‹ Bains et courses de LuchonChapitre 32 sur 58 · COURSE. — HOSPICE BK LUCHON · texte numérisé non relu

COURSE. — HOSPICE BK LUCHON

Petite course de vallées, à pied, à cheval ou on voiture, S à 6 heures, aller et retour. Elle peut se faire par un temps couvert.

1° De Luchon à la tour de Castelvieil

'page loi) » iO m,

2° l>e la tour à l'entrée de la forêt 1 h. »

Au pont de Charrugues, on trouve plusieurs cataractes gracieuses; au-dessus du pont, on découvre subitement et très-distinctement les montagnes du port de la Glère et du port des Staouas qu'on ne peut s'empêcher d'admirer.

3° De l'entrée de la forêt à l'Hospice.. . . » 30 m.

Beaux hêtres très-élancés, beaux sapins. Cette forêt est magnifique.

On fera bien, en allant, de passer par le vieux chemin et de revenir par la nouvelle route. On aurait à voir dans l'ancienne route les effets d'une belle avalanche. Des arbres déracinés, cassés, brisés, tordus et jetés sur le sol pêle-mêle avec des débris de roches et des blocs roulés forment une longue traînée; de l'autre cMè de la vallée on voit l'effet du bond de l'avalanche.

'K)8 ROUTE d'eSPAGNE. 15e COURSE.

Al' Hospice, rien à voir, si ce n'est tout au plus quelques travaux commencés sur une mine de plomb argentifère.— L'Hospice par lui-même n'offre aucune curiosité. C'est un asile, c'est un refuge parfois très-utile, mais dont il vaut beaucoup mieux pouvoir se passer.

Pour rentrer à Luchon, on pourra passer par la cascade des Parisiennes et par celle des Demoiselles ; ce seraient trois courses réduites à une. (Voyez ces deux promenades.)

loe COURSE. —PORT DE VÉNASQUE.

Grande course de sommets, 10 à 12 heures.

Bépart. — A cheval à six heures du matin ou à sept heures au plus tard; à huit heures il n'est plus temps, si l'on tient à voir quelque chose, à prendre et à conserver quelques impressions de ces grandes et magnifiques courses aux sommets des montagnes qu'on ne refera peut-êtrejamais ; on doit donc choisir une autre course. — Vous avez du commander la veille vos provisions pour le déjeuner. Le guide, qui doit vous fournir des sacoches pour les emporter, les disposera sur les chevaux. — Les cavaliers doivent emporter des verres, du sucre, du rhum, pour faire des glaces au port de la Picade : les dames accueilleront certainement de leur plus gracieux sourire cette bonne attention. — Le guide doit être toujours attentif, dans cette course, à porter secours aux dames et même aux messieurs. Lunette, souliers de montagnes, on peut s'en passer; mais un ciel pur, un soleil ardent, pour doubler l'effet des glaciers, sont absolument indispensables. Faire cette course par un temps nuageux, c'est s'imposer une dure fatigue sans en recueillir les fruits : c'est subir toute la peine et renoncer au plaisir.

P0R1 DE VÉWASQUÏ. 151.»

Feni i-il beau? — Il est facile à Luchon de prévoir dès le matin , mais toutefois après le soleil levé, si l'on peut compter sur un beau jour. Regardez, du bout de l'allée des Bains, les montagnes du port de Vénasque. Leurs aiguilles nues se détachent-elles nettement sur un ciel d'azur? c'est signe d'une belle journée. Voyez-vous, au contraire, des nuages, même de simples brouillards envelopper ces pointes rocheuses? vous trouverez presque toujours les mêmes voiles devant les magnifiques tableaux que recèlent le port de Vénasque et celui de la Picade; alors je vous conseille de choisir une autre course. Mais faut-il s'effrayer tout autant des brouillards et des nuages qui se montreraient à un niveau moins élevé que les aiguilles du port? Non; si celles-ci sont libres et nues, partez sans crainte.

MARCHE. — 1°, 2° De luchon à l'hospice

3° I>e l'hospice aux cintj lacs 4 h. 45 m.

Longue et rude gorge, où il faut se résigner à monter au pas pendant deux heures en suivant jusqu'au dernier des zigzags tracés pour les chevaux. Quand on est nombreux, rien n'est plus amusant que les formes que donnent à la caravane ces inévitables zigzags. On peut rester à cheval jusqu'au sommet du port ; mais pour peu que l'on aime à marcher, il vaut mieux mettre pied à terre, du moins par intervalles.

Rien jusqu'aux cinq lacs, qui, vus d'un peu haut, forment ensemble un groupe très-pittoresque. Le plus grand de ces lacs est d'un bleu presque noir; le ciel et les montagnes s'y réfléchissent d'une manière admirable. Quelquefois on déjeune auprès de ces lacs.

