‹ Bains et courses de LuchonChapitre 36 sur 58 · V MUSQUE · texte numérisé non relu

V MUSQUE

pendant les otiices. 11 y a d'ailleurs huit lampes qui brûlent nuit et jour, une devant chaque chapelle. Il y a aussi huit prêtres attachés au service de cette église. Huit prêtres à Vénasque, où un seul suffirait à tous les besoins I C'est ainsi qu'en Espagne l'exploitation du service religieux dévore la nation , comme en France l'exploitation de la justice. Toutefois on commence en Espagne à diminuer la surabondance du clergé. On supprime à l'égard d'un très-grand, nombre de prêtres les traitements qui leur étaient alloués; on ne maintient que ceux qui sont à peu près nécessaires pour le culte religieux.

Le château fort, plus pittoresque que redoutable, offre peu de curiosité. Il domine au loin toute la~vallée. Si l'on s'est pourvu d'une lettre pour le gouverneur, on visitera le fort sans danger; sinon, il est prudent de s'en abstenir, du moins lorsque les affaires politiques offrent en France ou en Espagne quelques complications. Il est arrivé au gouverneur de Vénasque de retenir prisonniers, sans autre motif que son caprice, des visiteurs très-inoffensifs , jusqu'à ce qu'ils eussent reçu de l'ambassadeur à Madrid des lettres de délivrance.

Retour. — Revenez-vous simplement à Luchon , ou, prenant goût aux mœurs et aux coutumes de l'Espagne et à ses petites villes de guerre, voulez-vous visiter encore la vallée d'Aran et Vielle , sa très-petite place forte ? Dans ce dernier cas , je vais vous donner deux itinéraires pour aller de Vénasque à Vielle : l'un par le port de la Picade et l'hermitage d'Artigue de Lin, et l'autre en plein pays espagnol, par derrière la Maladetta , à travers plusieurs villages de i'Aragon et de la Catalogne.

196 ROUTE d'eSPAG>E. — 17e COURSE.

Si vous laites deux fois la course de Vénasque, vous prendrez successivement ces deux itinéraires ; mais si vous ne faites cette course qu'une seule fois, préférez le premier, pour votre retour à Luchon, je vous le conseille : et c'est celui que je vais tracer tout d'abord.

Partez de Vénasque à 7 heures du matin, à 8 heures au plus tard, sous peine de ne pouvoir atteindre Vielle et de subir une mauvaise nuit à Artigue de Lin ou partout ailleurs.

Dans tous les cas , il faut reprendre la même route jusqu'au delà de l'hôpital espagnol. N'en ayez nul regret; en remontant la vallée de Vénasque, on la voit sous un aspect tout nouveau et beaucoup plus sauvage. — Les hautes cimes , les magnifiques monts qui ferment le tableau, les gorges étroites qui apparaissent et qui semblent infranchissables , les moraines qui se dessinent beaucoup mieux, tout contribue à rendre par exception la vallée de Vénasque plus belle en montant qu'en descendant.

Mais hâtez-vous... Toutefois ne quittez pas Vénasque sans prendre au moins l'excellent chocolat qu'on sait si bien faire en Espagne , et les provisions que vous aurez demandées dès la veille, condition de rigueur.

3>e Vénasque à l'hôpital espagnol 5 h. »

Une halte est inévitable à l'hôpital espagnol , soit pour payer à l'hospitalier le droit de 25 centimes par cheval, soit pour présenter aux carabiniers le passavant de la douane espagnole. Profitez de ce temps d'arrêt pour donner l'avoine aux chevaux et pour faire vousmême un second déjeuner.

rÉXASQuii. 197

En même temps vous vous déciderez à l'égard du voyage de Vielle et de la vallée d'Aran.

Si vous devez rentrer à Luchon , ce sera par le port de Vénasque, la route la plus courte (6 heures), ou par le port de la Picade , dans le cas où vous ne l'auriez pas encore visité (7 heures). Voyez cette course page 171.

Si vous vous décidez pour la vallée d'Aran, voici votre route :

De l'hôpital espagnol à l'entrée du plan des Étangs 45 m.

Ensemble magnifique d'horreur et de désolation ; on dirait la nature entière en ruine. Voyez ces blocs énormes entassés partout; à gauche cette vaste roche, la Penna Blanca , toute déchirée, laissant paraître çà et là des pans de dolomie grisâtre plus sales, plus déchirés encore ; à droite ces pins de la forêt de Paderne, la plupart abattus, gisant sur le sol pêle-mêle avec mille débris de roches; et ces trois grosses piques de Paderne s'élevant comme des témoins consternés et muets de ce désastre universel ; devant vous de petits monticules dolomitiques jaunâtres, humiliés devant le redoutable auteur de ces grandes œuvres ; enfin , ces jeunes pins parsemés çà et là , nés au milieu des cendres de leurs pères , se parant à l'envi des belles formes de leur âge , comme pour implorer le Dieu toujours courroucé contre leur maudite patrie.

Du plan des Étangs au port de la Picade. . . 1 h. 30 m.

Longue prairie; serpenteau délicieux; belle vue de la pique Fourcanade. — On pourrait passer par le

198 route d'espagne. 17e COURSE.

Trou du Taureau; mais on allongerait de près d'une heure.

Du port de la Pîcade à l'Hermîtage 2 h.

