‹ Bains et courses de LuchonChapitre 35 sur 58 · VENASQUE · texte numérisé non relu

VENASQUE

Remarquez le grand nombre «le maisons monumentales, on les prendrait pour des établissements publics. Plusieurs inscriptions, écussons, bas-reliefs distinguent les riches et anciennes maisons : ce qui imprime précisément à Vénasque le cachet d'une ville ancienne et riche, tandis que sa saleté et sa petite étendue permettraient de n"y voir qu'un misérable et triste village. — Voyez aussi les murs de la ville; incapables d'une sérieuse défense, ils sont toutefois dominés par quelques tours, dont une entre autres est belle et trèsbien construite.

Ne vous attendez pas à rencontrer des magasins à Vénasque; il y en a cependant, même d'assez bien pourvus; mais il faut prendre un guide pour les découvrir; car, loin de s'annoncer par un brillant étalage , ils semblent se cacher dans l'intérieur des maisons. On peut y acheter notamment des manteaux espagnols en forme de capuchon, de longues et larges ceintures de laine, des jarretières de soie avec des devises. Comme étranger, vous payerez tous ces objets le double de leur véritable prix.

Les Vénasquais sont d'une avidité peu commune. Us se distinguent sous ce rapport même en Espagne. Pour changer votre monnaie de France, ils retiendront 25 à 35 centimes sur o francs , et encore si vous n'y prenez garde, ils vous donneront la monnaie de votre pièce en petites pièces de France, sur lesquelles vous aurez à subir une seconde fois la perte du change. C'est alors 10 à 12 pour cent que l'on perd dans une ville qui est aux portes de France, qui fait avec nous la moitié de son commerce, qui possède autant de monnaie de France que de monnaie espagnole , et qui chaque jour peut replacer au pair la monnaie que lui fournit le commerce français. C'est là une façon un peu arabe. N'en soyez pas surpriv

1(,K1 ROUTE d'eS PAGNE. 17e COURSE.

Les Vénasquais sont précisément d'origine arabe. A quelques lieues en dessous de Vénasque , on voit encore les ruines d'un château maure ; d'ailleurs, il vous sera facile de reconnaître dans les mœurs et les usages de la vallée tout entière l'avidité , la finesse et la férocité des Bédouins.

Faites danser quelques Vénasquais. Leur danse et leur musique offrent assez de curiosité. Dans leurs mains les castagnettes, le tambourin et le triangle forment ensemble un brillant orchestre, du moins très-animé. Il suffit de faire demander par le guide quelques danseurs. Deux ou trois francs qu'ils se distribueront suffiront pour les rendre dispos et contents.

Il n'y a à Vénasque, ni café, ni aucun lieu de réunion pour le soir. Il faut se résoudre à errer dans les sales rues de la ville pour surprendre çà et là quelques coutumes espagnoles , quelques usages de la vallée. Remarquez ces noirs et bruyants cabarets où s'entassent les grosses gens du pays. De leur fumeux et lugubre éclairage de bois de pin à nos becs de gaz quelle distance !

Il vous reste à visiter demain l'église et le fort ; c'est le matin que l'un et l'autre vous offriront plus de curiosité.

L'église est assez petite; mais comme toutes les églises d'Espagne, elle est richement décorée ; de mauvais tableaux, mais des ornements de soie et d'or d'une grande magnificence, surtout les jours de fête. Observez le tabernacle; il est construit de manière à s'ouvrir pendant l'élévation, pour laisser paraître le Saint- Sacrement qui s'avance de lui-même et vient se placer entre les mains du célébrant, le tout au moyen d'un mécanisme à manivelle caché derrière l'autel. Observez aussi l'obscurité qui règne dans cette église, et en revanche le grand nombre de cierges et de bougies

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