ACTE IV, SCÈNE V
Ah ! de la trahison me voilà donc instruite !
Je reconnais l'appât^ dont ils m'avaient séduite.
Ainsi donc 2 mon amour était récompensé,
Lâche 3, indigne du jour que je t'avais laissé!
Ah I je respire enfin; et ma joie est extrême ^ 1275
Que le traître, une fois, se soit trahi lui-même.
Libre des soins ^cruels où j'allais m'engager.
Ma tranquille fureur^ n'a plus qu'à se venger.
Qu'il meure : vengeons-nous. Courez ; qu'on le saisisse
Que la iriain des muets s'arme pour son supplice ; 1280^
Qu'ils viennent préparer ces nœuds infortunés
Par qui de ses pareils les jours sont terminés.
Cours, Zatime, sois prompte à servir ma colère..
ZATIME
Ah î madame!
ROXANE
Quoi donc?
ZATIME
Si, sans trop vous déplaire, Dans les justes'' transports, madame, où je vous vois, 1285 J'osais vous faire entendre une timide voix : Bajazet, il est vrai, trop indigne de vivre.
Aux mains de ces cruels ^ mérite qu'on le livre ; Mais, tout ingrat qu'il est, croyez-vous aujourd'hui ^ Qu'Amurat ne soit pas plus à craindre que lui? 1290
Et qui sait si déjà quelque bouche infidèle Ne Ta point averti de votre amour nouvelle ^^? Des cœurs comme le sien, vous le savez assez, Ne se regagnent plus quand ils sont offensés;
i. Appâta amorce pour tromper le gibier ou le poisson ; employé souvent au figuré, il fait partie intégrante du vocabulaire précieux. Séduire, cf. v, 1676, note. Uemarquer l'expression séduire d'un appât, pour apec.
2. Non pas au sens ordinaire, mais : c'était donc ainsi que...
3. L4cAtf est employé substantivement, avec t«rf!<7»e pour épithète. Le jour, la vie.
4. C'est une joie souvent douloureuse, mais c'est encore une joie d'être délivré de l'incertitude.