Source de Joueou. — On peut descendre par la Coume de Poumère et voir sur ce passage la source de Joueou, une des choses les plus saisissantes qui soient dans ces montagnes. Quatre jets sortent de la roche avec impétuosité et constituent aussitôt un torrent redoutable. C'est l'eau des glaciers de la Maladetta que vous avez vue se perdre dans le Trou du Taureau et qui reparaît augmentée de plusieurs infiltrations ou pertes semblables. C'est l'eau la plus centrale des Pyrénées; on est tenté de la considérer, malgré les principes de la géographie, comme la véritable source de la Garonne. — Des expériences très-concluantes ont démontré que l'eau de cette source est bien celle qui se perd dans le Trou du Taureau. On a jeté entre autres choses dans le gouffre une quantité considérable de râpure de bois, que d'autres observateurs apostés ont bientôt vue ressortir par la source de Joueou. D'ailleurs vous pouvez vous convaincre qu'elle apporte là au Goueil de Joueou le même sable granitique que vous avez remarqué au plan des Aougouailluts au prétendu Trou du Taureau. — Cette source fut autrefois consacrée à Jupiter, comme l'indique encore son nom de Joueou [Jovis), Goueil de Joueou, Œil de Jupiter.

Cette descente par la Coume de Poumère et la source de Joueou est rapide et difficile pour d'inhabiles marcheurs. Il est presque impossible de ne pas tomber plusieurs fois. Aussi beaucoup passent-ils par l'immense pâturage d'Aubert et par la forêt d'Artigue de Lin, descente sans danger, mais également trèspénible.

WNVSQUE. 199

On arrive en tin à YHennitage d'Artigue de Un et Ton s'y repose avec bonheur. On y fait un second repas; on visite la chapelle qui sert de magasin aux contrebandiers; on complimente Yhermite sur sa belle compagne, sur sa nombreuse société, sur son hermitage-château, sur son lait exquis , sur ses provisions comfortables, et l'on se hâte de repartir.

De l'Hermitage à Vielle 3 h. 30 m.

La vallée d'Artigue de Lin jusqu'à Las Bordes est peu curieuse en descendant. — On rencontre une seconde moraine. — A la moraine on tourne à droite vers la belle et grande forêt de Varicaoude, qui vient rompre agréablement la monotonie de cette longue route, et l'on tombe au village de Gauzac. Voyez à l'église de beaux restes antiques. — De Gauzac on voit déjà Vielle, son petit fort, ses clochers, et cet amphithéâtre parsemé de villages qui l'entoure.

Ou bien, à la moraine, on peut prendre à gauche et descendre jusqu'à Las Bordes. — Las Bordes ou Castel- Léon , ancienne capitale de la vallée d'Aran, est un gros et beau village où l'on se caserait assez bien, si l'on ne se sentait pas le courage de poursuivre jusqu'à Vielle.

Pour remonter à Vielle on traverse une large et belle vallée : plusieurs villages , beaucoup de culture ; mais rien de pittoresque. Il semble qu'on ne soit plus au cœur des montagnes; on éprouve un regret.

Parvenu à Vielle, allez à l'auberge qui est au delà du pont et de la place de l'église à gauche. C'est la seule où l'on ne soit pas entièrement mal.

200 route d'espagne. 47e COURSE.

L'église, le pont, le marché, la ville elle-même, quelques belles maisons, des ruines, des restes antiques et le petit fort sont autant de choses à voir rapidement. — Ensuite allez à Belren, village au delà de Vielle,, a 20 minutes, pourvoir la porfe de l'église, monument curieux devant lequel les dames éviteront toutefois de s'arrêter. Cette porte est du même style que celle de l'église de Vielle; mais elle est beaucoup mieux conservée. Elle offre des sujets extrêmement bizarres, un joli groupe de musiciens et pêle-mêle les nudités res plus dégoûtantes. Voyez aussi le bas-relief incrusté dans le mur extérieur du chœur.

Second itinéraire. — Si l'on veut aller de Vénasque à Vielle en passant par derrière la Maladetta et les villages espagnols, il faut aussi se mettre en route de très-bonne heure, pour arriver à Vielle avant la nuit.

MARCHE. — 1° De Vénasque à Cerlé 10 m.

Passez au-dessus de la citadelle de Vénasque à droite ; bientôt vous atteignez le village de Cerlé, où lien ne saurait vous retenir.

2° De Cerlé au port de Castanèse » 2 h.

Vous contournez la Maladetta, et vous remarquez surtout le piquon de Vénasque, dont le sommet extrêmement aigu captive longtemps vos regards.

3° Du port de Castanèse à Castanèse 2 h.

Vous remarquez à gauche des cabanes espagnoles habitées par des bergers et occupées par de riches troupeaux.

VÉSASQUB. 20 i

On sait que les Espagnols sont depuis fort longtemps en possession d'élever des troupeaux fort nombreux, dont les produits en laine et en fromages sont une des sources principales de la richesse publique en Espagne. Les éleveurs de troupeaux, appelés fjanaderos, forment ensemble une vaste association trèsancienne, qui jouit en Espagne de privilèges très-étendus remontant à des époques très-reculées. L'industrie des troupeaux (ganaderia) est donc très-développée chez nos voisins; aussi trouve-t-on parmi les bergers espagnols des hommes très-habiles en tout ce qui regarde l'élevage du bétail.

Vous remarquez dans tout ce vallon des précipices et des cataractes magnifiques ; et bientôt vous entrez dans un chaînon de montagnes situé derrière la Maladetta et composé de roches noires pénétrées de graphite , lequel vous conduit à une haute vallée dont la végétation brillante réjouit enfin les yeux.

Comme le val d'Esquierry, c'est une de ces hautes vallées fertiles où le botaniste est assuré d'une riche moisson; car les plantes qui s'y trouvent en grand nombre diffèrent à peu près toutes, à cause de leur station élevée, de celles qui croissent dans les basses vallées.

