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TORT DE LA GLÈRE

Comme o!le est belle! et que l'œil est avide de tous ses mouvements, de toutes ses ondulations! Rien de plus gracieux; rien qui puisse remplir l'esprit de plus douces pensées.

On peut déjeuner dans le salon de la cascade; quelquefois même on y fait porter à dîner; on peut sans risque y passer plusieurs heures, potirvu qu'on ne soit pas en sueur et que l'on soit suffisamment vêtu.

23e COURSE. — PORT RE JLA GLÈRE.

Grande course de sommets, à pied ou à cheval. 9 à 10 heures. Une belle journée presque entière est nécessaire pour cette course.

Ifï ARCHE). — 1<\ 2° De luchon à la forêt

de l'hospice 1 h. 40 m.

3° De l'entrée de la forêt au port de la Glère. 3 h. »

A l'entrée de la forêt, à l'endroit où la route se bifurque, prenez le chemin à droite, qui vous conduira dans le val de la Glère. L'autre mène à la cascade des Demoiselles.

Vous arrivez sans peine au plateau de la Glère, où vous devrez laisser les chevaux jusqu'au retour.

C'est ici que viendrait s'ouvrir le tunnel du chemin de fer projeté entre la France et l'Espagne , si l'on adoptait le tracé proposé par MM. Barrande et Lézat. En effet, si l'on doit percer l'axe des Pyrénées, c'est bien ici le point où cette percée serait le moins longue ; mais a-t-on bien étudié la nature des roches et mis en ligne de compte les difficultés toutes particulières que devront offrir des calschistes amygdalaires et enchevêtrés? Or, si quelque autre point offrait des

236 route d'espagne. %ïe COURSE.

roches moins résistantes, cette considération de la moindre longueur du tunnel pourrait perdre beaucoup de son importance.

Une vue des plus magnifiques vous attend au port de la Glère. Il suffit de passer le port et de tourner un peu à gauche pour voir presque en entier toute la vallée de Vénasque, notamment la ville même avec son petit fort, plus loin encore les villages de Cerlé, de Saoun et de Grist, puis toutes les montagnes qui dépendent de Vénasque, le pic d'Albe, le Turmalet, le pic des Tatax, la crête de Fites et un bien grand nombre d'autres.

Vous avez déjà vu la cascade des Demoiselles, vous en avez la source tout près de vous : le ruisseau qui descend du port de la Glère est l'eau qui l'alimente.

Le géologue admire au port de la Glère les beaux calschisies qui constituent toute la montagne. On y trouve les plus belles variétés de cette roche qu'il soit possible de rêver.

Seiour. — Reprenez le même chemin, jusqu'au sortir de la forêt, et de là suivez un des itinéraires que je vous ai déjà indiqués pour rentrer à Luchon.

-24e COURSE. — CASCADE Ï5ES PARISIENNES.

Petite course de vallée à pied ou à cheval* — o heures 1/2 à cheval aller et retour; 6 à 8 heures à pied. — Nulle autre précaution particulière qu'une houne chaussure. — Temps couvert.

IH ARCHE. — 1°, 2°, 3° 3>e luchon à la

cascade des Demoiselles 2 h. »

I ISCAD1 I?KS PARISIF.NNFs. 237

° De la cascade des Demoiselles a la cascade

des Parisiennes 50 xn.

On va rejoindre le torrent de la Pique pour le remonter jusqu'à la cascade. — On ne quitte plus la forêt. — On rencontre une ardoisière librement et irrégulièrement exploitée par les gens de Luchon. — Bientôt on atteint la cascade, que l'on doit voir en se plaçant d'abord au pied, puis un peu plus haut. Deux sentiers se présentent lout disposés pour cela. L'effet est beaucoup plus beau de ce point élevé. On voit de là parfaitement tout ce groupe ravissant de petites cascades, si heureusement dédiées aux Parisiennes. Ne sont-elles pas, comme elles, mignonnes, pâles, pleines de grâce et de coquetterie? On en compte jusqu'à dixneuf. Toutes ne sont pas également jolies; il en est de trop petites, quelques-unes même paraissent cruellement disgraciées. Toutefois il y en a bien neuf auxquelles on ne saurait rien reprocher; et parmi ces neuf, trois au moins d'une beauté parfaite. Cette proportion est déjà très-grande. A Paris, on connaît à peine neuf ou dix mille jolies femmes capables d'enlever tous les suffrages, ce qui ne fait même pas une sur cinquante, car il y a un peu plus de cinq cent mille femmes à Paris. Ici, sur dix-huit Parisiennes, il y en a neuf très-jolies et trois d'une éclatante beauté. C'est énorme et de bon augure pour Luchon, où se rendent, en effet, et où se rendront encore d'année en année les plus jolies femmes de Paris pour faire visite à leurs dignes sœurs, et où les Bordelaises, les Toulousaines, les Albigeoises, etc., viennent aussi, et certes avec tous les éléments de succès, lutter de grâce,

238 ROUTE D'ESPAGNE. 2ie COLRnF..

d'enjouement et d'amabilité. Au milieu de ce brillant essaim de cascades, que chacun de vous, messieurs, distingue celle qui peut lui rappeler le mieux les plus doux souvenirs , celle qu'il devra nommer du nom le plus cher à son cœur !

