VISITES , SOIREES
fardeau , de telle sorte qu’il s’établisse entre o-cns étrangers le même ton, la même familiarité qu’entre amis ou camarades.
Or on se plaint partout et à juste titre que cette aimable sociabilité qui fit toujours le premier charme des lieux de bains se perde sensiblement chaque année. Si 1 on n y prend garde, si l’on permet à la froide étiquette de prendre pied jusqu’au milieu de nos sources thermales, ce sera la moitié de leur ruine , ce sera la cause d’une décadence inévitable. Voyez Bigorre depuis qu’elle a son titre et ses droits de cité, depuis quelle est la ville du bon ton et des grandes cérémonies , depuis qu elle est le petit Paris des Pyrénées, n’a-t-elle pas un peu perdu de sa vogue et de sa gloire? Elle est bien toujours cependant la ville de plaisir et d’amour, et ses eaux ont toujours leur puissante vertu, mais il n’y a plus toute cette liberté d’agir et ce laisser aller que l’homme des salons vient chercher avant tout dans nos montagnes, lorsqu’il peut s’arracher quelques jours des bras de ce rude éteau, le monde, qui l’étreint l’année entière et dans lequel, à son retour, il sera forcé de se replacer lui-même.
SÉJOUR A LUCIJON,
Modes, costumes. — Les plus riches toilettes se montrent aux bains comme à la - grande ville; c est surtout ù la promenade du soir que chacun lutte de luxe et d’éclat. Les visites de l’après-midi se font en demi-toilette; on va dans les salons et dans les réunions du soir sans grande cérémonie, mais on réserve tous ses moyens pour la promenade qui suit le dîner. C est là que tout le monde se passe réciproquement en revue, se mesure, s’admire et se critique.
Le matin c est tout autre chose : c’est à qui sera plus négligé , plus déshabillé. Les jeunes hommes les plus fashionables se montrent à leur croisée, sur leur porte, vont au cabinet littéraire et jusqu’aux bains dans un accoutrement qu’à Paris ils n’oseraient pas montrer à leur portier. Les uns coiffés d’un bonnet de laine s’enfoncent quatre ou cinq fois dans leur manteau et disparaissent; on ne voit que leurs pantoufles rouges et leurs jambes nues. D’autres, au contraire, s’épanouissent dans le grand ramage d’une robe ridicule dont ils secouent les glands comme s’ils se donnaient de l’encens ; oh ! faiblesses humaines !