4° De Castanèse à VidaiUet 2 h. »

La route passe entre deux mamelons couverts de chênes verts qui forment de véritables broussailles.

Vous arrivez ainsi à Vidaillet, où vous pouvez loger chez Jean le Vitrier : vous y serez assez bien sous tous les rapports.

202 route d'espagne. — 17e COURSE.

5° De Vidaillet à Cénet 3 h. »

Vous contemplerez sur votre passage la belle cascade qui descend du pic de Néthou.

6° De Céret à l'hospice de Vielle 1 h. 30 m.

7° De l'hospice à Vielle 4 h. »

(Voir la description de Vielle, p. 199)

RETOUR de Vielle à liiichon. — Pour rentrer de Vielle à Ludion, le trajet le plus court est de passer par Las Bordes et de monter de là au Portillon par un petit chemin tracé sur le flanc de la montagne.

Ou bien on va de Las Bordes à Bosost pour prendre la route ordinaire du Portillon ; ou bien enfin on parcourt l'entière vallée d'Aran jusqu'à Fos et à Saint- Béat pour rentrer à Luchon par la route de Toulouse.

Je ne trace ici que la première route ; pour les deux autres voyez la course de Bosost ou celle de Saint- Béat.

De Vielle à lias Bordes 2 h. »

Un quart d'heure en dessous de Vielle, on rencontre près de la route à gauche un débris de l'ancien couvent et de l'église de Mitg-Aran, qui fut construite sur le lieu même qu'occupait un autel des païens, Ara, consacré aux sacrifices : d'où le nom du couvent et celui de la vallée. De tout cela, il ne reste guère qu'une croisée gothique sans curiosité.

Vous traversez le long et sale village d'Aubert, et son pont très-pittoresque. Retournez-vous ensuite

VÉ.NASQUE. 203

pour revoir cet ensemble qui serait le sujet d'un joli dessin.

De Las Bordes à Labourdette 45 m.

Promenade toute pastorale.

De Labourdette au pas de la Bareste . ... 1 h, »

A Labourdette, ayez soin de quitter la route. On tourne à gauche, et par le chemin des contrebandiers on monte sans trop de peine au roc de la Bareste, témoin de plus d'une scène sanglante. Ce passage est maintenant sans danger, mais il est très- rude; il faut mettre pied à terre pour quelques instants.

Bu pas de la Bareste au Bortiïlon. » , . . 1 h. 15 m.

On passe par le plan d'Aigue-Vère (eau véritable, eau pure), où l'on peut faire halte pour le déjeuner. On a sous les yeux la belle Vallée d'Aran et les hautes montagnes de la Catalogne et de l'Ariége.

Bu Portillon à Bagnères 1 h. 30 m.

(Voyez la course de Bosost, page 260.)

GEOLOGIE. — De Luchoii au port de Vénasque, voir page 175. — Du port à Vénasque, de Yénasque à Vielle, et de Vielle à Luchon, on est toujours sur le silurien ou sur le déconien, sauf toutefois quelques points où se montre le terrain primitif. On ne rencontre donc que calcaires , calschistes et schistes de toutes les espèces, même quelques eurites. La Penna Blanca est formée de calcaire dolvmitique subsaccha- Yotde 1 J «'» C] et de dolomiejaunâtre ' 1 40 C). Avant le montSeia, près de Yénasque, on rencontre une brèche de schiste (5 H) fort jolie, de formation presque récente, et ensuite de belles couches de cipolin et de divers autres marbres saccharoïdes faisant pailie du terrain de micaschiste. Ces couches sont redressées ; mais elles plongeât vers la Maladetta et se relèvent sur Vé-

20i ROL'TE D'ESPAGNE. 17e COURSE.

nasque, tandis qu'elles devraient s'incliner au contraire vers la Maladetta, qui est le centre du soulèvement de toutes ces montagnes. On en doit conclure qu'il est au sud de Vénasque quelque autre massif granitique qui, par un soulèvement plus récent, a tourné vers elle des couches qui n'eussent dû jamais cesser de rester prosternées devant la belle Maladetta, leur reine. Il en est de même dans la vallée d'Aran. Entre Las Bordes et Labourdette, on voit des schistes qui, au lieu de s'incliner vers la Maladetta, reposent au contraire sur le massif granitique de Bosost.

Du reste, il y a encore d'autres faits analogues aux alentours de Luchon, aussi bien que dans les autres parties de la chaîne des Pyrénées, dont l'orographie géognostique est beaucoup moins simple qu'elle ne le parait au premier abord. Ainsi serait-il facile de montrer dans les Pyrénées trois axes de soulèvement presque parallèles : un qui occupe à peu près l'axe topographique de la chaîne; et les deux autres, l'unenFrance, l'autre en Espagne, qui n'apparaissent que par lambeaux isolés comme des îlots granitiques au milieu de terrains plus récents. On pourrait croire que ces deux axes sont dus à des relèvements plus récents que celui du centre ; je pourrais prouver, au contraire, qu'ils sont plus anciens, et montrer encore ici quelques faits peu propres à étayer les doctrines émises par tels savants auxquels on accorde aujourd'hui une confiance aveugle et sans bornes.

Mais je dois réserver une question aussi ardue et aussi abstraite pour mon Examen des questions douteuses de la géologie. Les développements qu'elle exige et la nature même toute technique de ces développements la rendraient déplacée dans cet opuscule, fait, je le répète, pour les touristes et les baigneurs, et non pour les savants, les seuls que pût intéresser une dissertation semblable. Toutefois on trouvera à la course de Super-Bagnères et à celle de Saint-Béat, quelques considérations spéciales dans lesquelles j'ai été entraîné par l'importance des questions que soulève la géologie de ces localités classiques.