160 ROUTE D'ESPAGNE. 15e COURSE.

]! est beaucoup mieux d'attendre jusqu'au port pour déjeuner en présence de la Maladetta et sous le beau ciel d'Espagne.

i° Des cinq lacs au port » 30 m.

Plus pénible et plus difficile, cette dernière montée est cependant moins maussade. Des aspects plus variés, des neiges permanentes, des montagnes plus déchirées et plus distinctes, une nature plus sauvage, enfin l'espoir d'atteindre bientôt le but de cette pénible course, tout contribue à rendre plus supportable la fatigue de ce dernier relais.

Voyez à chaque pas des roches polies et striées. Elles attestenl l'existence d'anciens glaciers qui couvrirent jadis toute la montagne, et dont il ne reste aujourd'hui que quelques lambeaux de neige immobiles et impuissants.

Voici le port; un pas de plus, voilà l'Espagne

Voilà le mont maudit, la superbe Maladetta et son magnifique glacier! Voyez ce beau massif de roches et de glaces , et cette forêt qui tombe en ruine , forêt vierge que l'homme n'a pu dévaster encore, mais que les frimas désolent!... Loin de moi la pensée de vous décrire un pareil tableau. Pour le spectateur qui a la nature sous les yeux, toute description est faible, trèssouvent ridicule.

Que chacun laisse un instant son esprit et son cœur se livrer à l'admiration d'une telle nature! C'est ici le plus beau spectacle qui soit à voir dans nos montagnes. C'est la première entre les merveilles des Pyré-

POM DK VKNASQUE. ICI

Mais il y en a qui resteront impassibles devant ce tableau, qui lui consacreront à peine un regard, qui n'y trouveront pas l'objet d'une pensée!...

C'est ce qui me surpasse, toutes les fois que j'en suis témoin, qu'il puisse se trouver quelques personnes, non-seulement parmi les femmes, mais même parmi les jeunes hommes aux plus belles manières, qui abordent et quittent avec insouciance ces lieux, scènes d'une admirable magnificence, où la nature parle un langage si élevé, si sublime ! A se comporter ainsi n'y a-t-il pas sacrilège, scandale, aveu d'égoïsme et de manque de cœur?.... Du reste, remarquez-le bien, soit parmi les hommes, soit parmi les femmes, ce seront les personnes les plus occupées d'elles-mêmes, les plus esclaves de la coquetterie, qui, en présence de ces grandes manifestations du pouvoir sublime de Dieu, n'éprouveront aucune émotion , n'exprimeront aucune admiration... et qui, toujours dominées parles sensations matérielles, se retourneront aussitôt, réclamant à grands cris... les vivres, le déjeuner... Mais le prophète l'avait dès longtemps annoncé :... « Us ont des pieds et ils ne marcheront pas; ils ont des oreilles et ils n'entendront pas ; ils ont des yeux et ils ne verront pas. w II n'a pas dit qu'ils ne mangeraient pas. Pour moi, d'un tel homme je ne ferai jamais mon ami, d'une telle femme je ne ferai jamais ma compagne.

Et toutefois l'enthousiasme doit avoir aussi son terme, et il faut bien se rendre aux exigences matérielles de notre malheureuse nature.

Rejoignons le guide qui descend avec les provisions,

162 route d'espagne. 15e COURSE.

quelques pas plus loin, pour disposer le déjeuner auprès de la fontaine.

Halte pour le déjeuner. .......... 1 h. »

Tout en déjeunant et sans disconvenir que ce soit une bonne chose à une telle heure et à une telle hauteur (7,440 pieds ou 2,i80 mètres au-dessus du niveau de la mer), examinez et admirez dans tous ses détails, dans sa couleur vitreuse, dans ses larges crevasses, dans ses formes convexes et formidables, ce magnifique glacier, le plus vaste et le plus dangereux qui soit aux Pyrénées. Si vous avez une bonne lunette voyez aussi les petites pyramides qu'on a construites sur le pic de Réthou.

Les glaciers, les moraines, les roches polies. — Un tel glacier est loin d'être , comme on pourrait le croire, une masse inerte et simplement congelée. C'est au contraire le théâtre et l'agent des plus beaux phénomènes que présente la physique du globe.

Un glacier est sans cesse en mouvement, et dans sa marche, que rien ne saurait arrêter ni ralentir, il entraîne les blocs les plus lourds; il émousse, il polit et il sillonne les rochers les plus durs et les plus résistants et très -souvent il remplit sa vaste solitude de bruits sinistres et déchirants. Voici ce qui se passe :

A cette hauteur, la température de l'air toujours basse est néanmoins très-variable et atteint fréquemment plusieurs degrés, soit au-dessus, soit au-dessous de zéro. Par conséquent le glacier, à sa surface extérieure, tantôt se contracte lorsque la température baisse, tantôt se dilate et entre même en fusion lorsque la température s'élève au-dessus de zéro. A la surface inférieure il n'en est pas ainsi ; en raison de la chaleur centrale du globe, et défendue contre les variations extérieures par le glacier lui-même., la roche, sur laquelle il repose, conserve toujours la même température qui suffit à produire continuellement une lente fusion du glacier. Ainsi

POB I il VÉH i&Q\ i . 163

la surface inférieure du glaeier conserre une température invarial.il \ température voisine de zéro, puisqu'il s'y produit une continuelle fusion.

