'approcha, ne vit aucune cause à ces mugissements et ramena le taureau au milieu de sa troupe. Bientôt le même animal se détacha et revint mugir sur le même point. Le berger examina avec plus de soin et, ne découvrant rien, ramena encore* son taureau. Celui-ci s'échappa une troisième fois et revint au même lieu mugir plus fortement encore. Le berger, s'imaginant qu'il devait y avoir quelque chose dans cet endroit, se mit à creuser et bientôt il découvrit le corps du saint parfaitement conservé.

Grande fut la joie dans le pays Mais presque

aussitôt guerre entre les deux communes de Sacourvielle et de Saint-Aven tin. Les gens de Sacourvieile voulaient enlever le corps du saint, parce qu'il habitait la tour de Castel-Blancat à l'époque de sa mort. Ceux de Saint-Aventin prétendirent en être les propriétaires bien plus légitimes, puisqu'il se trouvait enterré dans leur territoire. Après longues contestations, les sages du pays décidèrent qu'on s'en rapporterait au témoignage du saint lui-même. Pour cela, on plaça son corps sur un traîneau et l'on attela une paire de vaches choisies dans la commune de Sacourvieile, pour voir où elles traîneraient et arrêteraient le saint. Quelle fut la surprise des spectateurs! les efforts de ces vaches restèrent impuissants; le traîneau ne fut pas même déplacé. Vainement on ajouta une seconde et une troi-

90 LE LARBOL'ST. 3e COURSE.

sième paire de vaches de Sacourvielle, le traîneau ne bougea pas. On mit alors une paire de vaches de la commune de Saint- Aventin; elles enlevèrent le traîneau, le promenèrent longtemps et s'arrêtèrent dans la commune.

On voit encore au village de Saint- Aventin, dans un des murs extérieurs de l'église, une pierre en marbre blanc, grossièrement sculptée et fort ancienne, qui représente le taureau mugissant sur la tombe du saint.

3e COURSE. — IiAC D'OO.

Petite course de vallée a cheval ou à pied (6 à 8 heures pour l'aller., le retour et la station du lac.) Quelquefois on la fait en 4 à 5 heures; mais il faut un très bon cheval, galoper toujours et renoncer presque à rien voir Enfin j'ai entendu quelques jeunes fous se vanter avec beaucoup d'orgueil d'avoir fait cette course en 3 heures! Pour moi, si j'eusse jamais commis pareille extravagance, je me fusse g;»rdé de m'en vanter. Quel mérite peut-on trouver à assassiner un malheureux cheval, à s'éreinter soi-même et à revenir du lac, la tête, l'esprit et le cœur aussi vides qu'auparavant?

Départ. — Choisissez pour cette course , si vous le pouvez, un temps couvert, mais sans brouillard, et une chaussure forte et imperméable; car vous aurez à traverser des flaques d'eau et des roches dures et pointues entassées au pied de la cascade. Nul besoin de lunette, de fusil, de crampons, de bâton ferré, etc. Mais je conseille fort aux dames et aux messieurs qui redoutent à juste titre une vive et humide fraîcheur de se pourvoir d'un chàle ou d'un manteau pour contempler librement, au pied de la cascade, ce qui est le plus admirable dans le bassin de Séculéjo, cette chute si immense et si vaporeuse.

Si vous obtenez une journée nuageuse, partez vers

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