BOTANIQUE, — Du port de Vénasque à l'hôpital espagnol : le patent Ma nivalis à jolies Oeurs blanches et à feuilles soyeu-

FONTAINE RRftUGlHBUSE. 205

sos en dessous, dans les fentes rocheuses de la Penna Blanca ; Yerinus alpinus, gazon aux fleurs roses, qui descend de sa station neigeuse Jusque dans les premières vallées que l'on rencontre en abordant les Pyrénées, le pyretrum alpinum aux fleurs blanches, les sapunaria ccspitosa, gaya pyrenaica, merendera bulbocodium, saxifraga longifoliaet cœsia, carduus carlinfjides, aster alpinus, arenaria purpurescpus , daphne oneorvm, draba aizoïdes, arenaria tetraquetra, var. uniflora, <iav. seseli pyrenammy valeriana heterophylla.

De l'hôpital espagnol à Vénasque : Carduus spinosissimus, cnicus monspeliensiSj lavandula pyrenaica, astragalus aristatus, vnonis rotundifolia et aragonensis, galium pyrenaicum, aconitum anthora, nepeta graueolens, ramondia pyrenaica.

Du port de la Picade à Vielle : Ranunculus amplexicaulis , atropa belladona, artemisia procera, iisimachia ephemerum, echium pyramidale.

18e COURSE. -FO.VTAHE FERRITGIXEIISE.

Promenade du matin, 2 h. au pas de marche aller et retour; 3 à 4 b. au pas de promenade. — Nulle précaution particulière.

1° De luchon à la tour de Castelvîeil (p. loi) . . io m.

Vous ne monterez pas à la tour; mais en passant vous lui consacrerez une pensée.

2° De la tour à la fontaine ferrugineuse 15 m.

A peine a-t-on dépassé la tour, on voit, à gauche, un petit sentier fermé sur la route par une clairevoie. Descendez-le avec précaution jusqu'au bord du torrent. Il conduit à la précieuse fontaine, très-reconnaissable au dépôt qu'elle forme. Vous y trouverez le plus souvent la fille du propriétaire de la source et du pré ; elle se tient à la source pour recevoir la petite létribution des buveurs. Cachée derrière ce rocher sauvage, au bord de sa très-petite source, on dirait la

20G ROUTE d'eSPAGHE. — 19e COURSE.

nymphe de la fontaine. — La roche d'où s'échappe cette eau bienfaisante est une pegmatite micacée pyritifère, passant tantôt au granité et tantôt au gneiss. Les pyrites disséminées dans la roche expliquent la présence et l'origine de cette eau ferrugineuse froide.

En remontant à gauche, au-dessus de la fontaine, un petit sentier vous conduit sur un banc ménagé dans la pierre. On voit de là dans le torrent une belle chute, au milieu d'un encadrement de roche et de verdure dont l'ensemble forme un tableau délicieux.

Pour rentrer à Luchon, il faut remonter par le même sentier. Il paraîtra beaucoup moins rude et moins pénible, si l'on saisit cette bonne occasion pour cueillir les jolies fleurs qui abondent dans la prairie et surtout dans le bois près de la fontaine. En un clin d'œil on aura fait un délicieux bouquet; car ces petites fleurs des bois et des prés ont bien aussi leur charme et leur parfum.

19e COURSE. — PIC DE I/ESTÊCADE.

Petite course de sornmet, à cheval, 6 à 7 heures. Il faut choisir une belle journée. —Départ à 6 ou 7 heures au plus tard.

miiRCfflË. — i° De luchon à l'hospice. . 2 h. » '2 J De l'hospice à Rouraingaou 45 m.

C'est une montée très-rapide, mais que l'on fait sans danger et qui n'oblige même pas à descendre de ch eval 3° De Bouxningaou à Pouilané 30 m.

Pouilané est un vaste pacage. On laisse à gauche les beaux pâturages de Campsaure et l'on arrive aux cabanes où se font les fromages.

PH de l'kntécade. 207

Ces cabanes sont occupées par les Aranais. Or, c'est là une flagrante usurpation et d'autant plus incroyable que ce sont les Luchonnais qui payent l'impôt foncier pour tout cet immense versant couvert de prés. Conçoit-on que les Luchonnais se laissent ainsi déposséder d'un terrain qui appartient évidemment à la France, dont la commune de Luchon paye en effet l'impôt foncier, et dont néanmoins les Espagnols ne laissent aux Luchonnais que la plus petite portion?

i° De Fouilané au pic de l'Entécade. ... 1 h. »

C'est le seul point un peu rapide et qui oblige à descendre de cheval. Le trajet se fait sur une pelouse parsemée de rochers jusqu'au sommet.

Du haut du pic vous jouissez d'une vue d'ensemble splendide, plongeant dans les vallées d'Aran, d'Oueil, deLarboust, du Lis, de Cierp, etc., et embrassant la plus grande partie des montagnes que je vous ai nommées à l'occasion de toutes nos grandes courses. Tout près de vous vous avez le port de Vielle; ensuite, en allant de gauche à droite, vous remarquez successivement la pique Fourcanade, le pic des Barrans, le pic de Poumère, la pique Blanche, le pic de Tséthou et le pic de la Maladetta avec tous leurs glaciers, le Perdiguère, la Tus de Maupas, le pic Quairat; plus au loin les montagnes du Marboré et la brèche de Roland, le mont Perdu, le pic du Midi de Bigorre et le pic d'Arbison ; plus près de vous, le Monségut de Gouaoux, le Monné, le Montespé, le Monlas, le Monsacon, les pics de Gard, de Cagire, de Crabère; audessus d'eux, dans le lointain, le Canigou, les mon-

208 ROUTE d'espagne. 20e COURSE.

tagnes d'Ax, le mont Vallier et les autres cimes de l'Ariége, enfin les sommets de la vallée d'Aran jusqu'au port de Vielle. De ce côté l'on voit surtout un très-grand nombre de pics espagnols dont je regrette beaucoup d'ignorer les noms.