La cascade des Parisiennes a été découverte et visitée pour la première fois par M. Paris, artiste d'un talent distingué, auquel les montagnes luchonnaises ont inspiré une magnifique publication. Cette cascade lui fut justement consacrée; mais avec une galanterie parfaite, l'artiste parisien la dédia lui-même presque aussitôt à une cavalcade de Parisiennes, dont il fut un instant le guide. Il est heureux que la cascade des Parisiennes puisse rappeler ainsi M. Paris, le Parisien, qui avait d'ailleurs tous droits à la consécration d'une cascade. Il est quelques guides qui mettent une sorte d'entêtement à vouloir appeler cette cascade la cascade du Parisien; d'autres, cascade des Parisiens; son vrai nom est cascade des Parisiennes.

Betour. — De la cascade des Parisiennes à l'hospice il n'y a que quelques pas (10 minutes), et de l'hospice à Luchon la route est très-belle. On peut donc prendre ce chemin pour arriver à la ville (2 h. 30 m.). Néanmoins, si l'on a déjà parcouru plusieurs fois cette route, ou si l'on doit la parcourir encore pour aller au Port, à Vénasque, à Artigue de Lin, etc., il vaudra mieux reprendre la même route, qui est d'ailleurs très-bonne, très-jolie, et dont on appréciera mieux l'ensemble en descendant.

GÉOLOGIE.— De Luchon à Labach-Dessous (voir page 176),

... ki [}£ i\ I'K.ai.l;. "2SV

— De Labach- Dessous à la cascade des Demoiselles, brèche actuelle (G I.), schiste commun (40 C), calschiste euritique rubanc (102 C), schiste phylladien (50 C.)3 calcaire schisteux (I 19 C). Ces deux dernières ro lies forment le saloir, le boudoir et le lit de la cascade. — De la cascade des Demoiselles à celle des Parisiennes, schiste talqueux (G6 C), schiste ard u'se \1 C.\ schiste grossier commun (56 C.), schiste phylla~ dien (50 C), schiste euritique (59 C). Toute cette contrée, depuis Labach jusqu'à la cascade des Parisiennes, est occupée parle terrain silurien. Mais la vallée du Lis est toute dans le micaschiste et particulièrement dans le groupe des phyllades jusqu'au massif glacé de Crabioules, où l'on retrouve les mêmes roches granitiques qu'au port d'Oo.

BOTANIQUE. — A la cascade des Demoiselles : Ramondia pyrenaica, dans le boudoir de la cascade en juillet et août ; viola cumuta ei hirta; hypericum nummularium, il tapisse le grand salon.

A la cascade des Parisiennes : géranium pyrenaicum, cacalia petasiteSj saxi fraya thalictroïdes}papacer cambricum. Le long de la route on trouve encore : barthramia fontana, pomifor* mis, halleriana, œderi, dicranum virens, congestum, Starckii, bryun pseudo-triquetum, tetraphis pellucida et distichium capillaceum.

ZOOLOGIE. — M. de Saint-Simon a recueilli, dans la vallée du Lis, les insectes suivants : agonum sexpunctatum, hypopldiius castaneus, rosalia alpina, chrysomcla cerealis. staphylinus hirtus et stercorarius, tropideres albirostris, trichius succiuctus, nobilis.

25e COURSE. — PORT BE *<% PICADE.

Gronde course de sommets. — 8 à 10 heures.

On ne saurait omettre la course du port de la Picade dans la série des plus belles courses de Luchon. Mais on la fait d'habitude au retour du port de Vénasque. C'est là que je l'ai décrite. Voyez cette course p. 172,

240 ROUTE d'eSPaGNE. — 26e COURSE.

26e COURSE. — TROU DU TACREAU.

Grande course de sommets, à cheval. — 12 à 14 heures. Mômes précautions que pour la course du port de Vénasque. Beau temps.

MÀRCHf!. —lo, 2°, 30, 40 De Luchonau

port de Vénasque (pages 158 et suiv.\ . 4 h. 30 m.

Halte pour le déjeuner (page 162) 1 h. »

5° Du port à la cabane du plan des Étangs. . 1 h. D

Voyez cette cabane au passage. Ce sera votre hôtel pour cette nuit , si votre curiosité vous retient trop longtemps dans cette agreste, mais attrayante vallée de Paderne.

6° Du plan des Étangs au plan des Aougouailluts. 40 m.

