‹ Bains et courses de LuchonChapitre 38 sur 58 · K> CASCADES ILLUSTRES · texte numérisé non relu

K> CASCADES ILLUSTRES

Mmf Reboul, sa digne veuve, femme supérieure, initiée aux études et aux travaux les plus techniques, connaît et apprécie trop bien l'importance de ce dépôt. En dédiant à M. Heboul cette haute cascade, j'ai voulu rappeler la nature spéciale de ses travaux.

li° Du lac Blanc aux deux lacs de Castillon

et au lac Brun 1 h. 30 m.

Montez tout d'abord sur la crête du gravier de Castillon qui est devant vous; vous allez voir à la fois trois nouveaux lacs: le lac Bleu, derrière le port des Staouas, le lac Arago, que quelques guides appellent lac Charles, je ne sais pourquoi, et le lac Glacé, au pied du port Vieux ; en outre vous voyez en même temps le lac Vert et le lac Blanc. Mais prenez garde, la marche devient beaucoup plus difficile. Il y a même un très-mauvais pas. Point de bravade; réclamez au contraire l'assistance du guide. De ces deux lacs descendent les deux cascades Cordier et Charpentier , que vous verrez tout à l'heure du lac Brun.

Hnlte. — Observez de ce point culminant les diverses eaux qui animent ainsi cette grande scène de glaces, de roches, de lacs et de cascades.

16e Cascade Lézai. — Vous retrouverez la cascade ftamond qui tombe dans le lac Vert, la cascade Reboul qui alimente le lac Blanc, et vous avez une nouvelle cascade, celle qui remplit le lac Àrago, alimentée par le grand glacier de Malbarrat, un des plus imposants de ce beau massif de Crabioules. — Cette belle cascade, je l'appellerai la cascade Lézat, voulant ainsi réserver une des plus hautes cascades à l'habile ingénieur

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qui a si heureusement mis à la portée de tout le monde ces sommets dangereux, qui de fait ne sont accessibles qu'à un très-petit nombre de grands marcheurs.

Vous voyez encore la cascade Cordier qui s'échappe du lac Bleu, et la cascade Charpentier qui tombe du lac Arago. Ces deux cascades vont se réunir dans le bassin des graviers de Castillon , où vous devez vous rendre pour les mieux voir, et où je vous attends pour justifier les noms que je leur ai donnés.

Maintenant, dirigez-vous par-dessus la cascade Lézat vers le lac Glacé, à la base du glacier et du pic de Malpintat {Mal peint), qui doit son nom à ce qu'il offre plusieurs espèces de roches enchevêtrées, traversées par de gros filons pierreux qui présentent en effet un aspect assez bizarre.

Il vous reste une dernière crête à franchir pour arriver au lac Bleu, qu'entretiennent les eaux du glacier de la Pique, montagne toute noirâtre et inaccessible, si ce n'est par un point encore fort dangereux.

De ce lac Bleu, dont la couleur est si parfaitement caractérisée, vous allez au lac Brun par le sentier qui descend du port Vieux.

Nous voici au lac Brun, très-petit lac qui sera bientôt entièrement comblé au milieu du gravier de Castillan. Nul doute que ce bassin n'ait d'abord été un grand lac et qu'il n'ait été rempli peu à peu par les débris rejetés par les glaciers et par les avalanches. Aux deux angles de ce bassin rocheux, voyez les deux jolies cascades que je vous ai tout à l'heure annoncées.

47e Cascade Cordier. — A gauche la cascade Cordter. Elle est dans la direction delà Maladetta,.et l'on

LES CASCADES ILLUSTRES. l12 I

sait que M. Cordier, le savant géologue du Muséum a Paris, est celui qui s'est élevé le plus sur ce mont, longtemps regardé comme inaccessible, et qu'il en a donné la mesure barométrique. M. Cordier a fait en outre dans nos montagnes un grand nombre d'observations précieuses dont il se plaît à enrichir son cours de géologie. Toutefois ce ne sont là que ses moindres titres de savant. Je me réjouis qu'ils puissent m'autoriser à comprendre une cascade Cordier dans la belle série des cascades illustres de Luchon.

