‹ Bains et courses de LuchonChapitre 41 sur 58 · ROUIE D* ESPAGNE. 28^ COURSE · texte numérisé non relu

ROUIE D* ESPAGNE. 28^ COURSE

soit ainsi obscure et ignorée au milieu des plus dures montagnes, elle qui ferait la joie et l'ornement d'une brillante et populeuse vallée.

Je m'étendrai peu sur cette course, qui est cependant une des plus saisissantes; mais elle sera faite rarement, et ceux qui la feront pour l'étude du glacier sauront bien appliquer à l'observation de ces lieux divers passages de cet ouvrage.

Retour. — Si Ton est venu en suivant le val de Paderne, on prendra la montagne pour le retour. Il faut l'escalader au-dessous du lac; ensuite on n'a plus qu'à descendre jusqa'au plan des Étangs.

28e COURSE. — ïiA HAL1DETTA.

Voyage pédestre de sommets et de glaciers, difficile, pénible et dangereux. — Trois jours. Beau temps obligé.

La Maladetta est la plus haute et la plus grosse montagne des Pyrénées ; elle supporte le plus grand glacier et elle est la plus difficilement accessible, à ce point que jusqu'à ces dernières années personne n'en avait atteint le sommet culminant. A peine même savait-on quel en est le véritable sommet; car sur sa crête plusieurs saillies rocheuses semblent se disputer la suréminence. On l'accorde jusqu'à preuve contraire à celle qui est connue sous le nom de pic de Néthou. Et c'est M. de Tchihatcheff, géologue russe, habitué aux vastes glaciers des monts Oural et de la Sibérie, qui a le premier gravi ce mont terrible et qui a montré à nos guides de Luchon la route qu'ils devaient suivre pour atteindre sans trop de peine cette cime que nul pied humain n'avait encore foulée.

LA MALADETTA. 2i5

On sait que le Canigou dans les Pyrénées-Orientales a longtemps passé pour la plus haute cime des Pyrénées. Le Pic du Midi de Bigorre fut ensuite reconnu plus élevé que le Canigou, et proclamé le mont roi de la chaîne ; ensuite ce fut le Vignemalede Cauterets; bientôt après le mont Perdu de Gavarnie; aujourd'hui c'est le pic de Néthou de la Maladetta. Sera-ce enfin là le dernier mot des géomètres et des géologues? N'y âura-t-il pas dans ce massif de hautes montagnes espagnoles qui forment avec la Maladetta le groupe si remarquable des monts Maudits quelque sommet encore plus élevé...?

Tout bon marcheur peut faire la course de la Maladetta, en atteindre le premier glacier, s'élever jusqu'à la Mer de glace; mais je n'invite personne à aller plus loin, à moins qu'il n'ait parcouru les glaciers des Alpes et qu'il ne sache se munir de toutes les précautions usitées dans ces montagnes. Les grands glaciers sont si rares dans les Pyrénées, que nos montagnards n'ont jamais besoin de les parcourir. A peine ont-ils dans leurs chasses à en traverser quelques lambeaux; aussi n'ont-ils aucune habitude, aucune connaissance des moyens qui permettent d'affronter les glaces en toute sécurité. Car l'homme sait voyager sur les glaciers comme il sait voyager sur terre, sur mer, sur les sables brûlants, dans l'air, partout où des intérêts puissants appliquent son esprit à vaincre les obstacles et les difficultés.

Tenter l'ascension de la Maladetta sans s'être environné de toutes les précautions et de tous les moyen? nécessaires, ce serait s'exposer sans utilité, s'imposer

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