‹ Bajazet; tragédieChapitre 119 sur 161 · MiCHONNET, regardant toujours par la gauche · texte numérisé non relu

MiCHONNET, regardant toujours par la gauche

Zatim» entre en scène. . Bon ! elle n'a pas la lettre... Si ! elle Ta... elle la remet à Roxane.. Dieu! quel effet!... Elle a tressailli... elle se soutient à peine !... et sonéroolion est telle, qu'en lisant le billet son roupe lui est tombé du visage... C'est admirable ! (Les applaudistements éclatent avec force.) Oui, oui... frappez des mains... Bravo! bravo! C est cela ! sublime! admirable !

{Aérienne Lecouvreur^ acte H.)

Que par de longs soupirs et des gémissements 1255

Qu* 1 il semble que son cœur va suivre à tous moments. Vos femmes, dont le soin à Tenvi la soulage, Ont découvert son sein pour leur donner passage. Moi-même, avec ardeur secondant ce dessein 2, J'ai trouvé ce billet enfermé dans son sein ^ : 1260

Du prince votre amant j'ai reconnu la lettre*, Et j'ai cru qu'en vos mains je devais la remettre.

ROXANE

Donne... Pourquoi frémir, et quel trouble soudain

Me glace à cet objet, et fait trembler ma main s?

Il peut ravoir écrit sans m'avoir offensée ; 1265

Il peut même... Lisons, et voyons sa pensée :

« ni la mort, ni vous-même^,

« Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime'',

« Puisque jamais je n'aimerai que vous. » 1270

1. Ce nouveau que n'était pas indispensable. Il alourdit la phrase. Leecntr qui ftuit est une expression bizarre pour dire que sa vie va suivre ses gémissements.

2. Découvrir le sein dune femme pour donner passage à des soupirs. Zatime secondant avec ardeur ce dessein^ c'est-à-dire découvrant le sein d'Atalide avec ardeur : voilà des expressions bien mal venues, à soumettre aux critiques de Boileau.

3. On l'attendait. Ce n'est pas pour rien qu'Atalide avait prévenu le spectateur : Cachons cette lettre^ quelques moments avant de s'évanouir.

A. Cf. la note du vers H83.

La vraisemblance voudrait peut-être qu'on commençât par dégrafer Atalide au moment où elle tombe évanouie. Le billet eût été trouvé aussitôt. Roxane n'eût pas dit le monologue précédent, qui est peu nécessaire à l'action et n'est qu'une belle pag^e d'analyse psychologique. Mais il faut se rappeler que la scène était encombrée de spectateurs sous les yeux desquels l'actrice ne pouvait décemment se laisser dégrafer.

5. M. AuGiER, dans le Gendre de M. Poirier^ a écrit une belle scène (acte, 111 se. vi) où l'intérêt est créé par cette curiosité inquiète devant le secret d'une lettré qu'Antoinette trompée hésite à ouvrir : « Oh ! quand je pense que le secret de ma destinée est enfermé sous ce pli... Allons-nous-en... Cette lettre m'attire... je suis tentée. » (Elle la remet sur la table et reste immobile à la regarder.)

6. Nous connaissons le contenu. 11 ne fallait pas que Roxane en recommençât la lecture. Elle ne lit que les derniers vers. Aussi la lettre est-elle composée de façon que tout l'effet puisse être produit par la dernière phrase.

7. « Comme à chaque mot do ce billet elle était frappée de stupeur ! Comme sa voix était sombre et altérée ! Son corps frémissait ; tout en elle annonçait l'éclat terrible qui suit cette lecture :

« Ah ! de la trahisoa me voilà donc instruite ! •

(VÉDKL, Notice sur Racket.)

« On peut objecter ici que, si la jalousie d' Atalide a rendu ce billet nécessaire (acte III, scène iv), il est pourtant un peu plus explicite que de raison. L'auteur avait besoin qu'il en fût ainsi, parce que cela sert à amener le dénouement; mais Bajazet n'était pas forcé de fournir une telle arme contre lui-même. (E. Deschanel, Racine^ I, p. 286.)

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