On compte aussi de 12 à 15 villages.

RETOUR. — De l'Entécade à Roumingaou. 1 h. 30 m.

Si vous êtes à pied, vous pouvez descendre par les belles pelouses de Campsaure; mais si vous êtes à cheval, vous êtes obligé de revenir par la même route jusqu'à Roumingaou.

6° De Roumingaou à l'Artigon 30 m.

Au lieu de descendre à l'Hospice, traversez les pâturages de Campsaure jusqu'à l'Artigon ; ce sera, d'ailleurs, comme un repos dans cette course.

7° De l'Artigon à Luchon 1 h. 45 m.

Passez près de la cascade de Courréges : elle tombe d'une hauteur de 30 mètres environ au milieu de débris d'arbres et de rochers qui lui forment ensemble un encadrement magnifique.

20* COURSE. — VALL.ÉË DU EJTS.

Petite course de vallée, 6 à 7 heures. — On peut la faire en 3 à 4 heures^ si l'on veut galoper toujours et renoncer à voir les détails et les curiosités de cette course.

Départ. — Un jour brumeux suffit pour cette course, quoiqu'on doive perdre alors le bel aspect des glaciers de Crabioules ; on les reverra dans quelque autre course. Il suffit de partir à onze heures ou même à midi, sans autre précaution qu'une bonne chaussure.

Dédicace des cascades aux. hommes oui ont illustré les Pyrénées. — La vallée du Lis aussi bien que les gorges et les vallons qui en dépendent offrent ensemble un caractère spécial que rien n'égale dans le reste des Pyrénées : c'est le trèsyrand nombre de cascades qu'on y rencontre sur tous les points. Or, au milieu des montagnes, rien ne se présente plus animé, plus vivant qu'une cascade. Les consacrer au souvenir de ceux qui ont quelque page acquise dans l'histoire de la localité ou dans celle de la chaîne entière, c'est remplir le devoir le plus simple, le plus sacré, celui de la reconnaissance; c'est élever aux hommes qui les ont mérités des monuments gracieux, durables, dont la nature fait tous les frais, les seuls que puisse se permettre le pauvre habitant des montagnes. J'ai donc voulu simplement me faire ici l'interprète de la pensée des Luchonnais en consacrant les cascades de la vallée du Lis aux hommes qui ont le plus illustré les Pyrénées et particulièrement à ceux qui ont le plus contribué à accréditer les thermes de Luchon.

Peu de villes ont, comme Toulouse, une grande salle des hommes illustres au Capitole. Peu de bains auront une galerie de cascades illustres aussi riche que celle de Luchon dans les gorges et les vallons du Lis.

Voyez la course des Cascades Illustres qui fait suite à celle-ci et qui la complète.

MlRCIIE. — 1° »e luchon à Castelvieil . 45 m. 2° De Castelvieil à la cascade Barié 30 m.

On traverse le pont de la Padei; bientôt après, le pont d'Arràbi, et l'on pr»nd à droite Ost l'entrée d*

210 ROUTE D'ESPAGNE. — 20e COURSE.

la vallée dn Lis, ainsi nommée parce qu'au printemps les prés y sont couverts de lis (Lis Martagoni belle plante de nos montagnes).

Grandes avalanches. — Silhouette pittoresque des montagnes de Vénasque dominées par la Pique que l'on distingue mieux de ce point et que l'on voit en effet comme une grande pique, déchirant les nuages et néanmoins impuissante à préserver ces monts des orages et des frimas.

lre Cascade Vxguerie. — Bientôt devant vous se montre un ravin sombre et touffu d'où l'on voit s'échapper une belle cascade que j'appellerai cascade Viguerîc. Ce nom, dont s'honorent également, surtout dans la Haute-Garonne, la médecine, l'administration et la finance, justifiera, jel'espère, cette consécration. Puisset-elle rappeler toujours aux Luchonnais et aux baigneurs eux-mêmes un -des hommes qui ont le plus contribué à accréditer les sources de Luchon et à vaincre par elles de cruelles douleurs! La cascade Viguerie descend des vignes de Boneou (vigne veut dire montagne comme dans vigne-mâle.)

2e Cascade Barié. — Quelques pas plus loin on aperçoit le pont qui conduit aux prés et gorges de Boneou. Rapprochez-vous et voyez sous ce pont un gouffre et une cataracte des plus remarquables. C'est la cascade Barié, encaissée par des roches que l'eau a polies sous des formes étranges. Le nom de Barié doit se conserver à Luchon : deux réputations, celle du père et celle du fis depuis longtemps inspecteur des eaux, ne sont pas le seul titre à cette distinction.

Y\l III DU LU. 211

3° De la cascade Barié à la cabane du Lis. . 1 h. »

Gros arbres û*es sur des blocs de roelie.

On reprend le chemin du Lis, et l'on admire tout autour de soi ces beaux arbres, hêtres, frênes et tilleuls, reposant sur de gros blocs de roches. Ces roches ellesmêmes sont très - remarquables; les unes semblent sculptées en dentelles, d'autres paraissent tricotées à gros points, d'autres enfin sont entièrement compactes et d'une dureté excessive. Ce sont autant de variétés (Yeurite.