Lorsque la température Laisse notablement à l'extérieur, et cela arrive au moins toutes les nuits et au moment du lever du soleil, la place extérieure éprouve une contraction, un retrait d'où résultent un fendillemenl général et des fissures plus ou moins larges, plus ou moins profondes qui se produisent avec bruit et fracas sur toute la surface du glacier; ensuite lorsque les premiers rayons du soleil amènent une petite fusion de glace à l'extérieur, l'eau qui en résulte remplit ces fissures dans lesquelles bientôt elle subit une congélation nouvelle. Mais en passant à l'état de glace, l'eau augmente toujours de volume, et, comme on le sait, rien ne résiste à la puissance de l'eau qui se congèle.

D'un autre côté, en raison de la forme de ces fissures, l'eau en s'y congelant y produit l'effet de coins dont la puissance est également irrésistible. Ainsi dilaté et forcé par ces milliers de coins qui agissent sur toute sa masse à la fois, le glacier tout entier se meut et se pousse du côté où il peut le plus facilement avancer. S'il est encaissé latéralement par la vallée ou par les crêtes de la montagne, il ne peut que descendre en avant, et c'est ce qui arrive le plus souvent. Voilà donc comment il se fait que le glacier soit toujours en mouvement et qu'il marche sans cesse en avant.

Or, ce glacier, dont l'épaisseur est énorme et le poids incalculable, en se traînant sur la montagne, roule et frotte contre elle de tout son poids tous les débris de roche qui s'y trouvent naturellement, ceux qu'il détache dans son mouvement irrésistible et ceux qui, engagés depuis longues années dans les couches du glacier, arrivent eniin à la couche inférieure par suite de la fusion lente dont j'ai déjà parlé. De là le poli des roches sur lesquelles marche le glacier, et de là aussi les stries nombreuses qui se remarquent sur ces roches polies. Ces stries sont produites par les arêtes des pierres dures traînées et pressées sur le sol par le glacier.

Mais à mesure que le glacier s'avance au delà de la limite où la température n'est plus assez basse pour empêcher une complète fusion, il subit la loi de la chaleur. Là est le terme

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de sa vie ; là s'éteignent su marche et sa puissance ; là en se dissolvant il dépose humblement sa cendre et ses os : sa cendre, tout ce sable qu'il traîne sous lui et avec lequel il polit la montagne ; ses os, ces énormes quartiers de roche que l'on voit à sa surface extérieure, dans l'épaisseur de sa masse et sous sa couche inférieure. Car les arêtes et les sommets de la montagne, perpétuellement déchirés par l'action de l'air, de la foudre, de la glace, du dégel et des avalanches, parsèment le glacier de leurs nombreux débris. Le glacier emporte ces débris à sa surface et bientôt les cache dans son sein, en les couvrant chaque année d'une couche nouvelle, jusqu'à ce qu'ils parviennent à la couche inférieure pour lui servir alors à unir son lit de roche, ou bien jusqu'à ce qu'atteignant les limites du glacier, ils soient entîn délivrés de leur froide prison.

C'est ainsi qu'en avant du glacier, au point où la température de l'air suftit pour le fondre incessamment, on voit une quantité considérable de débris de roches, les uns frottés, roulés, arrondis, d'autres encore complètement anguleux et tous mêlés d'un sable abondant, former une haute traînée, déposée par le glacier sur toute sa largeur, et par lui refoulés tous ensemble, lorsqu'à la faveur d'une plus nasse température, il s'avance sans éprouver de fusion au delà de sa limite ordinaire.

Ces traînées sont les moraines ; il n'y a point de glacier sans moraine , et les moraines ont toutes la même origine ; elles sont toutes le produit des déjections du glacier. Elles sont d'autant plus puissantes que le glacier est plus vaste et plus ancien ; car elles s'augmentent sans cesse des nouveaux débris que le glacier rejette chaque jour.

Il n'y a pas non plus de glacier sans roches polies. Telles sont donc les traces caractéristiques de tout glacier, les moraines et les roches polies et striées, lesquelles ne sauraient être produites par aucune des autres causes qui agissent à la surface du globe. Les cours d'eau peuvent bien déposer des tramées de sable et de cailloux, mais en les disposant tout le long de leur cours, tandis que les moraines sont en travers des vallées dans une disposition toute contraire et que les eaux courantes ne sauraient produire.

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