De S. '-Bertrand à la grotte de Gargas. 1 h
On peut très-bien faire à pied la course de S. '-Bertrand à la grotte, maison observera de s’arrêter un quart d’heure à la porte pour ne pas entrer tout suant ; du reste on peut arriver jusqu’à la grotte à cheval.
De S.'-Bertrand à Gargas vous verrez nombre de débris antiques , des restes d’acqucducs, une tour en ruines, le piédestal d’une statue de Minerve , aux pieds de laquelle chaque voyageur en passant jetlaitune petite pierre, etc. ; ensuite vous traverserez Tibiran , qu’habite une noble et pieuse famille vouée avec un succès remarquable à l’étude du dessin, de la peinture, de la musique , de l’archéologie et des sciences naturelles. — Bientôt après vous serez à la grotte.
Deux heures sont nécessaires, souvent même insuffisantes , pour visiter , voir et comprendre cette magnifique grotte de Gargas; je ne puis vous en décrire tous les accidens ; je me borne à fixer votre attention sur quelques traits généraux que présentent le sol , la voûte et les parois.
Le sol est tout formé d’un réseau stalagmatique. L’eau séjourne par petites flaques entre les mailles de ce réseau et présente à chaque pas un nouvel écueil. Or ce réseau qui retient l’eau n’a d’autre cause que cette eau elle-
GARGAS ET MONTREJEAU.
même qui, chargée de matière calcaire , î* dépose lentement sur ses bords en se conformant à ses tendances cristallines rhomboédriques. De là les formes particulières et assez similaires des mailles de ce réseau.... Et si je pouvais développer ici complètement l’explication trèslongue dont ce fait est susceptible , je vous dirai comment de ce réseau il faut conclure à l’existence d’un dépôt de matières argileuses sous-jacent, et renfermant selon toute apparence des débris fossiles de divers animaux, peutêtre même de ces grandes espèces antidilviennes dont les proportions gigantesques paraîtraient inconcevables si peu qu’il fut permis de les révoquer en doute.
La voûte est là très-élevée, là très-surbaissée, ici en dôme, en ogive, ou en forme de puits, etc., ailleurs presque horisontale comme un vaste plancher. C’est cette dernière circonstance qui est la plus incompréhensible. Quel est donc le support de cet immense couche calcaire horisontale ? nulle part au monde ne se présente un fait plus extraordinaire et plus contraire aux règles et usages des travaux souterrains. Je suppose qu’une seconde grotte existe par dessous ce plancher , car il ne résisterait pas à l’énorme pression de la montagne s’il avait à la supporter toute entière. Quoiqu’il en soit et si incompréhensibles que soient les moyens d’attache de ce plancher, il est certain qu’il est solidement établi et qu’on n’a point à craindre de le voir s’écrouler. Plusieurs fois on a tiré des coups de fusil dans cette grotte , pour jouir du magnifique effet qui en résulte ; c’est la meilleure épreuve à laquelle on put la soumettre , épreuve dont les auteurs ne soupçonnaient certainement pas le danger , et que je n’engage personne à tenter de nouveau.