Mais comment ces arbres ont -ils pris naissance? comment se sont-ils développés sur ces roches nues et impénétrables? C'est une question que chacun s'adresse et qui est souvent restée sans réponse. Voici l'explication .qui me paraît la plus simple. Admettez que les roches qui portent ces arbres se trouvaient autrefois enfouies dans la terre végétale. Nés de graines à la surface de ce sol si fécond, les arbres ne purent pousser leurs racines sans rencontrer bientôt ces blocs d'eurile. Les racines durent en suivre les contours, s'enfoncer encore au-dessous d'eux et enlacer ainsi ces quartiers de roches. Flus tard de grandes eaux sont venues enlever la terre végétale ; les blocs de roches furent donc mis à nu aussi bien que les racines qui les enveloppent. Mais ces racines qui pénètrent profondément au-dessous de ces blocs s'enlacent encore sur d'autres roches sous -jacen tes, si bien que les plus grandes eaux seraient désormais impuissantes à abattre ces arbres. Pour les arracher il faudrait une force capable de déchirer et de rompre leurs racines ou bien de soulever à la fois cinq ou six de ces énormes blocs. Or, ils sont engrenés tous ensemble et solidaires entre eux, comme ils le semt à l'égard de l'arbre qui les unit

212 route d'espagse. 20e COURSE.

et qui les protège, lui aussi, contre la marche et l'active impulsion des torrents.

Au milieu de ces blocs et de ces arbres si étroitement unis se voient de grandes saillies de roche massive en place, c'est toujours de Yeurite; mais ce qu'il importe d'y remarquer ce sont ces surfaces polies et striées horizontalement qui se montrent le long du chemin : elles constatent l'action des glaciers qui remplissaient autrefois toute cette vallée aujourd'hui parée de verdure et de fleurs. C'est le même phénomène qu'on a déjà remarqué en arrivant au lac d'Oo. (Page 97.)

3e Cascade Richard. — A peine a-t-on dépassé ces arbres si étroitement unis aux rochers, que l'on voit, à gauche sur le gazon, un petit sentier jusqu'au torrent; il vous mène à la cascade Richard, autre cataracte se brisant avec rage au milieu d'un gouffre d'une horrible beauté. M. Richard est un artiste distingué qui a beaucoup exploré les vallées luchonnaises , et qui a découvert et peint le premier cette cascade ; elle lui est, et à bon droit, dédiée depuis longtemps.

Après avoir admiré quelques instants les beaux mouvements de la cascade Richard, on reprend encore le chemin du Lis. La vallée s'ouvre aussitôt; on arrive aux cabanes du plan de Cazaux. Mais déjà l'esprit est absorbé par un spectacle magnifique : c'est la vue des monts glacés qui couronnent la vallée et dont l'immense cadre grandit encore à chaque nouveau pas que l'on fait. Rien n'est plus saisissant que la vue de ces grandes montagnes livrées à la mort des frimas éternels. Il est vraiment à plaindre, je le répète, celui qui, en présence d'une- telle manifestation de la puissance

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divine, ne se sent nullement ému et ne revient pas à l'humble pensée de sa faiblesse.

Reconnaissez les principales têtes de ce magnifique tableau, toujours de gauche à droite : la tus de Maupas (pic du mauvais pas), les pics, les crêtes et les glaciers de Crabioules, et le pic Quairat derrière lequel se cachent les montagnes du port d'Oo.

Un peu plus loin on voit à droite un éboulement considérable de gros quartiers de roches. C'est le chaos du Lis, fort peu de chose à côté du célèbre chaos de Gavarnie.

Lorsque vous arrivez au centre de la vallée, faites une petite halte pour admirer dans tout son ensemble cette belle verdure, ces riches prairies , l'effet toujours plus beau des glaciers de Crabioules, enfin tout ce cirque de roches abruptes qui n'a pour issue que la porte d'Enfer, et qui ne fut longtemps peuplé que par les pins et les sapins, ces habitants séculaires des lieux les plus sauvages et les plus glacés.

Ici vos chevaux vous entraînent presque malgré vous à la cabane du Lis, à ce chalet de création moderne où ils ont promptement contracté l'habitude de prendre une petite ration d'avoine, et où le voyageur trouve aussi du lait excellent, des fraises et un assez bon assortiment de vins et autres éléments de vie.

Vous n'aurez que l'embarras du choix; mais ne vous oubliez pas trop longtemps dans cette salle peu ravissante: tel n'est pas le but du voyage.

Vous avez à voir maintenant les plus belles eaux et leurs effets les plus rares.

214 route p'espagne. 20e COURSE.

k° De la cabane à la cascade d'Enfer. 15 m»

Entendez-vous mugir de toutes parts les cascades et les torrents? Prenez garde, vous êtes dans le vestibule du trône de Pluton. Inspirez-vous d'un souvenir de Proserpine ou d'Énée et marchez droit à la cascade d'Enfer. A ses côtés deux cascades aériennes ont déjà fixé vos regards : ce sont les ombres de Dietrich et de Palassou, les minéralogistes pyrénéens qui eurent avec Pluton les relations les plus intimes.

fce Cascade Palassou. — Qu'elle soit dédiée à ce pyrénéen célèbre, qui fut longtemps le patriarche des minéralogistes français, cette jolie cascade filiforme que vous voyez à gauche s'accrocher à la roche comme le mineur à son filon! Palassou, le marteau à la main, a exploré la chaîne entière des Pyrénées, il en a suivi toutes les couches, mesurant leurs directions et leurs inclinaisons, et il a signalé des faits importants, notamment une roche qui porte encore son nom (ophite de Palassou). Or, celle ophite est par excellence la roche plutonique de nos montagnes , celle qui dans toute la chaîne remplace les basaltes et la lave des volcans. Palassou a composé plusieurs volumes de mémoires sur les Pyrénées; il habitait Ogenne, canton de Navarrenx , dans le Béarn ; il y est mort le 28 mai 1830, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.