18e Cascade Charpentier. — A côté du savant professeur qui dicte des lois à la science, Charpentier est sans contredit le géologue qui a le plus étudié et le plus illustré la géognosie de nos montagnes, celui qui a le mieux appliqué les lois générales et les enseignements de la géologie à la description particulière des Pyrénées. Cette cascade, qui coule en présence de la cascade Cordier dans l'autre angle du bassin, était donc celle que je devais consacrer à Charpentier.

Halte au lac Brun. . i h. »

Mais voici les chevaux, voici les provisions, et de l'eau presque glacée qui suffirait pour doubler l'appétit, s'il n'était assez bien aiguisé déjà. Qu'ils soient les bienvenus !

12° Du lac Brun aux cabanes d'Ar ligue. . . 1 h. »

On est en présence du port des Staouas (port des mouches de cheval), passage connu des contrebandiers. La roche schisteuse se divise en larges dalles. On dirait des pierres sépulcrales et l'on serait tenté de 1 i couvrir d'inscriptions. — Quelques pins groupés*

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çà et là, déchirés la plupart ou dépouillés de leurs branches, marquent la région des grandes neiges jusqu'à la fontaine de la Coume, où l'on rentre dans la région des fleurs.

19e Cascade Boileau. — Lorsqu'on achève cette dure descente, tout près d'entrer dans le plan de la fontaine, on voit à gauche sur la muraille rocheuse qui borde cette étroite gorge, une cascade peu élevée, mais pittoresque, tantôt abondante, tantôt fort réduite. Je la consacre à M. Paul Boileau, botaniste luchonnais, bien connu, possesseur d'un riche herbier Pyrénéen qu'il a lui-même formé, et qui, longtemps maire de Luchon, a semé dans la ville naissante les premiers germes d'amélioration et de progrès.

20e Cascade Ducasse. — Près de la fontaine de la Coume où vous déjeunerez si c'est là que vous avez envoyé les chevaux, visitez à gauche un tout petit vallon plein de secret et de mystère. C'est le Val d'Amour, caché précisément au-dessus de la cascade du Cœur. Suivez tous les refuges qu'il recèle, vous reverrez, la grande cascade d' Etigny qui tombe du lac Vert, un pont des plus agrestes, et une nouvelle cascade, la plus gracieuse, la plus discrète qui soit possible. C'est la cascade Ducasse, dédiée à un des médecins de Toulouse qui reçoivent le plus de confidences et un des plus voués en même temps au culte des sciences, des lettres et des arts. Luchon lui doit chaque année d'aimables malades; il lui consacre en retour une de ses plus jolies cascades.

Remontez à cheval, mais sans oublier que vous êtes tpcore dans le pays des cascades illustres; et d'abord ;

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2I« Cascade Azèmar. — C'est une des plus belles qui se voient dans cette course. Je la consacre à celui qui a le plus fait pour Luehon, à celui qui a le plus sacrifié ses intérêts pour ceux du pays.'

22e Cascade Fontanges. — Un peu plus bas on remarque une cataracte magnifique. Un peintre habile, M. Fontanges, en a fait le sujet d'un charmant tableau; il s'est établi plusieurs jours dans le vallon, il y a pris due et valable possession ; c'est un droit acquis et à bon titre, je me plais à le constater.

Au-dessous de la cascade Fontanges, voyez tous ces débris de pins ou de sapins précipités par les avalanches, et maintenant engrenés, enchevêtrés au milieu des rochers du torrent. Les plus grandes eaux ne sauraient les en arracher. Us seront là trente et quarante ans encore livrés à une destruction très-lente; car ces eaux, quoique toujours furieuses d'impétuosité, toujours écumantes, n'ont, à cause de leur basse température, qu'une faible puissance pour décomposer les matières végétales.

23e Cascades Solage. — Vous êtes sur le point d'entrer dans le vallon d'Artigue. Mais deux cascades réunies fixent encore vos regards; elles paraissent dans leur chute s'incliner l'une vers l'autre. Une puissance secrète semble les rapprocher. Parties de deux points assez distants, elles tombent ensemble dans un petit lac très-limpide dont elles creusent le bassin. Ensemble elles dessinent un cœur irréprochable : ce sont les deux cascades Solage. En les consacrant à M. le comte et à Mme la comtesse de Solage, je ne fais encore que rendre à César ce qui appartient à César.

230 route d'espagne. 21e COURSE.

