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Du lac de Paderne à la mer de glace. 2 h

On peut monter par le val de Paderne à droite et arriver ainsi par le pied du glacier inférieur et monter ensuite par le talus que forme latéralement la morène rejetée par la mer de glace.

On peut aussi monter par la gorge qui est à gauche du lac et qui est de même occupée par éboulis dune autre morène.

Mais ces deux passages qui apparaissent comme p us fades et plus courts sont au contraire les P us pénibles et les plus dangereux. En s’élevant sur c,es pierres meubles qui glissent et roulent sous les pieds , on recule souvent plus qu’on n avance , on triple son chemin et l’on se fatigue horriblement. D’un autre côté, il tombe sans cesse sur ces pentes quelque nouvelle pierre rejetee par le glacier ou mise en mouvement par

UOUTE D’ESPAGNE. • — 96. e COURSE.

l’eau qui en découle. On court alors un danger réel, car ccs pierres descendent quelquefois avec une telle rapidité qu’il serait impossible de s’en préserver. D’ailleurs elles bondissent dans leur cbùlc à droite et à gauche à mesure quelles touchent une nouvelle roche, et Ion ne peut prévoir leur direction.

On doit donc aborder la montagne presque en face du lac de Paderne par la crête médiane, sans s’effrayer de ses lignes abruptes qui paraissent inaccessibles. On a déjà sans doute le pied montagnard, et grâce aux spadrilles on se tirera avec honneur des quelques pas difficiles que l’on doit bien s’attendre à rencontrer. — Evitez surtout les points où la roche est polie , vous y feriez infailliblement des chûtes horribles. Tenez-vous de préférence sur la droite pour mieux voir le glacier inférieur , la morène en talus et les pierres qui tombent sans cesse du glacier supérieur. Ce dernier phénomène est plus parfait dans les grandes morènes qui sont à gauche de la montagne. On y entend un roulis perpétuel de pierres qui tombent du glacier, comme si l’on rejetait de ce point les déblais d’une exploitation. Rien n’est plus propre a convaincre de la puissante action des glaciers.

LA MALADETTA

Après les morènes de toutes les formes qu’on a vues dans le val de Paderne, après les roches polies que l’on a remarquées de toutes parts, cette manifestation bruyante de la vie et du mouvement du glacier saisit l’ame d’une émotion profonde dont il est impossible de se défendre.

Arrivés en présence de la mer de glace il est impossible d’aller plus loin sans traverser le glacier et si l’on n’est pourvu de tout ce qui est nécessaire en pareil cas on doit renoncer à faire un pas de plus. Bornez-vous à contempler tout ce qu’un pareil site a de nouveau pour vous ; observez les quartiers de roche dispersés sur le glacier, ou presqu’enfoncés dans sa masse.

Si ce bassin de glace n’était recouvert d’une couche éblouissante de neige nouvelle, on aurait à observer la teinte verdâtre de la glace massive , son apparence vitreuse , sa structure tantôt grenue, tantôt fragmentaire , les mille fissures dont elle est pénétrée sur toute sa surface , même dans sa masse intérieure et les fentes pUis sensibles qui passent par tous les degrés a des crevasses quelquefois énormes. Ensuite pénétrant avec précaution dans ces crevasses, on étudierait les caractères et les formes intérieures du

glaciei ; scs couches superposées, le passage graduel d’une glace plus granulaire vers le haut du glacier à une glace plus compacte et moins fendillée dans les couches inférieures; on verrait les cavernes intérieures, les gouffres épouvantables que l’eau creuse dans la glace, et les cascades qu’elle y produit; on verrait aussi les blocs de roche et les fragmens de toute espèce engagés dans le glacier. Enfin pénétrant jusque sous les voûtes du glacier, on pourrait voir le lit de sable et de gravier dont il frotte la montagne de tout son poids; on verrait le poli qui en résulte, aussi bien que les stries , les sillons et les surfaces mamelonnées ou moutonnées , comme disent les géologues Suisses, dus û la même cause. Mais la mer de glace est couverte d’une neige récente ou d’une glace spongieuse qui cache presque complètement le glacier, qui recouvre traîtreusement ses fissures et ses crevasses môme, et qui en interdit 1 approche si l’on n’est muni d’un béton ferré avec lequel on puisse le sonder û chaque pas.

Arrivé devant le glacier, on ne doit pas faire, un pas de plus, ai-je dit : c’est qu’en effet le premier pas est souvent le plus dangereux. La

LA MALADETTA

glace est fondue par la roche qui forme les parois du glacier 5 il y a donc presque toujours une espace plus ou moins large entre les bords du glacier et la roche qui le renferme. A la surface, cct hyatus est ordinairement rempli de neige, de telle sorte que sur beaucoup de points le premier pas que l’on ferait sur le glacier pourrait être funeste, si on négligeait de le sonder.

Si l’on a du temps devant soi, on devra du moins suivre les limites du glacier^ on rencontrera peut-être quelque point où il sera facile d'observer une partie des faits que je viens d'indiquer.

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