T5e Cascade Dietrich. — A droite, vous voyez une cascade également filiforme, également accrochée aux sinuosités de la roche. N'est-ce pas l'àme de Dietrich, toujours en peine de découvrir quelque nouveau filon

ou la trace de quelque métal précieux? Dietrich, qui est entré dans toutes les galeries, dans toutes les petites fouilles dont la chaîne est partout criblée, a fait, sur les mines des Pyrénées, le travail le plus complet, le plus énorme qui soit connu. Il a signalé et décrit trois ou quatre cents mines au moins dans nos montagnes; beaucoup trop sans doute, mais qui n'en condamnent pas moins de toute la force d'une puissante voix l'oubli presque complet dans lequel on laisse les mines de toute espèce dont la nature a pris soin de doter notre chaîne.

Valeur «2cs mines dans les Pyrénées. —

On a dit souvent que les essais d'exploitation avaient tous échoué dans les Pyrénées, que décidément ces montagnes ne recèlent que des filons insuffisants ; c'est là une double et profonde erreur. La preuve que tous les essais n'ont pas échoué dans nos montagnes, c'est qu'on retrouve encore sur plusieurs points de grands travaux, de longues galeries qui constatent d'anciennes exploitations faites sans nul doute avec avantage, puisqu'on les a si longtemps soutenues. Pourquoi donc les travaux plus récents sont-ils restés sans résultat? Pourquoi? La raison en est facile à donner. Les tentatives faites depuis cinquante ans environ ont toutes péché par deux bases très-importantes. La plupart des exploitants n'avaient pour tenter la fortune que de trop faibles avances qu'ils épuisaient avant d'avoir atteint le cœur de leur filon. Et, en outre, comment leurs travaux ont-ils été conduits? De la manière la plus pitoyable, et presque toujours sous la direction d'un simple piqueur, venu des ateliers d'Allemagne ou du Piémont, et accepté chez nous comme maître mineur, directeur, ingénieur, chimiste, géologue, etc. De là mille fautes

21G ROUTE D'ESPAGNE. 20e COURSE.

qui étaient commises : travaux ouverts sur des points mal choisis, direction de ces travaux toute contraire à celle qu'il eût été rationnel de leur donner, écoulements, dégradations résultant d'imprévoyances grossières, constructions et machines impropres, produits accessoires utilisables rejetés par ignorance dans les déblais et qui devaient précisément former le bénéfice net de l'entreprise, etc.,... sans parler de dilapidations souvent inévitables de la part de gens sans nom et sans crédit. Les opérations de mines ne sont jamais de minces affaires : c'est les compromettre gravement , c'est risquer toute une fortune que de ne pas s'entourer , avant de les entreprendre et pendant tout le cours des travaux, des lumières que peuvent fournir les hommes les plus spéciaux et les plus capables.

6e Cascade d'Enfer. — Nous voici à la porte d'Enfer. Descendez au pied de la cascade dont vous avez remarqué de loin les trois étages resserrés dans ce noir conduit qu'elle s'est verticalement creusé. Descendez, vous apprécierez mieux les détails qui se rattachent à cette belle cascade, si parfaitement dénommée la cascade d'Enfer.

5° 3>e la cascade d'Enfer à la cascade du Cœur, 15 m.

7e Cascade du Cœur. — Traversez à gué le torrent et allez jusqu'au pied du ravin qui s'ouvre sur la rive droite du Lis. Là, dans un site beaucoup moins affreux, embelli d'arbres et de fleurs, vous admirez une cascade encore plus belle, la cascade du Cœur,

Ce nom, non moins ancien que le précédent, fait pressentir le plaisir qu'on éprouve à la contempler; et, en effet, sa forme et tous les accidents qui l'en-

tourent justifient ou du moins justifièrent longtemps, cette heureuse dénomination.

Cette cascade, formée par l'embranchement de deux torrents qui venaient se confondre l'un dans l'autre, présentait en effet, naguère encore, l'aspect d'un cœur; mais une avalanche est venue détruire cette forme gracieuse, à laquelle elle devait le nom qu'elle conserve.

Iips harmonies de la nature, — Et en ceci reconnaissez encore Tune des grandes harmonies de la nature. Voilà douze à quinze ans environ qu'il se produit dans la société humaine une révolution, une transformation marquée. Malheureusement ce qui semble caractériser le plus cette transformation sociale, c'est que les hommes perdent déplus en plus les sentiments honorables et humanitaires dont ils se faisaient gloire autrefois. Les hommes, en général, n'ont plus de cœur; on ne trouve chez eux qu'égoïsme, ambition des richesses, vanité

Eh bien: ne voyez-vous pas un fait tout simplement harmonique de la nature dans cette mutilation regrettable de la cascade du Cœur, se produisant à la même époque, par une cause tout aussi brutale que celle à laquelle on peut attribuer la transformation sociale que nous déplorons, et arrivant au même résultat, la perte du cœur?

Toutefois , si les hommes n'ont plus de cœur, si les cascades mêmes perdent aussi leur cœur de roche, espérons du moins que parmi les femmes il s'en trouvera quelques-unes qui sauront nous garder le leur, quelque fragile qu'il puisse quelquefois paraître.