Bêie comme la conseil ntunicftpal. — Il y

a déjà nombre d'années que M. de Solage, poussé par son amour de la belle nature, pénétra le premier dans ces gorges d'Artigue, entièrement ignorées jusque-là des étrangers. Séduit et retenu par la richesse de ce vallon (K.icieux, il n'en voulut plus descendre qu'il ne l'eût (.ompîétement exploré, qu'il n'en eût dessiné les fias belles cascades et les sites les plus gracieux. Aussitôt informée, Mme de Solage vint visiter son mari dans sa nouvelle et agreste demeure; elle monta jusqu'à la fontaine de la Coume. Dix jours se passèrent à admirer et à dessiner les gorges d'Artigue.

M. le comte de Solage résolut d'améliorer le chemin et de construire dans le vallon une demeure champêtre, un pied-à-terre pour les plus beaux jours de l'été. Il fallait une autorisation de la commune. Le conseil municipal de Castillon (vous seriez-vous douté que nous sommes ici dans la commune de Castillon près d'Oo?) fut convoqué. Mais quelle pensez-vous que fut la délibération du conseil municipal? Il délibéra que M. de Solage pourrait s'attribuer, par la suite, la propriété du pâturage, du vallon et des montagnes qui l'entourent! qu'ainsi l'on devait s'opposer par tous les moyens à la construction proposée ! Je vous ai dit comment d'Étigny fat obligé de se faire entourer d'un détachement de dragons pour exécuter l'allée de Luchon. Ceci ne trahit-il pas de la même manière le naturel du pays?... Au reste, à Narbonne et dans quelques autres villes du midi de la France, on- dit proverbialement : « C'est bête comme le Conseil municipal, » dicton délicieux et trop souvent applicable, aussi bien dans le nord que dans le midi. Excusons donc un peu le conseil municipal de Castillon. Le proverbe établit en sa faveur des circonstances atténuantes. Mais convenez qu'il eût été charmant

LKfl 6ASCADIS ILL08TOES. 231

d'arriver par un bon chemin jusqu'au vallon d'Artigue, d'y trouver un salon gracieux fréquemment ouvert aux amis, aux touristes, et un album où chacun eût inscrit son hommage à l'un ou à l'autre de ces Pyrénéens, dont les cascades rappellent ici les noms honorables et les utiles travaux.

Au milieu du vallon d'Artigue, retournez-vous pour jouir de la vue délicieuse du port des Staouas, des monts qui l'entourent, des gorges que vous venez de descendre et de la belle cascade Azemar qui anime tout ce riant tableau.

13° Des cabanes d'Artigue à la cascade du Cœur. 40».

2ie et 25e Cascades François et Fontan. — Au sortir du joli vallon d'Artigue, approchez du torrent. Le bruit qui s'en échappe vous annonce d'ailleurs quelque grande cascade : votre attente ne sera pas trompée. Deux jets énormes s'élancent à la fois et tombent ensemble à trois cents pieds plus bas, libres d'entraves , ayant creusé la montagne et brisé tout ce qui semblait se placer en travers de leur route. Ce sont les cascades François et Fontan; elles résultent de toutes les eaux du vallon rassemblées. Dire tout ce qui justifie cette consécration et les circonstances qu'elle rappelle, ce serait répéter ce que chacun sait déjà et ce qui est d'ailleurs énoncé dans les premières pages de ce livre.

On revoit sur le flanc de la montagne opposée la cascade Paiassou, et l'on continue à descendre au milieu de la forêt où peu de choses se présentent pour occri per l'esprit. Mais c'est un repos qu'on accepte avec joie. Car on est à bon droit fatigué après une journée

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toute consacrée à rendre hommage à ces Pyrénéens illustres rangés dans une galerie si escarpée et sur des piédestaux élevés de tant de mille mètres au-dessus des musées vulgaires !

Au bas de la descente, il n'y a que quelques pas à faire pour être en présence de la belle cascade du Cœur que l'on doit visiter, si on ne la connaît déjà. Elle termine parfaitement cette collection unique de cascades.

ISetotiP. — 3>e la cascade du Cœur

à tuchon 2 h. 30 m.

Au galop tout le monde; vite à Luchon et bien vite au lit.

22e COURSE.-CASCADE BES DEMOIS1XUES.

Grande promenade après déjeuner à pied ou à cheval, 4 heures aller et retour ; 6 à 7 heures au pas de promenade.

