F ES CASCADES ILLUSTRES
Balte pour le déjeuner 30 m.
C'est ici la station du déjeuner. Les chevaux peuvent vous porter encore jusqu'à la grotte d'Enfer, d'où ils devront redescendre jusqu'au Pas de l'Ours, pour aller vous attendre, avec le reste des provisions, au lac Brun, ou tout au moins à la fontaine de la Coume d'Artigue, au-dessus de la cascade du Cœur, où vous les rejoindrez dans 5 à 6 heures, très-disposés à faire un second repas et à vous remettre en selle pour rentrer à Luchon.
7° Pu Pas de l'Ours à la grotte d'Enfer ... 1 h. »
11e Cascade Moquin. — Nous entrons dans la région chérie des botanistes, entre le niveau des vallées alpines et celui des grandes neiges. Le chemin devient dur et souvent difficile ; n'importe, montons toujours et saluons au passage la cascade Moquin. M. Moquin-Tandon, qui, avant d'être appelé à la Faculté de médecine de Paris, a longtemps fécondé à Toulouse l'étude aimable des fleurs, est un des savants botanistes de notre époque. Tous les ans, il explorait nos montagnes pour enrichir la science et le jardin botanique de Toulouse de tout ce qu'elles offrent de plus précieux. Une haute cascade lui était acquise à plus d'un titre.
12e Cascade Lapeijrouse. — Voici enfin le point le plus élevé de notre course. C'est la grotte d'Enfer, gouffre horrible creusé par là cascade Lapeyrouse. Encore vierge, cette eau descend directement du glacier de Crabioules, et elle va produire cette brillante famille de cascades que nous venons de découvrir
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trop modestement cachées dans la forêt. Lapeyrouse est le botaniste qui a le plus exploré les Pyrénées et qui les a le plus complètement illustrées. Il y a re . connu et découvert un très-grand nombre d'espèces nouvelles; sa Flore des Pyrénées est à jamais attachée à l'histoire phytologique de nos montagnes. Ajoutons que le baron Picot de Lapeyrouse fut un des hommes les plus éminents et un des administrateurs les plus aimés de la ville de Toulouse.
8° De la grotte d'Enfer au' lac Noir \ h. 15 m.
Attention. — Le chemin n'est pas toujours facile. — Belle vue sur la vallée du Lis. — Nous sommes sur la montagne appelée Prat Loung. (longue prairie). — Voici le lac Noir ou mieux les petits lacs noirs. Cette couleur est due à la décomposition de cette algue aux longues feuilles qui tend à former une couche tourbeuse au fond de ces étangs.
9° Bu lac Noir au lac Vert 1 h. »
On traverse encore la montagne horizontalement et Ton arrive au lac Vert. C'est le bouquet de cette course. Rien n'est aussi agreste ni plus délicieux que ce lac avec tout ce qui l'entoure. Cette presqu'île verdoyante dont le reflet colore le lac tout entier; ce cirque rocheux et paré de fleurs dans lequel il s'abrite ; cette rangée de blocs disposés presque symétriquement, moraine inachevée la plus coquette, la plus mignonne que l'on puisse voir, autant qu'une moraine puisse être coquette et mignonne; la belle cascade Ramond si gracieuse, si poétique, qui tombe dans le lac; la cascade iïEtiyay qui s'en échappe et dont la
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chute retentit au fond d'un immense gouffre : tout est gracieux ou merveilleux autour du lac Vert, qui, pour comble, a servi lui-même admirablement à une manœuvre extraordinaire. Il y a cinquante ans, M. Martin, riche négociant de Saint-Béat, exploitait le bois de ces montagnes. Il fit fermer par une grande écluse le déversoir du lac dont le niveau s'élevait ainsi lentement. Les roules préparés dans les environs étaient jetés et accumulés dans ce vaste bassin. On ouvrait l'écluse, et tout le bois se précipitait avec fracas en une immense cascade magnifiquement affreuse, qui semblait lancer en ruines la forêt tout entière.
13e Cascade Ramona. — Elle méritait un nom des plus illustres, cette belle cascade du lac Vert. Ramond a observé les Pyrénées et les a décrites avec autant de poésie que de science. Il en avait exploré les sommets les plus dangereux ; il avait abordé les questions les plus difficiles; il avait puisé dans cette belle nature l'enthousiasme qu'elle inspire toujours aux âmes nobles et aux cœurs généreux. Son style élégant et sublime a suivi sans peine un sujet si fécond ; ses ouvrages offrent le charme d'un roman.
lke Cascade d'Étigny. — On l'a déjà vu dans les premières pages de cet ouvrage, d'Étigny est comme le fondateur de Luchon. Lui dédier la grande cascade qui s'échappe du lac Vert, celle qui, par une idée des plus heureuses, a pu être utilisée comme chemin, comme moyen de transport, c'est lui consacrer un monument digne de lui, digne de la reconnaissance luchonnaise, et précisément celui qui peut rappeler le mieux le moyen employé par d'Étigny. pour a.--
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surer l'avenir de Luchon, la création de grandes routes.
10° Du lac Vert au lac Blanc 1 h. »
Si l'on est fatigué, si l'on est en retard, si l'on n'est pas infiniment avide de lacs et de cascades, on peut ici gagner trois heures sur l'itinéraire de cette course et en éviter la partie la plus pénible et la plus difficile. Alors on irait par le chemin le plus court du lac Vert au lac Brun ci-dessous, en une demiheure. — Pour moi, je dois poursuivre ici l'itinéraire complet des cascades illustres.
15e Cascade RebouL — On monte au lac Blanc d'où sort l'eau qui produit la cascade Ramond. Quelques auteurs l'ont appelé le lac Bleu par erreur ; le lac Bleu est plus loin. Ce lac doit sa couleur au sable granitique qui en remplit le fond et qui est produit par la trituration du granité, trituration résultant de la marche du glacier. On voit ce glacier (le glacier de Maupas surmonté par la tus de Maupas) qui donne ce sable granitique et d'où descend la cascade Beboul, qui alimente le lac Blanc. C'est la cascade la plus élevée de cette gorge. Enlevé à la science depuis bientôt une quinzaine d'années, M. Reboul a consacré avec bonheur plusieurs années de sa vie à l'étude de nos montagnes et particulièrement à la mesure des plus hautes cimes. Il passait des semaines entières sur les sommets les plus élevés, sous un léger abri qu'il savait se construire. Là, placé en observation, il put surprendre plusieurs secrets de la météorologie et de la physique du globe. Un travail étendu sur les Pyrénées, encore inédit, rédigé par ce savant observateur, sera-t-il donc perdu pour la science? Je ne saurais le penser ;