Autre cabane, autre hôtel; on peut choisir.

Vous voici bientôt au Trou du Taureau^. C'est un gouffre dans lequel se perd l'eau du torrent de Paderne pour aller renaître à la source du Joueou dans la gorge de Poumère. (Voyez p. 198.)

JLa nature reprenant ses droite. — Cette eau qui provient du glacier de Néthou, et qui, par suite d'une disposition topographique très-anormale, allait descendre en Espagne, se trouve ainsi reprise au passage et ramenée dans la vraie direction qui lui était

(1) On a nommé ce gouffre Trou du Taureau pour la satisfaction des amateurs de Bagnères qui auraient grand regret de ne l'avoir pas vu, et qui cependant ne voudraient guère faire le long et pénible chemin qui y conduit. En effet, il faut deux bonnes heures pour aller de ce prétendu Trou du Taureau, qui est le Trou du plan des Aougouailluts au véritable Trou du Taureau, qui est derrière la pique Fourcanade; alors on est forcé d'aller coucher à Vielle ou à la cabane du plan des Étangs, car on n'aurait pas assez de temps pour revenir ù Ludion.

TROl DU TAIREAU. 241

imposée par la nature des choses. Les pics de Néthou et de la Maladetta sont les points culminants et le centre géologique des Pyrénées. L'axe de la chaîne doit donc essentiellement passer par ces deux sommets. Le versant de ces montagnes, avec tout ce qui est au nord de leur crête longitudinale, et les eaux qui en descendent, appartiennent donc à la France, et l'Espagne ne peut revendiquer que le versant méridional de la Maladetta. Il est donc évident que la délimitation des deux royaumes, telle qu'elle est établie et qui concède à l'Espagne le massif de la Maladetta tout entier, est contraire au principe même sur lequel a été établie cette délimitation, savoir : que l'axe de la chaîne devait être considéré comme la limite naturelle des deux royaumes; que le versant nord devait appartenir à la France et le versant sud à l'Espagne. Je ne parle pas ici de la vallée d'Aran qui est de droit et de fait une vallée toute française, maintenant occupée par le gouvernement espagnol, il est vrai, mais destinée à nous revenir tôt ou tard. En attendant, admirons au Trou du Taureau comment la nature, pour ne pas déroger à ses lois qui sont immuables, fait rentrer en France des eaux qui lui sont destinées et dont une anomalie du soulèvement devait néanmoins favoriser la fuite en Espagne. Dans une révision internationale des véritables limites naturelles des deux pays, le Trou du Taureau devra donc marquer la partie de la vallée de Paderne qui revient a la France comme une dépendance de la Maladetta, et celle qui doit être laissée à l'Espagne, puisque les eaux qui naissent en dessous de ce point coulent dans la vallée de Vénasque. La nouvelle limite partant du Trou du Taureau passerait, d'une part, par l'arête du mont Paderne qu'elle suivrait jusque dans sa liaison avec l'arête de la Maladetta, et s'élèverait de l'autre côté

2i2 route d'espagse. 27e COURSE.

jusqu'à la plus haute cime qui se voit entre le port de Vénasque et le port de la Picade, laissant ainsi la Penna Blanca à l'Espagne et rendant à la France le port de la Picade et ses pentes gazonnées dont les eaux se versent dans le Trou du Taureau.

J'ai tracé sur la carte cette limite naturelle deux fois méconnue; méconnue d'abord entre la France et l'Espagne, et en second lieu en Espagne même entre P Aragon et la Catalogne. On voit que cette partie qui doit revenir à la France devait aussi appartenir à la vallée d'Aran et par conséquent à la Catalogne, tandis qu'on l'a mise dans l' Aragon.

Retour* — N'oublions pas qu'il faut environ 7 heures pour rentrer à Luchon.

27e COURSE. — VAL DE LA HALADËTTA.

Grande course de vallées- et de sommets, moitié à pied, moitié à cheval. Deux jours. Beau temps oblioré.

Départ. — Les géologues et les grands marcheurs feront seuls cette course. — Provisions pour deux jours. Vêtements pour la nuit. Spadrilles, crampons et bâtons ferrés. Temps irréprochable. 11 faut aller coucher à la cabane du plan des Étangs ou à celle du plan des Aotigouailluts pour parcourir sans fatigue le val de Paderne le lendemain.

MARCHE. — lo, 2°, 3<V4°, 5°, 6° De luchon au plan des Aougouailluts (pag. loi, 160 et 2i0) . . . . 7 h.

7° Du plan des Aougouailluts au lac de la Ma-

ladetta 7 h. »

Deux chemins : suivre le fond de la vallée en remontant vers la pique Fourcanade et tourner adroite avec le vallon, sans jamais en quitter le fond, ou bien s'élever obliquement sur la montagne de Paderne qui forme comme un mur incliné sur la Maladetta, et tom-

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