®épart. — Tout le monde, les dames même, peuvent faire à pied cette promenade en y consacrant l'intervalle du déjeuner au diner. Choisissez de préférence un temps nuageux. Faites suivre un châle ou un manteau. Un guide est peu nécessaire pour cette promenade.

MARCHE* — 1<\ 2° De Ludion à la forêt

de l'hospice (p. 157) 1 h. 40 m.

3° Se l'entrée de la forêt à la cascade. ... 2o m,

On n'arrive pas à l'entrée de la forêt; mais un peu après les granges de Labach-Dessous, la route se bifurque, un chemin descend vers ce torrent, c'est celui qu'il faut prendre; l'autre conduit à l'hospice.

Bientôt on est dans la longue et riante prairie de Joueou. Dans la partie la plus large de ce pré on voit à gauche, sous un ormeau isolé, des ruines qu'il faut

CÀ* M'I Dl - DEMOISELLES. 233

visiter. C'était une ancienne chapelle élevée par les Templiers, consacrée à la Vierge, lorsque le port de Vénasque n'était pas encore fréquenté et que le passage de France en Espagne se faisait par le port de la Glère. Au milieu des orages et des tourmentes, cette petite chapelle et quelques salles d'abri, groupées autour d'elle, donnaient asile aux malheureux voyageurs, qui puisaient des forces et un nouveau courage dans leur prière à Marie et dans leur foi en la bonne patronne des montagnes.

Voici bientôt la gorge et la lorêt de la cascade des Demoiselles. Mais ayez garde de vous hâter, mes belles voyageuses. Sans doute, il vous tarde de connaître tout ce que renferme de mystère et d'amour l'inimitable site qui vous est si justement consacré. Ou peut-être avez-vous conçu la pensée de le répudier comme indigne d'un titre qui ne doit pas être légèrement prodigué. J'espère que la cascade elle-même prendra soin d'apaiser votre gracieux courroux. Seulement, je le répète, ne vous hâtez pas de pénétrer le frais ombrage de la belle naïade ; car elle est plongée sans cesse dans un bain de vapeurs glacées, les seules qui puissent, dans sa solitaire demeure, tempérer ses ardents souvenirs. Et soit sympathie magnétique pour la nymphe abandonnée, soit simple saisissement au milieu de ces froides vapeurs lorsqu'on y arrive tout suant, il n'est pas d'année que quelques jeunes dames ne s'évanouissent en présence de la cascade et ne jettent l'effroi au milieu de leurs gaies et folâtres compagnes. De tels accidents seront beaucoup plus rares, si l'on a soin de traverser au petit pas la gorge et la forêt

23i route d'espagnb. — 22e COURSE.

de la cascade, et mieux encore si l'on se couvre prudemment d'un châle ou d'un manteau. Arrêtons-nous quelques instants avant de traverser le petit ruisseau, et pendant ce temps je vous dirai la découverte de cette jolie cascade.

Il y a très-peu d'années que la cascade des Demoiselles est ainsi nommée et qu'elle est visitée par les baigneurs de Luchon. Ce fut en d8*25; quatre jeunes personnes, allant à l'hospice, distinguèrent le bruit sourd du torrent. Elles demandèrent à leur guide s'il n'y avait pas sur ce point quelque cascade. Sur sa réponse affirmative, elles arrêtèrent de la visiter le lendemain. Grande fut leur satisfaction, comme on peut bien le croire, d'avoir découvert et de faire connaître à leurs amies de Luchon une aussi belle cascade. Elles demandèrent et obtinrent sans peine qu'elle fût nommée la cascade des Demoiselles. Ainsi le hasard a donné à ce site ravissant le nom qui pouvait lui convenir le mieux, celui qui devait y rattacher les souvenirs les plus purs, les plus tendres. En effet, rien n'est plus mystérieux que le séjour de la cascade des Demoiselles!... Après avoir traversé le torrent sur un pont élevé au milieu des ruines de la montagne et de la forêt, on voit s'ouvrir, dans une roche abrupte et sauvage, sous des voûtes verdoyantes, un salon majestueux de forme ovale, orné de bouquets d'arbres et tapissé de fleurs. En poursuivant de l'œil ces riches décors, on découvre dans le fond une nouvelle porte entr'ouverte. Vous avancez audacieusement : voilà la cascade couchée dans un délicieux boudoir. C'est la nr.ïade qui repose sur son lit de mousse et de fleurs,

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