Retour. — Après avoir reconnu les curiosités les

— 1^3 ROUTE b'eSPaGXE. 21e COURSE.

plus remarquables du Cirque et de la vallée du Lis, il n'y a plus qu'à songer au retour.

Pour rentrer à Ludion, à moins de monter par Super Bag aères (voyez cette course), il faut reprendre la même route. N'ayant plus à s'arrêter, on lance les chevaux et l'on peut arriver en moins de deux heures.

Pour la géologie, la botanique et la zoologie, voir à la cascade des Parisiennes., page 238.

21e COURSE.— LES CASCADES IULISTRES.

Grande et pénible course de sommets, moitié à pied, moitié à cheval, 15 à 17 heures, aller, haltes et retour.

Course nouvelle.

Départ. — Vous pouvez accepter pour cette course un temps couvert, mais à la condition que les nuages soient élevés, car vous devez atteindre la région des neiges inférieures; il ne faudrait pas s'y trouver au milieu du brouillard.

— Départ à 6 heures au plus tard. — Provisions pour deux repas. — Les spadrilles et le flacon de cognac seront utiles.

— Point cle lunette, fusils, crampons ni bâton ferré, mais un bon guide. Les guides de Luchon ne connaissent encore cette course qu'imparfaitement; dans 2 à 3 ans ils la connaîtront tous sans doute. En attendant, je puis indiquer Penne comme l'ayant faite avec moi. — Il serait nécessaire d'amener de Luchon un garçon de confiance qui, après le déjeuner au Pas de l'Ours, ramènerait les chevaux et les provisions à la fontaine de la Coume, au dessus du val d'Artigue, où doit se faire le second repas et où l'on sera fort aise de retrouver les chevaux pour terminer la course et rentrer à Luchon.

La Course des cascades illustres (voir page 209 l'origine de ces cascades illustres) est une des plus curieuses et des plus pittoresques. Après ravoir faite, chacun éprouvera, quelle que soit la fatigue du moment, cette satisfaction intime dont se remplit le cœur de celui qui a fait un bon emploi de sa journée. Mais cette course est longue et pénible. Les bons marcheurs peuvent seuls l'entreprendre. Les dames doivent

LKS CASCADES !LLOM 21lJ

se l'interdire ou se borner à la partie dans laquelle on peut conserver les chevaux.

MfvRrilE. — 1° à -1° De Ludion à la cascade d'Enfer (pages 209 et suiv.) 2 h. 15 m.

Visitez au passage, si vous ne les connaissez déjà, les sept cascades Vignerie, Barté, ftichard, Palassou, Dietrich, (ï Enfer et du Cœur.; car vous devez voir aujourd'hui la série complète des cascades illustres (1), et il n'y en a pas moins de vingt-cinq.

On peut faire cette course en montant par la cascade du Cœur pour redescendre par la cascade d'Enfer, ou bien au contraire en montant p*ar la cascade d'Enfer pour descendre par celle du Cœur. Bien que j'aie suivi la première marche lorsque j'ai fait cette course, je crois la seconde préférable. C'est donc celle que je vais tracer.

5° De la cascade d'Enfer au pont d'Arrouge. 43 m.

8° Cascade Latour. — Le point de départ de la cascade d'Enfer est précisément au pont d'Arrouge, d'où l'on voit aussi, mais imparfaitement, la cascade Latour qui précède celle d'Enfer. M. Latour, artiste toulousain très-distingué, s'est installé pendant cinq semaines dans cette gorge pour découvrir et peindre les belles cascades qui s'y trouvent réunies. Son nom doit y rester inscrit.

On voit au musée de Luchon quelques-unes des précieuses études faites sur place par cet habile paysagiste, et entre autres celle de la cascade du Cœur, qui prouve aujourd'hui combien la forme et l'entou-

(1) J'ai donné le motif de ce titre, Cascades illustres, page 209.

220 ROUTE d'espagne. — 21e COURSE.

rage de cette cascade ont été modifiés depuis 1840, tant par les avalanches que par le cours de l'eau ellemême usant ces pentes abruptes.

6° J>u pont d'Arrouge au Pas de l'Ours.. . . 1 h. »

9e Cascade Dieulafoi. — Vous entrez dans le cœur de la forêt; on dirait le parc de l'Enfer. Bannissez toute crainte, vous avez près de vous la cascade du docteur Dieulafoi, habile chirurgien de Toulouse, prêt à vous secourir, s'il en était besoin. Sans la voir, vous l'entendez gronder dans le lit du torrent. Rapprochezvous, «vous la verrez blanche et forte'comrne l'honorable nom que je lui consacre. C'est celui d'un des médecins du Midi les plus renommés et les plus dévoués aux sources luchonnaises.

10e Cascade Dralet. — Elle est au-dessus de la cascade Dieulafoi , également cachée dans la partie la plus sombre de la forêt. M. Dralet, ancien directeur des eaux et forêts à Toulouse, a écrit une description générale des Pyrénées en deux volumes. Plein de documents précis, et tels qu'on peut les attendre d'un administrateur habile et sérieux, ce travail vivra parmi les hommes laborieux, surtout parmi les conservateurs des forêts , autant que la cascade Dralet au milieu des touristes et des baigneurs.

On arrive au Pas det Jours (pas de l'ours), trèsconnu des chasseurs; car c'est là, en effet, qu'il faut venir se poster pour la chasse à l'ours. Et, soit dit sans vous effrayer, la forêt du Lis recèle toujours quelque hôte de cette espèce.

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